L’OTAN est-elle toujours une organisation politique ?

(B2) L’Alliance atlantique a connu des crises, graves, dans le passé. Ce qui se passe aujourd’hui avec l’offensive turque non concertée dans le nord-est de la Syrie est hors de proportion

Les ministres de la Défense tenteront de s’accorder sur la Turquie. Réunion (difficile) ce jeudi au siège de l’Alliance à Bruxelles (© NGV / B2)

Une rupture politique et militaire au sein de l’Alliance

Qu’un pays membre de l’OTAN (Turquie), avec le consentement d’un autre (USA) — tous deux membres principaux de l’Alliance — interviennent dans une zone sensible, désorganisant la stratégie patiemment construite par les Alliés dans la zone, est assez extraordinaire. Que cela se fasse sans aucun délai ni discussion préalable entre les Alliés, en particulier ceux présents sur le terrain au sein de la coalition contre Daech est encore plus étonnant. Rajoutez à cela des Américains, dont la ligne politique est difficile à cerner et erratique (1). Et vous avez un cocktail inédit qui suscite bien des interrogations sur la fiabilité de l’Alliance.

Rendre les armes à la Russie : quel paradoxe

Le premier résultat de cette intervention est d’ores-et-déjà visible. Le seul interlocuteur international valable dans la zone, au niveau politique comme militaire, devient Moscou. Les USA ont ainsi réussi à placer la Russie, l’ennemi héréditaire, la raison d’être de l’OTAN, dans une position incontournable tant au plan politique que militaire, sur un de ses principaux champs d’action : le Moyen-Orient et le Golfe. Vladimir Poutine peut se réjouir. Il n’a plus besoin de manœuvrer. En désertant le champ de bataille, les Alliés lui offrent la victoire sans combattre. Magnifique. Un retrait tactique = une défaite stratégique.

Un sabordage politique

Le second effet de l’intervention est plus imperceptible. La colère gronde dans les cercles feutrés de l’organisation euro-atlantique. Cette action constitue, en effet, une brèche au concept même de l’Alliance qui s’affirme comme une entité politique, solide, organisée, indestructible. Sa crédibilité est en jeu, au niveau européen comme mondial. Les questions qui se posent sont fondamentales. A quoi sert de montrer ses muscles à la Russie si on facilite son action aux portes de l’Europe ? Qui pourra faire confiance demain à des alliés qui tournent casaque du jour au lendemain ? Les Alliés eux-mêmes seront-ils prêts à suivre les yeux fermés les Américains demain dans une coalition ? (2). L’OTAN ne va-t-elle pas être contrainte de se replier sur sa zone historique : l’Europe ? L’organisation n’est-elle pas condamnée en fait à errer sans but politique, comme un coq à qui on aurait coupé la tête ?

Une réflexion interne nécessaire

Dire que « l’OTAN est morte » comme le proclame l’ancien conseiller de François Mitterrand Jacques Attalli, c’est aller vite en besogne. La force d’attraction et d’inertie de l’organisation euro-atlantique demeure car elle n’a pas d’équivalent ni de remplaçant. Mais ce qui est sûr c’est qu’en quelques jours, les États-Unis et la Turquie ont effacé les gains occidentaux depuis la chute du mur en 1989, mettant en évidence les faiblesses et la friabilité de l’Alliance. Les Européens vont devoir, très vite, réfléchir à ce qu’ils veulent faire. Sont-ils prêts à investir l’OTAN pour en faire ‘leur’ organisation ? Sont-ils prêts à se doter, en parallèle, eux-mêmes de certains instruments de puissance, au moins au plan politique ? Ce n’est pas gagné…

(Nicolas Gros-Verheyde)


Une singulière différence avec la crise de 2003

L’OTAN n’en est pas à sa première crise importante. Elle avait vécu une crise similaire à l’été 1974 avec le coup d’état grec à Chypre, suivie de l’intervention militaire turque (3). Mais cela semble si loin : presqu’un demi-siècle. La crise de 2003 est plus récente, quand les USA et une partie des alliés sont partis en Irak détruire le régime de Saddam Hussein et qu’une autre partie emmenés par les franco-allemands ont refusé. Un véritable schisme. Entre Alliés, les mots étaient durs. La bataille était rude, mais sur le plan politique et diplomatique. Il n’y avait pas un pays de l’Alliance qui combattait l’autre indirectement sur le terrain. Français et Allemand avaient simplement refusé de participer à une action militaire qu’ils jugeaient contraire au droit international et à leurs intérêts. Ils ne s’étaient pas alors rangés militairement du côté de Saddam…


  1. Le gouvernement américain est passé en quelques jours d’une autorisation donnée à la Turquie d’intervenir en Syrie, à la menace de représailles féroces si elle continuait son offensive, accompagnée d’une demande aux Alliés de sanctions importantes, puis à une médiation de cessez-le-feu (temporaire) et une demande faite aux Alliés d’assister la Turquie.
  2. L’échec américain à constituer une coalition maritime contre l’Iran dans le détroit d’Ormuz est un signe avant-coureur de cet état des lieux. Lire : L’opération américaine dans le détroit d’Ormuz : comme un goût d’échec diplomatique
  3. Crise qui entraîne (entre autres) la mise en place d’un embargo militaire contre la Turquie par les États-Unis et le retrait de la Grèce de l’Alliance.

La faute lourde des Occidentaux et de l’OTAN en Syrie (Emmanuel Macron)

(B2) Le président français Emmanuel Macron ne mâche pas ses mots sur l’intervention turque en Syrie comme sur le fonctionnement de l’Alliance atlantique

E. Macron, lors de sa conférence de presse au sommet européen, le 18 octobre (crédit : Conseil Européen)

Il l’a exprimé de façon assez vive à Bruxelles lors de la conférence de presse clôturant le sommet européen vendredi (18 octobre) dans l’après-midi. « Je considère ce qui s’est passé depuis plusieurs jours est une faute lourde, de l’Occident et de l’OTAN dans la région » a souligné le président français interrogé par un journaliste. « J’ai découvert par tweet que les États-Unis décidaient de retirer leurs troupes et de libérer la zone, comme tout le monde. »

La crédibilité de l’OTAN compromise

Le futur à long terme de l’OTAN est en jeu, car l’offensive « affaiblit durablement notre crédibilité pour trouver des partenaires sur le terrain, qui se battront à notre côté, en pensant qu’ils sont protégés durablement » et surtout, « cela interroge aussi le fonctionnement de l’OTAN ». Le manque de communication entre Alliés est un problème. « Il est important que nous puissions nous réunir et nous coordonner, au moins entre les trois Européens (1) et la Turquie. »

La victoire de la loi du plus fort

« Aujourd’hui, dans la région, ceux qui sortent gagnants par la loi du plus fort […], ce sont la Russie, la Turquie et l’Iran. Je ne suis pas sûr que cela ait été exactement l’élément stratégique qui était le plus pertinent, ni pour l’Europe, ni pour les USA. »

Tous les combattants en Syrie ne sont pas du PKK

Il y avait sans doute de bonnes raisons à la Turquie. « Je respecte tout à fait la lutte contre le PKK et les terroristes. Je l’ai toujours dit au Président Erdogan. […] Mais beaucoup des forces démocratiques syriennes, et des combattants de la liberté, [comme] des combattants anti-Daech sur le terrain n’étaient pas du PKK. »

Ramener la Turquie à des positions raisonnables

Pour Emmanuel Macron, il faut « essayer non seulement de comprendre, mais de voir où la Turquie veut aller et comment la ramener à des positions plus raisonnables, qui permettent d’articuler sa sécurité intérieure et ses objectifs de sécurité intérieure avec aussi le respect de notre agenda et la juste solidarité qui est au sein de l’OTAN ».

L’autonomie stratégique européenne plus que jamais nécessaire

Le président français en tire une leçon pour l’Europe. « Nous ne pouvons plus être les partenaires minoritaires d’autres, mêmes si ce sont nos alliés, c’est tout ». Pour continuer à exister, l’Europe a besoin « d’une véritable autonomie, d’une Europe de la Défense véritable, c’est ça redevenir une puissance stratégique ».

(NGV et CG, st.)

(1) Le président pense certainement à la France, le Royaume-Uni et l’Allemagne.

Lire aussi :

Embargo sur les armes ou coordination de la politique d’exportation d’armes ? Y voir clair

(B2) Les Européens ont finalement décidé lundi (14 octobre) de coordonner leurs positions sur les exportations d’armes vers la Turquie plutôt que d’imposer un embargo sur les armes (1). Pourquoi ? Quelle est la différence ? Comment cela s’applique ?

(crédit : Min Défense France / DICOD)

Quelle est la différence entre un embargo sur les armes et une coordination des politiques en matière d’exportation d’armes ?

Elle est importante. L’embargo est une décision européenne impérative qui définit précisément ce qui est permis ou n’est pas permis. Elle est prise à l’unanimité, fait l’objet d’un texte publié au journal officiel qui peut être soumis au contrôle de la Cour de justice ou des tribunaux nationaux. Ce sont les États membres qui sont chargés ensuite de transposer et d’appliquer cette mesure (pas les institutions communautaires).

La coordination des politiques d’exportation d’armes ne nécessite pas de décision européenne au sens juridique des termes, juste une décision politique. Son application est décidée par chaque État membres, soit de façon générale, soit au cas par cas. Chaque État demeure libre de son interprétation. Les licences d’exportation n’étant pas toutes publiées, la discrétion règne. Quelques principes communs ont bien été définis dans une position commune datant de 2008 (qui vient d’être révisée il y a quelques semaines), mais ils sont assez généraux. Aucun contrôle juridictionnel n’est prévu. Coordonner les politiques d’exportation ressort donc davantage de l’incitation que d’une obligation impérative.

Les Européens pouvaient-ils imposer un embargo ?

Tout à fait. Un embargo peut être édicté sur la base de l’article 29 du Traité de l’UE (2). Le procédé est décrit dans des lignes directrices sur les mesures restrictives (les dernières datent de juin 2018, si mes souvenirs sont bons. Un libellé type est même proposé :

« Sont interdites la vente et la fourniture à [la Turquie] ainsi que le transfert et l’exportation à destination de ce pays, par les ressortissants des États membres ou depuis le territoire des États membres, ou au moyen de navires ou d’aéronefs de leur pavillon, d’armements et de matériels connexes de quelque type que ce soit, y compris des armes et des munitions, des véhicules et des équipements militaires, des équipements paramilitaires et des pièces détachées pour les susdits, qu’ils proviennent ou non de leur territoire. »

Quels pays sont actuellement visés par un embargo de l’UE ?

Une quinzaine de pays font aujourd’hui l’objet d’une décision d’exportation d’armes par l’Union européenne sur la base d’une décision européenne propre ou en application d’une résolution de l’ONU. J’ai recensé : l’Afghanistan, la Biélorussie, la Centrafrique, la RD Congo, la Corée du Nord, la Libye, le Myanmar, la Russie, la Somalie, le Soudan et le Sud Soudan, la Syrie, le Venezuela, le Yémen, le Zimbabwe, par exemple. À ceux-là il faut ajouter la Chine, objet d’une déclaration politique depuis 1989 équivalent à un embargo.

Un embargo est-il possible sans résolution de l’ONU ?

Les Européens préfèrent souvent imposer un embargo sur les armes, sur la base d’une résolution du Conseil de sécurité de l’ONU. Ce qui est plus efficace. Mais ils n’ont pas aussi hésité dans le passé à édicter une telle mesure pour la Syrie par exemple, la Russie ou le Venezuela plus récemment.

Pourquoi ne pas avoir imposé une telle mesure ?

Cela ressort de plusieurs raisons à la fois techniques et politiques.

D’une part pour mettre en place un embargo, il faut un acte écrit, préparé de façon assez précise, qui doit passer par toute une série de filtres et de groupes de travail (RELEX notamment) et des ambassadeurs (COREPER). Tout cela prend du temps. Et l’impératif européen était d’aller vite.

Ensuite, pour écrire cet acte, il aurait fallu résoudre des questions assez délicates : l’embargo s’étend-il aux contrats en cours ? Concerne-t-il uniquement les équipements militaires ou tous les autres équipements, ainsi que l’assistance technique, la formation, le volet financier ? Vise-t-il également les équipements qui ne sont pas employés en Syrie ? Quid de la coopération militaire déjà engagée (par exemple sur l’A400M) ? Etc. Toute une série de questions éminemment délicates qu’il était impossible de résoudre. Avoir quelques mots de conclusions et non un acte juridique a également un énorme avantage : ce n’est pas attaquable devant la Cour de justice de l’UE.

Enfin, un embargo sur les armes prononcé contre un pays membre de l’OTAN, candidat à l’adhésion et lié par une Union douanière était éminemment délicat. La coordination des licences d’exportation a beaucoup d’avantage : elle permet à chaque État (sous couvert d’une position commune) de faire à peu près ce qu’il veut, quand il veut, comme il le veut. C’est discret (pas de publication au JO) et quasiment pas contrôlable, sauf information par les médias. Si un pays ne prend pas de mesures, cela se verra à peine.

Bref, c’est rapide, cela peut être efficace (au moins au niveau du message politique), cela reste flou, et cela n’a pas les inconvénients d’un acte juridique…

Tous les pays ont-ils suivi aujourd’hui à la lettre les prescriptions décidées lundi ?

Pas vraiment encore. Selon nos informations la plupart des grands pays (France, Royaume-Uni, Allemagne, Espagne) ont annoncé des mesures (3). Mais d’autres se font très discrets, voire silencieux, tels la Bulgarie par exemple, un des principaux exportateurs d’armes vers la Turquie, et un proche voisin. Nous n’avons retrouvé trace d’une quelconque décision.

Cette mesure est-elle importante ?

Sans nul doute. On ne peut pas juger une mesure de contrôle renforcé des exportations d’armes comme totalement anodine. Elle est particulièrement importante au plan politique et symbolique, et peut aussi avoir des conséquences très concrètes. La ‘condamnation’ ferme de l’offensive turque en Syrie, qualifiée ‘d’invasion’ par plusieurs ministres n’est pas anodine. Dire que la décision des ministres des Affaires étrangères n’est pas importante est donc erroné.

Les sanctions décidées par les États-Unis sont-elles efficaces ?

Elles ne sont pas purement symboliques, comme certains se sont empressés de le dire (ne voyant qu’un gel des avoirs du ministre). Les USA ont décidé de geler les avoirs du ministère turc de la défense et ont interdit toute transaction à une entité américaine, ou sur le sol américain, ainsi que toute assistance (technique ou financière, pour ce faire). De plus, le Trésor US assortit cette décision d’une menace de sanctions extra-territoriales à toute personne (même hors des USA) qui se ferait complice de telles transactions. En gros, cela pourrait aboutir à interdire toute transaction avec la défense turque, libellée en dollar et suspendre (immédiatement) toute coopération militaire sur le F-35 par exemple (sauf si le Trésor autorise, une par une ces transactions), voire sur l’A400M. Cette décision n’est pas antinomique en soi avec les mesures européennes. D’une certaine façon, elle est complémentaire.

(Nicolas Gros-Verheyde)

  1. Lire aussi : Les 28 tombent d’accord pour sanctionner la Turquie pour deux motifs. Le Royaume-Uni résiste
  2. « Le Conseil adopte des décisions qui définissent la position de l’Union sur une question particulière de nature géographique ou thématique. Les États membres veillent à la conformité de leurs politiques nationales avec les positions de l’Union. » (article 29 TUE)
  3. Lire : La plupart des pays européens suspendent l’exportation des armes vers la Turquie. Mais avec de singulières nuances

Une zone de protection aérienne russe pour protéger les Kurdes

(B2) Est-on à la veille d’un tournant tactique en Syrie ? En tout cas les derniers contacts entre Kurdes et Américains le laissent penser

« J’ai besoin de savoir si vous êtes capable de protéger mon peuple » a déclaré le général kurde Mazloum Kobani Abdi, commandant en chef des forces démocratiques syriennes (FDS), à l’envoyé spécial adjoint de la Coalition mondiale contre Daech, William Roebuck, lors d’une réunion jeudi, selon un document interne américain obtenu par CNN. « Si ne pouvez le faire, je dois conclure un accord avec la Russie et le régime maintenant et inviter leurs avions à protéger cette région ».

Si cette éventualité se produisait, les Américains auraient, par leur politique, contribuer d’une certaine façon au régime de Damas et aux Russes à reprendre le contrôle d’une partie de la Syrie. Beau résultat.

(NGV)

Les premiers S400 arrivent en Turquie

(B2) Un Antonov 124-100 des forces russes a livré vendredi (12 juillet) les premiers éléments du système de défense anti-aérienne S400 à la Turquie.

(crédit : MOD Russie)

Une livraison faite avec tambours et trompettes côté russe. Le ministère russe de la Défense n’était ainsi pas peu fier d’annoncer cette livraison à un des principaux membres de l’Alliance atlantique « dans le cadre du respect des obligations contractuelles ».

(NGV)

Le président turc Erdogan au camp Butmir d’EUFOR Althea

(B2) Le président turc Recep Tayyip Erdoğan s’est rendu, lundi (8 juillet), au camp Butmir, quartier-général de la force européenne de stabilisation en Bosnie-Herzégovine (EUFOR Althea)

Le président turc Recep Tayyip Erdoğan (crédit : EUFOR Althea)

Le président turc, accompagné du ministre de la Défense nationale Hulusi Akar, a visité la caserne et déjeuné avec les soldats. Il a été accueilli par le chef de l’EUFOR, le général Reinhard Trischak, ainsi que le colonel Ali Tanis, représentant turc. Une visite à huis clos, indique TRT.Le président était présent à Sarajevo pour assister au Sommet du processus de coopération de l’Europe du Sud-Est.

La Turquie est un des principaux contributeurs (le deuxième ou troisième en nombre selon les moments) de l’opération européenne depuis le début. Ankara avait, il y a quelques années, tenté d’obtenir le commandement de la force. Une demande formelle avait été adressée en ce sens aux Européens. Mais ceux-ci avaient refusé, indiquant qu’une force de l’Union européenne ne pouvait être commandée que par un Européen.

(NGV)

Athènes et Ankara jouent à chat perché

(B2) La saga gréco-turque continue… Après l’arrestation par la Turquie des deux soldats grecs ayant traversé par erreur la frontière (lire : Les deux soldats grecs toujours détenus en Turquie. L’Europe veut une solution en douceur), les incidents continuent entre Athènes et Ankara en ce début mai.

La Grèce, victime de hackers turcs

La semaine a commencé de façon plutôt mouvementée entre les deux pays. Des hackers turcs ont tout d’abord piraté des sites internet grecs (le site d’une agence de presse et le site grec de Suzuki). Ils y ont posté des messages accusant la Grèce d’être « partenaire avec les terroristes, en soutenant les membres de l’organisation terroriste traitresse, FETÖ », avec en fond le drapeau turc.

Message diffusé sur les deux sites piratés (crédit : kathimerini)

Un employé turc condamné

La semaine s’est poursuivie avec la condamnation, jeudi (3 mai), par le tribunal d’Orestiada, en Grèce, d’un employé turc. La veille (2 mai), celui-ci avait eu le malheur de franchir la frontière par accident à bord d’une pelleteuse. Il a été arrêté non loin de l’endroit où les deux soldats grecs avaient eux aussi été arrêtés, début mars. L’homme, âgé de 38 ans, se défend en arguant qu’il était en train de poser une canalisation d’eau pour la municipalité turque d’Edirne et qu’il n’a pas entendu les avertissements des soldats grecs, à cause du bruit de la machine. Il a cependant été condamné à cinq mois d’emprisonnement avec sursis.

Un bateau grec endommagé

Enfin, vendredi (4 mai), au matin, un incident s’est produit en mer Égée entre un navire de guerre grec et un navire marchand turc. Un navire marchand turc, le Karmate, a heurté, au large de l’île de Lesbos dans l’est de la mer Égée, le patrouilleur de haute mer grec Armatolos (P-18) qui participait à un exercice de l’OTAN « Aegean Activity ». Le navire turc n’a pas daigné répondre aux appels du navire grec, selon Kathimerini, poursuivant sa route vers les eaux territoriales turques. Selon la marine grecque, l’incident n’a fait aucun blessé, ni dégât important. L’Armatolos a donc pu continuer sa mission.

(Claire Boutry, st., avec AFP)

La présence des forces spéciales françaises en Syrie révélée par les Turcs

(B2) L’agence de presse Anadolu, proche du gouvernement turc, a révélé vendredi les positions de l’armée française. Une révélation qui survient quelques heures à peine après que le président français Emmanuel Macron ait reçu à l’Élysée des cadres kurdes (lire : Des renforts français au nord de la Syrie. L’Élysée dément du bout des lèvres mais offre sa médiation).

Inutile de chercher trop loin d’où vient cette information classée défense. Tous les regards se tournent vers Ankara, avec qui l’agence Anadolu entretient des rapports étroits. La raison de ce courroux ne doit pas non plus être très difficile à chercher. Le soutien à peine déguisé du président Macron aux FDS n’a pas vraiment plu au président Erdogan. Entre alliés de l’OTAN, la révélation de telles informations est pourtant pour le moins étrange.

70 militaires français dans le nord de la Syrie

Selon des sources d’information locales « fiables » de l’agence Anadolu, « plus de 70 militaires membres des forces spéciales françaises sont présents dans le nord de la Syrie », sous l’égide de la Coalition internationale anti-Daech, dans les zones tenues par les Forces démocratiques syriennes, en grande partie composées par les Kurdes des Unités de protection du peuple (YPG), considérées par Ankara comme des forces « terroristes » car proches du PKK turc.

Réparties dans cinq bases

Les forces françaises sont réparties dans « cinq bases » : à Ayn el Arab (Kobané), au Mont Mashtnour (Sud) dans le district Sirrin, dans le village d’Ayn Isa, et dans l’usine française de fabrication de ciment, Lafarge, dans le village de Harb Ishq. C’est près de ce village que les Américains ont établi une base aérienne militaire ; une base qui accueille également des soldats français. Ils sont aussi présents « à Raqqa avec 30 militaires ».

(carte et légende : agence Anadolu)

COS, CPA et RPIMa

Hormis les membres du commandement des opérations spéciales (COS) présents depuis deux ans sur le terrain et qui coopèrent avec les Kurdes de l’YPG, « se trouvent également sur le territoire syrien des troupes françaises issues du 1er régiment de parachutistes d’infanterie de marine (1er RPIMa) » de l’armée de terre, et des éléments « du commando parachutiste de l’air n° 10 (CPA 10) » de l’armée de l’air. Ces forces sont, « selon les rapports » turcs, positionnées en Iraq, il s’avère qu’elles se rendent souvent dans le nord de la Syrie à travers le passage frontalier de Simelka. Les entrées et sorties de ces dernières sur le territoire syrien, en provenance d’Irak, ont augmenté au cours des trois derniers jours, selon « des sources locales » de Anadolu.

(NGV)

mis à jour le 1.4. correction cartographique

Frappe turque sur un hôpital kurde d’Afrin : 16 civils au tapis

(B2) Seize civils, dont deux femmes enceintes, ont été tués vendredi (16 mars) dans une frappe aérienne turque qui a touché le principal hôpital de la ville kurde d’Afrin, dans le nord-ouest de la Syrie, a indiqué l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH). Le Croissant-Rouge, dont des employés travaillent dans l’établissement, a confirmé à l’AFP la frappe, sans fournir de bilan. Aucun membre du personnel hospitalier ne figure parmi les victimes, a-t-il ajouté.

Une information confirmée par Serwan Bery, haut responsable du Croissant-Rouge kurde, qui précise qu’il s’agissait du « seul hôpital opérationnel dans la ville d’Afrin ». Ces derniers jours, l’étau s’est resserré sur Afrin, que les civils fuient par milliers. Le spectre d’un siège ou d’un assaut sur cette cité de quelque 350.000 habitants fait craindre un nouveau drame humanitaire en Syrie. Au moins 15.000 personnes ont fui Afrin vendredi, selon l’Observatoire.

L’armée turque et ses supplétifs syriens mènent depuis le 20 janvier une offensive militaire contre Afrin, une région contrôlée par les Unités de protection du peuple (YPG). Cette milice kurde est considérée comme terroriste par la Turquie mais alliée des États-Unis dans la lutte contre l’organisation de l’État islamique (EIIL/ISIL).

La Ghouta orientale objet des frappes du régime syrien

Dans la Ghouta orientale, la situation n’est pas meilleure. Le régime syrien, aidé militairement par son allié russe, poursuit sans relâche son offensive entamée le 18 février, en dépit des condamnations internationales et des appels à un cessez-le-feu. Vendredi, 80 habitants de la Ghouta orientale ont été tués, principalement dans des raids sur Saqba et Kfar Batna, d’après l’OSDH, qui a attribué les frappes à l’aviation russe.

L’armée a assuré avoir repris 70% de ce qui constituait l’ultime bastion rebelle aux portes de Damas, désormais morcelé en trois secteurs, et a exhorté les habitants de ces secteurs rebelles à fuir via des « couloirs sécurisés ». Au moins 1.350 civils, dont 270 enfants, ont été tués et des milliers blessés en près d’un mois de bombardements, selon l’OSDH.

(avec AFP)

Les deux soldats grecs toujours détenus en Turquie. L’Europe veut une solution en douceur

Le ministre grec de la Défense Panos Kammenos avec le président du comité militaire de l’UE, en discussion avec le général Mikhail Kostarakos lors du dernier conseil des ministres de la Défense mardi 6 mars (crédit : Conseil de l’UE)

(B2) Les deux soldats grecs, qui avaient ‘frôlé’ la frontière, sont toujours détenus en Turquie. Au grand dam d’Athènes. Les Européens affichent leur solidarité. Mais ‘mollo’, histoire de ne pas s’embarquer dans un nouveau litige avec Ankara. L’OTAN reste silencieuse, embarrassée par un incident de frontière entre deux membres de l’Alliance.

Le brouillard en cause

Les deux officiers grecs avaient été arrêtés, il y a une semaine (jeudi 1er mars), alors qu’ils patrouillaient à la frontière gréco-turque. Les autorités turques les ont mis au trou, avec une accusation non seulement de violation du territoire, mais aussi d’espionnage. L’état-major grec dément catégoriquement. Il ne s’agit que d’une erreur ; les conditions climatiques (le brouillard) ont désorienté la route des deux officiers, explique-t-il.

Sur la piste de trafiquants

Le ministre grec de la Défense, Panos Kammenos, a donné une version plus circonstanciée, plus européenne, à ses collègues lors de la dernière réunion des ministres de la Défense de l’UE mardi (6 mars). « Les deux militaires grecs patrouillaient dans une zone où sévissent la traite et l’entrée illégale de réfugiés et de migrants; ils disposaient d’un itinéraire spécifique qui, selon eux, conduirait à des trafiquants et des migrants illégaux qui entreraient dans le pays à partir de ce point. » Ce qui semble sûr, c’est qu’ils sont « entrés sur le territoire turc » mais « pour quelques mètres seulement » et ont été arrêtés.

Une détention en lieu sûr

Les deux militaires ont été placés dans une prison de haute sécurité. Le tribunal d’Andrianoupolis a rejeté lundi (5 mars) la demande de libération déposée par leurs avocats, relate la presse. Le procureur turc a refusé tout compromis, notamment que les deux militaires soient détenus au consulat grec jusqu’ à leur procès. Ils devraient être jugés d’ici la fin de cette semaine.

L’habitude grecque de saisir l’Europe n’est pas bonne dit Ankara

S’adressant aux journalistes mercredi (7 mars), le Premier ministre turc Binali Yildirim n’a montré aucun signe de compromis, selon Kathiremini. Le système judiciaire turc « fera ce qu’il doit » a-t-il indiqué. Il a aussi raillé la demande grecque de solidarité européenne « C’est devenu une habitude [pour la Grèce] de porter tout problème qu’elle a avec la Turquie devant l’UE pour demander son soutien ». Et d’ajouter : « Nos relations avec l’UE ne progresseront ni ne se détérioreront à cause de ces actions ».

Le point porté à la discussion des ministres de la Défense

La question a en effet été portée par le ministre grec lors de la réunion des ministres de la Défense de l’UE à Bruxelles mardi (6 mars). L’occasion pour lui d’expliquer la situation. Nous « espérons un résultat rapide et positif sur cette question dans un esprit de bon voisinage, comme cela devrait toujours être le cas entre deux voisins proches » a indiqué la Haute représentante de l’Union quand un collègue l’a interrogé sur le sujet à l’issue de cette discussion. Les ministres ont « tenu à exprimer leur solidarité », a précisé Federica Mogherini. C’est important « de partager l’information ».

La solidarité des ministres

Federica Mogherini a insisté en particulier sur l’importance « des relations de bon voisinage », « en particulier entre deux alliés de l’OTAN ». Une notion « que nous transmettons toujours à notre interlocuteur turc ». Du côté de la Commission européenne, la situation est suivie avec attention comme l’a rappelé son porte-parole en chef, lors du point de presse quotidien mardi. Margaritis Schinas espérant, lui aussi, une « issue rapide et positive » à cette question. En clair, la libération des militaires.

(Nicolas Gros-Verheyde, avec Claire Boutry)