Crise du coronavirus. Les armées appelées à la rescousse (v2)

(B2) Il n’y a pas qu’en France où les militaires ont été appelés à la rescousse. D’autres pays ont décidé, très vite (même plus vite), de faire appel à ces ressources. La logistique, les services de santé, les patrouilles aux frontières sont parmi les principales tâches qui leur ont été confiées. Petit tour

NB : ce tour n’est pas complet, il sera mis à jour ou complété d’autres articles

France : un hôpital de campagne déployé

Dans la foulée de la décision présidentielle du président français Emmanuel Macron, lundi (16 mars) soir, le ministère des Armées envoie un élément militaire de réanimation (EMR) à Mulhouse, à proximité de l’hôpital. Une infrastructure sous tente avec une trentaine de lits équipés pour la réanimation, déployée par le régiment médical (RMED) de l’armée de terre (de La Valbonne) et ‘armée’ par le service de santé des armées (SSA). Structure opérationnelle une semaine plus tard. Le premier malade est pris en charge mardi (24 mars).

Le régiment médical de la Valhbonne met en place l’hôpital de campagne à Mulhouse (crédit : DICOD / EMA)

Un Airbus A330, équipé en version d’évacuation médicale (kit Morphée), a commencé mercredi (18 mars) des navettes entre l’hôpital de Mulhouse, débordé par la crise, et plusieurs autres hôpitaux français (Bordeaux, Brest, Lorient…), comme le précise la défense française dans un communiqué. Tandis que le bâtiment de projection et de commandement Tonnerre (L-9014) a rapatrié 12 malades d’Ajaccio sur le continent. L’objectif est de « désengorger certains hôpitaux débordés, en territoire métropolitain, Corse et outre-mer » a précisé à B2 un des officiers de communication. L’Élysée décide mercredi (25 mars) de lancer une opération de soutien aux services publics et hôpitaux français dénommée ‘opération résilience‘. Trois navires de type BPC seront déployés outre-mer, l’un (le BPC Mistral) prend la route de l’Océan indien pour prêter main-forte aux hôpitaux de Mayotte et de La Réunion ; l’autre (le BPC Dixmude) celle de l’Atlantique pour soutenir les Antilles (Guadeloupe, Martinique, St Martin) et la Guyane.

Allemagne : les labos d’analyse en première ligne

Le service de santé des armées allemand s’est mobilisé depuis… fin janvier. Le premier cas suspect en Allemagne impliquant un homme de Bavière a ainsi été confirmé par l’Institut de microbiologie de la Bundeswehr à Munich fin janvier. Tandis que la Luftwaffe a commencé des vols pour rapatrier les ressortissants allemands bloqués à l’étranger comme amener quelques équipements médicaux en Italie. Berlin a aussi décidé de commencer à lister ses réservistes en demandant aux volontaires de se signaler dès le 19 mars. Des appels répétés visent en particulier ceux ayant des compétences médicales, notamment pour renforcer les hôpitaux militaires, intégrés dans le système hospitalier civil un peu partout dans le pays.

Un avion de la Luftwaffe convoie du matériel vers l’Italie (crédit : MAE Italie / Di Maio)

Autriche : l’armée sur tous les fronts

Dès le début de l’épidémie en Autriche, le 9 mars, l’armée a été mise en alerte, d’abord pour prêter main forte à la police aux frontières. Une tradition en Autriche où à chaque crise la Bundesheer est appelée en renfort. Pas question de « répéter les erreurs de 2015 » a indiqué la ministre de la défense Klaudia Tanner dans un communiqué commun avec son collègue de l’Intérieur, Karl Nehammer (tous deux membres du parti chrétien-démocrate ÖVP). « Nous n’allons pas faire passer de réfugiés par l’Autriche. » Très vite également des militaires ont été déployés à d’autres tâches. Dans plusieurs Länder (Vienne, Vorarlberg, Carinthie, etc.), les sportifs de l’armée et du personnel des centres logistiques de l’armée ont été déployés, à partir de lundi 16 mars. Ceux-ci sont confrontés « au défi de remplacer leur propre main-d’œuvre, afin d’assurer la rotation des marchandises et les livraisons aux épiceries » explique-t-on au ministère de la défense. Des soldats ont aussi pris le relais de policiers pour la protection des ambassades et des institutions internationales à Vienne, à la demande de la police du Land.

Militaires en renfort dans un dépôt d’un grossiste en Carinthie (crédit : MOD Autriche)

Belgique : mise en alerte et soutien pour l’approvisionnement médical

Les services de l’hôpital militaire de Neder-Over-Heembeek ont été placés en alerte et renforcés. Ses ambulances peuvent à la demande du numéro 112 transporter davantage de patients atteints du coronavirus entre les hôpitaux de Bruxelles et du Brabant flamand. La protection civile et les militaires agissent, de concert, pour le stockage, le reconditionnement et la distribution de millions de masques de protection. Une première cargaison, arrivée dans la nuit du 19 au 20 mars à Liège, a été transportée jusqu’au quartier militaire de Peutie, et redistribuée ensuite dans le reste du pays. Une deuxième cargaison est arrivée le 23 mars.

Déchargement de l’arrivage de masques (crédit : MOD Belgique)

Espagne : opération Balmis

Madrid a lancé une opération militaire baptisée ‘Balmis’, en hommage au médecin militaire espagnol qui a mené d’importantes campagnes de vaccination dans les colonies au début du XIXème siècle. 2600 soldats ont été déployés dans 48 localités différentes afin de soutenir les autres services et forces de l’ordre pour l’aide à la population et la sécurité : renvoi à domicile des habitants ne respectant pas le confinement, aide à la construction d’un hôpital de campagne civil, livraisons de matériel médical, logistique et même aide aux sans-abris. Les militaires ont également désinfecté divers sites où vivent des populations fragiles (personnes âgées, handicapées…). Selon le ministère de la défense, une trentaine d’établissements de ce type ont ainsi été nettoyés la semaine passée rien qu’à Madrid.

Hongrie : les frontières première préoccupation

Plus d’une centaine de soldats devaient être envoyés samedi (21 mars) aux frontières slovaque et autrichienne pour « renforcer le verrou frontalier », a indiqué le ministre hongrois de la défense Tibor Benkő sur Hir TV. Elles sont fournies par la 5e brigade d’infanterie István Bocskai et le 24e régiment de reconnaissance Gergely Bornemissza, tous basés à Debrecen.

Pologne : renforts aux frontières également

La Pologne mobilisait au 23 mars 4968 militaires et civils de la défense face au coronavirus. Le gros du contingent (1800 hommes) opère directement en appui des forces de police et de garde-frontières, pour protéger les accès au pays, surtout côté ouest (frontière sur l’Oder avec l’Allemagne). Un peu plus de 500 militaires remplissent des missions logistiques diverses pour aider les autres services, notamment de santé, en transportant des médicaments. Plusieurs laboratoires biologiques contribuent à réaliser quelques centaines de tests de coronavirus par jour. Sur le plan purement médical, les 14 hôpitaux militaires polonais étaient en alerte dès le début de la crise.

Militaires déployés à la frontière ‘ouest’ vers l’Allemagne (crédit : MOD Pologne)

République Tchèque

Depuis le 10 mars, des professionnels du service de santé ont été déployés aux frontières pour examiner l’état de santé des personnes présentant des symptômes de maladie virale aux postes frontaliers. D’autres soldats tchèques ont été déployés, lundi (16 mars), en renfort d’unités de police pour sécuriser la frontière nationale. Le gouvernement ayant décidé de clôturer le pays. Les militaires ont aussi été mobilisés pour aider à acheminer des équipements médicaux minimaux (masques simples ou à respiration), dans tous les hôpitaux du pays (lire : Prague organise un pont aérien pour rapatrier masques et respirateurs de Chine).

Roumanie

Des militaires vont venir en renfort des forces de maintien de l’ordre public (gendarmerie et police), annonce le président Klaus Iohannis, mardi (24 mars), après la mise en place de restrictions plus fortes imposées à la population.

(NGV, avec RM à Paris)

(mis à jour) Précisions apportées sur l’opération résilience

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Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).