L’iran, puissance dangereuse ou pays incompris ?

GeopolitiqueIran@Argos(BRUXELLES2) Pour celui qui veut appréhender un peu plus finement l’Iran que ce qu’on peut en lire d’ordinaire, ce petit ouvrage qui se situe entre le livre de poche par son format et l’essai pédagogique par son ton et sa présentation, est à lire en priorité. Ecrit par Matthieu Anquez, analyste au cabinet CEIS et spécialiste de la prolifération nucléaire, il démystifie cette puissance des « mollahs » comme on l’a souvent appelé, passant en revue sa géographie (point primordial!) et son histoire, ses peuples, sa culture, son économie, la politique intérieure et la politique étrangère. L’Iran est un grand pays, placé au confluent de plusieurs civilisations. Et il veut jouer son rôle. C’est en comprenant ce pays (dénommé à tort « Perse ») et ses ressorts profonds qu’on peut saisir ses évolutions et atermoiements politiques, tout comme certaines de ses constances, notamment le programme nucléaire…

Un dispositif gouvernemental complexe

L’Iran obéit à un dispositif gouvernemental, qu’on pourrait qualifier de raffiné, superposant un dispositif démocratique assez classique, qui se rapproche de la Ve République (Président de la république élu au suffrage universel, pas de Premier ministre), à un double dispositif de contrôle « révolutionnaire » et « religieux qui fige la société iranienne. Le tout conduit souvent à des blocages voire des contradictions, le Guide la révolution (aujourd’hui Khameini), le Président de la république (auj. Rohani), le pouvoir judiciaire et les autres instances de contrôle ne partageant pas toujours les mêmes vues tant au plan des réformes internes que de la politique étrangère.

Avec l’Europe, une relation faite d’admiration et méfiance mutuelle

Avec l’Europe, Matthieu Anquez trace « des rapports anciens et complexes, marqués par une admiration et une méfiance mutuelle ». Administration « pour le modèle de réussite technologique, politique et philosophique qui séduit certaines élites iraniennes pour lesquelles seule l’imitation de l’Europe permettrait à l’Iran de retrouver sa place au Moyen-Orient ». Mais en même temps méfiance vis-à-vis d’une « tutelle européenne » qui a provoqué à plusieurs reprises des réactions nationalistes, à commencer par la révolution constitutionnelle de 1905-1911 contre le quasi-protectorat britannique… et, en dernier lieu, la révolution islamique. Les relations entre l’Europe et l’Iran sont « très tendues » durant toute la période révolutionnaire « jusqu’à la mort de Khomeini ». Dans les années 1990, s’ouvre un « dialogue critique » avec l’Iran, note M. Anquez. « L’Europe, et surtout l’Allemagne, devient le premier partenaire économique de l’Iran ». L’élection d’Ahmadinejad – et les tensions autour du programme nucléaire iranien – enveniment à nouveau les relations. « Sur le dossier nucléaire, l’Union européenne joue le rôle de médiateur mais se heurte à l’intransigeance du président iranien. La méfiance a de nouveau remplacé la confiance. » Les relations commerciales « se poursuivent tant bien que mal ». Mais « handicapées par la faiblesse politique de l’Union européenne, beaucoup de chancelleries ont adopté une position attentiste, espérant que le successeur d’Ahmadinejad aurait un esprit de dialogue plus prononcé ». La nouvelle posture adoptée par le président Rohani « soulève beaucoup d’espoirs, même si les Européens attendent maintenant des gestes concrets dans le programme nucléaire iranien ».

(Editions Argos, 168 p., 13,90 euros – agrémenté de nombreux encadrés et de nombreuses cartes ou graphiques qui facilitent la lecture)

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Quand les gardes frontières ukrainiens jouent du muscle

Garde-frontière ukrainien  Loreline Merelle@B2(BRUXELLES2 entre Transnistrie et Odessa) Quand on traverse la frontière entre la Moldavie et l’Ukraine en passant par la Transnistrie, les gardes-frontières ukrainiens vous accueillent les armes à la main. Equipés de fusil-mitrailleurs, les treillis militaires sont aussi de sortie. Depuis peu, les mesures de sécurité aux frontières ukrainiennes ont été renforcées à la demande du gouvernement de Kiev. Décriés par les Transnistriens, ces mesures ont un impact (relatif selon le point de vue) sur le passage des véhicules et des voyageurs mais aussi (c’est plus inattendu) sur la coopération entre Moldaves et Ukrainiens.

Des mesures de sécurité préventives

Depuis le 7 mars, la sécurité est, en effet, renforcée à toutes les frontières ukrainiennes avec « une attention particulière à la zone transnistrienne » nous confie l’officier de presse des gardes frontières ukrainiens. Le gouvernement de Kiev craint de la part de la Transnistrie, Etat sécessionniste de la Moldavie mais non reconnu, « des provocations ». Des mesures préventives ont été mises en place «  dans le but d’autoriser les gens à ne pas venir avec des armes en Ukraine » indique l’Ukrainien.

Les patrouilles ont été renforcées à la frontière. « Avant nous avions sept jours de congés pour un mois. Maintenant nous n’en avons plus ». Il y a « davantage de personnes dans les équipes, pas seulement sur les postes frontières ». Les gardes-frontières ont aussi renforcé leur coopération avec la police afin de « de prévenir et lutter contre la corruption ». La zone de patrouille a été « agrandie pour couvrir une zone de 30 kilomètres autour du poste frontière » confie l’officier de presse.

Un blocage des citoyens russes ?

« Toute personne qui a entre 16 et 25 ans avec un passeport russe est bloqué à la frontière » déplore l’ancien ministre transnistrien des Affaires étrangères, Vladimir Yastrebchak, qui ajoute « les citoyens transnistriens ne peuvent plus utiliser l’aéroport d’Odessa ». Selon lui, « le passage de véhicules à la frontière est cinq fois moins important qu’avant » . Ni les Moldaves ni les Ukrainiens, ni même la mission européenne d’assistance aux frontières, EUBAM Moldova-Ukraine, ne confirment l’information. « Nous faisons au cas par cas » affirme le chef adjoint des gardes frontières ukrainiens. Des groupes spéciaux ont ainsi été formés avec un garde-frontière et un policier. « Les Russes peuvent traverser sans problèmes. Mais certains en Ukraine peuvent donner des armes à des groupes armés ». Et la Transnistrie est particulièrement surveillée, regorgeant de stocks de munitions russes (Lire : La Transnistrie. Base arrière de la Russie vers l’Ukraine). Pour l’instant, il y a peu de résultat. Seuls quelques individus auraient été arrêtés et sont détenus à Odessa.

Une coopération plus importante avec les Moldaves

« Les patrouilles conjointes ont augmenté ces dernières mois » confirme un agent ukrainien des gardes frontières. « Elles ont lieu deux ou trois fois par semaine avec les gardes frontières moldaves ». Des mesures de coopération, mises en place par un protocole de 2012, suggéré à l’époque par la mission européenne EUBAM, qui trouvent actuellement un renforcement d’actualité. La coopération passe aussi par le partage de données sur les personnes qui passent la frontière. « C’est très utile dans nos enquêtes » indique le garde-frontière ukrainien.

(Loreline Merelle)

Lire aussi : La Transnistrie. Base arrière de la Russie vers l’Ukraine

Sur le Club : Aux frontières de la Moldavie et de l’Ukraine : « il y a encore du travail » (Slawomir Pichor, EUBAM)

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La Transnistrie. Base arrière de la Russie vers l’Ukraine

Tiraspol (Loreline Merelle@B2)

Parlement transnistrien à Tiraspol (Loreline Merelle@B2)

(BRUXELLES2 – à Tiraspol) « Les militaires russes installés en Transnistrie pourraient passer la frontière ukrainienne en cas de besoin » affirme Vladimir Yastrebchak, ancien ministre transnistrien des Affaires étrangères, de 2008 à 2012 que nous avons rencontré à Tiraspol. La Transnistrie, état autoproclamé indépendant, entre la Moldavie et l’Ukraine, constitue, en effet, une base arrière stratégique pour la Russie. Elle concentre militaires et stocks d’armes russes au plus près de la frontière ukrainienne. Un enjeu stratégique pour la Russie qui garde une main de fer et une influence considérable sur ce petit territoire de 4 000 m2.

Maintenir la paix

1500 militaires russes sont stationnés sur le territoire transnistrien. Ils sont environ « 700 » dans la mission tripartite de maintien de la paix, où La Russie joue un rôle de leader aux côtés des Ukrainiens et des Moldaves. Ils sont présents sur l’ensemble des bordures transnistriennes. Mais « leur nombre décroit depuis 1998 » déclare Vladimir Yastrebchak.

Garder les stocks d’armes

Des groupes opérationnels sont également déployés pour garder des dépôts d’armes dans le village de Cobastna, au sein du district de Ribnita, à seulement deux kilomètres de la frontière ukrainienne. « La quantité de ces munitions est assez vaste pour fournir l’armée » nous affirme l’ancien ministre des Affaires étrangères. « Certaines munitions datent un peu toutefois, de 1940 ». Autrefois gardés par la 14e armée soviétique, ils le sont aujourd’hui par les militaires russes.

(Loreline Merelle)

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Le dessein de Poutine ? Une nouvelle Russie

    Vladimir Poutine lors du rituel "direct line" de questions-réponses avec les Russes (crédit : Kremlin)

Vladimir Poutine lors du rituel « direct line » de questions-réponses avec les Russes (crédit : Kremlin)

(BRUXELLES2) Si les desseins du président russe paraissent clairs à saisir sur la Crimée, pour l’Ukraine on peut encore avoir quelques doutes (un peu) mais, au-delà, il faut s’interroger si une nouvelle donne n’est pas en train de se dessiner au Kremlin : est-on simplement en présence d’une opportune tactique consistant, à courte vue, à saisir un bien et un territoire à sa portée (la Crimée), à moyen terme, à réduire une menace ressentie ou réelle à sa frontière (l’Ukraine) ou à plus long terme, à redessiner une politique mondiale. On peut ainsi tracer quelques pistes de réflexion sur les contours d’une (nouvelle) politique russe …

La Crimée ? L’annexion « blietzkrieg » de la Crimée parait logique au regard de son importance stratégique, économique et militaire pour la Russie. La volonté de protéger les minorités russes au-delà des frontières, annoncée ouvertement par le Kremlin, comme sa capacité à mobiliser les troupes, également annoncée, ne laissait pareillement aucun doute sur la volonté russe de déstabiliser l’est de l’Ukraine. Mais l’historique des discussions entre Russes et Ukrainiens pour renouveler le bail de leur base militaire – conclu difficilement par un accord en 2010 – a certainement pesé. Face à un pouvoir ukrainien affichant ostensiblement non seulement un penchant pro européen mais aussi pro atlantique, Moscou n’avait plus à hésiter. On assisterait donc à une attaque soigneusement planifiée qui a été, ensuite, mise à exécution et adaptée aux circonstances. Une offensive qui sera sans doute durant des années, détaillée, analysée, au plan tactique dans toutes les écoles de guerre et de (contre-)insurrection.

L’avenir de l’Ukraine ? Chacun sait qu’une Ukraine ancrée fortement dans l’euro-atlantiste n’est pas seulement un chiffon rouge pour Moscou. C’est une menace que la Russie se doit de neutraliser. Le nouveau pouvoir à Kiev, aveuglé par un soutien, fort dans les mots, faibles dans les actes, des Européens comme de l’OTAN, a mis du temps à comprendre cette donne. En cafouillant sur la langue russe, tout d’abord. En refusant ensuite la fédéralisation, qu’il se voit aujourd’hui contraint d’accepter comme dernier recours. En refusant de parler de neutralité auquel il pourrait bien se raccrocher comme une bouée de secours, il a signé là un certain arrêt de mort. L’Est du passe est en passe d’être déstabilisé durablement. Les forces armées ukrainiennes y sont faibles et désorganisées. Puis viendra le Sud Est et le Sud (Mykolaïv et Odessa décrits eux-même par Poutine comme ayant appartenu à la Russie lors de l’époque tsariste !). Et on verra si le reste (Kiev) tiendra tout seul ou tombera comme un fruit mûr. A suivre.

Les voisins touchés ? L’Ukraine reste cependant un cas très particulier dans le dispositif politique et économique de la Russie et dans son imaginaire, culturel comme historique. Conclure que la Russie ne s’arrêtera pas là pour reprendre des territoires où l’OTAN est installé est une vraie question. L’intention de Moscou est certainement de garder sa zone d’influence, un réservoir économique, un tampon de respiration, qui irait ainsi de l’Arménie à l’Ouzbékistan, en passant par la Belarus, avec une Géorgie et une Moldavie, sinon neutralisées du moins bienvaillantes. Commencer à fantasmer autour d’une idée du type « les Rouges sont de retour » et d’une « invasion » des pays Baltes serait erroné. La politique russe est pour l’instant « défensive », reconquérir les terres perdues. Pour autant, il ne faut pas rester naïf.

La Russie puissance ? C’est une évidence. La Russie veut retrouver sa place dans l’élite internationale. Elle veut récupérer l’aura perdue avec la chute de l’URSS. Moscou veut discuter avec les Grands : les Etats-Unis, la Chine, éventuellement l’Union européenne… Elle entretient une série de relations avec d’autres pays. Cette place sur la scène internationale a été reconquise ces dernières années dans quelques crises, en soufflant le chaud et le froid, notamment en Syrie et en Iran. En bloquant toute initiative au niveau international – sauf celle négociée par Moscou avec Washington sur les armes chimiques – Moscou s’est servi comme d’un levier du conflit syrien pour servir sa propre influence au Moyen-Orient, et ailleurs. En pesant d’un certain poids en faveur d’une solution sur le nucléaire iranien, il a contre-balancé cette attitude jugée négative par un rôle plus positif (aux yeux des occidentaux). Nous sommes là dans le classique.

Un certain manque de confiance entre Russes et occidentaux ? Si on peut voir la Crimée comme un acte contre le droit international, les Russes retournent également l’argument. L’intervention au Kosovo en 1999 – et surtout la reconnaissance en 2008 de l’indépendance du nouvel Etat détaché de la Serbie – est un premier exemple. Mais ce n’est pas le seul. Le conflit en Libye en 2011 est un accroc très sérieux pour les Russes. L’utilisation par l’OTAN et les Occidentaux de la résolution du Conseil de sécurité non pas seulement pour s’interposer mais pour abattre le pouvoir en place a semé plus que le trouble dans les esprits. A cela, on peut ajouter la volonté d’installer un bouclier anti-missiles en Europe, tourné a priori vers l’Iran, mais non dénué d’intérêt face à l’Est (le cas échéant). Citons encore la violation de l’accord oral Gorbatchev-Baker de non installation de base permanente de l’OTAN dans les pays « libérés » du Pacte de Varsovie. On peut concevoir qu’à Moscou, la coupe est pleine. Tous les moyens, dès lors, sont permis.

Une équipe au pouvoir ? Voir ensuite dans cette politique l’oeuvre d’un seul homme, Vladimir Poutine, l’imposant tel un tsar à un pays tout entier, et à son entourage pourrait relever sans doute d’une certaine vue de l’esprit. Pour être autoritaire, et adorer le culte de la personnalité, le président russe ne semble pas décider tout seul. Sans revenir à l’ère des Soviets, on est dans un collectif russe, une nouvelle organisation, plus économico-politique, que politico-idéologique peut-être. « Abattre » (au sens figuré) l’homme ne changerait pas automatiquement la donne en Russie, voire l’aggraverait. A étudier.

Une nouvelle pensée russe ? un anti-modèle. Il faut cependant s’interroger s’il n’y pas autre chose que l’ambition d’un homme et d’un pays. N’est-on pas là devant un tournant ? La Russie n’ambitionne-elle pas de redevenir d’une certaine façon un anti-modèle face au monde occidental. Un modèle fondée sur une certaine puissance, un refus d’une certaine arrogance, d’un certain diktat des pays occidentaux. L’asile donné à Snowden serait en quelque sorte précurseur de cette nouvelle politique. En accordant sa protection – par l’utilisation du droit de veto à l’ONU – au régime syrien de Bachar, elle développe une idée de La Russie n’est-elle pas en train de prendre la tête de « non alignés » version XIXe siècle ?

La fin de la Russie gentille ? La vision (occidentale) de voir la Russie perdre toute crédibilité au plan international, perdre son rôle de « gentil » partenaire, car elle commet des actes (Syrie, Crimée…) qui paraissent contraires aux intérêts européens ou américains est sans doute une erreur. La Russie ne veut pas être classée parmi les gentils. Elle préfère être crainte qu’adulée, jouer le rôle du puissant brutal, le hard power que le soft power. Comme le confiait en 2008, Dimitri Rogozine, alors ambassadeur de l’OTAN, lors d’une interview à propos de l’installation du bouclier anti-missiles : « on frappe d’abord, on discute après ».

La Russie isolée ? Les liens tissés avec plusieurs pays : l’Iran et la Syrie au Moyen-Orient, l’Afrique du Sud et l’Algérie – deux pays opposés à l’intervention de l’OTAN en Libye, l’Argentine ou le Brésil, sans oublier le Vénézuela ou le Nicaragua en Amérique latine, l’Inde dans une certaine mesure et la Chine mi partenaire, mi concurrent — en témoignent. Cela forme autour de l’axe euro-atlantique et de ses alliés asiatiques comme africains un ensemble qui sans avoir la cohérence économique et politique de l’axe « bleu-orange », un axe « vert-rouge-noir » qui peut largement contrecarrer ses vues.

Une stratégie de tension ? A l’heure de la mondialisation, ce changement de stratégie peut induire une perte de confiance, la perte de certains contrats, la baisse du rouble… Certes c’est un risque à prendre. Mais le pouvoir russe investit : dans le temps. Il va perdre cette crédibilité quelques mois, quelques années. Mais il mise sur une certaine dynamique de « crises » et de tensions internationales, renaissantes ou sous-jacentes. Certains préconçus européens – comme la diversification énergétique ont certaines limites ainsi. A part en Norvège, au Royaume-Uni et aux Etats-Unis ainsi que dans certains Etats pétroliers et gaziers du Golfe, la manne énergétique se retrouve dans des pays soit pas très éloignés de Moscou (Iran, Syrie), soit à risque (Libye, Syrie, Irak, Algérie, Soudan…).

Un dirigisme économique ? Au niveau économique, cette nouvelle doctrine russe ne refuserait pas le marché ou le business. Au contraire. c’est là toute une de ses différences avec l’URSS d’antan. Elle commerce. Mais elle ne veut pas du libre marché à l’occidentale. C’est un marché organisé, structuré autour de quelques grandes sociétés, reliées à l’Etat de façon sinon organique au moins personnelle. On est dans un « capitalisme étatique ». Une sorte de pays protecteur, de ceux qui ne trouvent pas place dans le monde euro-atlantique. Un modèle économique de la Russie de Catherine II ?

Trois atouts économiques ? Cette « Russie nouvelle » se fonderait sur deux-trois piliers politico-économiques : l’énergie (gaz et pétrole), l’industrie d’armements (prête à équiper toutes les armées du monde que ne voudraient ou ne pourraient pas équiper les Euro-Atlantiques) et le transport (une flotte aéronautique et maritime en voie de reconstitution), sans oublier sa puissance politique. Sur le point de l’énergie, il ne faut pas oublier que Poutine n’est pas un néophyte en la matière. En témoigne le titre de sa thèse présentée en 1996 : « la planification stratégique du renouvellement de la base minérale et des matières premières de la région de Leningrad dans le contexte du passage à une économie de marché  ». Un programme en quelque sorte !

(Nicolas Gros-Verheyde)

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Attaque pirate dans le golfe d’Aden

(BRUXELLES2) Un navire marchand a été approché par un skiff suspect, dans le Golfe d’Aden, dans la journée de dimanche (13 avril) a appris B2 de sources maritimes. Le skiff qui contenait 4 personnes a poursuivi le navire marchand durant une bonne demi-heure au large des côtés d’Oman (14° Nord, 55° Est). Les fusées de détresse ne lui ont pas fait peur. Il a fallu que l’équipe de sécurité fasse des tirs d’avertissement » pour que les poursuivants abandonnent.

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La guerre d’Ukraine commence. Kiev récupère sa marine et ses avions de Crimée

Le Balta à quai à Odessa (crédit : marine ukrainienne)

Le Balta à quai à Odessa (crédit : marine ukrainienne)

(BRUXELLES2) Malgré les tensions croissantes à l’est de l’Ukraine (*), l’armée et la marine ukrainiennes récupèrent peu à peu leurs « petits » abandonnés en Crimée. Le Balta (U-811), un bâtiment de démagnetisation  en provenance de Sébastopol, est ainsi arrivé à Odessa (dans le sud de l’Ukraine) lundi. Il y rejoint le Pryluky (U-153), un petit navire, et Fastiv (U-760), un ravitailleur pétrolier, déjà à quai. Le premier avion, un Beriev Be-12 (avion hydravion de surveillance maritime, anti-sous-marins) est arrivé à l’aéroport de Novofedorivka – Mykolayv, lundi. Tandis que deux hélicoptères « marine » Ka-27 retournaient… par la voie ferroviaire à Mykolayv.

Selon un accord conclu entre les Russes et les Ukrainiens, les navires « bloqués » ou « capturés » en Crimée lors de l’annexion du territoire par la Russie, ainsi que les avions, hélicoptères et véhicules restant dans la péninsule, vont être restitués aux autorités de Kiev. Le ministre de la Défense, Mykhaylo Koval, l’a confirmé après une réunion du cabinet des ministres vendredi dernier. « Nous avons des accords avec la partie russe sur l’évacuation de nos navires et matériels. Le schéma est le suivant : un avion vole, deux avions sont transportés démontés sur des remorques; un navire quitte le port, deux navires sont remorqués ». Une nouvelle réunion s’est tenue mardi entre représentants des ministères de la Défense russe et ukrainien afin de définir le calendrier d’évacuation des navires restant encore dans la péninsule, ainsi que le confirme le ministère ukrainien de la Défense.

La semaine dernière, plusieurs groupes d’officiers et militaires ukrainiens, et leurs familles, s’étaient déjà réinstallés dans le reste du territoire ukrainien. 80 hommes et 30 véhicules sont ainsi arrivés jeudi dernier à Odessa tandis que 100 autres hommes  en provenance de Crimée s’installaient à Ochakov.

Au total, la marine ukrainienne avait 70 navires en Crimée. Mais certains sont hors d’état de naviguer ou obsolètes et resteront dans la péninsule. Elle y disposait également d’avions MiG29 et de hélicoptères Ka-29, de tanks et de véhicules. Les « tanks de Perevalne sont en bon état » – a précisé le ministre ukrainien de la Défense. Ce qui n’est pas le cas des véhicules qui « ont été presque détruits ».

(Nicolas Gros-Verheyde)

(*) Le ministère de la Défense a ainsi confirmé ce mercredi (16 avril), que des éléments armés non identifiés ont pris possession de 6 véhicules blindés ukrainiens engagés dans l’opération anti-terroriste dans la région de Donestsk, à Kramatorsk.

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L’Europe va former policiers et gendarmes maliens

(BRUXELLES2 à Luxembourg) Les 28 ont approuvé le cadre d’une nouvelle mission destinée à renforcer l’Etat de droit au Mali. La mission EUCAP Sahel Mali aura pour rôle de former et d’assurer la restructuration des forces de sécurité — police, gendarmerie, garde nationale — maliennes. Cette mission constitue le pendant « civil » de la mission de formation de l’armée malienne (EUTM Mali).

La mission comprendra un volet de conseil stratégique – au plus haut niveau y compris des ministères – ainsi que des formations à l’intention des trois forces de sécurité intérieure du Mali. Un complément « important à l’effort de l’Union européenne pour la stabilité, les réformes institutionnelles et le plein rétablissement de l’autorité de l’Etat malien dans l’ensemble du pays » souligné-t-on au service diplomatique européen (SEAE).

L’état-major de la mission sera installé à Bamako, la capitale du Mali. Le mandat de la mission aura une durée initiale de deux ans à partir de son lancement. Un budget de 5,5 millions d’euros a été alloué pour la phase de démarrage, qui durera neuf mois et s’achèvera le 14 janvier 2015.

Commentaire : cette mission aurait dû être lancée il y a presque deux ans. Mais le coup d’Etat puis l’offensive des mouvements rebelles avaient renversé la donne et mis la priorité sur le rétablissement de l’armée malienne avant le renforcement des forces de sécurité intérieur. La stabilisation relative du Mali, comme le bon déroulement des élections et la constitution d’un gouvernement élu, ont rendu possible cette mission. Les premiers recrutements ont commencé pour constituer le premier noyau dur de EUCAP Mali mais la mission ne devrait pas être lancée avant plusieurs semaines, une fois le chef de la mission recruté. Le déploiement et la montée en puissance se feront progressivement d’ici la fin de l’année.

Lir aussi (sur le Club) – le contenu détaillé des décisions :

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La chasse russe joue avec les nerfs des marins US. A moins que ce ne soit le contraire. Le bon vieux temps…

(crédit : US Department of Defense)

(crédit : US Department of Defense)

(BRUXELLES2) Un avion d’attaque russe a volé à plusieurs reprises près de l’USS Donald Cook, dans les eaux internationales de la mer Noire, vendredi dernier (12 avril), a révélé aujourd’hui un porte-parole du Pentagone.

L’avion russe, un Sukhoi Su-24 (Fencer selon le code Otan), un bombardier tactique, qui était désarmé et volait en compagnie d’un autre avion du même type, a survolé à plusieurs reprises le navire de la marine américaine. « L’avion russe a fait un total de 12 passes » a expliqué le colonel Steve Warren. « Il est resté à une altitude assez élevée. Mais s’est approché à moins d’environ 900 mètres du navire. » Le Sukhoi russe « n’a pas répondu à plusieurs requêtes et avertissements de Donald Cook. L’événement s’est terminé sans incident au bout d’environ 90 minutes ». L’USS Cook n’a jamais été en danger a cependant précisé l’officier américain. (voir la fiche technique du Su-24 sur le site de RiaNovosti).

Les Américains ne croient pas à un acte improvisé. « J’aurais du mal à croire que les deux pilotes russes, eux-mêmes, auraient choisi de prendre une telle action », a dit Warren. « Nous avons vu les Russes se conduire de façon non professionnelle et en violation des normes internationales en Ukraine depuis plusieurs mois, et ces actes continus de provocation et de manque de professionnalisme ne font rien pour désamorcer la situation en Ukraine. »

(Maj) Arrivé en mer Noire, le 10 avril, le destroyer, de la classe Arleigh Burke, doit faire une escale à Constanza, en Roumanie. Côté russe, on se dit inquiet de la présence de ce navire, équipé du système de combat Aegis et de missiles Tomahawk. Et on accusé notamment la Turquie de violer la convention de Montreux qui limite la durée des navires de guerre dans cette mer semi-fermée à 21 jours. Moscou met en cause notamment la durée prolongée dans la mer nor de la frégate américaine USS Taylor du fait d’une « hélice endommagée ». Une accusation que Ankara réfute, par la voix de son ministre des Affaires étrangères, Ahmet Davutoğlu.

Lire aussi : Un navire espion français en balade en Mer noire. Il n’est pas le seul !

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Vers une mission européenne de la PSDC en Ukraine ?

Carl Bildt et William Hague, deux initiateurs de la mission PSDC au conseil des ministres le 14 avril (crédit : Conseil de l'UE)

Carl Bildt et William Hague, deux initiateurs de la mission PSDC au conseil des ministres le 14 avril (crédit : Conseil de l’UE)

(BRUXELLES2) C’est un des points clés des conclusions des ministres des Affaires étrangères de l’UE, réunis aujourd’hui à Luxembourg. Les « 28″ se sont dit ainsi « prêts à aider l’Ukraine dans le domaine de la réforme du secteur de la sécurité intérieure (*), le soutien de la police et à l’Etat de droit ».

Le service diplomatique européen (SEAE) a donc été chargé, d’une part, de déployer sur le terrain « une mission d’experts pour préparer une assistance appropriée et complémentaire avec les autres efforts en cours », d’autre part de préparer ce qu’en jargon européen on appelle le « document cadre politique pour l’approche de crise » (PFCA) qui devra examiner « toutes les options, y compris le déploiement d’une éventuelle mission de la PSDC – la politique de sécurité et de défense commune ».

L’objectif est de décider sur une action de l’UE « lors d’une prochaine réunion ». A noter que la prochaine réunion est fixée dans un mois, le 12 mai. Mais il n’est pas interdit de penser qu’une réunion exceptionnelle des ministres pourrait intervenir avant, si les évènements se précipitent en Ukraine… Il sera alors peut-être trop tard pour une mission de la PSDC.

Cette mission répond à une demande pressante des Polonais, Suédois… et Britanniques qui avaient produit un non-paper soumis à leurs collègues (lire sur le Club : Une mission de la PSDC en Ukraine demandent trois pays). C’est assez rare pour le souligner. Mais Londres commence à trouver des vertus à la politique européenne de défense et de sécurité commune. Original !

(*) Le terme utilisé dans les conclusions (en anglais) est « civilian security » qui ne peut être traduit littéralement par « sécurité civile », ce qui a un autre sens, à notre avis, puisqu’il concerne surtout le secours et la sécurisation des biens et des personnes face à des catastrophes naturelles, technologiques et autres. Ce qui est sous-entendu ici vise plutôt l’assistance à la réforme de la sécurité non militaire, non liée à l’armée. Ce qui ressort donc de la sécurité intérieure, ce qui englobe police, forces de maintien de l’ordre, anti-terrorismes, forces spéciales, services de renseignement, gardes-frontières et douanes.

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