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En patrouille avec les gendarmes

BriefGendarmes 2014-10-18 13.44.34 (BRUXELLES2) Camp Ucatex, à Bangui, dans le 8e arrondissement, siège de la force européenne EUFOR RCA, il n’est pas loin de 13h, heure locale, ce samedi. La pluie du matin s’éloigne. Le soleil commence à taper sérieusement. C’est l’heure de l’ultime briefing avant départ pour les gendarmes, issus de la gendarmerie mobile de Satory (en région parisienne), qui terminent dans quelques jours leurs trois mois d’engagement en Centrafrique.

Cela commence par la description rapide de la patrouille, en voiture et un peu à pied, ainsi que l’itinéraire suivi. Le circuit de ces patrouilles n’est pas fixe. Il est défini chaque jour, en général la veille, en fonction de la situation sécuritaire ou des objectifs à assurer. Puis viennent les consignes particulières : vitesse de circulation – qui sera adaptée au besoin selon le terrain – les consignes de sécurité, les points « chauds » croisés.

Matériels vérifiés

Dernière chose avant de partir, la vérification du matériel. Chargeurs, radio, garrot, chaque matériel est vérifié. Chaque gendarme a son Famas en bandoulière, l’arme de poing le SIG, le classique de la dotation dans la gendarmerie, dans l’étui. Une Minimi (fusil mitrailleur  5,56 de fabrication belge) complète le tout. Un armement destiné à parer à tout incident possible. Chacun est équipé d’un gilet pare-balles. Obligatoire… y compris pour le journaliste de B2 (avec 15 kg sur le dos, et le casque, ca pèse…).

BriefGendarmes 2014-10-18 13.45.01

Une patrouille à plusieurs volets

L’objet de la mission peut aussi varier. Il pourra s’agir juste d’une vérification ou la sécurisation d’itinéraires jusqu’à aller chercher un suspect (avec la police centrafricaine), en passant par le recueil de renseignements. La feuille de route, cette fois, est de se rendre dans le 5e arrondissement, à majorité plutôt chrétienne, voir la situation, quelques jours après les incidents, vérifier que les itinéraires sont dégagées. Une petite patrouille à pied dans un des quartiers du 5e pour « sentir » l’ambiance. Et, enfin, un check-point à la limite des 2 arrondissements (le 3e et le 5e) dont la force européenne assure la sécurisation.

PatrouilleGendarmesCarte 141018 13.50a

En route…

La plupart de la patrouille se déroulera cette fois en voiture. Les patrouilles à pied sont un peu plus rares, ces derniers jours, pour éviter tout risque d’être pris à partie. De même, les patrouilles mixtes avec les policiers ou gendarmes centrafricains sont, pour l’instant, suspendus. Les Centrafricains ne sont pas vraiment équipés pour faire face à des incidents graves, avec armes à feux. Les forces de maintien de l’ordre centrafricaines (type CRS) n’ont pas de gilets pare-balles et très peu d’armes (lire article à venir).

PatrouilleGendarm 20141018 16.40a

Vérifier la libre circulation

Premier constat, positif. Aucun barrage sur les routes ou d’entraves dans les chemins. Cela arrive encore. Lors d’une autre patrouille, avec le général Pontiès, dimanche, nous avons eu l’occasion de nous en rendre compte. Deuxième bon signe, les motocyclettes circulent, avec parfois des clients sur le siège. Les petits marchands sont installés sur la route. Il y a peu de clients mais sans doute plus à cause de la situation économique. Un peu loin, un attroupement, pacifique, une télévision retransmet le match de la ligue européenne.

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Des maisons abandonnées

Parfois, un vide : une dalle de béton et quelques pierres. A ces endroits, s’élevaient des maisons. Elles ont été « détruites lors des évènements de décembre », m’explique un gendarme. Et, les habitants ne sont pas revenus. Pour l’instant, il ne reste d’ailleurs souvent plus rien, à part un peu de béton et l’herbe qui repousse. Le toit (en tôle), les pierres, le bois ont été récupérés.

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Une population juste distante

Il y a peu de gestes spécifiques, un peu d’indifférence, des regards d’interrogation, des saluts, parfois plus rarement un doigt pointé. Pour les enfants, c’est toujours une curiosité. Ils viennent saluer, tout sourire. Le reste de la  population vaque à ses activités, devant sa maison, circule à pied pour rejoindre un point à l’autre sa destination. Mais il n’y a pas vraiment foule dans la rue. La patrouille à pied permet de s’en rendre compte. La population n’est pas hostile. Il y a des sourires, prudents. On peut parler avec un des habitants. Mais une certaine distance.

RueBanguiCallBoxPsgSyndicTaxis 2014-10-18 14.17.50a

Précautions d’usage

A proximité des limites de districts (près du 3e), les véhicules se rangent, deux par deux, en quinquonce pour mettre en place le check point. La mitrailleuse « minimi » est mis en position pour tenir l’avenue. Un ou deux gendarmes sont en retrait. « On reste méfiant » explique le chef de la patrouille.

PatrouilleGendarmesMinimi 141018 15.00a

« Gendarmerie européenne : pouvez-vous ouvrir votre coffre »

Seul le message change après le salut : « Gendarmerie européenne » ! Mais la question, ici n’est pas de savoir si les papiers sont en règle. « Personne n’a vraiment de papier en règle » ou de savoir si les règles de conduite sont respectées. Les motos à 3 passages ne sont pas rares. Voire 6. Ce qui intéresse les gendarmes, c’est la présence d’armes : fusils AK47, balles, grenades. Les conducteurs de véhicules sont priés d’ouvrir leur coffre, leur boite à gant et tous les endroits où pourraient se nicher des armes ou grenades. Les conducteurs de motocyclettes n’échappent pas au contrôle. « Les caches préférées sont sous le siège. (…) Nos prédécesseurs en trouvaient régulièrement lorsqu’ils procédaient aux opérations de désarmement. Aujourd’hui c’est plus rare », reconnait mon accompagnateur. « Ceux qui ont des armes les ont soigneusement planquées pour pouvoir s’en servir éventuellement. Et évitent de se ballader avec « et on ne trouve des armes que sur information ». Malgré tout la méfiance est de rigueur. Les EUFOR ont été averti qu’après les incidents de mercredi (15 octobre), les AB cherchaient à se venger.

Les véhicules sont stoppés de manière similaire à ce qui se passe en métropole.

PatrouilleGendarmeControl Véhicule 20141018 14.58.36 HDR

Situation volatile,

On rembarque. Mission terminée pour aujourd’hui. La prudence reste de mise. La situation est très volatile en effet. Je peux le constater par moi-même. La radio crache. Tir dans le 3e arrondissement. Non loin de là. Les gendarmes restent en éveil. Mais sans plus… Ce type de tirs arrive régulièrement. Ce peut être tout « simplement un jeune qui essaie son arme » ou « un tir en l’air. Cela arrive souvent ». Mais aussi un incident plus important. La difficulté, c’est qu’il n’y a « aucun incident qui ressemble à un autre » me racontera un militaire plus tard. Parfois c’est un « règlement de comptes entre truands ». Parfois ce sont des rixes entre communautés ou voisins. Plus rarement, c’est un coup dirigé contre les forces internationales. Le 20 août c’était le cas, raconte un gendarme « un véritable guet-apens, une embuscade faite pour tuer ». Les Européens ont d’ailleurs été prévenus de possibles actions dirigées contre la force internationale. D’où des précautions redoublées ces derniers jours…

(Nicolas Gros-Verheyde, à Bangui)

La prolongation de l’opération EUFOR Rca approuvée par les ministres ? Nécessaire (maj)

(BRUXELLES2 – exclusif) Les ministres des Affaires étrangères de l’Union européenne auraient dû, approuver, ce lundi (20 octobre) à Luxembourg (*), la prolongation de trois mois de l’opération militaire européenne de stabilisation en Centrafrique (EUFOR Rca), jusqu’à la mi-mars 2015.

Point retiré de l’ordre du jour

(Maj) Malheureusement, le point a été retiré de l’ordre du jour, en attendant le résultat de la discussion au Conseil de sécurité des Nations-Unies à New-York. Ce retrait (demandé par la France selon nos informations) ne signifie « aucunement un désaccord politique », a confirmé à B2, un expert du dossier. Le comité politique et de sécurité (COPS) avait marqué son accord sur la prolongation. Il s’agit d’obtenir des Nations-Unies la caution pour la prolongation de la mission. Ainsi que détaillé sur le Club (lire : Carnet (17.10.2014)), ce qui était prévu était juste un accord politique. La décision de prolongation sera faite ultérieurement. « Les travaux sont en cours dans les différents groupes du Conseil ».

Une nécessité pour pallier à l’instabilité

Cette prolongation est une nécessité face à la situation qui est loin d’être stabilisée comme le prouve l’incident de mercredi dernier (lire : A Bangui. Un incident qui change la donne ?). Mais aussi car la passation n’est pas encore vraiment assurée avec les forces de l’ONU. La MINUSCA assure pour l’instant sa montée en puissance, tout d’abord avec les troupes de la Misca (la force africaine) qui ont changé de béret mais aussi avec les contributions, plus traditionnelles, des Nations-Unies comme les Pakistanais (qui ont déjà déploré un des leurs tués dans des incidents).

Une première conférence de génération de force

La préoccupation principale pour les responsables de l’EUFOR est d’avoir suffisamment de forces pour assurer une présence continuelle sur le terrain, dans les deux arrondissements (le 3e et le 5e) qui lui sont dévolus, le secteur de l’aéroport devant passer sous contrôle de la MINUSCA d’ici la fin de l’année. « Nous avons besoin de 6 sections (**) au minimum, 8 serait mieux » pour assurer le nombre de patrouilles nécessaire dans les arrondissements qui sont confiés à la force européenne, a expliqué un spécialiste du dossier à B2. Une conférence de génération de forces devrait se tenir le 30 octobre prochain. A défaut de prolongation, les préparatifs pour les départs devaient déjà commencer dans les prochains jours ou semaines (d’ici le 15 novembre).

(NGV à Bangui)

A suivre : en patrouille avec les gendarmes

(*) Le conseil des ministres de l’UE se réunit 3 mois sur 12 à Luxembourg au lieu de Bruxelles

(**) Une section comprend environ 40 personnes. On parle ici des sections « mobiles », destinées à sortir en patrouille. A cela il faut ajouter les différentes structures de soutien, les forces spéciales d’extraction, le service médical, le commandement, etc.

(maj) Papier mis à jour à 19h avec les éléments de changement sur l’agenda

A Bangui. Un incident qui change la donne ?

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Véhicules géorgiens d’EUFOR Rca avant départ en patrouille (© NGV / B2)

(BRUXELLES2 à Bangui) mercredi dernier (15 octobre), des incidents ont opposé les forces européennes ont été prises à partie par « un groupe armé ». Ce n’est pas la première fois. Mais cet incident a une certaine singularité qui mérite qu’on s’y arrête 5 mns. Les « accrochages » se sont poursuivis durant plusieurs heures, « trois heures » environ, entre le 8e et le 5e arrondissements, sur l’avenue des Martyrs, une des principales artères de Bangui qui relie notamment l’aéroport au reste de la ville, à proximité du camp Ucatex où est basé EUFOR.

Une série d’incidents

Tout semble parti de groupes armés, notamment de AK47. Ce qui est contraire aux « mesures de confiance » convenues entre les différentes parties (qui prévoit notamment l’absence d’armes dans la rue). Les Européens (Espagnols, Français) descendent alors de leurs véhicules. C’est à ce moment-là que l’échange de tirs commence.  Les forces européennes répliquent. Un peu plus loin, nouvel incident. Cette fois, c’est la Minusca (la force des Nations-Unies) qui semble être pris pour cible dans une zone où circulent les anti-balakas. Ce n’est pas la première fois que les forces des Nations-Unies sont pris pour cible (*). Des véhicules européens (géorgiens, lettons) se trouvent aussi présent. Ordre est donné de ne pas répliquer. Car il fait sombre. Et il y a des enfants, des femmes sur le bord de la route. Le risque d’avoir des « dégâts collatéraux » est trop fort. « C’est ce que savent les anti-Balakas. Bien souvent ils envoient des jeunes ou des enfants en avant » constate un militaire.

Heurts mortels

Bilan général : « Au moins 5 personnes mises hors de combat » précise EUFOR le communiqué officiel, . Une grenade a été lancée côté assaillant. Et un soldat (espagnol) a été blessé par un éclat de grenade. Blessure sans gravité. Après quelques soins, le soldat a été rapatrié en Espagne samedi (18 octobre). Certains des agitateurs ont été arrêtés, des  jeunes confiés à la gendarmerie locale puis au procureur. Mais les meneurs sont toujours en liberté. Parmi les victimes, on l’apprendra plus tard, figure un des chefs de bande, un dénommé « Franco ». Ce qui, au dire d’habitants dont B2 a pu recueillir le témoignage, a largement calmé certains de ses hommes. Le grigri qu’il portait ne l’a pas protégé. Et ses hommes sans chef sont un peu désemparés.

Les meneurs en liberté… pour l’instant

Les meneurs sont repérés et surveillés « Nous avons repéré trois gars très dangereux. On sait qui ils sont : on a les photos, des vidéos, …» explique un gradé à B2. Ce sont « eux qui manipulent des jeunes, souvent paumés, drogués ou alcoolisés » et les envoient un peu au feu. Des conversations téléphoniques ont été repérées. L’action de les arrêter en soi n’est pas difficile. Mais il faut prévoir le coup d’après. « Il faut donc comprendre ce qu’ils représentent parmi les communautés, avoir suffisamment de légitimité pour les arrêter. Et, aussi (surtout), éviter que les gars, une fois arrêtés, ne soient libérés le lendemain. Ce qui ne serait pas bon du tout ». Les gendarmes européens  attendent donc le moment… adéquat. « On travaille un maximum, pour comprendre la situation. Quand on aura cerné leur réelle influence, et qu’on aura assez de biscuits pour les mener chez le juge. on passera à l’action ». En même temps, chacun sait qu’il ne faut pas traîner. « Le temps tourne. La population souffre. »

Un incident révélateur

Cet incident, qui ressemble un peu à un « coup de force », selon les termes d’un militaire, est analysé de près par les responsables d’Eufor.

La question de savoir qui est derrière cet incident hante un peu les esprits. La manipulation politique ne semble pas tout à fait absente. Des observateurs attentifs pointent ainsi le curieux silence du président de la transition Alexandre-Ferdinand Nguendet sur ces incidents.

Autre élément de réflexion. Malgré les efforts des meneurs, la population n’a pas suivi, semble-t-il. L’incident n’a pas produit la déflagration attendue entre les deux communautés. Cela pourrait révéler une certaine coupure entre les groupes armés et la population. Parler d’ambiance pacifique entre les communautés serait sans doute très anticipé et hasardeux. Les rancoeurs entre « chrétiens » et « musulmans » semblent toujours bien présentes. Quand on discute avec l’un ou l’autre, très vite, viennent des propos sur les « autres » qui les menacent.

Mais il semble y avoir dans la population une lente fatigue devant ces bandes armées, des « anti-balakas » qui sont de moins en moins des « milices d’auto-défense » et de plus en plus des groupes criminels qui cherchent à profiter de leurs armes pour gagner de l’argent. Jeudi dernier, ainsi, trois hommes armés se sont présentés à un dispensaire situé dans le pâté d’habitations près d’Ucatex, la caserne d’EUFOR, « pour faire soigner l’un des leurs sous la menace des armes… mais surtout obtenir de l’argent » selon ce que m’a raconté une des infirmières présentes à ce moment-là. Faute de monnaie, après négociation, ils sont repartis…

(Nicolas Gros-Verheyde)

(*) C’est même devenu un « sport » banguissois depuis quelques jours. Le 8 octobre, un soldat (pakistanais) est décédé et 8 autres ont été blessés (dont un grave) près du PK 11 et du camp de transit militaire. Le jour suivant, 6 policiers de la MINUSCA ont été blessés par balles dans le quartier des Combattants, du 8e arrondissement (tenus par les anti-balakas).

Le strabisme conflictuel

(BRUXELLES2) Les yeux médiatiques ont un certain strabisme convergent. Il y a des conflits que l’on « aime ». Au Donbass, la gentille Ukraine (en bleu) pourra-t-elle survivre à l’ogre russe de retour (en rouge) ? La suite au prochain numéro. Au Kurdistan, les gentils Kurdes (en jaune) recevront-ils enfin l’aide de leurs ennemis jurés les Turcs et les avions de la coalition Américano-arabes arriveront-ils à temps – telle la cavalerie dans le far west contre les Indiens – contre les méchants du jour « l’état islamique » ? Personne n’ose le dire. Mais la prochaine décapitation remettra un coup de fouet à nos dérives médiatiques.

Et il y a des conflits, dont on se fout, mais alors, comme de la première chemise. On ne sait d’ailleurs même plus qu’ils existent. Au Congo, par exemple, dans le Nord-Kivu, les violences continuent. Une attaque dans un village sur le village de May Moya, au Nord Kivu, a fait 7 morts le 7 octobre dernier, et plusieurs habitants ont été kidnappés, selon l’Office européen d’aide humanitaire. Rien ou si peu. Au Cachemire, la tension est remontée depuis plusieurs mois déjà. Le cessez-le feu a été violé. 5 Indiens et 4 Pakistanais sont morts. Des douzaines d’autres ont été blessés. Rien non plus. La Sud Soudan fait face à une crise humanitaire grave. Et les principaux conflits avec ou au Soudan ne sont toujours pas réglés. Au Yemen, le conflit s’enkiste entre les différentes parties en présence. Dans une indifférence quasi généralisée, etc.

C’est la loi du genre, où un certain strabisme politique, occulte certains conflits et en met d’évidence d’autres.

Dix ans de Mérou

Barroso dans son exercice préféré, explication à la presse après un sommet  des Chefs (crédit : Conseil de l'UE)

Barroso dans son exercice préféré, explication à la presse après un sommet des Chefs (crédit : Conseil de l’UE)

(BRUXELLES2) Lucide, intelligent pour lui-même, excellent baromètre de la température des chefs d’État, José-Manuel (Barroso) a réussi à la tête de la Commission européenne, durant presque dix ans, à imposer sa loi et ses hommes.

Contrôler les cabinets

Toutes les bonnes vieilles recettes apprises dans sa jeunesse sont utiles. A commencer par le contrôle des informations. Dans chaque cabinet de commissaire, il a ainsi placé ses hommes et ses femmes. Mission : rendre compte au président, directement. Voire orienter la politique du commissaire dans une direction qui lui sied plus. Le service du porte-parole lui est directement rattaché. Et son chef de cabinet est l’ancien chef du service du porte-parole. N’importe quel commissaire ne peut ainsi faire passer une information. Dans la salle de presse, chaque jour, un de ses sbires surveille attentivement s’il n’y a pas de dérapage.

Pas un audacieux

Peu prompt à prendre l’initiative, il préfère être sûr que cette initiative correspond à l’idée du moment. Comme il l’a indiqué à ses débuts, la Commission est “au service des Etats” ou le “secrétariat des États membres”. En cela, il a brisé la capacité d’initiative de la Commission européenne et l’entrain de fonctionnaires qui se sentaient jusqu’à Prodi au coeur du système. “Fort avec les faibles, faible avec les forts” dit de lui Martin Schulz l’actuel président du Parlement européen.

Peu fan du couple franco-allemand

L’Europe qu’il défend n’est automatiquement celle voulue ou espérée à Paris ou Berlin qui le méprisent joyeusement. Un mépris qui leur rend bien Barroso qui n’est pas un grand amateur du couple franco-allemand. Il est plus attaché à la diversité des Etats. Son maitre à penser a été Dusan Sidjanski, auprès de qui il a enseigné les sciences politiques. Et l’axiome de son maitre est que chaque pays, « fussent-ils grands, petits ou moyens, ont un rôle». Nombre de capitales des petits et moyens pays lui savent gré ainsi de relayer ou défendre leurs intérêts contre les “grands”. Il adore ainsi de temps à autre rappeler aux Grands leurs devoirs, surtout lorsqu’ils sont socialistes. S’il salue la victoire de François Hollande le 7 mai 2012, c’est aussitôt pour rappeler que « la France a un important manque de compétitivité. Parmi les grands pays c’est le pays qui a le plus perdu en compétitivité. » se plait-il alors à souligner devant la presse.

Foncièrement libéral

Sachant délivrer à chacun le discours qui l’attend, il a été baptisé le « mérou », le nom de ce poisson qui change de couleur en fonction de la couleur du fond des océans. Mais s’il adapte son discours, il ne change pourtant pas vraiment sa politique. Défenseur de la dérégulation, il en fait son cheval de bataille en adoptant une communication – baptisée « red tape » – pour supprimer certaines réglementations voire les limiter. La crise financière le prend par surprise. La Commission qui était en voie de dérégulation du marché bancaire doit changer son fusil d’épaule. Adepte du « libre-échange », et de la « mondialisation » qui peut « générer de la croissance », il souligne régulièrement combien la « compétitivité » européenne et la « flexibilité du marché du travail » doivent être améliorés. La directive Services est son enfant chéri. « Bien appliquée, (…) elle peut dégager 1,8 point pour la croissance » affirme-t-il sans rire.

Une austérité adaptable

Quand il était aux commandes de son pays, le Portugal, il marque les esprits en réussissant à faire revenir le déficit qui avoisinait les 4,4 % en 2001 sous la barre fatidique des 3 %. A l’époque, il tient un discours, que ne lui reprocherait pas Hollande, n’hésitant pas à apostropher alors la Commission qui entendait introduire une procédure en déficit excessif. « Il est absurde, alors qu’un pays tente d’entreprendre d’importants efforts d’ajustement, d’imposer des sanctions qui rendraient ces efforts plus difficiles » justifie-t-il.

Un homme réservé

Malgré son caractère latin, ce n’est pas un expansif. Il serait plutôt secret. « Il est d’une grande courtoisie mais avec une certaine réserve. Il ne se confie pas vraiment » décrit l’ancien commissaire français Jacques Barrot.Dans une enquête réalisée par le cabinet de communication Burson-Marsteller et le site d’informations EurActiv, il recueille cependant la plus mauvaise note du panel : 2,5 / 10, précédé tout juste par Catherine Ashton (2).

Plus agressif ces derniers temps

Attaqué, il entend répondre coup sur coup. Il attaque bille en tête les États membres sur l’emploi des jeunes. « C’est une politique qui ne dépend pas de la Commission. Les capitales sont celles qui peuvent faire le plus sur le sujet. Et elles n’ont rien fait depuis des années » confie-t-il à un groupe de journalistes à la veille d’un sommet.

Son avenir, il le prépare

Barroso prépare son avenir avec méticulosité, ajustant chacune des pièces pour pouvoir être présent comme un “deus ex machina” dans une combinaison européenne dont il connait toutes les ficelles. Depuis plus d’un an, ainsi, il prend loisir à apparaitre sur la scène internationale : en mai 2012, à Chicago au sommet de l’OTAN, en juillet 2012 en Palestine et Israël, en avril 2013 à la tribune de l’Union africaine, en juin 2013 aux cotés de Poutine pour le Sommet UE-Russie à Ekaterinburg. Il gêne ainsi, de façon notable, l’émergence d’une vice-présidente de la Commission européenne en charge des Relations extérieures, dont il complique plutôt la tâche qu’il ne l’a facilite.

De coupables silences

Le constat dressé par plusieurs dizaines d’artistes – dont Bérénice Béjo et Costa-Gavras – dans une lettre ouverte publiée début juin 2013 est sans doute un peu caricatural mais il n’est pas loin de la vérité. « Nous avons à la tête de notre Europe un homme cynique, malhonnête et méprisant qui nuit aux intérêts européens ! (…) C’est un homme tendu et sans ressort que nous avons vus hier, débitant le discours prémâché que ses équipes rabâchent maintenant depuis des semaines. Les contre-vérités ont succédé aux approximations, quand ils ne laissaient pas la place à de coupables silences. »

Un tardif converti à la défense européenne

Le président Barroso s’était « converti » à la défense européenne, prononçant à plusieurs reprises durant son mandat, surtout depuis 2010, de vigoureux discours en faveur d’un engagement plus décisif des Etats membres en faveur de la défense (lire notamment : Barroso s’engage pour une défense commune et une protection civile européenne). Une conversion plutôt tardive. On se rappelle que lorsqu’il était Premier ministre du Portugal, il avait pris des actions contraires, brisant l’unité européenne, en accueillant au sommet des Açores, les Américains et pays volontaires pour aller en Irak (Royaume-Uni, Espagne), ce qui avait contribué également à ralentir de possibles avancées en matière de politique étrangère et de défense. On se souvient également que c’est sous son gouvernement que le Portugal avait abandonné l’option de se joindre à l’avion de transport européen d’Airbus, futur A400M (lire :  Quand J.M. Barroso lâchait l’Airbus A400M, par amitié…) pour reporter son choix sur les avions américains C130J…

 

NB : Vous l’avez compris ce n’est pas une personnalité dont je vais regretter, à longueur de colonne, son absence ;-)

(Nicolas Gros-Verheyde)

Lire aussi :

Les Britanniques envoient leurs drones Reaper contre l’état islamique en Irak… ou en Syrie ?

(crédit : Min. Défense UK)

(crédit : Min. Défense UK)

(BRUXELLES2) L’armée britannique va déployer « au Moyen-Orient » des drones « Male » (Moyenne altitude, longue endurance) de type Reaper pour lutter contre l’état islamique (ISIL / EIIL), a annoncé le ministère britannique de la Défense. Objectif : fournir des moyens supplémentaires de renseignements, de surveillance et de soutien à la reconnaissance, a priori sans action de combat.

Armé si nécessaire

Mais si des opérations de frappe sont nécessaires, le Reaper a « la capacité de compléter l’action des Tornado de la RAF » ajoute-t-on au ministère. En effet, outre la surveillance, un Reaper peut être armé et emmener deux bombes guidées laser de type GBU12 de 250 kg (500 livres) ou 4 missiles AGM-114 Hellfire. « C’est un atout précieux pour le gouvernement irakien et les alliés de la coalition pour aider à contrer la menace de ISIL et soutenir nos intérêts vitaux dans la région » souligne le ministre de la Défense Michael Fallon. 

Au Moyen-Orient

Commentaire : On peut remarquer que le terme « Moyen-orient » est employé de préférence à celui de l’Irak. Ce qui pourrait signifier que la zone d’action de ces Reaper pourrait englober la Syrie ou d’autres pays… Les Reaper seront d’ailleurs placés sur une base tenue secrète.

Première utilisation hors Afghanistan

C’est la première utilisation opérationnelle des Reaper britanniques hors Afghanistan. Les Britanniques possèdent 10 engins MQ9 (alias Reaper) servis par le 13e Squadron de la Royal Air Force (5 en service, 5 en commande). Livrés en octobre 2007, ils ont entamé leur mission opérationnelle en mars 2008. Une unité « drones » est composée de 2 stations de contrôles et 4 appareils (+ 1 en réserve). Le Reaper est équipé de 2 caméras « jour » ou « infrarouges », peut tenir 24 heures en l’air, voler à une vitesse maximale de 460 km / h et atteindre une altitude de 15.000 mètres.

Formation terminée pour une première unité de peshmergas

Par ailleurs, le premier programme de formation britannique des forces kurdes dans le nord de l’Irak est terminé. 40 peshmergas viennent de terminer leur stage d’une semaine, destiné à les initier à l’utilisation des mitrailleuses lourdes données par le Royaume-Uni en septembre. Formation dispensée par des militaires du 2e Bataillon du Yorkshire Regiment.

(NGV)

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