Ravitailleurs militaires US: la Commission mécontente

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(crédit photo : U.S. Air Force photo by Staff Sgt. Andy M. Kin/Released)

(BRUXELLES2) C’est assez inhabituel pour les marchés militaires. Mais la Commission européenne semble bien décidée à intervenir dans un domaine qu’elle considère comme trop peu ouvert à la concurrence. Ainsi, la Commission a, aujourd’hui, très officiellement exprimé son «inquiétude » face à l’annonce, hier, du retrait de Northrop Grumman / EADS de la compétition organisée par le Département de Défense américain pour le remplacement de ses ravitailleurs militaires. « Il est hautement regrettable qu’un fournisseur important ne soit pas en capacité de répondre à un contrat de ce type » a déclaré le commissaire européen chargé du Commerce (extérieur), Karel de Gucht « Seuls des marchés publics ouverts peuvent garantir une meilleure compétition et un meilleur usage de l’argent du contribuable ».

Avertissement. Une inquiétude exprimée en termes très diplomatiques mais qui ressemble plutôt à un avertissement. Dans son communiqué, la Commission européenne se montre, en effet, «extrêmement soucieuse s’il devait apparaître que les conditions d’appel d’offres étaient de nature à entraver la libre concurrence pour le contrat » ajoute-t-il. Et de préciser : « La balance américaine de défense commerciale avec l’UE a toujours été nettement en faveur des États-Unis». En 2008, les États-Unis ont exporté pour 5 milliards de dollars mais n’a importé que 2,2 milliards de dollars de matériel de défense, précise-t-on à la Commission « soit un ratio historique du double entre exportations et importations ». Et de conclure : « La Commission suivra l’évolution future de cette affaire de très près».

Dés pipés pour l’appel d’offre américain. Il faut souligner que le remplacement des ravitailleurs US – un fabuleux marché de plus de 100 milliards en plusieurs tranches – est une longue suite d’avatars. Pour remplacer ses quelque 540 vieux ravitailleurs Boeing KC-135 (conçus sur le Boeing civil 707), le Département de la Défense avait passé, un premier appel d’offre, remporté, en 2003, par Boeing. Appel d’offre annulé en 2004 pour fraude. Le nouvel appel d’offres avait été remporté, en février 2008, par EADS allié à l’Américain Northrop Grumman. « Ce qui était un signe positif pour la concurrence libre et ouverte à travers l’Atlantique » remarque la Commission européenne. « Cela semblait aussi indiquer que le succès à des appels d’offre est possible quand les équipes de l’industrie européenne travaillent avec l’industrie américaine et sont autorisés à concourir de façon équitable. » Mais des vices de forme conduisent à une nouvelle annulation et à un troisième appel d’offres pour 179 avions. Un contrat d’environ 35 milliards $. Mais l’avis d’appel d’offres était rédigé de telle façon que les critères indiqués (taille de l’avion, consommation…) conduisaient à éliminer de fait l’Airbus A330 MRTT (le KC 45) aux dépens de l’offre Boeing, avec son B 767 modernisé, plus petit. En gros, les dés étaient pipés… Le consortium americano-européen a donc décidé de jeter l’éponge, avant la date limite, fixée au 10 mai.

(Nicolas Gros-Verheyde)

 

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).