Armes, frontières, police : les enjeux de la sécurité en Libye (vice-Premier ministre libyen)

Mustafa Abushagur à la commission AFET du Parlement Européen le 15 mai 2012 (Crédit: Parlement Européen)

(BRUXELLES2) La sécurité aux frontières et le contrôle des stocks d’armes : voilà les deux priorités en termes de sécurité retenues par le vice-premier ministre libyen, Mustafa Abushagur, qui s’entretenait hier avec les députés membres de la commission des Affaires étrangères du Parlement européen. Pour cela, il faut réussir à bâtir une armée et une police, en intégrant les milices autonomes. Le soutien de l’UE est nécessaire et apprécié.

La sécurité des frontières: à construire ex nihilo

Avec 4000km de frontières terrestres et 2000km en mer, cette question n’est pas anodine. C’est même une priorité « pour empêcher l’immigration massive et le trafic d’armes et d’êtres humains », selon le ministre. Mais c’est aussi un défi considérable. « La police des frontières [est] inexistante ». Il faut la créer « à partir de rien ». C’est ce que nous faisons, dit Mustafa Abushagur, en intégrant « les jeunes qui ont participé à la révolution ». Et avec l’aide de l’UE, qui a déployé une mission d’évaluation des besoins. En particulier pour les frontières du Sud. « C’est là où passe le gros de l’immigration ». Et pour les Européens, c’est là ce qui les concerne en priorité. « Nous voulons empêcher de nouveaux flux d’immigration illégale et de nouvelles tragédies dans la mer Méditerranée » avait affirmé lundi (14 mai) le ministre italien des affaires étrangères Giulio Terzi. Selon lui, les Européens comprennent le « besoin urgent » qu’il y a à prévenir cette immigration plutôt qu’à la combattre après coup.

Le contrôle des stocks d’armes: éviter le char dans le jardin

Pour le gouvernement de transition, et pour l’avenir du pays plus généralement, le contrôle des armes « après huit mois de conflit armé » où tous les Libyens ont été impliqués d’une façon ou d’une autre, est également une priorité pour la sécurité. Selon le Ministre, presque tous les foyers libyens se retrouvent avec des armes chez eux. « Certains ont même un char dans leur jardin ». Il y a donc « beaucoup d’armes dans la nature“. Le gouvernement s’est d’abord concentré sur les armes lourdes présentes dans les villes « car ce sont les plus dangereuses ». « Un grand nombre de mesures » ont été prises si bien que « il y en a pratiquement plus », affirme Mustafa Abushagur. Étape suivante:  « nous travaillons avec la police militaire pour établir des points de contrôle pour confisquer les armes lourdes » dans le reste du pays. Et ici, on rejoint la question des frontières, où le contrôle des armes est « plus difficile ». La coopération avec les pays voisins n’est forcément facile non plus. Par exemple, l’Algérie a été « tatillonne » pour reconnaître la révolution. De manière générale, c’est le problème du manque de ressources que pointe le ministre.

Des capacités libyennes en forces de sécurité limitées : intégrer les milices

L’enjeu pour l’avenir est donc de bâtir une police et une armée modernes « capables de protéger les intérêts du pays ». En ce qui concerne la police, des structures existent déjà, le problème est de les reconstruire, de les faire revivre.

Ainsi, le gouvernement continuer à payer le salaire de 160 000 policiers « mais il faut qu’ils reviennent au travail sinon nous couperons les salaires ». Pour l’armée, il faut par contre repartir de zéro, créer les structures et trouver les effectifs. Il y a un besoin de réconciliation entre les différents acteurs de la révolution. En particulier, la difficulté est de donner une cohésion aux forces de sécurité du pays. Il faut donc intégrer les milices autonomes et les Touaregs, qui représentent un quart de million de personnes. C’est « important car ils ont participé à la révolution ». Il faut savoir ce qu’elles veulent. « Nous aimerions qu’elles se rencontrent afin de discuter de ce qu’elles veulent faire dans le futur ».

Sur les 750 000, 230 000 ont déjà été enregistrées sur les listes électorales, se félicite le ministre. Ce qui a permis d’avoir des informations sur leur projet: 30% voudraient participer à l’armée ou à la police, 35% voudraient exercer une profession libérale (“très bien pour relancer l’économie »). Plusieurs ateliers ont été organisés pour leur intégration, avec l’aide et l’expertise de l’UE. Le ministre souligne d’ailleurs les efforts déjà déployés par l’UE pour bâtir des forces de sécurité modernes en Libye.
Comme l’ont remarqué les eurodéputés, un des moyens de renforcer les capacités libyennes passe par la réappropriation des finances accaparées par Kadhafi et éparpillées dans le monde entier.

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