France

L’infiltration des troupes afghanes, une réalité. L’OTAN prépare un plan

(BRUXELLES2 au siège de l’OTAN) Un tabou est en train de sauter. L’infiltration d’éléments talibans dans certains camps de formation de la nouvelle armée afghane n’est non seulement plus démentie par les Alliés mais elle devient une préoccupation auquel il devient urgent de remédier. La « colère » de Sarkozy au lendemain de l’incident de Gwan a frappé les esprits. Et au QG de l’Alliance, même si on n’ose pas dire un mot public sur ces satanés « frenchies », force est de constater que nombre de conversations aujourd’hui étaient centrées sur la décision française de retrait anticipé, la fiabilité de l’armée afghane et de son recrutement… Bref

La mort de soldats français à Gwan, une erreur afghane, un fait pas isolé

La mort de 4 soldats français à Gwan, le 20 janvier, reste encore en travers de la gorge du Ministre qui n’hésite pas à pointer le problème. « Le soldat qui avait tué les compatriotes n’avait pas été suivi. Il s’était déjà engagé, avait déjà déserté, rejoint au Pakistan, puis était revenu vers Kaboul pour se faire réengager dans une unité intégrée dans le dispositif – français de Kapisa. » Bref « Il y avait un contrôle mais pas suffisamment adapté à une situation extraordinairement complexe et difficile. (…) L’armée nationale afghane n’avait pas fait de ce travail une priorité absolue. » La question sur toutes les lèvres est de savoir si l’acte est isolé. Et le ministre répond non. « L’enquête est encore en cours. Mais j’ai le sentiment que c’est une démarche qui n’est pas isolée »…

Un plan anti-infiltration

L’OTAN a ainsi décidé de réagir rapidement en mettant au point un « plan anti-infiltration » qui devrait être « mis au point d’ici la fin février » ainsi que l’a confirmé Anders Fogh (Rasmussen), le secrétaire général de l’OTAN. Une demande française, après l’incident de Gwan coutant la vie à 4 soldats français. « Les évènements (qui ont frappé nos compatriotes) sont minoritaires mais ont une valeur symbolique forte en crédibilité pour l’armée afghane », a précisé Gérard Longuet dans son point de presse aujourd’hui. « J’ai demandé que l’armée afghane prenne des mesures concrètes pour que le niveau, la qualité, le suivi de recrutement apporte le maximum de sécurité à ceux qui combattent à leurs cotés. » (*)

Au menu biométrie et suivi des engagés

Le plan devrait inclure davantage de biométrie et surtout de suivi historique. « Techniquement, on peut très fortement améliorer le suivi des engagés : savoir d’où ils viennent, ce qu’ils ont fait, et ce qu’ils continuent de faire dans leur présence et comportement dans leurs unités » poursuit le ministre de la Défense français. L’avantage est que l’Afghanistan est un « pays assez traditionnel. Les combattants ont leur famille, leur berceau, leur histoire. On peut obtenir en quelque sorte un certificat de moralité. Là où c’est plus compliqué, c’est vers la frontière du Pakistan » et également à Kaboul où vivent pas mal de déplacés.

18 incidents en 2011 mettant en cause un « soldat » de l’armée afghane

Au niveau allié, « on recense une quarantaine d’incidents en quatre ans - a confirmé le ministre, avec une accélération ces derniers mois – 18 en 2011, touchant la plupart des armées alliées : américaine, australienne… (…) Quantitativement, cela est marginal. Médiatiquement c’est insupportable en termes de crédibilité de l’armée afghane. » Pour autant, le Ministre ne veut pas parler « d’une infiltration systématique, aujourd’hui ». Mais dans l’avenir, ce pourrait être le cas « vraisemblablement ». Car les « différents réseaux talibans sont assez avisés sur le plan politique pour savoir que ce type d’action est pernicieux pour l’armée afghane. »

(*) A noter que la France a obtenu du ministre de la Défense afghan, Wardack, qu’il « injecte des sous officiers formés, connus des Français et qui devraient permettre d’apporter une meilleure ambiance » dans les troupes de l’ANA formées et soutenues par les Français.

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Le calendrier de retrait précisé par G. Longuet. Les vraies questions sont posées…

(BRUXELLES2 au siège de l’OTAN)  A écouter Gérard Longuet, le ministre français de la Défense, on se demande si les bonnes questions ont été posées, et résolues, jusqu’ici, notamment lors du sommet de Lisbonne, sur l’engagement international en Afghanistan. Que ce soit au niveau du format de l’armée afghane, de son objectif, de son financement ou du calendrier de retrait, le débat semble plutôt s’ouvrir qu’être clos. La discussion, à bâtons rompus, entre le Ministre et quelques journalistes dont B2, au sortir cette première séance de travail de l’Alliance Atlantique consacrée à l’Afghanistan, est assez éclairante. Extraits de l’entretien…

Pas de critique du choix français

Le choix français de retrait anticipé ne semble pas avoir été critiqué par ses partenaires. Du moins pas en séance et publiquement, ce n’est pas le genre de la maison. « On peut difficilement critiquer un pays qui est le 4e contributeur et qui s’interroge parce que ses soldats paient de leur vie des choix ou des insuffisances tactiques. » a lâché le ministre. « J’ai expliqué la position de la France, je pense avoir bien été compris par le secrétaire général. Les ministres ont retenu ce que j’ai dit (lors des entretiens en bilatérale, une demi-douzaine qu’a mené le Ministre), même s’ils n’ont pas parlé dans leur intervention. (…) Chacun réfléchit dans son coin car il a le même problème. » Finalement (…) La discussion a forcé nos partenaires à prendre en compte notre engagement.

Le calendrier de retrait, précisé

Le ministre a d’abord précisé les chiffres sur le retrait, esquissés par le Président de la république il y a quelques jours. « La France a sur place 3600 hommes – 2400 engagés dans des actions des combat, et 1200 en encadrement, logistique et soutien à Kaboul. 1000 hommes – combattants seront retirés en 2012. Les 1400 qui resteront engagés le seront en soutien de l’armée afghane et partiront en 2013. Il en restera 1200 à Kaboul, chiffre qui diminueront progressivement. (…) Après 2014, 400-500 resteront. »

Un processus de transition en Kapisa

« Assurer la transition. Ca ne se fait du jour en lendemain. Ce n’est pas comme changer de locataire. Cela prend du temps » a précisé le ministre. En « Mars 2012, c’est le début du transfert en Kapisa », ce n’est pas la fin du transfert. Celui-ci sera terminé « à l’été 2013. Il faut plus d’une année ». Et durant ce processus, il reste des soldats combattants, et armés. « Il n’est pas question de laisser par exemple des unités médicales et d’évacuation sanitaire auprès des Afghans sans avoir des unités de protection. On se retire dans des conditions où tout militaire français doit être défendu. »

Le mandat est accompli: l’objectif ce n’est pas la Suisse

« Le mandat (donné à l’ISAF) n’était pas de transformer l’Afghanistan en une Suisse. Le mandat était de sortir les terroristes – c’est fait – et de permettre à l’État de doter d’une armée permettant de résister à des offensives diverses venant de réseaux talibans ou autres – la mission est en passe d’être réussie. Prenez l’exemple de la Kapisa. Il y a 2 ans, il y avait deux bataillons de 640 hommes, dépenaillés et pas entraînés. Nous avons aujourd’hui 4000 hommes formés, équipés, recevant leur solde et qui sont en première ligne. » Il a aussi précisé qu’il « faut une bonne année pour effectuer un retrait. La bataille des dates n’a donc pas vraiment de sens. (…) C’est comme quand on apprend à nager, on dégonfle la bouée petit à petit ». 

Le nombre de forces afghanes, un peu exagéré !

L’important est la transition avec l’armée afghane, qui prend environ entre 6 mois et 1 an (voire 18 mois selon l’OTAN), s’étalant entre « lead » responsabilité jusqu’à la « full » responsabilité pour les « locaux ». Avant tout, selon le ministre « il faut poser les bonnes questions : combien recruter, quels objectifs quantitatifs et qualitatif… » Il faut savoir « quel bon format est nécessaire pour l’armée afghane ». A commencer par le nombre. « A quoi sert en effet de recruter 5.000 soldats par mois si dans deux ans on diminue les effectifs (sauf à faire du DDR, désarmement démobilisation, réintégration pourront persifler certains). Que vont faire ces 100.000 policiers et soldats. (…) Le chiffre de 352.000 hommes pour les forces de sécurité est un peu exagéré. 230.000 serait plus raisonnable, surtout si on la compare à l’armée de Najibullah qui en avait 170.000. » « Ne vaut-il mieux pas faire du qualitatif. (Dans ce cas,) il faut mieux recruter », précise le Ministre. Et en particulier, il faut améliorer la sélection et le screening.

Ce que veut Karzai, une armée classique

Le souci du président afghan, Hamid Karzai – selon le Ministre – est d’avoir « une armée à la mesure du Afghanistan ». C’est-à-dire une armée « qui ne soit pas une armée de contre insurrection (NB : comme le présentent les Alliés) mais plutôt comme une armée d’un État indépendant assurant sa souveraineté. » « Une armée moins nombreuse paraît acceptable » pour le dirigeant afghan. « Mais il faut bien prendre conscience - précise-t-il - que Karzai a besoin d’une armée classique. Il faut former des conducteurs de chars, des forces spéciales. C’est ce qu’ils nous demandent. (…) C’est un débat très clairement ouvert et sera tranché à Chicago. »

Le coût futur : suffisant et soutenable

Il convient de ne pas se tromper de format. Car cette armée nationale a un certain coût, au bas mot « 4 milliards $ » selon le ministre citant le chiffre retenu par le groupe des contributeurs. Un chiffre plus élevé circule du coté américain (6 milliards $) ou britannique (7-8 milliards $). « Ce qu’il faut bien prendre en compte, c’est que l’effort doit être suffisant et soutenable. » Certes c’est moins proportionnellement que les coûts additionnés des engagements de chaque Etat participant à la coalition (400 à 450 millions d’euros par an pour la France) mais c’est une somme donnée à l’Afghanistan, en « espérant que les ressources du pays prendront le relais ».

Lire également :

(Maj vendredi avec d’autres précisions apportées par G. Longuet lors de sa conférence de presse et un éclaircissement sur les dates de retrait, plutot confuses dans la première version)

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Panetta (US) le confirme : on s’tire en 2013

Panetta (US) le confirme : on s’tire en 2013

véhicule australien dans la Tangi Valley (crédit : ISAF)

(BRUXELLES2) La retraite est sonnée… Les agenciers d’Associated Press n’ont pas attendu l’atterrissage à Bruxelles pour balancer la nouvelle. Dans l’avion qui amène à la réunion ministérielle de l’OTAN, le secrétaire d’Etat américain à la Défense, Leon Panetta, a expliqué que la mission de combat en Afghanistan cesserait en 2013. « La phase finale de transition des parties du pays entre l’OTAN et le gouvernement afghan doit être commencée à la mi-2013 ». Ce qui permettra de transformer la mission de combat en mission de formation « entre la mi-2013 et la fin de l’année », a-t-il expliqué. Cela ne signifie pas cependant que toutes les troupes Us quitteront le sol afghan en 2014. Au contraire, il restera « une forte présence », pour assister l’armée afghane, et assurer la formation.

Quelques divergences avec les frenchies

C’est d’ailleurs un des points de divergence entre Français et Américains : entre une présidence modeste après 2013 – « quelques centaines d’hommes » a précisé le président Sarkozy -, et une présence « forte » pour les seconds qui ne donnent pas de chiffre  - mais on peut sans doute parler de plusieurs milliers, voire quelques dizaines de milliers, il y a de la marge. Les Etats-Unis ont actuellement 91.000 soldats dans l’ISAF, la force de l’OTAN, un chiffre qui devrait être ramené à 68.000 d’ici septembre. Et ce n’est pas le seul apparemment. Et Panetta a bien l’intention de s’en expliquer, a-t-il précisé à nos collègues américains, « avec la délégation française » dès son arrivée. Les Américains semblent avoir ainsi peu apprécié que le président français leur ait grillé la politesse de l’annonce de la date fatidique de 2013. Panetta a ainsi confié vouloir « ramener la (France) dans la stratégie de Lisbonne, pour pouvoir avancer tous ensemble ».

Celui qui a tiré le premier

Le 27 janvier, après un entretien avec le président afghan, Hamid Karzai, Nicolas Sarkozy avait, en effet, annoncé vouloir « demander à l’OTAN une réflexion sur une totale prise en charge des missions de combat de l’OTAN par l’armée afghane au cours de l’année 2013 ». Dans la foulée, sans même attendre le résultat de cette demande d’ailleurs, il avait déclaré avoir « planifier le retour de la totalité de nos forces combattantes dès la fin de l’année 2013 ». Ce qui signifie une (petite) accélération du calendrier de retour des soldats. 400 sont déjà rentrés en France en 2011. Et, en 2012, 1000 soldats supplémentaires quitteront l’Afghanistan (au lieu de 600 comme prévus). Et la Kapisa – région tenue par les Français – basculera sous commandement afghan en mars prochain.

Commentaire : la fin d’un dogme

Même si au siège de l’OTAN, Anders Fogh Rasmussen, le secrétaire général de l’Alliance se targue de démontrer que rien n’a changé, que « la feuille de route établie au sommet de Lisbonne était maintenue » et que tout cela était déjà largement prévu… la déclaration américaine est un signal fort après celui donné par les Français. Un dogme vient de sauter. Inutile de jouer sur les mots, de réinterpréter les paragraphes, de finasser…. La date de 2014, retenue par tous comme date ultime pour le retrait, n’est plus 2014, c’est 2013, voire mi-2013. On avance le calendrier d’un an. Italiens, Allemands voire Britanniques vont ainsi pouvoir plier les « gaules », plus vite que prévu, au grand bonheur des chefs de défense, et de leurs argentiers, dont les portes-monnaies sont vides. Mais attention ! Qui dit « troupes non combattantes » ne dit pas « risque zéro » — du fait des engins explosifs artisanaux télécommandés (IED) ou des attentats suicides —, et ne dit pas « zéro budget ». Il y a fort à parier que nombre de pays rechignent à apporter une contribution « forte » en troupes non combattantes au guichet « 2014″ comme le demandent les Américains.

Panetta dans l’avion qui l’amène à Bruxelles se confie (crédit : DOD / Secrétariat d’Etat US à la Défense)

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Le La Motte-Piquet dans le détroit d’Ormuz avec une task force américaine

Le La Motte-Piquet dans le détroit d’Ormuz avec une task force américaine

(crédit : Lamotte Piquet / SIRPA Marine)

(BRUXELLES2) Alors que les Européens ont approuvé des sanctions financières et pétrolières contre l’Iran (lire : La Banque centrale iranienne dans le viseur des 27), une flotille composée de six navires de guerre, américains, britannique et … français, est entrée dans le Détroit d’Ormuz dans la nuit de dimanche (22 janvier).

Au centre du dispositif, le porte-avions USS Abraham Lincoln, capable d’embarquer jusqu’à 90 avions, accompagné du croiseur lance-missiles USS Cape Saint George, et de deux autres destroyers US. La frégate de Type 23 de la Royal Navy, HMS Argyll, les a rejoint, ainsi qu’un navire français, le La Motte-Piquet, selon nos informations. Objectif de ce déploiement : s’assurer que le détroit reste ouvert à la circulation internationale mai aussi d’adresser un signe clair à l’Iran. Les responsables militaires tentent d’atténuer cet effet. Ainsi le groupe est entré, de nuit, dans le détroit, et de façon discrète.

Laisser ouvert la circulation

La frégate anti-sous-marine qui est partie pour une mission de 4 mois dans l’Océan Indien et le Golfe, dans le cadre de la lutte anti-piraterie (Eunavfor Atalanta) et contre le terrorisme (Enduring Freedom) ne participe cependant pas à la task-force américaine ou un quelconque déploiement a tenu à préciser à B2 le porte-parole des armées françaises (DICOD). Pour le colonel Thierry Burkhard, en effet, le « Lamotte-Piquet a transité dans un cadre assez habituel dans cette zone arabo-persique. Et, il s’est naturellement coordonné avec les marines alliées, comme il le fait dans d’autres zones » . Une coordination nécessaire : la configuration des lieux et le déploiement dans une « bulle de sécurité » du groupe porte-avions oblige à une telle coordination. « Il ne faut pas y voir un signe ou une volonté de démontrer la force ». Le Lamotte-Piquet est présent « depuis 3-4 semaines, dans le cadre de la présence française dans la zone arabo-persique » a-t-il précisé. Une fois le détroit franchi, il « reprend sa mission (nationale). Même tonalité prudente à Londres où un porte-parole de la marine britannique assure que la Navy « a une constante présence dans la région, ce qui est une contribution à la sécurité dans la région ».

Double approche des Européens : sanctions et dialogue

Coté Affaires étrangères, le ton est un peu plus rude cependant. Toute tentative de l’Iran de bloquer le détroit d’Ormuz est  « illégale » et est condamné « à l’échec » a rappelé William Hague, le ministre britannique des Affaires étrangères à son arrivée à Bruxelles, avant le Conseil des ministres. Un propos qu’a tenu à nuancer sa compatriote, Catherine Ashton, la Haute représentante de l’UE pour les Affaires étrangères, qui a insisté sur la « double approche » de l’Union européenne : sanctions mais aussi dialogue. « La pression des sanctions est conçue pour faire en sorte que l’Iran prenne au sérieux notre proposition de se rencontrer et de négocier. Tout ce que j’ai dit ces dernières semaines témoigne de l’importance que nous attachons à ce qu’ils reviennent de revenir à la table des négociations et de discuter des questions que nous avons posé  à Istanbul il y a un an, voire mettre en avant leurs propres propositions. » L’Iran ne doit pas rater cette opportunité a-t-elle souligné. « pas seulement pour parler, mais pour régler les problèmes concrets. (…), une réunion est une opportunité et j’espère qu’ils vont la saisir. »

Sur les sanctions, lire également: Le problème grec réglé, l’UE adopte les sanctions contre l’Iran

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F. Hollande veut négocier avec les alliés à Chicago le retrait d’ici fin 2012

(crédit : PS)

(B2) Les dés en sont jetés. Dans un discours programme tenu dimanche (22 janvier) au Bourget, François Hollande le candidat du parti socialiste aux élections présidentielles l’a confirmé. Il a l’intention d’assumer le retrait des troupes françaises d’Afghanistan d’ici la fin de l’année. « Il faut avoir la lucidité de dire – au-delà des hommes qui se dévouent là-bas que notre mission est terminée » a-t-il affirmé. La décision du président Jacques Chirac et du Premier ministre Lionel Jospin, il y a plus dix ans, de participer aux opérations de l’Otan en Afghanistan, « avait un but précis : répondre à l’attaque terroriste sur les Etats-Unis. Je l’avais pleinement approuvée » a-t-il ajouté. « Aujourd’hui, cette mission achevée. Il est donc temps de décider le retrait qui s’impose ».

Le retrait des troupes devra s’effectuer fin 2012, mais en bon ordre. Hollande, en posture très présidentielle, devant une tribune teintée de bleu blanc rouge, a précisé avoir l’intention de se rendre au sommet de l’OTAN à Chicago, fin mai, avec la ferme intention d’expliquer la position française et de pouvoir négocier ce retrait. «  J’en préviendrai nos alliés. Ce retrait se fera en bon ordre, sans en aucune façon menacer la vie de , », a-t-il précisé.

Une décision qui va obliger les alliés de l’Alliance à accélérer le calendrier de retrait. Il y a fort à parier que peu de pays se bousculeront pour remplacer les partants. Et d’autres pays, européens notamment, pourraient embrayer dans ce sens.

Lire également : Un tournant dans la politique afghane de la France

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Un tournant dans la politique afghane de la France ?

Un tournant dans la politique afghane de la France ?

(crédit : DICOD, ministère français de la Défense)

(BRUXELLES2) Quatre soldats tués, 16 blessés (dont 8 graves), le bilan de l’action d’un soldat portant l’uniforme de l’armée afghane à l’intérieur de la base de Gwan (ou Gwam selon les appellations) dans la vallée de Bagram a suscité l’émoi à Paris jusqu’au plus haut sommet de l’Etat.

Présentant ses voeux au corps diplomatique, le président de la République a d’abord voulu rendre hommage aux victimes et rappelé l’objectif de la présence française. « L’armée française est au service des Afghans, contre le terrorisme, contre les talibans » Elle aide « le gouvernement afghan dans sa juste lutte contre les forces de l’obscurentisme, de la barbarie et d’un retour à un climat moyen-âgeux où les femmes et les petites filles étaient martyrisées ». Mais il a aussitôt saisi l’occasion pour infléchir la position française, expliquant avoir « demandé » au ministre de la Défense et au chef d’Etat-Major de se rendre sur place, « immédiatement » pour s’assurer des circonstances de cette mort.

Suspension des opérations de l’armée française

En attendant, a annoncé Nicolas Sarkozy : « Toutes les opérations de formation, d’aide au combat de l’armée française sont suspendues. Le ministre de la Défense nous fera rapport (…) sur ce qu’il aura vu en Afghanistan. Et si les conditions de sécurité pour nos soldats comme les conditions de recrutement des soldats afghans au sein de l’armée afghane ne sont pas clairement précisées, et c’est dur, la France en tirera immédiatement toutes les conséquences.» a-t-il asséné. Et de répéter : « Nous sommes les amis du peuple Afghan, les alliés du peuple Afghan. Mais je ne peux pas accepter que des soldats afghans tirent sur nos soldats. Si les conditions de sécurité ne sont pas clairement établies, se posera clairement la question du retour anticipé de l’armée française en France ».

Ecoutez (extrait de France-info) :

Réaction très mitigée à l’OTAN

A Bruxelles, le secrétaire général de l’OTAN, A.F. Rasmussen en est resté, ce matin, à une réaction prudente. Il a tenu à exprimer ses « condoléances pour les quatre soldats français (…) tués aujourd’hui et (sa) sympathie à ceux qui ont été blessés. (…) C’est un jour très triste pour nos troupes en Afghanistan et pour le peuple français. » «  Ces incidents tragiques sont terribles (…), mais ils sont isolés. » a-t-il tenu cependant à (ré)affirmer. « La réalité c’est que chaque jour, 130 000 soldats de la FIAS  de 50 nations se battent et s’entraînent avec plus de 300.000 soldats afghans. (…) Nous avons le même objectif. Un Afghanistan qui est responsable pour sa propre sécurité. C’est ce que les Afghans veulent. Et nous engagés pour aider les Afghans à réaliser cet objectif. »

La reconnaissance d’un fait

Ce n’est pas la première fois que des soldats portant l’uniforme de l’armée afghane tirent sur des troupes de l’OTAN. Jusqu’à présent, on ne parlait que d’actes isolés, de dérive personnelle (c’est encore d’ailleurs le langage officiel, cf. la réaction de Rasmussen). On disait même les talibans réduits à des actes extrêmes (cf. les propos de G. Longuet il y a quelques semaines encore). Personne n’osait affirmer officiellement que l’armée afghane pouvait ressembler à un panier percé, infiltrable facilement par les talibans, et encore moins reconnaître qu’elle n’était pas aussi fiable que les Alliés voulaient le proclamer. Car ce que met en cause le président français, ce ne sont pas seulement les modalités de recrutement par le gouvernement afghan. Derrière cette attaque, il y a le rythme accéléré donné à la formation de l’armée afghane, et son dimensionnement important, qui ont obligé à faire un recrutement forcé. Ce sont les Américains qui sont normalement chargés aux côtés des Afghans d’examiner et vérifier (screening) le passé des recrues. Un examen apparemment trop léger.

Le retrait, enjeu stratégique ou… de campagne

On peut noter aussi que le président Sarkozy n’a pas fait mention de la prudence et de la tournure habituelles aux notions de retrait d’Afghanistan, en « étroit lien et concertation avec nos alliés » de l’OTAN. Ce qui semble ainsi être évoqué, est plus un retrait unilatéral de certaines opérations menées au sein de l’OTAN. Un aveu certainement d’un certain échec de la stratégie suivie en Afghanistan. Mais aussi un tournant dans la politique française qui a, toujours, été, malgré les pertes d’afficher une présence sans faille dans la coalition internationale présente en Afghanistan.

On ne peut certainement analyser ces éléments sans percevoir le poids de la pression électorale ; plusieurs candidats (à commencer par le candidat socialiste François Hollande) ont demandé un retrait plus rapide et les sondages ne sont pas porteurs pour une opération qui coûte de plus en plus cher, pour le budget de l’Etat comme en termes humains (82 morts français aujourd’hui). Pour le candidat Sarkozy, il s’agit donc de couper l’herbe sous le pied à ses adversaires. Dans son intervention, il a d’ailleurs bien pris soin de préciser que l’engagement de la France avait été décidé « il y a une dizaine d’années » et qu’il n’avait fait que « poursuivre cet engagement ».

Ce revirement n’est cependant pas automatiquement excellent. Si sur le fond, il peut se justifier (la stratégie en Afghanistan est confuse), il désigne encore plus les soldats français comme des cibles, comme un maillon faible de la coalition. Il devrait aussi susciter au sein de la coalition un débat important.

Les ministres de la Défense se réunissent début février au siège de l’OTAN. La discussion pourrait être animée. L’intervention de N. Sarkozy a un mérite : celui de poser la réalité de l’engagement français en Afghanistan, un débat jusqu’alors esquivé.

Lire également :

A lire : Le texte des voeux diplomatiques dans les Docs de B2

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Un Allemand numéro2 d’Eunavfor

(crédit : Eunavfor)

(BRUXELLES2) Le contre-amiral Rainer Endres a pris ses fonctions de numéro 2 de l’opération anti-piraterie de l’Union européenne (Eunavfor Atalanta) aux cotés de son homologue britannique, le contre-amiral Duncan L. Potts. Il prend le relais du Français Christian Canova, bien connu sur ce blog. Une expérience « gratifiante personnellement » a tenu à souligner ce dernier lors de son départ. « Nous avons réussi à maintenir à 100 % la protection des navires du PAM qui acheminent la nourriture pour les Somaliens. Nous avons continué à sécuriser le corridor de transit dans le golfe d’Aden et Atalanta a largement contribué à abaisser le taux de réussite des attaques ainsi que du nombre de navires et des otages détenus par les pirates ».

Lire aussi : Contre-amiral Canova : piraterie en baisse, rançons en hausse, action offensive

Le Contre-Amiral Endres a été commandant du FGS Thetis et officier principal sur le destroyer FGS Lutjens. Il a également servi comme assistant personnel du commandant de la 1ère escadrile de destroyer, a commandé le destroyer FGS Rommel et la 2e escadre de frégates basée à Wilhelmshaven et était jusqu’à présent, directeur du développement, formation et éducation à Rostock.  Il a aussi été chef de division au QG de la composante maritime de l’OTAN à Naples.

Rotations

Selon le principe fixé au début de l’opération, c’est un Britannique (Duncan L. Potts) qui commande l’opération tandis que son adjoint est nommé pour six mois, par rotation entre Français et Allemand en général. Le commandement sur zone est assuré par rotation entre les différents pays impliqués, par rotation tous les 4 mois. Actuellement c’est un Espagnol, avant de passer le relais à un Français.

Lire également : Un Britannique originaire de Malte à la tête d’Eunavfor prochainement

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Comment 27 consulats danois ont été rayés de la carte ….

Comment 27 consulats danois ont été rayés de la carte ….

(BRUXELLES2 à Copenhague) En quelques semaines, le Danemark a perdu 27 points consulaires dans le monde réparties dans plusieurs régions du monde (*). L’Allemagne, la Finlande et la France ont en effet annulé les accords qu’ils avaient avec le Royaume pour traiter les demandes de visas. En pleine présidence danoise, cela fait « tâche ». La nouvelle ministre de la Justice Morten Bødskov a promis de régulariser rapidement le problème qui remonte à la pratique suivie par l’ancien gouvernement, comme l’explique l’hebdomadaire danois CopenhagenPost.

A cause de Schengen

Cette situation anachronique semble, en effet, la conséquence de la politique de durcissement de l’immigration voulue par le précédent gouvernement (conservateur-centre droit) qui a, apparemment, froissé nombre de ses partenaires. Le Danemark qui n’a pas de représentation dans tous les pays a, en effet, passé des accords avec plusieurs pays européens pour qu’il assure à sa place et sur place les demandes de visas pour le Royaume. L’année dernière, le ministre de l’immigration a ainsi exigé de ses partenaires qu’ils fassent suivre les demandes de visas à la police danoise pour examen spécifique par rapport aux règles nationales de sécurité. En pratique, cependant, cela contrevenait légèrement aux règles fixées dans les accords de Schengen. Mais surtout, cela alourdissait concrètement les tâches des agents consulaires des pays européens qui travaillaient pour le compte du Danemark.

La réaction n’a pas tardé. L’Allemagne et la Finlande d’abord ont refusé cette nouvelle procédure. Et l’accord a été annulé par le gouvernement danois. La France a également demandé l’annulation de l’accord. Comme l’explique Eric Bosc, porte-parole du Quai d’Orsay dans le quotidien Politiken. « Nos amis danois ne voulaient pas nous laisser prendre des décisions. Ils demandaient de leur transmettre les dossiers avant décision. Cette procédure est vraiment trop difficile à suivre pour nous ».

Remédier rapidement au problème

Une situation catastrophique au niveau politique pour le nouveau gouvernement danois qui doit assurer, ce semestre, la présidence de l’Union européenne. Et qui pose nombre de difficultés aux différents partenaires du Danemark dans les pays concernés, au plan économique comme touristique.  Certes la liste des pays concernés ne compte pas de « grands pays » (*). Mais cela prive néanmoins le Danemark de sérieux moyens dans des zones sensibles au plan économique (Qatar, Bahrain, Pérou, Tunisie…) comme politique ou humanitaire (Libye, Tunisie, Nigeria, Belarus…).

La ministre de la Justice, Morten Bødskov, a ainsi promis de résoudre ce problème « techniquement » rapidement. Les accords anciens pourraient être rétablis. Ce qui devrait prendre encore quelques semaines ou mois.

(*) Ces postes sont réparties dans plusieurs zones géographiques : Caraïbes (République dominicaine, Haïti, Sainte-Lucie) – Amérique du Sud (Paraguay, Pérou) – Afrique (Botswana, Cameroun, Tchad, République Centrafricaine, Libye, Mauritanie, Namibie, Nigeria, Tunisie) – Moyen-Orient (Bahreïn, Qatar, Yémen) – Océan Indien (Maurice, Seychelles) – ex républiques soviétiques et Asie centrale (Arménie, Bélarus, Kirghizistan, Tadjikistan, Turkménistan, Ouzbékistan et Mongolie) et Chypre.
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Le programme de drone Mâle ouvert aux Européens?

(B2) Le projet de drone à longue endurance (MALE) projeté entre Français et Britanniques devrait associer d’autres partenaires européens a expliqué Gérard Longuet, le ministre français de la Défense, lors d’une entrevue avec les journalistes de l’aéronautique

« Je pense que ce projet franco-britannique doit accepter l’idée que (…) nous sommes engagés dans la construction européenne et nous ne pouvons pas ignorer délibérément des pays qui font encore des efforts de défense et qui ont des capacités industrielles », explique-t-il, ainsi que le rapporte Usine Nouvelle.

On sait que Français et Britanniques étaient opposés sur la nature de l’appel d’offres à passer : européen pour les Français et mondial pour les Britanniques.

Lire: Longuet veut ouvrir le projet des drones MALE à d’autres industriels – Aéronautique.

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Assad doit quitter le pouvoir

(B2) Lors de ses voeux aux armées, mardi (3 janvier), le président français Nicolas Sarkozy a eu quelques mots durs sur le régime du président Bachar al-Assad. « Aujourd’hui les massacres commis par le régime syrien suscitent à juste titre l’écoeurement et la révolte (…). Le président syrien doit quitter le pouvoir et laisser son peuple décider, librement, de son destin. La communauté internationale doit prendre ses responsabilités. Elle doit agir efficacement en dénonçant, sans relâche, une répression arabe, en s’assurant que les observateurs de la Ligue arabe ont les moyens et la liberté de faire correctement leur travail, en prenant les sanctions les plus dures, en assurant l’accès humanitaire. C’est ce à quoi nous allons travailler d’arrache pied » (discours video sur le site de l’Elysée)

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Le « génocide arménien », Sarkozy, la Turquie et l’Union européenne (Maj)

(BRUXELLES2) Avec le projet de loi sur le « génocide arménien », qui vient d’être adopté à l’Assemblée nationale, officiellement pour transposer la législation européenne visant à lutter contre le racisme et la xénophobie (*), le président français fait un pointé à plusieurs bandes : électoral et national d’abord, mais européen ensuite.

Un coup à visée électorale d’abord

Le premier coup est très visible. Ce projet, déposé officiellement par la majorité parlementaire, mais sur un créneau gouvernemental et avec le soutien du gouvernement, est tout d’abord à visée électorale. La minorité arménienne n’atteint pas seulement quelques centaines de milliers de personnes (600.000 en tout) ; elle est surtout concentrée dans certaines villes (Marseille, région parisienne – Hauts de Seine notamment, le département de Nicolas Sarkozy) et peut faire basculer certains votes à un moment crucial. La reconnaissance du génocide était une promesse électorale du candidat Sarkozy en 2007 ; y répondre est une manière de dire : « vous voyez je tiens mes promesses ».

Le deuxième coup va venir : il consiste à mettre en difficulté les socialistes, majoritaires au Sénat, qui vont désormais devoir se prononcer sur une question difficile, critiquer le Président et se mettre à dos les Arméniens, ou endosser cette décision et donc donner raison au Président.

Le troisième coup est plus sournois et consiste à miser sur réaction turque. En menaçant de représailles les intérêts économiques français, en réagissant sur l’Algérie et le « génocide » commis par les Français, le gouvernement turc donne surtout au président français un sérieux coup de pouce, puisque celui-ci apparait comme le meilleur défenseur de la France face à l’extérieur (un coup de lustre gaullien n’est jamais mauvais en période électorale). Ce d’autant que la minorité arménienne a plutôt une bonne image en France.

Mais aussi une répercussion sur le processus d’élargissement à venir

Le quatrième coup est plus européen ; il nous intéresse davantage. La position française de Nicolas Sarkozy sur la Turquie n’est pas un secret. Il n’a pas l’âme (ou du moins plus l’âme) à soutenir le processus d’adhésion de l’ancien empire ottoman à l’Union européenne. Plus généralement, il est d’ailleurs réticent à tout pas supplémentaire d’un autre pays dans ce moment de crise. Au dernier Conseil européen, le 9 décembre, il s’est ainsi emporté sur l’adhésion de la Croatie : « c’est n’importe quoi. (…) comment voulez-vous qu’on s’entende à 28 alors qu’on n’y arrive déjà pas à 27 ». Joignant le geste à la parole, il a d’ailleurs boudé la cérémonie de signature du traité d’adhésion croate.

La réaction turque fournit aujourd’hui aux Français un solide argument, irréfutable, pour refuser toute avancée nouvelle dans le processus d’adhésion de la Turquie à l’Union européenne. Cette perspective qui semblait de plus en plus hypothétique (y compris pour les Turcs) pourrait être ainsi, demain, réduite à quasiment à zéro. Car la France n’est pas isolée sur ce sujet, l’Allemagne ou l’Autriche – sans compter Chypre et la Grèce – sont également réticents à ce processus. Et nul ne sait toujours comment vont se dérouler les relations turco-européennes à l’aune de la présidence chypriote de l’Union européenne qui débute dans quelques mois, le 1er juillet…

(*) Décision du 28 novembre 2008 oblige chaque Etat à sanctionner « l’apologie, la négation ou la banalisation grossière publiques des crimes de génocide, crimes contre l’humanité et crimes de guerre ». En droit français, seule la « banalisation grossière publique » de ces crimes n’est pas encore couverte par le droit pénal, selon la commission des lois de l’Assemblée nationale. C’est sur ce point que le projet français concerne essentiellement la transposition de la norme européenne. Sur les autres éléments (le génocide arménien), le droit européen est muet ; il n’exige pas de qualifier de génocide tel évènement dans l’histoire.

Le texte du projet de loi sur le site de l’assemblée nationale ainsi la video de la séance du 22 décembre

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La « guerre d’Irak » de De Villepin croquée

(BRUXELLES2) Vous voulez vous replonger au coeur de la négociation de la 1441, la résolution visant à sanctionner l’Irak en cas de non-respect de ses obligations internationales. Vous voulez saisir la vie, trépidante, harassante, d’un cabinet des Affaires étrangères à quelques moments importants de la vie internationale. Et dans l’esprit tempétueux du ministre des Affaires étrangères, Alexander Taillard de Worms (aka Dominique Galouzeau De Villepin) et de son speechwriter, Arthur Vlaminck. Alors, plongez-vous dans la lecture du 2e épisode de la BD Quai d’Orsay (ou faites-la vous offrir pour Noël…). C’est juste, hilarant, savoureux…

Il y a de nombreux moments de délice avec l’arrivée du rapport de 12.000 pages que livrent les Irakiens en réponse aux demandes de la communauté internationale. Et sa lecture par le chef de cabinet du ministre Claude Maupas (aka Pierre Vimont) qui détaille ce qui s’y trouve dans les 12.000 pages. « Ce qu’il y a de bon, c’est qu’il y a de tout là-dedans :  comment fabriquer un avion, quelques interprétations du Coran, l’itinéraire des bus de nuit… En y regardant bien, on doit même y trouver la recette de la tarte Tatin » commente avec l’humour pincé, qu’on lui reconnait celui qui est aujourd’hui à la tête du service diplomatique européen. Puis suit une discussion épique entre les conseillers défense pour savoir si les tubes repérés peuvent servir à l’artillerie, à l’envoi de roquettes ou à à une utilisation plus nucléaire.

Vous avez cet épisode où le ministre qui appelle, un par un, les membres du Conseil de sécurité pour les rallier à la position française, contre la position américaine. Ou ce voyage à Moscou, avec une discussion, comme deux vieux potes avec son homologue russe Igor Ivanov… en espagnol. Voyage précédé par ce conseil de De Villepin à son chef logistique qui tente de négocier un Airbus au lieu du Falcon étroit pour aller à Moscou : « Dites leur que vous avez affaire à un caractériel, çà marche toujours dans les négociations ». 

L’ouvrage se conclut par la chevauchée fantastique, devant l’ONU, en février 2003, avec ce discours historique qui suscitent des applaudissements nombreux. Et cette conclusion, lyrique : « … Dans ce temple des Nations unies, nous sommes les gardiens d’un idéal, nous sommes les gardiens d’une conscience. (…) Et c’est un vieux pays, la France, d’un vieux continent comme le mien, l’Europe, (…), qui a connu les guerres, l’Occupation, la barbarie. Un pays qui n’oublie pas et qui sait tout ce qu’il doit aux combattants de la liberté venus d’Amérique et d’ailleurs. Et qui pourtant n’a cessé de se tenir debout face à l’Histoire et devant les hommes. » … « Ca c’est du jamais vu » commente Claude Maupas, un rien ému « Carrément ils applaudissent ! ».

• « Quai d’Orsay Chroniques Diplomatiques » Abel Lanzac (scénariste), Christophe Blain (dessinateur) - éditions Dargaud, 104 pages, 16,95 euros

 

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