Le mot de l’éditeur

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Un jour, un de mes rédacteurs en chef qui rechignait à publier un de mes reportages  m’a répondu, un peu agacé : « Mais tu n’as qu’à mettre ça sur un blog »… A son sens, il s’agissait plutôt de le mettre dans la corbeille. Mais le conseil est demeuré dans le creux d’une de mes oreilles. Et quand à la faveur d’événements plus personnels, j’ai aussi découvert la facilité de cet instrument, au point de vue technique, comme de sa puissance en matière de diffusion de l’information, je me suis lancé. D’abord avec un blog spécialisé sur les questions sociales. Puis ensuite avec ce blog, initialement axé sur les questions étrangères et de défense européenne qui est devenu en peu de temps un média de référence pour décrypter l’Europe politique dans son ensemble.

Une nouvelle forme de journalisme

La tenue d’un blog comme celui-là oblige à renouer avec la pratique journalistique des débuts avec les avantages de l’électronique. Aller sur le terrain et dans les coulisses. S’attacher à avoir les sources primaires (le texte quand il s’agit d’une analyse politique ou juridique) et pas seulement son résumé pour la presse. Les sourcer, les comparer, les critiquer, pouvoir corriger ou adapter un texte déjà paru en fonction de l’actualité ou de nouveaux éléments obtenus.

Une relation privilégiée avec le lecteur

Cet instrument souligne également l’importance de la relation directe avec les lecteurs, relation un peu perdue dans l’atmosphère d’une rédaction. Il y a des lecteurs à la fois ignorants et avides de découvrir qui vous posent une question apparemment innocente mais qui est une vraie colle ou vous oblige à s’interroger ; d’autres exigeants, habiles et avisés, qui vous en apprennent plus que vous savez. Ce dialogue riche – par le biais des commentaires ou des rencontres – est une des richesses insoupçonnées et insoupçonnables de ce blog (car les commentaires sont en général rarement publiés).

Cela oblige aussi à être plus « pédago » : tous les lecteurs ne sont pas au même niveau de connaissance, ni surtout dans le même environnement géographique. Ils n’ont pas les mêmes références géopolitiques, ou historiques. Du coup, même si on ne peut s’empêcher de « jargonner » de temps à autre, le retour du bâton arrive très rapidement. Et on prend plaisir alors à expliquer, détailler des points qui paraissent évidents.

Le refus d’être bridé

Le blog permet d’exercer toutes les formes du journalisme: le reportage, l’éditorial, la petite news, l’analyse plus complète, le décryptage, l’interview… Là où la plupart des rédactions vous cantonnent dans un seul exercice. On peut manier l’ironie et l’humour comme le sérieux ou le tragique. Il permet également de faire de l’actu à chaud comme de revenir quelques jours, ou quelques semaines après, quand on a « digéré » l’événement sur un fait, une actualité.

Bien racontées, les histoires européennes passionnent

Combien de fois ai-je entendu ces commentaires, un rien routiniers, de confrères, pourtant intelligents, sympathiques, mais qui aux commandes de quotidiens réputés, répètent à satiété : « l’Europe nous emmerde », « l’Europe on n’y comprend rien », « il n’y a pas de place », « ça n’a pas d’intérêt »… Ce blog prouve le contraire. Il y a un intérêt pour les « histoires européennes »,  Et pas seulement dans la bulle européenne. Au-delà…

Bref le blog c’est du « vrai » journalisme, avec sans doute davantage de risques, de responsabilités… mais quel plaisir !

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