L’OTAN en état de mort cérébrale (Macron)

(B2)  Le président français Emmanuel Macron avait déjà été assez dur au Conseil européen en octobre dernier (lire : La faute lourde des Occidentaux et de l’OTAN en Syrie (Emmanuel Macron)). Il est encore plus dur dans un entretien avec The Economist, paru hier

Le bureau de l’Elysée – centre du pouvoir français (crédit : Elysée)

Être lucide

Il avertit les pays européens qu’ils ne peuvent plus compter sur l’Amérique pour défendre leurs alliés de l’OTAN. « Pour la première fois, nous avons un président américain qui ne partage pas l’idée du projet européen, et la politique américaine se désaligne de ce projet ». L’exemple de la Syrie l’a montré. « Nous devrons à un moment faire le bilan de l’OTAN. Ce qu’on est en train de vivre, c’est la mort cérébrale de l’OTAN. Il faut être lucide », a déclaré E. Macron. « On doit en tirer les conséquences. »

Une offensive turque sans coordination

Ce constat est clair, si sur le plan militaire cela fonctionne, « sur le plan stratégique et politique, force est de constater que nous avons un problème ». « Nous assistons à une agression menée par un autre partenaire de l’OTAN qui est la Turquie, dans une zone ou nos intérêts sont en jeu, sans coordination. Il n’y a pas eu de planification ni de coordination par l’OTAN. Il n’y a même pas eu de déconfliction par l’OTAN. »

Un réveil européen nécessaire

Il est grand temps que l’Europe « se réveille » a-t-il ajouté. L’Europe se trouve « au bord du précipice », a-t-il déclaré, et doit commencer à se penser stratégiquement en tant que puissance géopolitique. Sinon, nous ne « contrôlerons plus notre destin ». « Notre défense, notre sécurité, les éléments de notre souveraineté, doivent être pensés en propre. » Et la « première chose pour y arriver, c’est de retrouver la souveraineté militaire ». C’est-à-dire une « Europe de la défense, une Europe qui doit se doter d’une autonomie stratégique et capacitaire sur le plan militaire ».

Une autre politique avec la Russie

Autre point d’indépendance : « rouvrir un dialogue stratégique, sans naïveté aucune et qui prendra du temps, avec la Russie. » Les Européens doivent  « réinternaliser votre politique de voisinage, vous ne pouvez pas la laisser gérer par des tiers qui n’ont pas les mêmes intérêts que vous ».

La question de l’article V en débat

Durant cette interview (qui a eu lieu le 21 octobre dans son bureau de l’Élysée à Paris), le journal américain lui a demandé s’il croyait en l’efficacité de l’Article V, à l’idée que si un membre de l’OTAN était attaqué, tous lui viendraient en aide, ce qui, selon de nombreux analystes, sous-tend l’effet dissuasif de l’alliance. « Je ne sais pas » a-t-il avoué. « C’est quoi l’Article 5 demain ? C’est-à-dire que si le régime de Bachar al-Assad décide de répliquer à la Turquie, est-ce que nous allons nous engager ? »

(NGV)

Télécharger le transcript de l’interview en FR et en ENG

Agir ensemble, le mot clé d’Emmanuel Macron. Un triptyque pour l’Europe de la défense

(B2 à l’Hôtel de Brienne) Dans son allocution aux armées à la veille du défilé du 14 juillet, samedi (13 juillet), Emmanuel Macron a tenu, entre autres sujets (la modernisation de l’armée, les retraites, le souvenir aux morts et soutien aux blessés), à redire la nécessité d’une Europe de la défense

Emmanuel Macron à l’Hotel de Brienne aux côtés de F. Parly (Min. Armées) et G. Darrieussecq (Min. Armées). Au premier plan, le général François Lecointre, chef d’état major des armées (© NGV – B2)

« Jamais, depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, l’Europe n’a été aussi nécessaire. La construction d’une Europe de la défense, en lien avec l’Alliance atlantique est pour la France une priorité. Elle constitue le fil rouge de ce défilé. »

Ce discours est intéressant à différents points de vues

Au-delà de mots qui peuvent sembler convenus, le président français semble redéfinir ce que représente pour lui l’Europe de la défense. Une vision qui est appelée à être plus consensuelle auprès de l’ensemble des partenaires européens comme des Américains.

Plus d’hésitation terminologique

En premier lieu, après quelques hésitations terminologiques — défense européenne, armée européenne (1) — , on en revient au mot d’origine « l’Europe de la Défense » qui a l’avantage de ne pas définir qu’un aspect, mais de bien symboliser l’ensemble de la politique européenne de défense (les Allemands utilisent le terme d’Union européenne de défense qui est assez semblable en quelque sorte).

Un triptyque d’actions

Ensuite, le président présente cette Europe de la défense comme reposant sur trois éléments : la culture stratégique, les capacités communes et les opérations. Il trace ainsi une certaine cohérence entre diverses initiatives qui semblaient un peu confuses.

Une autonomie stratégique française au service de l’Europe

Enfin, il laisse de côté l’autonomie stratégique qui est, elle aussi, redéfinie comme une autonomie stratégique française « au service de l’Europe ». Ce qui est plus crédible. La notion d’autonomie stratégique ‘à la française’, n’étant pas partagée (loin de là) en Europe. Il lance aussi un appel du pied aux partenaires européens les plus sceptiques sur une initiative européenne trop ‘décollée’ de l’Alliance atlantique.

Une capacité d’agir collectivement

Pour le président français, les mots clé sont désormais : « Agir ensemble » et « renforcer notre capacité à agir collectivement ». « Car notre sécurité et notre défense passent par l’Europe. » Cette Europe de la Défense ne signifie « pas de renoncer à la souveraineté nationale ni renoncer à l’Alliance atlantique ».

Additionner nos atouts

« Cela signifie [qu’]additionner nos atouts peut nous permettre de gagner en force et en efficacité. C’est acter le fait que notre Europe est aussi une Europe qui protège, et que cette mission pour nos peuples la rendra plus crédible encore. »

Une culture stratégique commune

« Agir ensemble c’est faire en sorte de constituer une culture stratégique pour demain et pouvoir envisager des engagements opérationnels conjoints » a indiqué le président français mettant en avant l’initiative européenne d’intervention ou IEI (2), qui était à l’honneur du défilé du 14 juillet.

Des capacités en commun

« Développer des projets communs et des capacités collectives a du sens » a-t-il indiqué, faisant référence aux 34 projets de la PESCO (la coopération structurée permanente), au Fonds européen de défense et au projet de système aérien du futur (SCAF) développé en commun avec l’Allemagne et la France.

Des opérations nationales avec le soutien européen

« Il n’est plus une opération aujourd’hui sans des partenaires européens, sans dynamique européenne » citant l’opération Barkhane au Sahel, Chammal au Levant (Irak et Syrie) ou la mission Clemenceau autour du groupe aéronaval Charles-de-Gaulle.

Une autonomie stratégique précisée

Nous voulons « renforcer notre autonomie stratégique qui doit s’inscrire dans un cadre européen » a indiqué le président, faisant référence à l’effort de modernisation des équipements engagé (cf. encadré). « Notre nation doit agir aujourd’hui pour rester maître de son destin aux côtés des Européens. »

(Nicolas Gros-Verheyde, à Paris)

  1. « L’armée européenne c’est l’ambition » dit la ministre française des Armées Florence Parly dans une interview au Parisien
  2. Cette initiative issue du discours de la Sorbonne et lancée il y a un an semble patiner un peu malgré les dires officiels.

Un effort conséquent pour moderniser l’armée française

Le président a voulu aussi s’affirmer comme le garant de l’effort de modernisation de l’armée française qui passe par l’arrivée de nouveaux équipements modernes.

Une modernisation engagée

« La modernisation est lancée » a précisé Emmanuel Macron citant notamment les avions Rafale de 3e génération, le programme Griffon pour l’armée de terre, le nouveau sous-marin d’attaque Suffren, les nouvelles fusils d’assaut équipant l’armée de terre ou la nouvelle frégate FREMM et le navire Antilles-Guyane et navires. Équipements en bonne et dûe forme inclus dans la loi de programmation militaire (1). « Je veillerai personnellement à son application » (2). Le président a aussi annoncé la création d’un grand commandement de l’espace.

Un effort budgétaire sur le temps long

« L’effort budgétaire pour la défense sera tenu car le contexte stratégique le nécessite. C’est ma responsabilité de chef des armées de voir loin, de ne jamais céder aux sirènes du court terme, de maintenir notre nation dans le temps long de la victoire » indique E. Macron. Et d’ajouter : « La France est ambitieuse pour l’Europe. Elle l’est aussi et, avant tout, pour elle-même ».

Un message à vocation interne comme externe

Ce message a essentiellement une vocation interne, histoire de cautériser les plaies d’une armée un peu ébranlée par l’éviction manu militari du général de Villiers de ses fonctions de chef d’état-major en 2017, mais aussi de justifier aux yeux de l’opinion française un effort budgétaire au moment de choix délicats. Il a aussi une portée européenne (cf. ci-dessus) et au-delà, à destination des États-Unis de Donald Trump, demandeurs réguliers d’un partage plus important du fardeau, comme de certains voisins inquiétants : Russie, Syrie et Turquie (3).

(NGV)

  1. Pour être juste, il faut dire que cette modernisation a été engagée sous ses prédécesseurs. Il y a ainsi une nette continuation des présidences Hollande-Macron. Deux évènements ont principalement motivé cette remontée en puissance : l’intervention au Sahel en janvier 2013 et les attentats de 2015. Une singulière différence avec la plupart des autres pays européens qui n’ont commencé à prendre conscience du nécessaire réengagement qu’après l’intervention russe en Ukraine (lors du sommet du Pays de Galles en septembre 2014) et les quelques coups de semonce supplémentaires de Donald Trump.
  2. Lire aussi : LPM. La France met le booster sur sa défense et veut rester l’armée de référence en Europe
  3. La Turquie est mentionnée sciemment. Le gouvernement turc s’inscrit aujourd’hui très nettement à l’inverse des positions françaises, soutenant sur le terrain en Syrie comme en Libye des forces adversaires. Ses navires de forage sont présents dans la zone économique exclusive maritime de Chypre au détriment des intérêts chypriotes et français (Total étant présent), sans oublier l’équipement en missiles de défense anti-aérienne S400.

Entretiens. L’Europe doit mieux réfléchir à sa défense (L. Gautier)

(B2) Les Européens doivent faire preuve d’une volonté politique forte pour faire face à leur environnement géostratégique en bouleversement, selon Louis Gautier, ancien secrétaire général pour la défense et la sécurité nationale (SGDSN). C’est ce qu’il a expliqué lors des entretiens de la défense européenne à Paris jeudi (16 mai)

Louis Gautier aux entretiens de la défense européenne avec S. Rodrigues, un des organisateurs des rencontres (Crédit : Sorbonne/IREDIES)

Un constat qui demande une réflexion politique

Un environnement international délétère, une Europe fragilisée

L’environnement international et stratégique est « délétère ». Des conflits qui semblaient oubliés reviennent et se rapprochent de la périphérie de l’Europe. De nouveaux dangers (cyber, spatiaux…) se développent. Le constat que fait Louis Gautier n’est pas engageant. D’autant que l’Union européenne est aujourd’hui « fragilisée », minée par ses divisions. La situation s’est « encore détériorée ces derniers mois » : l’Italie, membre fondatrice de l’Union, rejoint le camp des eurosceptiques, le Royaume-Uni persiste dans les errements du Brexit. Le « plus inquiétant » concerne les inconnues qui pèsent sur l’équation de sécurité européenne : le démantèlement des accords conclus à la fin de la guerre froide, l’amoindrissement de la garantie américaine, ou ce qui est ressenti comme tel, et les provocations russes.

Etre lucides !

Face à ces enjeux, c’est à un constat de lucidité qu’appelle Louis Gautier : « les Européens sont incapables de faire face collectivement à une crise majeure qui surviendrait sur leur sol ou à un conflit dans leur voisinage ». La nécessité d’agir de façon stratégique doit être repensée. « L’Europe, c’est en fonction du monde qu’on doit la faire. Et la défense européenne doit répondre à ces défis de sécurité ». L’Europe et sa défense, telles qu’elles avaient été imaginées au début, doivent être « réinterrogées ». Et n’envisager la défense européenne qu’au « prisme des capacités » est une erreur. On doit commencer par « dessiner un paysage stratégiquedéterminer des enjeuxdéfinir nos intérêts collectifs ».

Une relance possible ?

Certes, la relance du projet de défense européenne est bien engagée, avec une « multiplication des projets », entre 2016 et 2018. C’est « très positif ». Avec le fonds européen de défense (FEDef), « pour la première fois, il y aura sur la table de l’argent européen pour la défense et cela va changer la donne ». Mais ces projets n’ont un intérêt que si l’on a des organes de gouvernance, une définition des priorités. Il s’agit maintenant de faire attention à ce que cet élan ne retombe pas. On a « déjà connu des poussées similaires » lors du Traité de Maastricht, du sommet de Saint-Malo ou du retour de la France dans l’OTAN et du Traité de Lisbonne. Et l’élan a toujours fini par s’essouffler. Les objectifs sont « à chaque fois revus à la baisse, jamais mis en œuvre, restés en suspens dans les déclarations ». L’Union européenne reste « handicapée par les divisions européennes, le manque de volonté, les déficits capacitaires ». Les réticences, les habitudes et les conservatismes l’emportent sur le dynamisme.

La clé : la volonté politique pour une intervention collective

La volonté politique est donc la condition majeure pour obtenir des avancées durables. Aujourd’hui, l’Union serait « absolument incapable de gérer une crise majeure sur son sol ». L’Union reste faible dans la défense de ses intérêts, qu’ils soient industriels, économiques ou sécuritaires, martèle le spécialiste des enjeux stratégiques. En cas d’attaque, les États répondront avec des moyens nationaux, moyens inégaux en fonction des capacités de chacun. Ce alors que « les brèches chez les uns créeront des vulnérabilités chez les autres ». C’est bien le manque de vision stratégique de l’Union qui paralyse les efforts.

En finir avec l’éternel débat UE – OTAN

Il faut arrêter de se concentrer sur l’éternel débat UE-OTAN car il s’agit aujourd’hui d’une question qui concerne « les États, leur réponse collective, et le fait que l’Union européenne peut faciliter leur coordination ». Sans intervention collective des Européens, « nous ne pouvons pas obtenir les solutions de sortie de crise ». Alors même que certaines de ces solutions sont à la portée des États membres. Cela a été démontré lors du conflit au Kosovo : des conseils européens réguliers ont « rythmé les opérations par des décisions qui ont maintenu unis les Européens ».

Des clarifications nécessaires

Les Européens n’ont « jamais été collectivement capables de définir quelle devait être leur contribution collective à leur défense collective ». Quel que soit le cadre.

Cerner les objectifs de la défense européenne

Le concept même d’‘Europe de la défense’ — un ‘mot valise’,« très français », intraduisible pour nos partenaires — permet de mettre « un peu tout dans le même sac : des coopérations intergouvernementales, les projets communautaires, le pilier européen dans l’OTAN… » Sans spécifier suffisamment les aspects sur lesquels travailler. Clarifier les contours de cette défense européenne est nécessaire. Il faut « cerner les objectifs, car trop d’ambition effraie ».

Une indispensable clarification entre l’OTAN et l’UE

Cela implique aussi une « indispensable clarification » entre l’OTAN et l’UE. « Jusqu’à preuve du contraire », la défense collective européenne « se fait dans l’OTAN ». Mais l’Union doit vérifier qu’elle est en mesurer de gérer des attaques qui ne relèveraient pas de la responsabilité de l’OTAN. « Les réponses, elles sont européennes ». On ne peut pas se reposer sur une distribution des rôles dans laquelle l’OTAN s’occupe des questions militaires pendant que l’Europe « ne ferait que du capacitaire ». Parce que, déjà, « c’est faux » selon Louis Gautier. Et car le développement des capacités vient, avant tout, « au service d’une politique militaire, industrielle. »

Cinq priorités pour la suite

D’abord, « l’affirmation stratégique » des Européens. Qui doivent comprendre qu’ils ont des enjeux communs à défendre et que personne ne va les défendre pour eux. Mais aussi « la protection » des frontières, des citoyens, la capacité de « réaction aux crises », « le capacitaire » et « le renforcement de la BITD [Base industrielle et technologique de défense] ». Pour ce faire, il faut « consolider l’autonomie technologique » de l’Europe, anticiper plus et mieux, et améliorer la cohérence et cohésion des structures. Alors que le budget militaire européen est de « 230 milliards d’euros », supérieur à celui de la Chine, les duplications ont un prix : « l’absence de crédibilité ». Et « si les Européens ne s’activent pas, ils sont les grands perdants du 21ème siècle ».

(propos recueillis par Coline Traverson, st.)

Lire également :

Jolyon Howorth est désormais Français, officiellement

(B2) Le célèbre professeur britannique Jolyon Howorth, spécialiste de la politique européenne de sécurité et de défense, a reçu mardi soir (4 juin) son certificat de nationalité française des mains de l’ambassadrice de France à Bruxelles (Claude-France Arnould) et du consul général (Raphaël Trannoy)

J. Howorth (au premier plan) sous l’oeil attendri et observateur de C.-F. Arnould (ambassadrice de France) et de R. Trannoy (consul général). Sur le piano, le document officiel de la nationalité française (© NGV / B2)

Nous étions ainsi réunis avec quelques amis et personnalités qui ont œuvré sur les questions de défense européenne, de Joachim Bitterlich (ancien conseiller d’Helmut Kohl) à Pierre Vimont (ancien secrétaire général du SEAE et ambassadeur à Washington) en passant par Jamie Shea (ancien porte-parole de l’OTAN) et Giles Merritt (Friends of Europe), pour célébrer l’entrée dans le corpus de la citoyenneté française « d’un des plus Français des Britanniques ». Une naturalisation qui n’est pas anodine puisqu’elle intervient au titre « de services exceptionnels à la France ou dont la naturalisation présente un intérêt exceptionnel pour la France » comme l’a précisé notre hôte, l’ambassadrice de France en Belgique, Claude-France Arnould.

Un choix réfléchi depuis longtemps

Le choix de la nationalité française n’est pas simplement dû au hasard ou au Brexit. Jolyon, qui connait la France aussi bien que vous et moi, est capable de s’exprimer en anglais… avec l’accent français. C’est un Parisien d’adoption, où il réside de manière semi-permanente (avec un autre pied-à-terre dans le sud de la France). Il a toujours un petit appartement dans le 5e, son quartier préféré depuis 1968. Il a été chargé de cours à l’université Sorbonne III Nouvelle de 1969 à 1977. Il avait déjà pensé à demander la nationalité française — nous a-t-il confié – mais s’était heurté au veto de son épouse d’alors. Le « vive la France, vive la République » qui a ponctué son discours est donc un vrai cri du cœur.

Un spécialiste de l’histoire française

Pour ceux qui l’auraient oublié (comme moi), Jolyon n’est pas seulement un spécialiste de la défense européenne reconnu par tous. C’est aussi un féru de l’histoire du socialisme français. Il a ainsi consacré sa thèse (en histoire française) au rôle joué par Edouard Vaillant (et Jean Jaurès) dans la création du parti socialiste unifié en France. « Un rare moment de 1905 à 1920 où la gauche a été réunifiée ». Une recherche intéressante au moment où les élections européennes ont montré à nouveau « la dispersion en plusieurs partis se revendiquant du socialisme ».

Un précurseur dans l’autonomie européenne de défense

Dans le domaine de la défense, ses travaux ont fait souche car il a commencé très tôt à s’intéresser à ce sujet. Son premier ouvrage sur la question date de 1997 (« L’Union européenne et la politique de défense nationale, avec Anand Menon) ; il s’intéresse déjà à la question de « l’autonomie d’Etat », alias ‘autonomie stratégique’ ou ‘freedom of action’. En 2000, il publie un livre en quelque sorte prémonitoire : « Intégration européenne et défense: le défi ultime ? » et réitère en 2003 avec un « The EU, NATO and the Quest for European Autonomy » (avec John T. S. Keeler). Pour terminer par son ouvrage devenu une référence, « Security and defence Policy in the European Union » (2e édition 2014).

(Nicolas Gros-Verheyde)

Lire aussi : Entretiens. Une ‘grand strategy’ pour l’Europe (J. Howorth)

Entretiens. Une ‘grand strategy’ pour l’Europe (J. Howorth)

(B2) L’Union européenne doit reconsidérer sa relation avec les Etats-Unis et l’OTAN pour faire émerger une stratégie de défense européenne. C’est ce qu’a défendu Jolyon Howorth, professeur émérite à la Harvard Kennedy School, durant les seconds entretiens de la défense européenne à Paris jeudi (16 mai)

Jolyon Howorth aux entretiens européens de la défense (Crédit : Sorbonne/IREDIES)

Face à la création d’une armée européenne, trois obstacles…

Les Américains s’inquiètent des conséquences d’une défense européenne pour leur leadership. Les Britanniques jouent l’ambivalence pour ne pas froisser les États-Unis. Les Européens peinent à se mettre d’accord sur la marche à suivre. Trois obstacles qui ont fait « échouer » les deux premières tentatives de forger une armée européenne, la Communauté Européenne de Défense (CED) dans les années 1950 et la première version de la politique de défense (la PESD ou politique européenne de sécurité et de défense) à la fin des années 1990 début 2000, et qui continuent à freiner les nouvelles initiatives.

Les Américains, d’accord sur le principe d’une défense européenne

Les Américains, souvent critiqués pour le retard que prennent les initiatives européennes en matière de défense, n’étaient pas toujours défavorables à l’idée et ne s’y « opposent pas par principe, au contraire ». Mais une question les taraude, celle des « conséquences pour le leadership de l’Alliance, voire pour son avenir » si une défense européenne crédible devait se former. D’où l’ambivalence des États-Unis sur cette idée que Eisenhower regardait pourtant en 1951 comme un des objectifs de l’Alliance, idée légitimée par les multiples injonctions américaines à augmenter les budgets européens de défense. Cette position confuse s’inscrit dans le débat existentiel qu’est la définition de la prochaine « grand strategy américaine », explique Jolyon Howorth.

… mais des inquiétudes subsistent sur leur leadership au sein de l’Alliance

Après « quarante ans de leadership incontesté des alliés européens », le courant « liberal hegemon » qui définit la politique des Etats-Unis depuis longtemps se voit contester par les partisans de « l’offshore balancing ». Lesquels prônent un repli américain sur « un nombre fort limité de bases stratégiques » et un « transfert aux Européens de la responsabilité principale de leur propre sécurité ». La question reste ouverte alors que Donald Trump « semble s’y associer », sans toutefois « comprendre un instant le sens profond de ce débat stratégique ».

Les Britanniques, réfractaires à toute intégration européenne

Les Britanniques ont été, eux, « beaucoup plus réfractaires que les Américains au projet dès le début ». Et ils continueront de « freiner l’avancée des Européens vers une autonomie stratégique », rendant l’axe Paris-Berlin « d’autant plus urgent ». La vision britannique est celle d’une sécurité européenne bâtie sur une « clé de voûte » : l’OTAN. Les Européens étant simplement relégués à un rôle « complémentaire ». C’est pourquoi « Londres a bloqué toute avancée » qui aurait pu mener à une armée européenne tout en réclamant pourtant « à cor et à cri » un « engagement inconditionnel » à la sécurité européenne, selon le professeur, lui-même British. Pourtant fermement soutenue par Winston Churchill dès le début, la défense européenne a vite inquiété outre-Manche, le Royaume-Uni anxieux de « préserver le partenariat avec les États-Unis ». Le pays avait par exemple refusé la CED dès 1953, craignant que « le succès de l’armée européenne n’entraîne le désengagement américain ».

Les Européens indécis et divisés

Mais au final, les Européens sont leurs propres ennemis. Les divisions nationales sur la manière de construire l’Europe persistent et se retrouvent, « de façon profonde, au sein des familles politiques ». Mais avec le nouveau contexte géostratégique, de plus en plus complexe et multidimensionnel, « l’Union européenne ne peut plus se permettre le luxe de ses divisions internes ». Il faut repenser notre stratégie pour « passer de l’Europe de la défense, à la défense de l’Europe ». Ces divisions cristallisent l’opposition entre « l’intégrationnisme » prôné par Monnet et « l’intergouvernementalisme », selon le modèle gaullien. La politique de sécurité et de défense commune (PSDC) a, depuis Saint-Malo,  et la déclaration franco-britannique de 1998, été développée dans le cadre de ce dernier, un modèle « de plus en plus mis en question ». Les dernières évolutions en matière de défense nous placent à nouveau « face à la confrontation de ces deux méthodologies contradictoires ».

Trois défis majeurs aujourd’hui

Définir une stratégie européenne propre 

Il faut développer une « grand strategy » à l’européenne martèle Jolyon Howorth. L’un des problèmes fondamentaux de la première version de la PSDC fut son « manque d’ambition » par « crainte de froisser » les Américains. Pourtant, « la seule ambition qui vaille pour l’Union européenne est d’assumer sa propre défense collective ». Et donc d’arrêter de penser qu’il est impossible pour l’Europe de se défendre sans le soutien américain. Et il faut « pouvoir s’adapter à la nouvelle donne planétaire ». « Après Trump, il n’y aura pas de retour à la case départ ».

À quel prix

« L’armée européenne ne s’achètera pas parmi les soldes de chez Tati ». Les États membres de l’OTAN ont dépensé « 264 milliards de dollars » sur les questions de défense en 2018. Si tous les pays avaient atteint l’objectif fixé par l’OTAN de 2% du PIB, cela aurait majoré la somme de « près de 102 milliards de dollars ». Mais une armée européenne autonome pourrait représenter jusqu’à « 467 milliards de dollars supplémentaires » rappelle l’universitaire, se basant sur une étude récente du International Institute for Security Studies (IISS) qui fait l’hypothèse d’un retrait américain d’Europe. Un engagement conséquent donc.

Et avec qui ?

Si beaucoup pensent que l’armée européenne sera forgée « à l’extérieur de l’OTAN, sans les Américains, voire contre », Jolyon Howorth n’en est pas persuadé. Une armée européenne ne doit pas être construite contre les Américains, mais « en bonne intelligence avec eux ». Car l’Alliance ne va pas se dissoudre de sitôt. Et elle peut avoir un rôle moteur alors qu’il existe actuellement « quatre-vingt projets de coopération » entre l’OTAN et l’UE, et que les Américains « n’arrêtent pas de nous demander des efforts accrus, de nous encourager à assumer le leadership stratégique dans notre voisinage ». Il faudrait plutôt revenir au scénario initial : une alliance « rééquilibrée » dans laquelle les Européens « prennent graduellement la part du lion » et les Américains jouent « le rôle de facilitateurs ». Pour former une alliance qui ne soit pas « structurée par la dépendance, encore moins par la servitude ».

(Coline Traverson st.)

B2 est partenaire média des seconds entretiens. Le programme de la journée : Les 2e entretiens de la défense. C’est le 16 mai. D’autres articles suivent…

Lire aussi :

L’occasion ratée de la CED. La France suscite la Communauté européenne de défense puis la tue

Pourquoi les Européens n’arrivent pas à convaincre lors de l’achat d’équipements militaires

(B2) Mois après mois, les résultats tombent. Quand ils ont le choix, certains Européens préfèrent acheter américain plutôt qu’européen. Pourquoi ?

Coastal Ranger Commando en exercice au large de la Norvège (crédit : Mission US à l’OTAN)

Un achat de défense n’est pas uniquement un achat

En matière de défense, un pays n’achète pas seulement un matériel, il répond à une histoire — tradition maritime, terrestre, etc. —, une géopolitique intérieure — neutralité, non aligné, aligné, autonome —, une affirmation de soi — volonté de prouver au peuple, à ses voisins sa puissance —, un contexte géopolitique — proximité ou non d’adversaires ressentis ou réelle —. La volonté d’avoir une autonomie d’équipements, ou non, découle de tous ces facteurs.

La meilleure défense face à un adversaire …

Face à la Russie, nombre de pays européens estiment que la meilleure défense reste les États-Unis. Il ne s’agit donc pas de desserrer les liens qui existent avec les USA, mais de les resserrer. Et le meilleur moyen reste alors les achats d’équipement, qui solidifient de façon claire ce lien euro-atlantique.

La duplicité de l’appel à dépenser plus

C’est toute la duplicité de l’appel à dépenser davantage pour la défense. Appel largement soutenu par les Américains. Au-delà de l’objectif, justifié, de partage du fardeau entre Européens et Américains, la pression a un objectif purement économique : favoriser l’industrie américaine qui est la seule à répondre à la fois aux objectifs industriel (les matériels), opérationnel (l’interopérabilité), économique (le moins disant) et politique.

La panoplie complète des Américains

La fourniture des équipements militaires s’accompagne de la logistique, des armements et de la formation. Un ‘package’ ordinaire pour ce type d’armements. Mais les Américains ont une panoplie beaucoup plus complète, qui va de l’outil de financement à crédit au soutien logistique dans les opérations extérieures, en passant par la présence de troupes ou de matériels dans les pays concernés, destinés à les rassurer face à des voisins inquiétants, un forcing permanent de leurs politiques, sans oublier l’accueil de jeunes ou moins jeunes officiers ou sous-officiers stagiaires dans leurs écoles.

Un effort notable américain de formation

Rien que pour la Roumanie, par exemple, pays qui préside actuellement aux destinées de l’Union européenne, ce sont 700 officiers qui franchissent le seuil d’une des écoles militaires US, des écoles de guerre réputées aux simples écoles de gardes nationaux. Cela forge des réflexes, une culture commune, des camaraderies, une solidarité… et l’habitude d’utiliser certains matériels. Peu étonnant ensuite que chacun soit convaincu dans l’armée roumaine qu’il faille acheter ces équipements.

Une réflexion à engager

Si les Européens veulent un tant soit peu défendre leurs équipements, il va falloir réfléchir sérieusement à se doter de ces cinq outils : les échanges et l’accueil dans les écoles européennes — l’Erasmus militaire prôné dans la fin des années 2000 est un peu tombé dans l’oubli (1) —, le financement croisé, la présence dans les pays (qui ne soit pas dispersée).

(Nicolas Gros-Verheyde)

(1) Erasmus militaire, premier bilan à pas comptés

Lire aussi notre dossier N°71. Réfléchir à l’Europe de la défense demain

Mike Pompeo se prend une veste à Bruxelles. Les Européens résistent au lobbying US. Jusqu’à quand ?

(B2) La pression américaine très visible sur les Européens ces derniers jours a échoué sur deux sujets clés : l’accord sur le nucléaire iranien et la défense européenne. Les Européens ont refusé de plier. Mike Pompeo est reparti les mains vides. La diplomatie US mise en échec par les Européens. Fait assez rare pour être remarqué

Derrière les sourires, une petite humiliation … pour Mike Pompeo (source : Conseil de l’UE / sélection : B2)

Jusqu’à quand les Européens arriveront à rester ainsi unis ? C’est une question qu’on peut se poser. Chacun sait bien que la machine de guerre américaine est implacable, multipliant les alliances à revers, cherchant à diviser le continent européen, montant les États membres les uns contre les autres. De façon étonnante, malgré le Brexit, les divergences et les divisions politiques intenses entre les pays membres, les Européens jouent plus ou moins groupés. C’est un phénomène nouveau qu’il convient de suivre avec attention. La bataille n’est pas terminée.

Premier dossier : l’Iran

Soyons clairs. C’est une petite humiliation diplomatique que s’est vu infliger le ministre américain des Affaires étrangères Mike Pompeo. Venu de façon impromptue à Bruxelles pour rencontrer ses homologues européens, il espérait en ressortir avec une photo des E3 (France, Allemagne, Royaume-Uni) le saluant de concert. Histoire de pouvoir justifier d’une communauté de vues entre Européens et Américains sur le dossier sensible du nucléaire iranien. Il en a été pour ses frais.

Mike Pompeo a dû rencontrer séparément chacun des ministres. Sans photo à l’appui. Il en a été réduit, après un détour par l’OTAN, à revenir saluer la Haute représentante de l’UE pour obtenir — cette fois photo à l’appui — une poignée de main de la chef de la diplomatie européenne. Une politesse plutôt qu’une reddition.

NB : Même si les deux bords de l’Atlantique partagent une certaine communauté de vues sur le danger iranien au plan régional ou balistique (Paris étant plus proche de Washington sur ce point que Berlin), ils divergent totalement sur la manière d’arriver à leurs fins. Les États-Unis ont rompu l’accord international pour faire pression. Les Européens considèrent que les Iraniens respectent le ‘deal’ et qu’il faut plutôt continuer le dialogue avec eux pour les amener à négocier d’autres points.

Deuxième dossier : la défense européenne

Dans la suite directe des pressions en tout genre exercées par les Américains tant sur les députés européens que sur les commissaires ou les États membres (lire : Les États-Unis déclenchent une opération de lobbying pour miner le Fonds européen de défense), deux sous-secrétaires (Défense et Affaires étrangères) se sont fendus d’une bafouille comminatoire à la Haute représentante de l’UE Federica Mogherini, avec copie au président du Parlement européen Antonio Tajani et au vice-président de la Commission Jyrki Katainen.

Une lettre en forme d’ultimatum et de menaces en tous genres. Objet de leur courroux : principalement, le Fonds européen de défense (FEDef) accusé de favoriser la base industrielle européenne. Les Américains veulent que leurs entreprises soient traitées d’égal à égal et recevoir, eux aussi, des financements européens. La coopération structurée européenne (PESCO) est également dans le viseur, les Américains estimant que l’ouverture aux pays tiers (entendez les États-Unis ou le Royaume-Uni) est trop ‘exceptionnelle’ et soumise à plusieurs conditions. Les Américains veulent entrer dans la place comme acteur privilégié sans l’épée de Damoclès du droit de veto (lire : Les États-Unis tancent les Européens sur leurs initiatives de défense. La lettre américaine décryptée (V2)).

Un délai jusqu’au 10 juin est ainsi laissé aux Européens pour répondre avec injonction de modifier la législation européenne, sous peine d’entacher gravement le pacte OTAN-UE… On tremble déjà. Plus concrètement, la pression s’exerce sur les entreprises : toute entreprise qui recevrait un financement européen s’exposerait à se voir fermer les marchés américains si elle respectait intégralement les dispositions (notamment sur la propriété intellectuelle). En clair, une menace très concrète de mesures de rétorsion.

Là encore, les Européens ne se sont pas laissés démonter et s’apprêtent à renvoyer une réponse très polie aux Américains… mais très ferme.

Commentaire : Un double jeu américain très agaçant

Les États-Unis mènent sur la question de la défense européenne un double jeu. Washington, Donald Trump en tête, tempête sur tous les tons, se plaignant de supporter tout le fardeau de la défense du continent, raillant le manque d’investissement matériel et financier des Européens. Et quand les Européens se prennent en main, décident de mettre en place des instruments pour y remédier, les Américains jouent à la vierge indignée, à l’atteinte au libre marché et aux accords euro-atlantiques.

Les Américains sont plutôt mal venus pour donner des leçons aux Européens sur ce point. Le marché européen de la défense est on ne peut plus ouvert, tandis que les Américains ont bordé leur marché de différentes protections en tous sens : marchés réservés aux firmes US, clause ITAR de réserve technologique à l’export, etc. (lire : Le protectionnisme en matière de défense ? Les Etats-Unis le pratiquent avec talent… et efficacité). De plus, ces initiatives ne menacent en rien la coopération UE-OTAN, et ne la dupliquent pas. Au contraire, elles vont permettre de nourrir cette coopération avec des capacités nouvelles et des financements complémentaires…

Washington réclame en fait d’avoir un plein pouvoir de décision, à égalité, avec les membres de l’Union européenne, sans payer un kopeck. Or, il y a un petit problème : les États-Unis, membre fondateur et primordial de l’OTAN, ne sont pas membres de l’Union européenne, et ne le seront jamais. Le départ britannique aidant, ils se rendent compte que leur compagnon, et fidèle allié de toujours, cherche à s’émanciper et voler de ses propres ailes. Ce qu’ils n’acceptent pas. Les Américains ont un problème : « ils ne parviennent pas à concevoir qu’on puisse avoir un pilier européen par nous mêmes » a confié, fort justement, un diplomate à B2.

De fait, on peut se demander si derrière cet intérêt empressé sur les initiatives européennes de défense, « il n’y a pas d’autres intérêts en jeu, d’ordre plus industriel et commercial » que politiques. Les Américains ont ainsi surtout peur de voir s’échapper un marché captif… comme lors de la création d’Airbus qui a permis l’émergence d’un géant mondial, à même de tailler des croupières à Boeing.

(Nicolas Gros-Verheyde)


Un pas de deux symbolique

On peut regarder sur les images prises par le service audiovisuel du Conseil, cet admirable pas de deux de la chef de la diplomatie européenne, indiquant le chemin à Mike Pompeo, puis rebroussant le chemin, dans un demi-tour droite digne des plus beaux pas de danse, pour lui indiquer le sens contraire… Mike Pompeo étant obligé de suivre la direction donnée par les Européens (à partir de la 20e seconde). Certains ont dû rire sous cape… de ce pas de deux symbolique.

La défense européenne : utopie ou réalités

(B2) C’est le titre de l’ouvrage que je prépare pour les éditions du Villard. ‘Utopie ou réalités’, c’est bien le dilemme auquel est confrontée aujourd’hui l’Europe de la défense ou la défense européenne

Je ne compte pas donner de bonne recette ou asséner une vérité. Dans ce domaine, il y a assez de théorie et d’idéologie, souvent assez binaire. La principale ambition de cet ouvrage est ailleurs. Il s’agit de découvrir et d’expliquer les dernières nouveautés, les acquis déjà opérationnels, les projets en cours, les défis ou simplement les idées. Tout cela avec des arguments, précis, puisés aux meilleures sources, et de façon la plus compréhensible possible.

Nous visiterons ainsi le fonds européen de défense, l’hypothèse d’une DG Défense à la Commission européenne, le commandement aérien intégré, l’ébauche d’un QG permanent militaire européen, l’initiative européenne d’intervention comme les idées d’avoir un Conseil européen de sécurité ou une armée européenne. Un ou deux invités surprises viendront compléter ou nuancer mon propos, tel un contrepoint.

Cet ouvrage est à paraitre dès que possible et au plus tard d’ici l’automne. Il aurait dû sortir avant ; j’en avais parlé à quelques uns d’entre vous. Mais ma résidence dans les Alpes a brûlé en partie (1). Ce qui a un peu bousculé mon planning, m’obligeant à départir une grosse partie de mon temps pour rétablir au plus vite ce qui est mon principal poumon et ma principale respiration dans ce monde complexe et où la rapidité prime sur la compréhension, ma résidence d’écriture en quelque sorte.

(Nicolas Gros-Verheyde)

  1. Heureusement nous avions une bonne assurance (du moins je l’espère), la Maïf pour ne pas la nommer. Je compte vivement sur cet assureur pour nous aider à franchir ce mauvais pas, préserver le maximum et rétablir l’habitation le plus vite possible.

Défense européenne : arrêtons de déclamer, détaillons !

(B2) Il ne se passe pas de mois désormais sans qu’un dirigeant en responsabilité au niveau européen ne présente une idée ‘nouvelle’ pour faire avancer l’Europe de la défense. En soi, c’est intéressant, cela anime le débat. Mais il serait nécessaire d’en savoir plus.

Une foison d’entreprises

On a mis en place une coopération structurée permanente. Puis est venue une initiative européenne d’intervention, dérivée d’une idée présentée par Emmanuel Macron il y a 18 mois, en septembre 2017. Ensuite sont venues plusieurs déclarations franco-allemandes (à Meseberg en juin 2018 et Aix-La-Chapelle en janvier 2019) qui ont évoqué une nouvelle solidarité militaire entre les deux pays et un conseil de sécurité de l’UE. Puis sont venues des déclarations de plusieurs leaders européens — tels le Français Emmanuel Macron, l’Allemand Angela Merkel, l’Espagnol Pedro Sanchez — annonçant un projet, « à terme », d’armée européenne (1). Des dirigeants de premier plan. Enfin, Emmanuel Macron a souhaité mettre en place un nouveau traité de défense avec non seulement l’Allemagne mais aussi le Royaume-Uni définissant une nouvelle clause de défense mutuelle et ce fameux Conseil de sécurité européen. Sans oublier le fameux porte-avion commun, que voudrait développer la CDU d’Annegret Kramp-Karrenbauer.

Cesser de mettre en bouche et expliquer

Il serait peut-être désormais temps que les idées cessent d’être mises en bouche, mais qu’on arrive à saisir ce qu’elles recouvrent exactement. Paris et Berlin n’ont pas tout à fait peut-être la même idée du Conseil européen de sécurité ni de la défense européenne, il serait intéressant que ces nuances soient clarifiées pour que le débat puisse s’engager concrètement. Il serait aussi intéressant d’avoir un peu de cohérence dans tout ce feu d’artifice d’idées merveilleuses.

Expliquer : une nécessité démocratique

Les responsables politiques devraient prendre l’habitude, dans leurs grands discours, d’accompagner ceux-ci d’une petite notice explicative, détaillant en quelques phrases, comment leurs belles idées doivent être comprises. Cela aurait un intérêt : éviter des incompréhensions, permettre au débat de s’engager, faire avancer les projets. Cela aurait un avantage : clarifier si on est dans l’effet de manche, l’agitation ou le projet, l’action. Cela répondrait tout simplement à une nécessité démocratique

(Nicolas Gros-Verheyde)

(1) Même si leurs entourages s’évertuent à indiquer que c’est juste une manière de voir, de faire, pour recouvrir ce qui est fait aujourd’hui, les mots ont été prononcés de manière décidée.

Lire aussi : Un projet de porte-avions européen : est-ce bien sérieux ?

 

Chefs d’Etat en guerre, par le général Bentegeat

(B2) Dix portraits de chefs d’État face à la guerre. De Napoléon III à Jacques Chirac, en passant par Lincoln, Clemenceau, Churchill, Staline, Hitler, Ben Gourion, Lyndon B. Johnson et Mitterrand, le général Bentegeat revisite les façons dont ces responsables ont abordé, ou dû supporter la guerre.

Pas d’emphase ni de complexité tortueuse dans ces dix portraits. Le général réussit à nous faire pénétrer au cœur de la décision, en resituant celle-ci dans le contexte historique mais aussi humain. Les motifs se mêlent : protéger les peuples (au nom de la nation ou de l’idéal humanitaire), assouvir un rêve de grandeur ou promouvoir un rêve personnel.

Les portraits sont enlevés, aisés à lire. On s’y croirait presque, à un moment, dans l’alcôve du pouvoir. Mais l’ancien chef d’état-major particulier de Jacques Chirac (de 2002 à 2006) puis chef d’état-major des armées de 2002 à 2006, avant d’être président du comité militaire de l’UE, n’oublie pas certaines précisions utiles, apportées au gré des notes ou des apartés. Ce qui permet d’en apprendre tout autant parfois que de grands livres de stratégie.

Les spécialistes de la ‘chose’ européenne apprécieront ainsi l’apport de Jacques Chirac à l’Europe de la défense, sans doute plus concret que ne l’a fait François Mitterand qui était surtout resté à la fois dans une dynamique onusienne et dans une symbolique franco-allemande.

• Editions Perrin, Paris, janvier 2019, 550 pages, 25 euros

Une défense européenne pour après-demain. Cycle de conférences

(B2) L’Académie royale des Sciences, des Lettres et des Beaux-Arts de Belgique organise un cycle d’information du Collège Belgique sur l’Europe de la défense sous la coordination de Jean Marsia et la responsabilité académique de Christian Jourquin.

Ce cycle sera dispensé du 12 février au 28 février les mardi ou jeudi, au Palais des Académies à Bruxelles (1, rue Ducale), de 17 à 18 heures.

mardi 12/02/2019 – Bruno Smets : Dix clefs pour appréhender la politique de sécurité et de défense commune de l’Union européenne

jeudi 14/02/2019 – Guy Buchsenschmidt : De l’Eurocorps à la Défense européenne

mardi 19/02/2019André Dumoulin : L’OTAN à la croisée des chemins

jeudi 21/02/2019Frédéric Mauro : Les planifications de défense en Europe

mardi 26/02/2019Éric Kalajzic : Les opérations des Européens au Mali

jeudi 28/02/2019 Jean Marsia : Le maintien de la paix en Europe, de 1947 à après-demain

Accès libre. Informations et inscription en cliquant sur l’évènement (via le bouton inscription)

NB : Des attestations de participation sont délivrées, sur demande, aux étudiants ou aux doctorants (crédits ECTS) le jour même de chaque leçon du cycle.