Charlottesville. Les commandants en chef de l’armée US condamnent en choeur

(B2) Si le président américain n’a pas voulu condamner les évènements de Charlottesville, ce n’est pas le cas des principaux responsables militaires. Depuis quelques jours, les plus hauts responsables de l’armée ont ainsi exprimé, tour à tour, via twitter ou facebook, des messages sans aucune équivoque. Sans volonté de polémique, le ton est cependant grave, comme un rappel aux vraies valeurs de l’Amérique.

Le chef de la marine, l’Amiral John Richardson, a tiré très vite. Dès dimanche, il condamne « les évènements honteux de Charlottesville ». Ils sont « inacceptables et ne doivent pas être tolérés » « Nos pensées et nos prières s’adressent à ceux qui ont été tués et blessés, et à tous ceux qui tentent de ramener la paix dans la communauté. La Marine sera toujours contre l’intolérance et la haine – ajoute-t-il –. Nous voulons que notre Marine soit le lieu le plus sûr possible – une équipe aussi forte et si dure qu’on puisse l’être, ne gardant la violence que pour nos ennemis. »

Le chef des US Marines, le général Robert Neller enchaine, mardi, par un très clair : « aucune place pour la haine raciale et l’extrémisme dans les US Marine. Le coeur de nos valeurs est l’honneur, le courage et l’engagement qui tracent la voie aux Marines dans leur vie et dans leur action.

Le général Mark A. Milley, commandant l’armée de terre, écrit mercredi un message sans ambiguïté : « l’armée ne tolère dans ses rangs ni racisme ni extrémisme ni haine. C’est contre nos valeurs et tout ce qui nous unit depuis 1775 ».

Enfin, le commandant en chef de la Garde nationale renchérit, dans le même registre « joignant sa voix aux commandants en chef pour condamner le racisme, l’extrémisme et la haine. Notre diversité est notre force »

La prise de parole des chefs des armées sur des évènements de portée générale n’est pas courante. Et elle est le marqueur d’une inquiétude, tout autant que d’une volonté très claire. Les manifestants suprématistes blancs et autres racistes de premier plan ne peuvent prétendre incarner les valeurs américaines ou se revendiquer d’uniformes ou d’appartenance à des unités militaires. Un message d’importance… qu’on aurait dû entendre au plus haut niveau.

(Nicolas Gros-Verheyde)

A noter que la Commission européenne a également apporté un message de condamnation « Nous condamnons et rejetons toutes les formes et manifestations de racisme et de xénophobie. Elles sont incompatibles avec les valeurs et principes sur lesquels l’UE est fondée ».

Belgique. Plus de 1000 postes ouverts en 2017… et priorité aux femmes

(crédit : MOD Belgique)

(B2) La défense belge va recruter régulièrement dans les prochaines années… Plus de 1000 personnes vont ainsi être recrutées en 2017. Avec un accent mis sur le recrutement de jeunes femmes. Le ministre Steven Vandeput l’avait indiqué lors d’une conférence de presse le 4 octobre dernier.

Des stéréotypes qui ont la vie dure

Depuis 1975, et l’entrée de la première femme à intégrer les rangs militaires, « beaucoup de choses ont changé » souligne-t-on à la défense. « Mais les stéréotypes ont la vie dure et l’équilibre en est encore lourdement affecté ». Le taux de personnel féminin n’atteint toujours que 8% des effectifs totaux en 2016.

Départs massifs en retraite = davantage de recrutements

Le recrutement dans les prochaines années devrait être « conséquent », afin de compenser des « départs à la pension massifs ». Au total, 1160 incorporations sont prévues en 2017 parmi lesquelles 130 officiers, 600 sous-officiers et 430 soldats et matelots. La Défense recherche « jeunes motivés, ne reculant pas devant l’effort, aimant l’aventure et prêts à accepter des risques mesurés » ainsi que le précise la doxa officielle.

Consultez les journées portes-ouvertes / job days

(source : carte Google, Annotations : B2)

L’armée hongroise mobilise ses hélicos pour surveiller la frontière avec la Serbie

(B2) Le gouvernement hongrois a décidé d’envoyer des renforts sur sa frontière Sud avec la Serbie. L’armée a ainsi déployé, depuis mercredi dernier (24 février), des hélicoptères en cinq points proches de la frontière, entre Szeged (Hongrie) et Sobatica (Serbie) : à Mórahalom, Ásotthalom, Domaszék, Kelebia et Röszke (voir carte).

Le nombre de personnel servant le long de la frontière a aussi été « augmenté de façon significative » et des véhicules blindés déployés « le long des sections frontalières menacées » pour soutenir les patrouilles de garde-frontières, indique le ministère de la Défense. Le ton employé à Budapest ne donne aucun doute sur la gravité ressentie de la menace. « Le gouvernement hongrois est engagé à protéger les frontières de l’espace Schengen, et fait de son mieux pour préserver la sécurité des citoyens hongrois ». (NGV)

(source : carte Google, Annotations : B2)

(source : carte Google, Annotations : B2)

AttentatAnkara@CNNTurc

Attentat à Ankara. L’institution militaire visée

AttentatAnkara@CNNTurc

Le lieu de l’explosion en plein coeur du pouvoir turc (crédit : CNN Turc)

(B2) La capitale turque, Ankara, a été frappée en fin d’après-midi par un attentat qui visait clairement les institutions militaires.

Une voiture piégée a explosé au moment où passait un convoi de bus militaires, à quelques centaines de mètres de l’état-major des armées, du Parlement et des bureaux du Premier ministre Davutoğlu.

Le bilan qui faisait mention de quelques blessés au départ s’est rapidement alourdi au fil des heures. Le dernier bilan dressé par le porte-parole du gouvernement à 21h mentionne « au moins 28 personnes et 61 blessés ».

Très vite devant l’importance, en nombre, comme symbolique de l’attentat, Ahmet Davutoğlu a annulé sa venue à Bruxelles pour le mini-sommet prévu jeudi sur la crise migratoire avec plusieurs dirigeants européens. Et les messages de condoléances sont arrivés de différentes capitales en Europe.

Jens Stoltenberg (OTAN) : la solidarité de l’Alliance Atlantique

I strongly condemn the terrorist attack which struck at the heart of Ankara tonight, targeting buses carrying military personnel‎. I offer my deepest condolences to the families of those killed and to the Turkish people. My thoughts are also with those who have been wounded. There can be no justification for such horrific acts. NATO Allies stand shoulder to shoulder in the fight against terrorism.

Federica Mogherini et Johannes Hahn (CE) : « les condoléances de l’Union européenne »

Another terrible attack hit the centre of Ankara tonight. The EU extends condolences to the families of the victims killed in the attack and wishes a speedy recovery to those injured. Our fullest sympathy goes to the Turkish people and authorities. We are with Turkey and its people in these difficult times and stand by all those who suffer from the consequences of such violence, and of terrorism.

Paris, François Hollande : « un attentat odieux »

Le Président de la République dénonce l’odieux attentat qui a fait de très nombreuses victimes à Ankara ce soir. Il adresse aux autorités turques et au peuple turc son soutien et toute sa solidarité devant cette nouvelle épreuve.

Berlin, Frank-Walter Steinmeier : « choqué (par cet) acte lâche« 

Ich bin erschüttert über die Nachricht, wonach erneut eine Explosion in der Türkei zahlreiche Menschenleben gefordert hat. Wir kennen die Einzelheiten noch nicht. Aber wenn sich Medienberichte bestätigen sollten, dass es sich um einen Terroranschlag handelt, wäre das ein neuerlicher feiger Akt der Gewalt in der Türkei. Mein tiefes Mitgefühl gilt den Angehörigen der Opfer. Den vielen Verletzten wünschen wir baldige Genesung.

Les autorités turques n’ont pas indiqué vers qui se portaient leurs soupçons. Le PKK kurde est bien entendu soupçonné, s’étant dans le passé, illustré dans des attaques contre les symboles de l’Etat turc. Mais l’organisation de l’Etat islamique (Daech / ISIS) pourrait aussi être impliquée. Pour le pouvoir turc, cet attentat pourrait ainsi justifier la poursuite de ses offensives en Syrie.

(NGV)

Compagnie6eJagerBrigade@AT151109

L’armée mobilisée en Autriche face à la crise des réfugiés

Compagnie6eJagerBrigade@AT151109(B2) Cent militaires supplémentaires de la 6e Brigade de chasseurs (Jägerbrigade) ont été mis en alerte pour faire face à la situation des réfugiés dans le Tyrol. 1650 soldats sont déjà déployés dans tout le pays en appui de la police, pour des missions d’assistance aux réfugiés et de sécurité, précise-t-on à Vienne. Ce qui témoigne de la gravité de la situation.

(crédit : DICOD / EMA)

3 militaires de Barkhane blessés gravement au Mali. Les opérations continuent (Maj2)

(crédit : DICOD / EMA)

(crédit : DICOD / EMA)

(B2) Trois militaires français des forces spéciales ont été blessés au nord du Mali, mardi (13 octobre) en fin d’après-midi. Ils étaient engagés dans l’opération française anti-terroristes au Sahel « Barkhane ». Leur « véhicule a sauté sur une mine » indique le service de presse des armées. Les trois militaires qui étaient à bord « ont été grièvement blessés. Ils ont été évacués en France dans la nuit de mercredi à jeudi ».

Une opération de contrôle des points de passage

On apprend également que 40 militaires français, avec 210 militaires des FAMA (les Forces armées maliennes) et 90 soldats des FAN (Forces armées nigériennes), ont mené durant les premiers jours d’octobre une opération dénommée Djiguifa, à la frontière malienne et nigérienne. Objectif : « contrôler les zones de passage susceptibles d’être employées par des groupes armés terroristes ». Cette opération « planifiée par les armées nigériennes et maliennes » précise-t-on côté français s’est déroulée sur une assez vaste zone d’action = « 11 700 m2 ». Elle a été conduite « à partir du poste de commandement tri-partite déployé dans le camp des FAMa à Gao ».

(Mis à jour 26.11.2015) Un blessé décédé

Un des blessés — le sergent-chef Alexis Guarato qui appartenait du Commando Parachutiste de l’Air n°10 (CPA 10) — est décédé dans la nuit de mercredi à jeudi (26 novembre) des suites de ses blessures, dans l’hôpital militaire où il avait été rapatrié. « J’ai un profond respect pour le sacrifice de ce sous-officier des forces spéciales » a indiqué dans un communiqué, François Hollande. « Les soldats français, engagés aux côtés de l’armée malienne et des forces des Nations Unies, accomplissent avec courage et efficacité cette mission pour consolider la souveraineté du Mali et lutter contre les groupes terroristes ». Le ministre de la Défense, Jean-Yves le Drian, a salué « l’engagement courageux tout au long de sa carrière » du militaire et « s’associe à la peine de sa famille et de ses frères d’armes ». Le sergent-chef Alexis Guarato avait intégré les forces spéciales en 2007 et participé notamment à des opérations en Afghanistan, en Côte d’Ivoire, au Burkina Faso et au Mali.

(NGV)

Financer une formation des militaires centrafricains. Ah non quelle horreur…

(BRUXELLES2) Certains principes résonnent régulièrement dans les couloirs européens : « l’approche globale », assurer la sécurité dans les pays d’origine des migrations », « former et équiper les armées africaines » (Train & Equip), « faciliter l’appropriation par les forces locales », etc. Dans la réalité, cependant, cela reste de bons mots. L’application des procédures de la façon la plus étroite possible reste de rigueur. . « Ce n’est pas chez moi ».

Une formation non opérationnelle

Le général Laugel, qui commande l’opération EUMAM Rca (Centrafrique), a pu le constater récemment, d’après les informations que B2 a recueillies auprès d’autres sources. La « partie Conseil » de cette mission en bonne voie. Et ses responsables prévoyaient de monter une petite « formation non opérationnelle » pour certains membres des FACA, les forces armées centrafricaines. C’est-à-dire une formation non liée au combat mais davantage à la structure de l’armée, au droit internationale humanitaire… Car — comme nous l’avions déjà raconté — les FACA manquent de tout équipement de formation, voire d’équipements tout courts. Il n’y a pas de chaises, de tables, de tableau. Et, pour bien faire, il faudrait une petite cantine pour nourrir les futurs stagiaires.

La pratique de la défausse

Un projet a donc été mis au point. Budget : 250.000 euros (deux cent cinquante mille ! pas 250 millions…). Résultat : rien pour l’instant ! Tous les dispositifs européens consultés se défaussent… sur le voisin. A chaque fois pour d’excellentes raisons procédurales ou de principe. Lors d’une discussion au sein du mécanisme Athena — le dispositif qui finance les missions de la PSDC – la discussion a ainsi tourné court. Plusieurs Etats membres estimant — à juste titre d’ailleurs — que ce n’était pas le rôle de ce dispositif destiné à financer uniquement certaines dépenses communes d’une opération militaire. A l’instrument de stabilité de l’UE (*), qui est normalement le dispositif financier prévu pour ce type d’action, le résultat est identique : pas de financement possible. L’argumentation différente. Les gestionnaires de l’Instrument arguent de l’article 41.2 du Traité qui interdit de financer des actions militaires.

Commentaire : Cette vision peut être discutée, même juridiquement à l’heure du Traité de Lisbonne (voir encadré), et est surtout très contestable au plan politique. Le principe développé par certains responsables européens est de ne pas financer d’action militaire. La peur d’être impliqué dans des actions de type coup d’Etat (comme au Burkina-Faso) ou de dérapages sur le plan des droits de l’Homme est présente. Sous des dehors de générosité, cette politique est d’une rare hypocrisie. Le budget européen pourrait financer des forces de police, de sécurité, de gardes-frontières, des actions anti-terroristes, le renforcement des frontières… mais pas l’armée. C’est oublier que l’armée est (souvent) garante d’une certaine stabilité de l’Etat dans les pays d’Afrique. Et que la police peut tout autant, sinon plus, que l’armée, à l’origine de cas de violences (cf. Burundi). C’est oublier que l’UE paie l’engagement des militaires des armées africaines ou somalienne dans des combats en Somalie au titre de l’Union africaine (et de l’ONU) mais ne peut pas payer du matériel nécessaire à la formation d’une autre armée. C’est plutôt contradictoire.

Il serait temps d’enlever des oeillères absurdes et de mettre au point une politique lisible et claire. Si on veut une certaine stabilité, éviter des Etats faillis, cela passe par une police et une armée démocratiques qui doivent recevoir un soutien, y compris financier. Il serait temps également de mettre fin à la politique de « silos » — dénoncée d’ailleurs par plusieurs hauts responsables européens (de la Commission comme du Parlement européen) — et de mettre les actes en phase avec les grandes orientations politiques définis par les « 28 ».

(Nicolas Gros-Verheyde)


L’interdiction du financement communautaire

L’article 41.2 du traité prévoit que « Les dépenses opérationnelles entraînées par la mise en œuvre du présent chapitre sont également à la charge du budget de l’Union, à l’exception des dépenses afférentes à des opérations ayant des implications militaires ou dans le domaine de la défense et des cas où le Conseil en décide autrement à l’unanimité. » Comme son nom l’indique, cette interdiction de financement communautaire ne concerne d’une part que les « opérations militaires ou de défense » et d’autre part que  le chapitre 2 du titre V du Traité sur l’Union européenne, concernant la « Politique étrangère et de sécurité commune ». Ce n’est plus une exclusion générale du fait de la fusion opérée par le Traité de Lisbonne entre les différents piliers. Elle ne s’applique donc pas, par exemple, aux articles 209 et 212 sur lequel se base l’instrument de stabilité.


(1) Cet outil, dépendant de la Commission européenne est géré par le service des instruments extérieurs (FPI) et mis à disposition du Service européen d’action extérieure. Il est normalement placé sous l’autorité de Federica Mogherini mais dans sa casquette de vice-président de la Commission européenne plutôt que de Haut représentant.

© NGV / B2

EUMAM Rca pour aider à restructurer les forces centrafricaines

(BRUXELLES2 – exclusif) Restructurer l’armée centrafricaine ? C’est une nécessité, constatée par tous, mais pas évidente à mener. En Centrafrique, c’est un peu le chaos. Sur 8000 soldats environ sur le papier, seule une partie d’entre eux sont en caserne. 2000 hommes sont ainsi au camp de Kassaï à Bangui. Mais, la plupart d’entre eux sont inemployés. Seul un bataillon, le bataillon d’infanterie territoriale, est opérationnel, avec pour tâche essentielle d’assurer la garde statique autour des institutions. Faute de logement, de subsistance, les soldats qui sont à Kassaï rentrent chez eux l’après-midi. Certains restent carrément chez eux. Cette armée est pauvre. Elle n’a à sa disposition que quelques pickups, quelques centaines d’armes de type Kalachnikovs, et quasiment aucun équipement. Tout a été volé, pillé, jusqu’aux chaises et bureaux et câbles électriques dans les murs…

© NGV / B2

© NGV / B2

B2 a pu rencontré, lors d’un de ses passages à Bruxelles le général français Dominique Laugel (*), ancien chef de la division Plans du corps de réaction rapide France (CRR-FR) de Lille, qui commande la nouvelle mission militaire de l’UE en Centrafrique (EUMAM RCA), chargée justement d’aider la RCA à retrouver le chemin d’une armée républicaine.

Vous êtes à la tête de EUMAM RCA depuis quelques semaines, la mission est-elle aujourd’hui opérationnelle ?

Oui. Les premiers éléments ont été mis en place le 1er mars pour assurer la suite de EUFOR et reprendre tous les contacts. EUMAM RCA est aujourd’hui un acteur politico-militaire reconnu sur la place de Bangui

EUMAM c’est une petite équipe cependant ?

Je dispose de 30 conseillers qui sont tous là aujourd’hui et à pied d’oeuvre (NB : sur une équipe de 65 personnes, voir encadré, le reste est consacré au support et à la protection). Ce qui est parfaitement adapté à la mission pour faire ce que je souhaite.

Comment définiriez-vous en quelques mots votre mission ?

Aider à restructurer les Forces armées centrafricaines, les FACA (…). L’armée, c’est un des piliers de l’Etat.

… et les principaux handicaps auxquels vous faites face ?

Le financement et les équipements. Il faut faire face aux sanctions et à l’embargo qui frappent l’armée ainsi qu’au budget limité de la défense (et de l’Etat centrafricain), consacré quasi-totalement à la masse salariale.

Avoir une armée, est-ce vraiment une volonté des Centrafricains ?

Très forte. Il y a une vraie volonté de la population de voir les FACA présentes sur le terrain, non seulement à Bangui mais aussi sur tout le territoire. Le Forum de Bangui a clairement montré cette volonté du peuple. Les Centrafricains ont des soucis du côté des frontières avec des rebelles qui passent les frontières, pillent les villages. Ils veulent voir des militaires centrafricains aux frontières.

Quelles sont les priorités que vous définiriez alors pour les FACA ?

Il faut, tout d’abord, remettre en place la chaîne de commandement pour retrouver la crédibilité des FACA. S’il n’y a pas de chaine de commandement, c’est plus compliqué. Ensuite, il faut refaire l’éducation des cadres pour avoir une armée conforme aux standards qu’on veut – en matière de professionnalisme, équilibrée ethniquement et démocratiquement responsable. Enfin, il faut également veiller à la dignité des soldats, leur donner des moyens d’instruction, un minimum d’équipements, afin qu’ils restent loyaux à l’Etat. Un soldat fier d’être soldat est loyal envers ses chefs. (…)

Le manque de moyens est patent cependant. Qu’est-ce qui serait utile le plus rapidement ?

Il faut quelques soutiens rapides, en moyens d’instruction pour faire des cours aux soldats. Ils n’ont plus rien. Il faut des tables, des chaises, des tableaux, des  lits… et tout simplement une cuisine, C’est le problème des FACA. Ils n’ont pas de cuisine sur place. Les soldats ne peuvent manger sur place. C’est pour çà qu’ils rentrent chez eux. Il faut qu’à l’intérieur, on puisse disposer de certains moyens rapidement. Il en va de la crédibilité des Européens.

(propos recueillis par Nicolas Gros-Verheyde)

Lire l’interview complète sur l’édition Pro de B2 (le club de B2) : Un soldat fier d’être soldat est loyal. Pour recréer les FACA, équipements, formation et financement (Gén. Laugel)

Lire aussi : L’urgence de s’occuper des forces armées centrafricaines).

Après le Canada, le Royaume-Uni s'engage à former les troupes ukrainiennes. Un C-17 des forces canadiennes livrant du matériel non létal à Kiev en août (crédit : armée canadienne)

Des formateurs britanniques déployés en Ukraine (maj2)

Après le Canada, le Royaume-Uni s'engage à former les troupes ukrainiennes. Un C-17 des forces canadiennes livrant du matériel non létal à Kiev en août (crédit : armée canadienne)

Après le Canada, le Royaume-Uni s’engage à former les troupes ukrainiennes. Un C-17 des forces canadiennes livrant du matériel non létal à Kiev en août (crédit : armée canadienne)

(BRUXELLES2) David Cameron l’a annoncé devant la Chambre des communes mardi (24 février), après une réunion du conseil de sécurité nationale. Le Royaume-Uni va s’engager de façon plus décisive auprès de l’armée ukrainienne pour lui apporter conseil et formation, en plus des livraisons de matériels non létaux déjà annoncées. Une décision qui suit celle du Canada, annoncée, assez discrètement, début décembre (*).

Conseil et formation

« Au cours du mois prochain, nous allons déployer du personnel britannique pour fournir des conseils et un éventail de formations, du renseignement tactique à la logistique, en passant par les soins médicaux. Toutes choses que (les Ukrainiens) ont demandé. Au programme également, le développement « d’un programme de formation d’infanterie (…) pour améliorer la durabilité des forces » ukrainiennes. Le Premier ministre a précisé que les personnels — « un certain nombre » (75, selon différentes sources) opéreront « loin de la zone de conflit ».

Des formations variées

Le ministère de la Défense a détaillé le type de formation et d’assistance fournie aux Ukrainiens. Une assistance très variable. Au niveau médical, les Britanniques veulent fournir une formation de soutien à la préservation de la vie lors des combats. Une formation destinée aux formateurs – selon le principe « train the trainer » – pour permettre aux Ukrainiens de former leurs propres troupes. Les kits individuels de premier secours utilisés lors de leur entraînement pourront être données à l’issue de la formation. Du côté logistique, il s’agit d’aider les forces ukrainiennes à « comprendre leurs lacunes dans le système de distribution logistique », de les former et « soutenir l’amélioration de leurs pratiques comme des procédures ». En matière de renseignement, les formations devront permettre aux militaires « d’analyser l’information au niveau tactique et à partir de ces renseignements de permettre de mieux comprendre leur environnement ». Du côté de l’infanterie, c’est encore balbutiant. Une équipe légère ira sur place pour « identifier les besoins des forces armées ukrainiennes ».

Des équipements non létaux

Le Premier ministre britannique a confirmé également vouloir fournir toute une série d’équipements militaires, mais non létaux. « Nous ne sommes pas au stade de la fourniture d’équipements létaux ». Il a aussi confirmé qu’il s’agit, pour les Britanniques, de fournir toute une série de matériels : « des lunettes de vision nocturne, des gilets pares-balles , etc. ». Dans le etc. on peut penser que Londres pourrait aussi fournir aux Ukrainiens des moyens de communication (radios, téléphones cryptés, moyens de renseignement (via satellites). Le ministère britannique de la Défense affirme avoir fourni en 2014 pour 1,2 millions de £ de matériels divers : « équipements de protection personnel, fuel d’hiver, des kits médicaux, vêtements  d’hiver ». Les Canadiens ont déjà fourni divers équipements (vêtements de grand froid, casques et gilets pares-balles), ces derniers mois (*).

Aller plus loin ? Non… pour l’instant

Faut-il aller plus loin et livrer des armes létales (offensives) ? David Cameron reste très prudent ne voulant pas se projeter trop loin dans l’avenir. « Je ne dis pas que nous devrions exclure pour toujours aller plus loin » répond-il, suivant en cela le débat aux Etats-Unis, qui « réfléchissent  soigneusement sur ce sujet ». « Nous avons eu des discussions du Conseil de sécurité nationale et nous avons eu des décisions claires que nous (rester) dans l’espace de la fourniture de soutien non-létal, l’assistance et le conseil ». Et d’ajouter pour justifier cette décision de ne pas franchir le Rubicon. « Nous ne croyons pas fondamentalement qu’il y ait une solution militaire à ce problème. Il doit y avoir une solution diplomatique, qui doit être obtenue par les sanctions, la pression et le poids économique de l’Europe et de l’Amérique. Mais, évidemment, si nous pouvons aider un ami avec un équipement non létal, alors nous devons le faire. »

Faire face à la friabilité de l’armée ukrainienne

Commentaire : L’engagement britannique est incontestablement un pas franchi dans l’engagement occidental aux côtés de l’Ukraine. Mais un pas qui reste encore mesuré. Ce choix s’explique pour des raisons à la fois politique et militaire. L’armée ukrainienne souffre à la fois d’une certaine désorganisation, de certaines spécialités et d’un manque d’unités bien entraînées à une guerre moderne (de mouvement et non statique) et bien renseignées. La logistique et le commandement sont une des grosses lacunes de cette armée, qui souffre aussi de la corruption rampante. On ne peut qu’être ainsi étonné de voir les Canadiens devoir fournir des tenues d’hiver aux Ukrainiens ! C’est dire l’état d’impréparation du pays qui, par certains côtés, n’est pas très éloignée de certaines armées africaines.

Le danger de voir des armes passées de l’autre côté

La fourniture d’armes offensives serait prendre un sérieux risque. Elle engagerait aussi un « cliquet » que les occidentaux ne souhaitent pas voir franchir dans la confrontation aujourd’hui quasi-directe avec la Russie. Elle présente aussi un sérieux risque militaire de voir ces armes se retrouver aux mains des séparatistes. Ce qui n’est pas de la pure théorie. A plusieurs reprises, et encore à Debaltseve, les forces ukrainiennes ont laissé une partie de leur matériel sur place. Voir des séparatistes prorusses brandir des armes britanniques, américaines ou allemandes demain serait une sévère défaite, y compris en termes médiatiques

(Nicolas Gros-Verheyde)


(*) Un engagement canadien important

Le Canada, qui a en son sein une minorité ukrainienne, s’est très tôt engagé en Ukraine à la fois en termes de livraisons de matériel comme de formation. Fin août, avec trois rotations d’avions, des livraisons de matériel pour une valeur de plus de 5 millions $ canadiens, selon le ministère de la Défense, couvrant « une vaste gamme de matériel de protection ciblé », ainsi que « du matériel médical et logistique, comme des casques, des lunettes de protection balistique, des vestes de protection, des trousses de premiers soins, des tentes et des sacs de couchage ». En novembre, le Canada a annoncé l’envoi de davantage de matériel militaire, notamment des systèmes de communications tactiques, du matériel de neutralisation d’explosifs et de munitions (anti-IED), des trousses médicales de combat, des lunettes de vision nocturne et des trousses hivernales. Et le 8 décembre, les ministres canadien et ukrainien de la Défense, signaient à Kiev une « Déclaration d’intention« , prévoyant de renforcer cette coopération militaire, avec la formation de la police militaire notamment.

(Maj) détails sur l’engagement canadien et sur la formation donnée par les Britanniques

Les premiers éléments embarquent à bord de l'Airbus du 45e Groupe aérien (crédit : MOD Espagne)

L’Espagne s’engage en Irak

Les premiers éléments embarquent à bord de l'Airbus du 45e Groupe aérien (crédit : MOD Espagne)

Les premiers éléments embarquent à bord de l’Airbus du 45e Groupe aérien (crédit : MOD Espagne)

(B2) Les Espagnols ont commencé, cette semaine, à se déployer en Irak. Les premiers éléments – composés de 30 militaires du commandement des opérations spéciales d’Alicante – sont partis, mercredi (21 janvier) de la base aérienne de Torrejón. Ils rejoignent les 6 Espagnols déjà présents dans la région (4 à Bagdad et 2 au Koweit) chargés de préparer l’opération. vont commencer à implanter le camp et démarrer les premières formations. Rapidement, l’effectif devrait monter à 300 personnes. Le contingent espagnol sera responsable « de la formation des unités des opérations conventionnelles et spéciales, respectivement à Besmaya et Bagdad » précise-t-on au ministère espagnol de la Défense. Le quartier général de l’opération sera placé au Centre de soutien diplomatique de Bagdad, près de l’aéroport (dans ce qu’on appelle la « zone verte »).

LogoEucapSahelMali

Les Européens lancent une nouvelle mission au Mali et une autre en Centrafrique

LogoEucapSahelMali(BRUXELLES2) Les ministres des Affaires étrangères de l’UE ont décidé de lancer, officiellement, ce lundi (19 janvier) une nouvelle mission au Mali, destinée à renforcer la capacité des forces de sécurité intérieure maliennes. Et ils ont décidé d’en lancer une prochainement en Centrafrique (EUMAM RCA)

Objectif : renforcer l’Etat malien, et ses forces de sécurité

Dénommée EUCAP Sahel Mali, la mission déployée au Mali, sera une mission civile, avec pour principal objet d’aider les autorités maliennes de « restaurer et maintenir l’autorité et la légitimité de l’État sur l’ensemble du territoire malien ».

Quatre objectifs précis sont fixés dans le mandat : « 1) améliorer l’efficacité opérationnelle, 2) rétablir les chaînes hiérarchiques respectives (des forces de sécurité intérieure), 3) renforcer le rôle des autorités administratives et judiciaires en matière de direction et de contrôle de leurs missions, 4) faciliter le redéploiement (des forces de sécurité et de l’Etat) au nord » du pays. La mission disposera d’un budget de 11,4 millions d’euros (annuel).

La dernière pièce de la mosaïque européenne au Sahel

Comme me l’avait confié le chef de la mission, le diplomate allemand Albrecht Conze, lors de son passage récent à Bruxelles (*) « C’est la dernière pièce de la mosaïque » européenne au Mali, comme au Sahel, aux côtés de la mission de renforcement des capacités au Niger (EUCAP Sahel Niger) et de la mission de formation malienne (EUTM Mali). Mosaïque européenne qui souffre cependant d’une grave défaillance : en Libye.

Remettre sur pied l’armée centrafricaine

En Centrafrique, l’objectif fixé à la mission de conseil (EUMAM RCA) est assez semblable dans l’objectif : renforcer l’Etat de droit. Mais cette fois, il s’agit d’aider à restructurer et remettre sur pied les FACA, les forces armées centrafricaines, complètement bouleversées par le conflit civil qui a ravagé le pays ces derniers mois.

(NGV)

Lire aussi : L’Europe va former policiers et gendarmes maliens

(*) Plus de détails sur le Club : La mission EUCAP Sahel Mali se met en place. Priorités et défis