Insurrection celtique en province de Luxembourg

(B2 à Marche-en-Famenne) En position sous le crachin belge, appareil photo en main, nous sommes présents ce mercredi (25 septembre) à Marche-en-Farenne dans la province du Luxembourg, pour assister à la journée ‘VIP’ de l’exercice militaire franco-belge baptisé Celtic Uprise 2019

Tous en position

Le tout semble très réel. L’exercice se déroule en zone urbaine. Il débute avec l’arrivée de véhicules blindés. En sortent des hommes au combat. Un canon fait son entrée en jeu. Un drone est également déployé. Objectif : observer la zone de conflit. Des soldats sont aussi positionnés derrière les arbres. En mission d’observation.

Arrivée des soldats sur le champ de bataille (© Aurélie Pugnet / B2)

Les premières attaques : les véhicules ennemis sont visés

Puis, des véhicules supplémentaires arrivent sur les lieux. Les premiers coups sont tirés vers les habitations situées non loin de là, dans lesquelles ont été repérés des personnes à intérêt, et plus précisément sur leurs véhicules.

Le véhicule est touché (© Aurélie Pugnet / B2)

Les troupes en action

Les troupes se positionnent alors très rapidement en contre-bas des habitations, prêts à réagir dans le cas d’une attaque venue des habitations. D’autres véhicules sont présents et déploient des troupes supplémentaires sur le terrain. Une unité encercle puis fait son entrée dans la première maison. On entend des coups de feu.

Soldats en progression (© Aurélie Pugnet / B2)

Les attaques se déroulent des deux côtés

L’action se déplace. Des tirs parviennent de la seconde maison (située à droite de la photo) et blessent un soldat à la jambe. L’évacuation médicale s’impose. Un véhicule blindé portant la croix-rouge s’approche et évacue le blessé vers le Rôle 1 (l’infirmerie de campagne).

Le ciel s’ssombrit (© Aurélie Pugnet / B2)

La capitulation

Une seconde maison se fait encercler. Des coups sont tirés. Des véhicules supplémentaires arrivent à proximité du lieu de bataille. Une attaque parvient de la route. Il ne faut pas beaucoup de temps aux troupes belges et françaises pour répliquer et neutraliser les renforts qui arrivaient à l’aide de leurs camarades encerclés. L’action se termine.

La cible est encerclée (© Aurélie Pugnet/B2)

L’exercice Celtic Uprise 2019 est une première étape de mise en action du programme Capacité Motorisée ‘CaMo’ comme nous l’explique le Colonel Monin. Article à suivre

(Aurélie Pugnet)

Lire aussi :

Patrouille avec EUMM à la « frontière » entre la Géorgie et l’Ossétie du Sud

(B2 à Tbilissi) B2 a accompagné une patrouille de la mission d’observation de l’Union européenne en Géorgie (EUMM), près de la ligne de démarcation avec l’Ossétie du Sud. Non armés, ces observateurs, dont beaucoup sont d’anciens ou d’actuels policiers, s’appliquent à réduire le niveau de tensions

Deux observateurs de EUMM Georgia regardent un camp de gardes-frontières russes (©B2/Romain Mielcarek)

EUMM Georgia est composée de 200 observateurs, issus de 27 des 28 pays membres (la Slovaquie n’a pas de personnel au moment de notre visite, mais en déploie habituellement). Présents depuis octobre 2008, suite aux combats qui ont opposé l’armée géorgienne aux rebelles sud-ossètes et abkhazes, appuyés par l’armée russe, ils sont le dernier canal de dialogue entre les parties au conflit. Ils patrouillent dans toute Géorgie, privilégiant largement les lignes de démarcation avec les 20% du territoire occupés par les forces russes et leurs alliés.

Une situation qui reste tendue

Des frontières qui se durcissent…

Les Géorgiens et de nombreux médias parlent souvent de « frontières » qui progressent. Les Sud-Ossètes et les Abkhazes, appuyés par les Russes, feraient avancer progressivement la ligne en ajoutant ici du barbelé autour d’un champ, là une barrière à l’entrée d’un village coupé en deux. Pour le porte-parole de l’EUMM qui nous accueille à Akhmazi, « ce n’est pas une question de frontières qui avancent mais de frontières qui se durcissent » : les infrastructures évoluent avec la multiplication de nouvelles caméras, de miradors, d’obstacles physiques, perçus par les Géorgiens comme autant de menaces et de provocations.

… Et s’imposent de facto

Sur le poste frontière que nous avons pu observer, la circulation est relativement fluide. 400 personnes le traversent chaque jour. Des gardes sud-ossètes contrôlent les véhicules : laissez-passer des passagers, contenu du coffre, absence d’armes ou d’équipements dangereux. En second rideau, des garde-frontières russes sont présents. Lorsque des étrangers se présentent sans les documents nécessaires, ils sont simplement expulsés. Mais les Géorgiens, eux, sont arrêtés et jugés. « Une pratique inhabituelle pour quelqu’un qui a travaillé à un poste frontière dans un autre pays », souligne un membre de l’EUMM.

Le vocable reste un sujet compliqué. Si les Sud-Ossètes et les Abkhazes parlent de « frontière », les Européens préfèrent le terme « ligne de démarcation administrative » (administrative boundary line). Les Géorgiens parlent eux très clairement de « territoires occupés ».

Des interdits maintenus

Déployée suite aux combats de 2008, l’EUMM entre dans le cadre de l’accord en six points négocié à l’époque par l’Union européenne avec les belligérants. Deux de ces points ne sont pourtant toujours pas respectés, un peu plus de dix ans après : les observateurs européens n’ont pas accès aux territoires occupés et les Russes ne se sont pas retirés. Si Moscou reste discret sur les effectifs présents en Ossétie du Sud et en Abkhazie, la Military Balance estime à environ 7000 le nombre de leurs militaires, faisant de la Géorgie le deuxième théâtre d’opérations de la Russie en effectifs après l’Ukraine (28.000 hommes) et devant la Syrie (5000 hommes).

Lire : Dépenses de défense. Entre Etats-Unis et Russie, l’Europe en quête des bons équilibres stratégiques

La population prise en otage

Pour les Géorgiens, qu’ils soient d’un côté ou de l’autre de la ligne de démarcation, cette situation crée une forte précarité. Les permis de circulation ne sont valides que trois ans et rien ne garanti qu’ils seront reconduits à terme. Plus ennuyeux, les autorités de facto peuvent à tout moment suspendre la relative liberté de passage. C’est ce qui s’est passé le 11 janvier quand les Sud-Ossètes et les Abkhazes ont décidé de fermer les frontières pour éviter l’arrivée de la grippe H1N1, qui a tué 15 personnes en Géorgie. Ceux qui étaient du mauvais côté, notamment des étudiants venus visiter leurs familles pour célébrer le nouvel an, sont restés coincés deux mois sans recours. Environ 140 personnes avaient tout de même été exceptionnellement autorisées à sortir, pour des raisons sanitaires majeures. De quoi maintenir, selon un membre de EUMM Georgia, une « pression psychologique ».

Présence russe explicite

Depuis la route qui va d’un côté à l’autre de la ligne de démarcation, les camps des gardes-frontières russes (1), sont parfaitement visibles. Dans chacun des deux territoires, 19 de ces camps, parfaitement identiques, sont répartis le long des frontières. A l’intérieur, les Russes vivent avec femmes et enfants. Autant d’indicateurs qui laissent penser, comme le souligne un membre d’EUMM, « qu’ils veulent montrer qu’ils sont là pour longtemps ». Les bases militaires russes, les vraies, sont plus à l’intérieur des terres, à une bonne vingtaine de kilomètres de la frontière.

EUMM Georgia en première ligne

Les Européens au contact

Dès 2008, l’Union européenne a négocié dans le cadre des Arrangements techniques (Technical Arrangements) avec les autorités géorgiennes que ces dernières ne déploient pas une police trop lourdement équipée, voir l’armée, à proximité de ces zones. EUMM se charge de surveiller et d’informer les acteurs sur ce qu’elle observe. Un moyen de réduire les tensions. Si les Russes ont été appelés à suivre une logique comparable, ils ne l’ont pour l’instant pas fait. De la même manière, l’Otan ne laisse pas son personnel approcher de ces zones, pour éviter toute accusation d’espionnage ou de provocation. Les Géorgiens ont tout de même déployé une police spéciale chargée de surveiller les flux en direction et en provenance d’Ossétie du Sud et d’Abkhazie. Celle-ci ne dépend pas des gardes-frontières… Puisqu’aucune frontière n’est reconnue.

Les missions de EUMM

Le mandat de EUMM Georgia lui fixe quatre missions : suivre la situation et la stabiliser ; encourager le processus de normalisation ; multiplier les contacts et les projets pour réduire les tensions ; éclairer la décision politique de l’Union européenne. Si depuis 2008 la situation est relativement calme, difficile pourtant de parler de progrès. Aucune piste de solution ne se dessine.

Le nombre d’appels de la hotline de EUMM, depuis 2011, ne cesse de croître. Les motifs : détentions, criminalité, explosions, coups de feu, urgences sanitaires…

Hotline

En février 2009, les parties au conflit ainsi que l’UE, l’OSCE et l’ONU ont adopté un Mécanisme de prévention et réponse aux incidents (IPRM). Celui-ci doit permettre un dialogue entre les belligérants mais fonctionne par intermittence. La hotline mise en place par EUMM Georgia dans ce cadre semble être l’outil le plus concret et le plus efficace. Seul canal de dialogue opérationnel, il permet aux observateurs européens d’avoir des contacts directs avec des interlocuteurs identifiés des deux bords. En cas d’incidents, les uns et les autres peuvent s’en servir comme d’un relais d’information : si les Géorgiens ne peuvent appeler directement les forces de sécurité sud-ossètes, ils peuvent demander à EUMM de le faire pour obtenir des informations sur un événement spécifique. De quoi éviter les malentendus lorsque les Sud-Ossètes s’entrainent au tir, par exemple.

Une mission difficile à comprendre

Frustrations géorgiennes

De nombreux Géorgiens ont parfois l’impression que les équipes de EUMM ne font rien. Patrouillant avec leurs gilets bleus, sans armement et ne pouvant intervenir par la force, leur mission peut paraître futile. Ils peinent parfois à comprendre, par exemple, que des membres de EUMM les orientent vers des sources de financement pour des projets humanitaires. Pourquoi les Européens ne le font-ils pas eux-mêmes ? Parce que cela ne fait pas partie de leur mandat. Le porte-parole de l’opération admet cette difficulté et multiplie les efforts de pédagogie et d’information, afin de mieux expliquer le rôle de EUMM, notamment en ce qui concerne l’intermédiation entre les différentes parties au conflit.

Un déficit de médiatisation

Faute d’actualité (et d’explosion de violence ?), EUMM peine à médiatiser ses activités et ses petits succès du quotidien. La situation en Géorgie reste pourtant particulièrement importante pour l’Europe, sur fond de tensions avec la Russie et de projet d’intégration de Tbilissi dans l’UE et dans l’Otan. Pour inciter les journalistes locaux à prendre de la hauteur sur les événements, EUMM organise par ailleurs un prix en faveur du journalisme de paix (peace journalism), qui récompense des reportages engagés et éthiques, échappant au manichéisme et la facilité.

(Romain Mielcarek)

(1) Ce service fait partie du service de sécurité russe plus connu sous le nom de FSB.

Lire aussi :

 

A Trident Juncture, transbahuter tout ce matériel, quel périple !

(B2 à Fredrikstad) L’exercice Trident Juncture est le plus grand exercice de l’OTAN depuis la fin de la guerre froide. Avec plus de 50.000 paires de bottes sur le sol norvégien, venues de 29 pays, c’est une véritable chorégraphie que vit le pays depuis plusieurs mois.

Déchargement de conteneurs de l’Ark Germania (© Aurélie Pugnet / B2)

Dans le port de Fredrikstad, en Norvège, l’arrivée de chars, de véhicules et de conteneurs est devenu le quotidien. B2 était présent, jeudi (11 octobre), pour cette démonstration grandeur nature de l’épreuve de force que constitue le transfert de matériels militaires en nombre d’un point à un autre de l’Europe.

Un gigantesque terrain pour la logistique

Dans ce port, Américains, Polonais, Néerlandais, Allemands et Britanniques débarquent. Pour acheminer les quelque 10.000 véhicules, et autres matériels, il faut environ 2200 containers répartis dans 60 bateaux, et mobiliser 5 ports, sans compter l’avion (180 vols et 4 aéroports), le train (5 voies de trains) et la route (10 routes principales d’approvisionnement).

Une préparation de longue haleine 

C’est donc un exercice qui mérite un long temps d’organisation. « Lorsqu’on se déplace, on traverse souvent au moins deux frontières et chaque pays a sa règlementation. Cela fait perdre du temps et demande de prévoir à l’avance, de mettre en place toute une planification et logistique », décrit le second lieutenant Mark Dryfhout du 39th Transportation Battalion de l’US Army.

Première étape : acheminer équipements et troupes

La première phase de l’exercice a été logistique. Elle a commencé cet été avec les ‘logisticiens’ (‘enablers’), qui ont mis en place les camps de stockage, en Norvège, la nation-hôte. Puis, les camions, avec le ravitaillement en gasoil, sont arrivés, suivis par l’équipement lourd (comme les tanks), et les troupes par avion. Tout devrait être là pour le 24 octobre. L’objectif est de tester la mobilité stratégique de l’OTAN : la capacité « de déployer les forces appropriées en temps et au lieu nécessaire, sur son territoire, pour réagir rapidement à une crise et avoir des forces disponibles pour défendre nos alliés », souligne le général allemand Ullrich Spannuth, qui commande la VJTF, la nouvelle force dite ‘fer de lance’ de l’Alliance atlantique (lire : Le fer de lance se déploie).

Un seul mot d’ordre : s’adapter

Certains paramètres compliquent cependant une planification trop parfaite. Par exemple, les équipements allemands ne sont maniés que par des Allemands, comme les véhicules arrivent par bateaux et les troupes en général par avion, si elles n’arrivent pas à temps, le système se grippe. « Les plans changent tout le temps : le temps, les horaires, c’est tout le temps de l’adaptation et coordination », remarque le lieutenant-colonel Bill R. Kost du 39th Transportation Battalion (MC) de l’US Army.

Même les logiciels font des leurs

Dans cette perspective, « le plus grand défi est d’avoir les bons chiffres » continue-t-il. Dans le cadre d’un déplacement de matériels, « on utilise un logiciel ‘OTAN’ où, par exemple, les Allemands entrent le nombre précis de véhicules qu’ils envoient. De notre côté, on reçoit ce nombre et on prévoit leur déplacement une fois arrivés, avec différents équipements de transport, les soldats nécessaires, une plage horaire… Si le nombre entré n’est pas correct, ou pas communiqué, c’est toute l’organisation qui doit être revue ». Et donc du temps perdu.

Aucune garantie d’avant d’être sur le terrain

« On ne voit si le plan fonctionne qu’une fois qu’on l’exécute et c’est pour cela qu’on est là aujourd’hui », nous indique le Lieutenant Colonel Michael Wagner, chef du 93e bataillon blindé de Münster de la Bundeswehr. Pour ce bataillon qui envoie près de 700 personnels et 200 véhicules et containers, « le mouvement stratégique constitue un immense défi de planification ».

Attention, passage au vétérinaire obligatoire

L’exercice est nécessaire par exemple au cours de l’inspection vétérinaire, qui entraine les personnels à agir rapidement. C’est comme tout, c’est une habitude à prendre : à peu près cinq minutes par équipement, les Norvégiens en charge de l’inspection d’animaux, et autres possibles porteurs de maladies savent où chercher. Entre autres, il est tout à fait possible de trouver un nid d’oiseaux jonché dans un coin du véhicule…

Inspection vétérinaire par les soldats norvégiens (© Aurélie Pugnet / B2)

… et à la douche

Les équipements sont certes nettoyés avant d’embarquer sur leur bateau mais ce n’est pas suffisant à leur arrivée sur le territoire de la nation-hôte. Une fois de plus les soldats norvégiens sont à l’action pour nettoyer de fond en comble chacun des équipements.

Étape suivante : station Rena

Une fois les tout inspecté et nettoyé, les camions peuvent partir d’eux-mêmes mais les équipements lourds doivent être chargés sur des chars de transport. C’est une nouvelle fois un réel exercice pour les troupes, et de coordination entre Néerlandais, Polonais et Allemands. Un char Léopard, auquel les troupes néerlandaises sont habituées parce qu’elles en utilisent, prendra cinq minutes à charger, contrairement à un Marder, inconnu au bataillon. Mais « ça leur fait un exercice ». Ils seront ensuite tous emmenés vers la station de train la plus proche pour ensuite être acheminés vers leur destination, 150 km au nord de Fredrikstad : Rena.

Chargement d’un Marder allemand sur un char de transport néerlandais (© Aurélie Pugnet / B2)

(Aurélie Pugnet)

L’Alliance, navire de recherche de l’Otan, teste des drones sous-marins dans le grand Nord

(B2 – En mer de Norvège) Alors qu’il naviguait entre l’Islande et la Norvège, nous avons pu embarquer quelques heures à bord du Nato Research Vessel (NRV) Alliance. Ce navire original, qui embarque des spécialistes de différents pays de l’Otan, teste des drones sous-marins dans les eaux glacés de l’Arctique

Un drone Slocum G3 se prépare à plonger devant le NRV Alliance, en mer de Norvège. (©B2/Romain Mielcarek)

« Nous amenons la science à la mer », résume le docteur Catherine Warner, l’Américaine qui dirige le Centre de recherche et d’expérimentation maritime (CMRE) dont dépend le bateau. Bardé d’antennes, de sonars et de machines expérimentales, ce bâtiment fait la fierté de l’Otan. Les officiels en visite à bord y voient une preuve de la capacité des Alliés à développer de nouvelles solutions pour répondre aux besoins des militaires.

Les drones sous-marins ou gliders

Si le NRV Alliance est susceptible de travailler sur tous les domaines identifiés comme prioritaires par les marines de l’Otan (lutte anti-sous-marines, lutte-anti-mines, renseignement…), ses travaux sont actuellement concentrés sur les drones sous-marins, appelés gliders en anglais. Des engins qui pourraient révolutionner de nombreuses missions.

NB : Le NRV Alliance et ses drones participent régulièrement à des manoeuvres de l’Otan, comme l’exercice de renseignement interalliés Unified Vision 2018. Lire ici.

Plus endurants que les hommes ?

Ces drones séduisent au sein de l’Otan. C’est un haut gradé, riche d’une expérience dans le renseignement militaire maritime, qui en résume tout l’attrait : « Un équipage humain a besoin de retourner au port pour dormir, manger et voir sa famille. Ces robots peuvent rester des mois en mer. » Peu coûteux, discrets, polyvalents, endurants et autonomes, ces engins sont au cœur des expérimentations menées par les 25 scientifiques à bord. Ceux qu’ils utilisent actuellement, des Slocum G3 de l’Américain Teledyne, cartographient les fonds marins et font des relevés de températures et de courants. Des informations cruciales pour repérer et surveiller les mouvements de sous-marins, par exemple.

Pour mettre à l’eau ce Slocum G3, il suffit de quelques minutes depuis une embarcation. (©B2/Romain Mielcarek)

Multiusages

Le potentiel des gliders intéresse dans des domaines divers. Ces engins ont été testés dans la lutte anti-mines, avec des robots capables de patrouiller, de reconnaître des menaces et de les signaler à l’homme qui pourra ensuite intervenir. Un moyen intéressant de palier à une flotte européenne de navires de lutte anti-mines de plus en plus vieillissante et coûteuse à remplacer.

Dans un autre registre, des drones pourraient mailler les fonds de certains points stratégiques pour surveiller les mouvements de sous-marins adverses. D’ici quelques années, si des puissances étaient capables de bloquer ainsi certains axes clefs, la dissuasion nucléaire pourrait se voir impactée et devrait se réinventer dans sa composante navale. C’est l’un des intérêts du grand Nord, où transitent régulièrement des sous-marins nucléaires. De l’aveu d’un haut gradé de l’Otan, spécialiste en matière de renseignement, ces drones sous-marins sont à l’heure actuelle presque indétectables.

Les sous-marins remis en cause

L’arrivée de ces submersibles risque de remettre en question tout le fonctionnement sous-marin. D’autant plus qu’ils sont très majoritairement automatisés : vu la difficulté pour assurer les communications sous l’eau, il n’est pas possible de les piloter en permanence. L’homme se contente donc en réalité de suivre les mouvements sur des écrans, ne donnant que quelques ajustements pour les remontées régulières en surface. Une évolution stratégique qui rappelle au docteur Catherine Warner un autre grand changement au sein de l’US Air Force, où elle s’occupait de plusieurs programmes de drones : « Les sous-mariniers sont pour l’instant sceptiques. Comme pour les pilotes de l’US Air Force lorsque les Predator sont arrivés à l’époque. Mais aujourd’hui, ils ont pleinement intégré l’intérêt de ces drones et ils ont accepté de travailler dessus. »

Un navire presque unique

Conçu sur mesure

Le NVR Alliance est un navire conçu sur mesure pour les besoins de l’Otan, dans les ateliers de l’Italien Fincantieri. Livré en 1988, il embarque une multitude d’équipements de recherche qui en font un laboratoire en pointe dans le domaine des études maritimes. Il dispose des dernières technologies dans les domaines océanographique, acoustique, météorologique ainsi que de son propre atelier pour réparer ou modifier le matériel. « La force de ce navire, explique un scientifique à bord, c’est qu’il permet d’aller tester des idées dehors, en conditions réelles. » Le bâtiment peut de fait aller naviguer dans les eaux polaires. Le tout avec des conditions de vie à bord qui restent très confortables : la quasi-totalité des chercheurs dispose de cabines individuelles !

L’Alliance au sein de l’Otan

Le NRV Alliance est, avec le CRB Leonardo, l’un des deux navires détenus en propre par l’Otan. Rattaché au Centre de recherche et d’expérimentation maritime (CMRE) de La Spezia (Italie), il est chargé de tester des technologies au profit des Alliés. Le bâtiment a longtemps été opéré par des marins allemands, jusqu’en 2015. Pour simplifier la logistique dans son port d’attache, il a été transféré aux mains de la marine italienne qui a rapidement séduit les scientifiques à bord avec sa botte secrète : la pizza en guise de casse-croûte nocturne !

Des pionniers pas toujours suivis

Les équipes du NVR Alliance travaillent en collaboration avec des industriels et des universités. Ils développent souvent leurs propres solutions aux problématiques identifiées. Ils ont par exemple acheté un drone Bluefin au Français Thales, dans lequel ils ont intégré leurs propres équipements. Le fabricant a pu bénéficier des retours et progresse ainsi dans son développement, grâce aux essais de l’Otan. Côté autorité publique, l’enthousiasme n’est pas toujours aussi présent. De l’aveu du docteur Catherine Warner, les découvertes à bord ne sont pas toujours suivies par les États commanditaires qui hésitent à poursuivre les investissements.

(Romain Mielcarek)

Un autre robot mis à l’eau à l’aide d’un bras mécanique depuis une trappe sur le flanc du navire. (©B2/Romain Mielcarek)

Que se passe-t-il dans les coulisses d’un sommet européen ?

(B2) Tous les trois mois, au moins, les 28 se retrouvent à Bruxelles au sommet. Comment se déroule la réunion ? Nous avons pu pénétrer dans les backstages. Récit.

Le tapis rouge que foulent les Chefs avant de faire une halte devant les photographes ou la presse pour une déclaration. Le ‘doorstep’ dans le jargon (© NGV / B2)

Il ne reste plus que quelques minutes avant l’arrivée des chefs. Dans les coulisses, hommes et femmes du protocole, de la sécurité, huissiers, cuisiniers, diplomates s’activent. Objectif : que tout soit fin prêt pour recevoir les 28 leaders, qu’ils soient premiers ministres ou présidents de la république. L’organisation d’un sommet européen obéit en effet à une mécanique préparée au millimètre. Mais il faut aussi pouvoir faire face aux imprévus ou aux impondérables : un invité surprise à convoyer en urgence, un Chef qui claque la porte, une réunion qui dure toute une nuit, des bilatérales à organiser, etc. Bref… tout doit se dérouler sans anicroche.

Ici, pas de luxe inutile. Dans ce bâtiment inauguré tout récemment, en décembre 2016, peu de dorures ou de grand luxe. Juste un assemblage recherché du verre et du bois, des couleurs chatoyantes. Tout est fait pour faciliter la circulation des responsables, de l’entrée à la sortie, en passant par les salles.

Un côté ‘coin de feu’ sans cheminée

Dans le dispositif européen, assez bien huilé, la réunion des leaders garde un petit côté anachronique. Malgré toutes les innovations technologiques, chacun cherche à tout prix à préserver l’esprit d’origine : la « conversation au coin du feu » chère à Valery Giscard d’Estaing. Dans la salle qui leur est réservée, au 7e étage du bâtiment Europa, fraîchement inauguré, les Chefs seront, ainsi seuls, ou presque. Il n’y a pas de chaise prévue à côté d’eux.

Seuls à table

Pas question ainsi, comme pour une réunion ministérielle d’avoir des collaborateurs à leurs côtés, qui entrent ou qui sortent provoquant un vrai tourbillon. « Cela change totalement l’ambiance. C’est plus austère », précise un habitué de ces réunions. Pas question non plus de se faire remplacer par un ministre. De toute façon, « il n’y a qu’une seule chaise et qu’un seul pin (de sécurité) par délégation » rappelle notre interlocuteur. Si le Chef ne peut être là, la chaise reste donc vide à moins d’autoriser un autre leader à parler en son nom (1). « C’est comme dans un club. Seuls les membres du club peuvent parler. »

Quelques happy fews discrets

Sont autorisés uniquement à pénétrer dans le saint des saints quelques hauts fonctionnaires, tels le jurisconsulte du Conseil, appelé à la rescousse quand se pose un problème juridique, les secrétaires généraux ou chefs de cabinets (2), et les preneurs de notes (notetakers dans le jargon courant). Mais ils sont bien placés derrière les chefs, et n’ont accès à la table que si on leur demande expressément.

En anglais… ou dans toutes les langues

Derrière les vitres, prennent place des traducteurs qui vont officier, si nécessaire. La crème de la crème des traducteurs, sélectionnés et bien entraînés. « Ils ne font pas que cela. » Mais ce sont souvent les mêmes. Ils sont spécialement préparés à la réunion, bénéficiant des principaux de langage. Il n’est pas question, là, de faire des approximations. L’anglais est cependant couramment pratiqué par plusieurs Chefs qui préfèrent ainsi s’exprimer sans intermédiaire. Mais « souvent, surtout quand la question est sensible ou technique, un Chef va préférer s’exprimer dans sa langue d’origine », nous confie un diplomate européen. Si les coloris peuvent être chatoyants au sol, et la politesse de rigueur, les conversations n’en sont parfois pas moins rudes en effet. On se souvient de la soufflante qu’avait passé Nicolas Sarkozy sur José-Manuel Barroso à propos des Roms. Une soufflante qui avait résonné jusque dans les couloirs, même si les intéressés avaient démenti ensuite.

Un interlude photographique

Simple concession à cette collective solitude, le moment du tour de table. Quelques photographes et cameramans triés sur le volet sont autorisés au début de la réunion à filmer l’arrivée des chefs, leurs sourires ou leurs crispations. Pas trop longtemps et micros éteints. Au bout de quelques minutes, les portes se referment. Les échanges peuvent commencer. Le président du Conseil européen, Donald Tusk, ancien Premier ministre polonais, ouvre le débat, donnant la parole en premier à celui qui a une proposition à faire : ce peut être le président de la Commission ou la Haute représentante de l’Union, Federica Mogherini ou un des 28 leaders.

Des débats assez libres

Puis intervient qui veut. Il n’y a pas de règle précise. « Certains préfèrent parler au début, d’autres préfèrent attendre la fin du débat. Tout est question de tactique et de sentiment personnel » explique un diplomate. Celui qui veut parler met son chevalet debout ou fait un signe. Le secrétaire général du conseil tient le registre (une petite feuille) de ceux qui veut parler et la tend au président du Conseil européen. Une discussion peut être courte, résumée à une ou deux personnes qui s’expriment. Et cela dure quelques minutes. Parfois, elle peut être plus longue. Sur les sujets politiques, tout le monde veut pouvoir s’exprimer, même s’il s’agit parfois de répéter la position d’un autre. Un simple tour de table à 28 peut prendre déjà deux heures. Et si la question est très politique, la discussion va se prolonger… Ces prises de parole — tout autant que les silences ou non prises de parole — sont importantes.

Une décision au consensus

Toutes les décisions se prennent au consensus. Une procédure définie par un vieux routier des sommets comme ceci : « Si personne ne s’exprime, c’est que tout le monde est d’accord ». S’il n’y a pas d’accord… la conversation continue, ou on décide de remettre cela à plus tard. Parfois on procède plus subtilement, en confiant à la Commission européenne, à la Haute représentante ou à un autre sage européen le soin d’étudier ou d’approfondir des solutions. Ce qui permet de gagner du temps, et de parfaire le consensus. « L’objectif est d’avoir tout le monde à bord, pas de minoriser un tel ou un tel. »

Des preneurs de note très utiles

Le sommet ne serait pas un sommet sans un rouage très discret : les Antici, ainsi nommés par le diplomate italien qui avait inauguré la fonction (sous la présidence italienne de 1975!). Ces diplomates de haute volée, un par État membre, sont placés dans une petite salle très discrète, non loin des Chefs. Ils sont régulièrement informés par un des trois notetakers, qui se relaient dans la salle principale, et se rend dans la salle antici. Une information orale uniquement.

Une sorte de téléphone arabe à l’européenne

Les diplomates, munis de leur laptop (3), répercutent ensuite ces informations vers les délégations, où patientent pêle-mêle, dans une ambiance plus ou moins décontractée, le directeur de cabinet du président, ses conseillers et quelques diplomates. Une sorte de téléphone arabe à l’européenne qui a un gros intérêt : préserver au maximum la discussion « la plus ouverte et la plus franche possible ». Les réseaux sociaux ont, bien sûr, changé la donne. Munis de leur portable, les chefs s’autorisent de temps à un autre un tweet, qui font la joie des journalistes et des diplomates (ou leur ire parfois). Mais le secret des discussions reste, globalement, préservé…

(Nicolas Gros-Verheyde)

  1. C’est assez rare. Récemment, le Néerlandais Mark Rutte empêché, c’est son collègue belge qui a pris le relais.
  2. Le secrétariat général du Conseil (Jeppe Tranholm-Mikkelsen), de la Commission (Martin Selmayr), du SEAE (Helga Schmid) et le chef de cabinet du président du Conseil européen.
  3. Cependant dans un coin de la salle, on a gardé les bons vieux fax qui n’ont pas été remisés. « Cela peut servir un jour », explique un homme du Conseil.

Papier publié dans Sud Ouest ce jour, complété et détaillé

Epreuve réussie pour le QG de Rota

(B2 à Rota) Il fait beau au large, la mer est calme, une légère brise et pas un nuage dans le ciel. Un temps idyllique pour les pirates, pour passer à l’action. Leur proie ce jour-là : un navire marchand, le Giavi. Les échelles lancées ont permis de venir à bout du navire qui vogue lentement sur l’eau. L’équipage s’est réfugié dans le poste de commandement. L’alerte vient d’être lancée. Au QG de l’opération maritime européenne EUNAVFOR Sarunia, on se prépare à intervenir…

Attention ! Ceci n’est qu’un scénario de l’exercice organisé par l’état major espagnol, lundi (23 avril), au large des côtes de Cadiz, dans le sud de l’Espagne. Objectif : obtenir la certification du QG de la base navale espagnole à Rota comme QG de l’Union européenne. B2 était à bord du Juan Carlos Ier, le navire amiral de la marine espagnole, qui a permis de suivre tout l’exercice.

Un scénario très proche du réel

Le scénario concocté par les équipes espagnoles est très proche d’une situation connue, au large de la Somalie, à la fin des années 2007-2008. Quelques frontières ont été déplacées (notamment celles du Kenya) mais c’est la même cartographie, et les mêmes modalités d’action, …. Seules changent, pour la forme, quelques dates. L’épicentre de la crise est la république de Sarunia, qui tente de maintenir sa propre stabilité alors que son voisin, le Celego, est en guerre depuis 1993. Sarunia subit les effets indirects de la guerre civile qui sévit chez son voisin. Le flux de réfugiés ne fait que s’accroitre. Les camps et l’aide humanitaire ne désemplissent pas. L’aide humanitaire, qui ravitaille le pays par mer, subit la pression du groupe radical « Paradis révolution » (OHR), qui a fait de la piraterie une de ses principales sources de ressources. Le nombre d’attaques augmente, passant d’une trentaine en 2015 à une centaine en 2018. Le commerce international est menacé. Le Conseil de sécurité de l’ONU décide d’autoriser l’Union européenne à lancer une opération maritime, EUNAVFOR Sarunia, pour lutter contre la piraterie.

(©LH/B2)

MILEX 18 : épreuve réussie 

Une fois l’appel de secours reçu au QG de Rota, c’est la frégate Reina Sofia (F-84), déjà en mer, qui se rend sur la zone. Rapidement, les forces spéciales de l’Armada abordent le bateau marchand (joué en l’occurrence par le patrouilleur Vigia P-73), arrivées sur deux navettes et un hélicoptère. Deux autres hélicoptères assurent, pendant ce temps, soutien et couverture. Les pirates sont neutralisés en moins de dix minutes. L’équipage est libéré. Les blessés évacués par hélicoptère et rapatriés à bord du porte-aéronef Juan Carlos 1er. Tous les effectifs reviennent à bord de la Reina Sofia. Fin de l’exercice…

La certification en bonne voie 

Ce test, grandeur nature, clôture ainsi l’exercice MILEX18, qui a duré deux semaines. Mais surtout il vient au terme de six mois de préparation côté espagnol pour qualifier le QG de la Rota comme un des futurs quartiers généraux d’opération de l’UE. « Je suis très satisfait » nous confie l’Amiral Antonio Martorell Lacave, commandant du quartier général. L’Espagne va rejoindre ainsi le club, assez fermé, des pays disposant d’un tel QG : la France avec Suresnes Mont Valérien, l’Allemagne avec Potsdam, l’Italie avec Rome, et la Grèce avec Larissa. Rota devrait remplacer à terme le QG de Northwood (Royaume-Uni) dont la certification européenne va automatiquement être révoquée, en mars 2019. A cause du Brexit.

Un soutien politique fort

Un beau coup politique également pour Madrid… Sur le Juan Carlos 1er, en effet, étaient présents sur le pont, le nec plus ultra européen. Armés de casquette et lunettes de soleil, casque anti-bruit et jumelles, la plupart des ambassadeurs du Comité politique et de sécurité de l’UE et les représentants militaires des ’28’, ont suivi les faits et gestes des avions et bateaux, et commenté la situation. Le président du comité militaire (le général grec Kostarakos), le chef de l’état major de l’UE (le général finlandais Pulkkinen), le chef de l’agence européenne de défense (l’Espagnol Jorge Domecq) et le secrétaire général adjoint du SEAE (le service diplomatique européen) chargé de la défense étaient également du déplacement. Autant dire que leur présence, joyeuse, voire enthousiaste pour certains, sur le navire valait toutes les approbations politiques.

Un défi relevé pour l’Espagne

Devant un public de journalistes venus nombreux, spécialement de Madrid pour l’occasion, la ministre de la défense espagnole, Maria Dolores de Cospedal, ne s’est d’ailleurs pas cachée de ce succès. « L’Espagne a suffisamment d’expérience et expertise » pour relever le « défi de fournir une capacité stratégique de commandement et contrôle ». Le QG de Rota est « un excellent candidat pour héberger le QG du commandement d’Atalanta ». La candidature espagnole est « pleinement soutenue » affirme la ministre, qui a mis en valeur « le pari espagnol pour la PSDC ».

(Leonor Hubaut, avec NGV)

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Démonstration de force

L’État major espagnol a voulu profiter de l’occasion pour sortir les muscles et faire une véritable démonstration de force devant leurs alliés européens. Au total, plus de 550 militaires, de terre, air et mer, ont participé à la journée. Un défilé aérien a permis de voir en action des chasseurs Harrier AV-8B, des hélicoptères d’attaque Tigre, des hélicoptères de transport Chinook et Cougar ou maritimes comme le Sea King SH-3D, le Sea Hawk SH-60B ou l’AB 212. Étaient aussi présents un avion de surveillance maritime P-3M Orion et un Casa C-295 qui a apporté la touche finale à l’exercice, en larguant une unité de parachutistes marins, dans un exercice de simulation de sauvetage de deux pilotes en haute mer.