Un porte conteneurs turc piraté dans le Golfe de Guinée (v3)

(B2) Le Mozart, un navire turc, a été pris d’abordage samedi (23.01) matin par des pirates au large de Sao Tomé e Principe. Assaut particulièrement violent. Les autorités d’Ankara sont en émoi

Le Mozart et une partie de son équipage (crédit : Boden)

Le porte-conteneurs battant pavillon libérien avait quitté Lagos et se trouvait alors à 100 miles au Nord-Ouest de Sao Tome e Principe en pleine mer, en direction du Cap, en Afrique du Sud. Selon les sources maritimes consultées par B2, il se trouvait alors à 1°04’13 » Nord et 5°14’17 » Est. Anciennement dénommé Pointe des Salines quand il appartenait à la CMA CGM, il est géré par la compagnie turque Boden Denizcilik AŞ, une filiale de Borealis Maritime, société établie à Hamburg, Londres et Istanbul.

Les deux dernières attaques recensées ont eu lieu à hauteur de Sao Tomé e Principe

Un mort, 15 otages

Après avoir stoppé le navire, les pirates — au nombre de quatre apparemment — ont pris d’assaut le navire. Les marins n’ont pas eu le temps de tous se réfugier dans la citadelle, ou du moins celle-ci a été forcée. Le détail n’est pas vraiment connu. Mais les pirates n’ont pas hésité. Ils sont repartis en prenant 15 membres de l’équipage en otage, de façon violente, en les battant. Un des marins, de nationalité azerbaïdjanaise, l’ingénieur en second du bord, a été tué dans l’attaque. Avant de partir, ils ont détruit une bonne partie des instruments de bord (sauf le système de navigation automatique). Le centre de surveillance maritime de Brest pour le Golfe de Guinée (MDAT-GoG) a été averti. Mais aucun moyen militaire n’était disponible à proximité pour venir en aide aux marins, selon nos informations.

Trois rescapés pour mener le navire à l’abri

Seuls trois marins ont pu en réchapper. Le quatrième capitaine du navire, Furkan Yaren, a été blessé à la jambe. Un autre a été blessé à l’estomac. À trois, ils ont réussi à conduire le porte-conteneurs au plus près jusqu’à Port-Gentil au Gabon. Furkan Yaren le raconte d’ailleurs sur un média twitter d’un ami. « Je ne sais pas où je vais. Les pirates ont démonté tous les câbles, rien ne fonctionne. Nous avons survécu, ils ont kidnappé nos amis en les battant. Seul le système de navigation fonctionne. Ils m’ont donné un itinéraire, j’avance en conséquence. Nous essayons d’amener le navire dans un endroit sûr. »

Arrivée à Port-Gentil

Le navire est arrivé dimanche à 8h (GMT), a confirmé le ministre turc des Transports et des Infrastructures, Adel Karah Ismailoglu. La Turquie « a mobilisé toutes ses ambassades à l’ouest du continent africain afin de secourir l’équipage du navire attaqué » indique le ministre des Affaires étrangères, Mevlüt Çavuşolu, selon l’agence Anadolu. L’ambassadrice turque à Libreville, Nilüfer Erdem, n’a pas ménagé sa peine, accueillant les marins à leur arrivée au port.

L’ambassadrice turque sur le MV Mozart à son arrivée avec un des marins rescapés (le 4e capitaine) (crédit : amb. de Turquie Libreville)

Une autre attaque à la mi-janvier

Ce n’est pas vraiment une surprise (*) ni une première. Dans la nuit du 13 au 14 janvier, selon des sources maritimes, des pirates à bord d’une petite embarcation ont approché un porte-conteneurs, avec tirs à l’appui. Le Maersk Cardiff, battant pavillon de Singapour mais opéré par le Danois Maersk, était en route de Tema au Ghana vers le Cameroun. Il se trouvait alors à environ 120 miles au Sud-Sud Ouest de Brass (Nigéria) à 2°23’58 » Nord et 5°31″ Est. L’alarme a été déclenchée et tout l’équipage a été rassemblé dans la citadelle. Les pirates ont abandonné l’attaque. Le navire et l’équipage se sont déclarés sains et saufs et ont pu poursuivre leur route.

Un projet pilote européen

Le Golfe de Guinée devrait d’ailleurs devenir la première zone maritime d’intérêt européen. Les ministres des Affaires étrangères doivent le décider ce lundi (25.01) (lire Golfe de Guinée zone maritime d’intérêt européen. Premier projet pilote des présences maritimes coordonnées) .

(Nicolas Gros-Verheyde)

NB : sur les aspects généraux sur les risques dans le Golfe de Guinée font l’objet d’un article séparé, lire : Les pirates adorent le Golfe de Guinée. La zone la plus dangereuse

(*) L’attaque de ce week-end s’inscrit dans ce mouvement continu et n’est donc pas totalement atypique contrairement à ce qu’affirment quelques commentaires d’analystes.

(mis à jour) Les aspects statistiques sur le Golfe de Guinée ont été mis dans un papier séparé. Précisions sur la disponibilité des secours et sur l’accueil à Libreville.

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).

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