Y-a-t-il des adultes dans la salle (Costa Gavras)

(B2) C’est avec le regard de Yanis Varoufakis, l’éphémère ministre grec des Finances durant la crise financière, que Costa Gavras met en lumière l’arrière cour des décisions européennes sur la dernière crise grecque après l’arrivée au pouvoir de la gauche de Syriza

C’est tranché, radical comme le réalisateur de ‘Z’ l’aime. Mais autant les caractères que l’ambiance sont retracés de façon plutôt réaliste. Il met un point d’honneur à camper le caractère inflexible de l’attitude allemande, notamment un Wolfgang Schäuble inflexible, et une Angela Merkel qui louvoie mais couvre son ministre, une petite cour de ministres plus durs (slovaque…) que le Roi ; un Jeroen Dijsselbloem, président de l’eurogroupe, dépeint comme un ultra servile ; un Mario Draghi menaçant ; un ministre français (Michel Sapin) qui veut jouer le rôle du gentil, mais n’arrive pas à être tout fait à la hauteur, tout à son désir de maintenir le lien avec l’Allemagne. Idem pour la Commission européenne avec un Pierre Moscovici qui s’efface devant Dijsselbloem et un Juncker lointain. Seule s’en sort une Christine Lagarde au FMI, au rôle impeccable, reconnaissant que la « dette grecque est insoutenable » et regrettant qu’il « n’y a pas d’adultes dans la salle » — le titre vient d’une de ces citations —, François Hollande cité comme le recours d’Athènes et un certain jeune ministre de l’Économie (Emmanuel Macron) qui fait une apparition rapide.

Une tragédie grecque

Le film met bien en lumière, à défaut de retracer exactement l’histoire, l’ambiance du moment, dramatique, rude, où les commentaires politiques étaient plus dignes de propos de comptoir de bar (les Grecs ne travaillent pas) que de la politique. Les scènes, qui découlent du livre même de Yannis Varoufakis, et des enregistrements qu’il a pris sur le vif, sont rudes. Mais les échanges n’étaient pas, à l’époque, spécialement empreints de tendre amitié… Les salles de réunions, froides, dépouillées, faites de verre et de métal ajoutent à cette dureté. Mais c’est la réalité (le bâtiment Lex où se sont tenues des réunions n’est pas vraiment un lieu de chaleur).

Le double discours et le cynisme politique mis en évidence

La politique pure est aussi très présente : un Eurogroupe qui travaille sans aucun procès-verbal et n’avait d’existence juridique ; une troïka qui se permet de donner des ordres à des administrations et des ministres ; un double discours — ce qu’on dit à l’intérieur de la salle n’est pas ce qu’on affirme à l’extérieur — ; des simulacres de discussion — l’important étant le communiqué de presse ou la conférence de presse — ; le mépris du peuple et de la démocratie — une valeur parfois partagée dans le monde technocratique de Bruxelles — sacrifiés sur l’autel de la rigueur de l’euro  ; … et le cynisme qui domine tout. W. Schäuble le reconnaîtra lui-même : « en tant que patriote je n’accepterai pas le fameux MoU (Memorandum of Understanding) qui régissait les relations avec la Grèce. Mais il fallait faire « un exemple » pour que personne ne soit tenté de suivre le chemin de la Grèce. Même à travers les portes fermées, on voyait bien que l’heure était grave.

À voir…

(Nicolas Gros-Verheyde)

Sauver ou périr (film)

(B2) L’histoire est simple : Franck un jeune pompier par passion (Pierre Niney) est grièvement brûlé lors d’une tentative d’extinction d’un gros incendie en banlieue nord de Paris. S’ensuit une lutte pour survivre, revivre, vivre tout simplement, avec sa compagne Cécile (Anaïs Demoustier).

La première partie du film montre les sapeurs-pompiers de Paris dans leur quotidien, entraînement, sport, briefing, départ en urgence, avec toute la palette des secours, sans oublier le traditionnel bal du 14 juillet. Rires, gravité, adrénaline, esprit de corps, tristesse rythment cette partie qui s’apparente plus à un documentaire de la vie en caserne. C’est la caserne Rousseau dans le Ier arrondissement qui a servi de cadre à ces images. Intéressant, mais en soi assez peu nouveau, sauf à le voir en grand écran… Un vrai hommage au travail, très engagé, des hommes et femmes de la BSPP. Mais on a connu des reportages de 26 ou 52 minutes bien plus étoffés. En fait, cette partie est tellement bien léchée qu’on croyait un clip de promotion. On n’aurait pas été étonné de voir un bandeau en sous-titre, ‘engagez-vous’. C’est dommage…

L’accident qui frappe Franck provoque une brutale chute du récit. Comme la vie du pompier s’est arrêtée, le changement de rythme fait patiner, presque s’enliser le cours du film. Celui-ci ne reprend en fait vraiment de la vigueur que quelques dizaines de minutes plus tard, quand le pompier grièvement brûlé au visage sort de son silence.

S’amorce alors une lutte contre lui-même, mais plus sûrement atteint dans son mental, dans la lente reconstruction de sa chair et de son âme. Des moments poignants, émouvants, justes. Une lutte où il est accompagné de toute une équipe de soignants dont Nathalie (Chloé Stefani) lumineuse dans son rôle d’infirmière. « J’ai sauvé et j’ai péri » dira-t-il dans un hommage qui lui est rendu. « Péri » il ne l’a pas été finalement, comme ce film qui a bien failli périr, en retardant au maximum le cœur de son récit. 

(NGV)


Es war einmal in Deutschland (Bye bye germany)

(B2) Dans le Berlin d’après guerre, David Bermann et quelques amis juifs n’ont qu’une envie : vivre — Hitler est mort mais nous sommes vivants » dit David à ses amis — ; fuir le pays — Ils veulent immigrer en Amérique ; s’enrichir — pour avoir suffisamment d’argent pour vivre outre Atlantique.

Ils trouvent un moyen rapide pour se faire de l’argent : vendre du linge de maison, le double, le triple, du prix réel (au mieux)… en utilisant toutes les ficelles du commerce à domicile : conviction, séduction, réduction …

Tout va bien jusqu’à ce que les services de renseignement américains mettent la main sur David (Moritz Bleibtreu), le soupçonnant de ne pas avoir vraiment raconté toute la vérité, de ne pas avoir été interné et d’être en fait un agent du régime nazi. L’agente US Sara Simon (Antje Traue) le passe au grill, se pinçant les lèvres pour ne pas céder à la séduction de son client et ne pas rire aux blagues de son « client ».

— Comment êtes-vous arrivés au camp de Sachsausen ?

— Je suis arrivé en limousine avec chauffeur.

L’humour, grinçant, marque ce film, de Sam Garbarski, présenté en avant-première au Festival de Berlin 2017, Prix du Public au Festival international du film norvégien de Haugesund. On surfe entre la tragédie de l’horreur des camps nazis et le rire d’une bande de joyeux écumeurs de portefeuilles.

Toute la complexité de l’époque surgit cependant au hasard de cet interrogatoire qui rythme le film. La version de départ se trouve ébranlée par les faits amenés par l’enquêtrice américaine, au point qu’on a quelques doutes sur la version du principal acteur du film.

(NGV)

Sortie : sur les toiles en Belgique, prochainement en France

Red Sparrow, le moineau russe passe à l’action

(B2) Dominika Egorova, une jeune ballerine russe voit sa carrière interrompue suite à un accident. Son oncle Ivan, soucieux de son avenir…, la recrute pour les services secrets russes. Elle devient un « moineau », éduquée à la dure, dans l’école publique IV, une école spéciale des services et entraînée à faire de la manipulation psychologique.

Sa mission principale : démasquer le traitre qui, au sein du gouvernement russe, révèle des secrets d’État aux Américains. Elle est chargée d’approcher l’officier traitant américain, qui a quitté Moscou précipitamment pour Budapest et sa piscine olympique qui sert de lieu d’échange. A coups d’intox réciproques et de courses-poursuites amoureuses, dans la capitale hongroise, à Vienne ou à Londres, on ne sait qui de Jennifer Lawrence (alias Dominika Egorova) et Joel Edgerton (alias Nate Nash) manipule qui.

Dans les coulisses, l’acteur belge Matthias Schoenaerts (alias Ivan Egorov, l’oncle légèrement vicieux) et la Britannique Charlotte Rampling, excellente dans le rôle de la Matron, la directrice de l’école d’espionnage, jouent merveilleusement leur rôle de tireurs de ficelles. Mais celles-ci, parfois, leur échappent. Même la fin, digne des plus beaux échanges d’espions, laisse planer le doute sur le sens de la manipulation.

Retour à la réalité

Un excellent thriller sur fond géopolitique, tiré du roman éponyme de Jason Matthews, lui-même un ancien agent de la CIA, où on se demande souvent quelle est la part de réalité et de fiction. A l’heure où le Royaume-Uni renoue, dans une ambiance de guerre froide, avec la (tentative) d’assassinat de Sergueï Skripal (1), on se demande si cette réalité… n’est pas la suite du film.

Sortie : le 21 mars en France, déjà sur les toiles en Belgique…

(1) Cet ex-espion russe, qui avait fait défection, et était passé au service de Sa Gracieuse Majesté, avait été libéré en 2010, se trouvait dans un état critique ainsi que sa fille Yulia venue lui rendre après avoir été empoisonné, dimanche dernier (4 mars), par un agent innervant tellement puissant qu’il a aussi atteint le policier venu leur porter secours. Deux réunions successives en format ‘Cobra’ du gouvernement ont eu lieu. Et le gouvernement promet de porter l’affaire devant l’Alliance atlantique.

Clash : une tornade venue d’Égypte

(B2) Clash est un film coup de poing sélectionné cette année à Cannes dans la catégorie « Un certain regard ». Sans doute pas pour rien… Toute l’histoire du film se passe dans un fourgon de police, au cœur du chaos post-révolution-égyptienne de 2013.

L’auteur-réalisateur égyptien Mohamed Diab ne suit pas un personnage mais des personnages confinés dans au cœur l’incompréhension d’une guerre qui les dépasse. L’auteur pose un regard sur l’ignorance et la stupidité dû aux conflits et aux croyances.

Dans le fond du fourgon, surveillé par l’armée en place, tous se regardent en chien de faïence : deux journalistes égyptiens (considérés comme des faux frères) qui ont gardé une mini caméra-montre, des frères musulmans venant d’être embarqués lors d’une manifestation, des révolutionnaires embarqués par erreur, un homme qui a juste simplement perdu son chien, une mère montée volontairement pour rejoindre son fils, enfin un père religieux et sa fille voilée, partisans de l’armée en place et opposés aux frères musulmans.

Une pétaudière, une bombe en puissance que ce combi qui ne va nulle part. Tout ce beau monde va apprendre à vivre ensemble sous les balles des opposants, des partisans.

Dans CLASH, personne ne gagne, personne ne perd, tous y perdent un peu de leur vie, et y gagnent, sans doute, un peu d’humanité. Un film pour tenter de comprendre les enjeux de ce siècle couronner d’une réelle performance cinématographique car tout est filmé du point du fourgon… Du vrai cinéma contemporain qui questionne et qui offre un vrai point de vue sur la certitude des convictions et de la foi à tout prix.

(Eric Dagostino)

Sortie : le 11 janvier à Bruxelles


En savoir plus :

Faut pas lui dire !

(B2) Faites une recherche sur Solange Cicurel, réalisatrice du film « Faut pas lui dire », et vous ne trouverez rien ou à peine. Avocate au barreau de Bruxelles, Solange Cicurel devient cinéaste sur le tard. « Faut pas lui dire » est bien son premier film, premier long métrage et… un premier carton. Une plume bien trempée guidée par la simple et belle idée  qu’il possible et souhaitable de « mentir par amour ».

L’autrice raconte l’histoire de quatre cousines au bord de la quarantaine, toutes en soif d’amour. Quoi de plus vrai que de mentir à un homme pour qu’il revienne à vous et revivre ainsi l’amour des  premiers jours. C’est donc en pratiquant le mensonge que nos quatre héroïnes trouvent ou retrouvent l’amour de leur vie.

Malgré un début de film un peu chahuté, l’auteur devant exposer quatre histoires en parallèle (film choral), la comédie trouve son rythme au fil de l’intrigue pour atteindre son objectif : on y rit , on y pleure, on compatit. La réalisatrice s’appuyant sur une solide brochette de comédiens dont la surprenante Jenifer Bartoli. Plus connue pour ses talents de chanteuse que de comédienne, elle crève l’écran de justesse et de beauté tout comme Camille Chamoux (révélée dans un autre film choral féminin, Les Gazelles). Les autres comédiens et comédiennes, les Belges Tania Garbarski, Stéphanie Crayencour, Laurent Capelluto, Fabrizio Rongione, et Charlie Dupont sortent très bien leur épingle du jeu ainsi que l’intarissable Brigitte Fossey, matriarche et menteuse à souhait, ou encore Arié Elmaleh pétillante dans le rôle de la secrétaire curieuse et futée.

Un bon « feel good movie » à voir en couple ou en bande et à recommander pour les après-fêtes. Sortie le 4 janvier à Bruxelles (producteur : Entre Chien et Loup).

(Eric Dagostino)

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Miro & CoBrA à Bratislava

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Le bâtiment du Danubiana planté sur une presqu’île au milieu du Danube (© NGV / B2)

(BRUXELLES2 à Bratislava) De passage à Bratislava lors des prochains mois, ne ratez pas l’exposition European Stars- Miró& CoBrA qui vient d’ouvrir (et se déroule jusqu’au 13 novembre). Elle est située un peu en dehors de la ville, au musée Danubiana. Prévoir donc un peu de temps pour y aller *

DeviseCobra 20160702_154435En ces temps turbulents pour l’Europe, certaines oeuvres exposées prennent une résonance particulière tel ce Banquet des Idoles de Rancinan – revisitant tous ceux qui ont fait la scène médiatique de Jésus à Madonna ou de Mère Théresa à Einstein – ou une « fin du commencement » de Martin Varholik ou un Red Wedge de Jankovic. Quant à la devise de Cobra définie par Constant « we work for tomorrow’s world », elle a une tonalité très actuelle.

Le bâtiment original en forme de bateau est situé au bord du Danube, et plusieurs oeuvres s’insèrent parfaitement dans le paysage, au point qu’on les prendrait pour des peintures ou portraits réalistes. Certaines oeuvres sont placées dans le jardin, d’autres se nichent dans certaines coins, y compris sur le toit du bâtiment.

Outre les oeuvres de Miró (peintures, peintures, sculptures, dessins, gravures, tapisseries…) et celles du groupe SculptureDanube 20160702_151733CoBrA (Alechinsky, Appel, Constant, Corneille, Niewenhuys, Henning Pedersen, etc.) l’intérêt de la visite est de découvrir les artistes slovaques (Rudolf Fila, Jozef Jankovic, Ivan Pavle…), tchèques, hongrois (Ilona Keserü), macédonien (Kiro Urdin)… qui valent aussi le coup d’oeil attentif. Au total, une centaine d’oeuvres sont ainsi exposées provenant d’un prêt de la famille Joan Miró, de la collection Meulensteen, du Musée de Amstelveen (Pays-Bas).

(Nicolas Gros-Verheyde)

Pour s’y rendre :

  • Par le Bus 90 (qui se prend derrière le SND, le nouveau bâtiment du Théâtre national)
  • ou par bateau, cela prend environ 1h30. Un seul départ par jour à 13h30 retour à 18h (cela laisse deux bonnes heures pour visiter). Le prix du billet (12 euros) couvre le voyage.
  • Par le taxi ou autres moyens

Un centre sportif et aquatique avec rafting et autres activités se situe à proximité si vous voulez compléter la découverte artistique par un peu de détente physique.

ChevaliersBlancsFilm@

Nous avons vu « Les chevaliers blancs »

ChevaliersBlancsFilm@(B2) Le film ‘Les chevaliers blancs’ de Joachim Lafosse retrace une histoire connue des lecteurs de notre blog, celle de l’Arche de Zoé.

Elle n’illustre cependant qu’une période et une partie de cette ‘épopée tragique’, l’arrivée sur place au Tchad de l’équipe de l’ONG jusqu’à son arrestation par les forces tchadiennes, avec une trame essentiellement psychologique : les déchirements au sein de l’équipe dont une partie découvre peu à peu toute l’ampleur du projet (*). Des personnages extrêmement bien joués, qui balancent à chaque fois entre le blanc et le noir et retracent en grande partie la réalité.

Les observateurs relativement connaisseurs du terrain auront assez vite remarqué quelques incongruités. Il fait un peu plus chaud au fin fond du Tchad à Abéché. La piste de l’aéroport est un peu super moderne par rapport à ce qu’elle est en réalité… Et, mise à part une séquence au début, la présence militaire française reste assez limitée. En revanche, on voit arriver des forces européenne d’EUFOR qui arrêtent un moment les ‘zozos’ en pleine prospection dans les villages. L’officier d’EUFOR est très bien campé dans la peau d’un Britannique. Cela c’est pour le roman. Car nous savons tous que les ressortissants de Gracieuse majesté étaient plutôt en nombre limité dans l’opération (2… si mes souvenirs sont bons et davantage dans l’état-major que sur le terrain), contrairement aux Irlandais ou Polonais. Pour l’image, certainement, il valait mieux un Britannique…

(NGV)

Lire aussi le témoignage que nous avions recueilli à l’époque : Témoignage du pilote Belge de l’opération Arche de Zoé / Children Rescue au Tchad

 

(crédit : Daily Mail)

Mission impossible pour Tom Cruise et l’A400M

(crédit : Daily Mail)

(crédit : Daily Mail)

(BRUXELLES2) Le nouvel avion de transport militaire d’Airbus A400M ne sert pas qu’à transporter du fret, des hommes ou du pétrole dans ses soutes… Il peut aussi servir de terrain de jeu à des acteurs en veine de frisson, le long de ses ailes, comme nous le détaille le Daily Mail. L’acteur Tom Cruise a ainsi testé le nouvel avion, suspendu à deux harnais fixé à travers la porte, à plus de 5000 pieds d’altitude (environ 1500 mètres), pour le tournage du film Mission Impossible 5.

NB : Il y a quelques jours à Séville, le second A400M destiné au Royaume-Uni a fait son vol inaugural tout juste sorti de la ligne d’assemblage final. L‘avion va être désormais peint aux couleurs de la Royal Air Force et commencera le processus de test et d’acceptation par le client.

Projection à bord du Johan de Witt (crédit : EUNavfor Atalanta / Défense néerlandaise)

Le « Captain Phillips » en projection spéciale

Projection à bord du Johan de Witt (crédit : EUNavfor Atalanta / Défense néerlandaise)

Projection à bord du Johan de Witt (crédit : EUNavfor Atalanta / Défense néerlandaise)

(BRUXELLES2) Le nouveau film de Paul Greengrass, « Captain Phillips » sera sur les écrans en France, en avant-première, ce lundi 18 novembre dans plusieurs salles parisiennes et de province et sera sur les toiles belges le 27 novembre (avec quelques séances en avant-première dès le 25 novembre).

Ce film qui raconte l’odyssée du capitaine du MV Maersk Alabama, pris en otage avec son navire battant pavillon américain en avril 2009, avant d’être libéré par les Marines US. Et sa relation, mouvementée, avec Muse, le chef des pirates somaliens qui le prend en otage. Un récit apparemment assez réaliste d’après quelques officiers belges qui ont vu le film en avant-première (comme me l’a rapporté ma collègue de la Libre Belgique).

Une projection à ciel ouvert

Les marins du Johan de Witt, le navire amiral de l’opération anti-piraterie EUnavfor Atalanta, ont eu droit, eux aussi, début novembre, à une séance spéciale. Alors que le navire se trouvait en escale logistique à Mascate (Oman), le pont d’envol des hélicoptères a été réquisitionné et transformé en une gigantesque… salle de cinéma à ciel ouvert. Apparemment ceux qui sont à l’avant garde de la lutte contre les pirates ont eux aussi apprécié.

Mission pas terminée

Juste avant la projection, le commandant de EUNAVFOR, le commodore néerlandais Peter Lenselink, a pris la parole, interview transmise en direct à quelques milliers de km de là, via une connexion Skype, au théâtre Tuschinski à Amsterdam où était aussi projeté le film. Notre mission n’est pas terminée – a expliqué le commodore : « Si nous laissons la région aujourd’hui, les pirates vont revenir ».

Lire aussi :

Taillard de Worms accueillant le jeune Vlaminck (© Little Bear, Pathé Films)

Quai d’Orsay …

Taillard de Worms accueillant le jeune Vlaminck (© Little Bear, Pathé Films)

Taillard de Worms accueillant le jeune Vlaminck (© Little Bear, Pathé Films)

(BRUXELLES2) Le film de Bertrand Tavernier « quai d’Orsay » tiré de la bande dessinée du même nom est sorti sur les toiles est à voir absolument (si vous ne l’avez déjà vu).

N’écoutez pas les critiques, un peu blasées qui expliqueront la bouche en coin que c’est « quand même moins bien que la BD, c’est grotesque » etc… « Quai d’Orsay » est un film de divertissement. Mais aussi une tranche de vie de la diplomatie française. Entre la caricature, il y a beaucoup de vrai là.

Les petites turpitudes de cabinet, la grande politique, les réalités dites entre 2 coins de porte, l’OTAN, les marchands d’armes, l’Europe… Tout y passe. Ceux qui connaissent un peu les coulisses riront doublement. Quant aux autres, vous pourrez découvrir une diplomatie agissante, « qui travaille et est efficace » (*) comme l’a expliqué le metteur en scène, Bertrand Tavernier, sur différents médias. Il faut aussi en retenir – au-delà du pittoresque – l’Histoire avec un grand H. Avec ses positions intransigeantes, Chirac puis De Villepin, ont évité à la France (et à l’Allemagne) une guerre sanglante, celle d’Irak, qui n’a pas fini de laisser des conséquences et se révélera sans doute comme une des plus funestes erreurs stratégiques de l’Amérique et du Royaume-Uni du début du siècle dont on n’a pas encore fini de payer le prix…

A quoi reconnait-on un vrai diplomate ?

A celui qui arrive à placer cette blague dans une conversation : « Otan suspend ton vol » ou « Otan en emporte le vent ». C’est une quasi obligation dans le cabinet du ministre des Affaires étrangères. Et le jeune diplomate Vlaminck va en avoir la preuve très rapidement. Le ministre utilisant la formule lui-même.

L’OTAN … je crèverai avant

L’OTAN le ministre l’a en travers. « L’ennemi en politique comme en littérature, c’est la logique des faibles, la logique de l’OTAN. Même en Turquie. » Ajoutant lors d’un dîner : « L’Otan je crèverai avant d’avoir compris à quoi çà sert. D’ailleurs je n’irai pas à Genève. (Pas question) de me gorger le mou pour parler de la guerre du terrorisme ».

Marchand d’armes ou de godemichets…

Taillard de Vorms converti en VRP français s’adressant à un prince d’un pays du Golfe : « Vous savez que nos radars sont les meilleurs. Votre royaume tirerait un grand profit à avoir l’expertise française. Votre région ne peut pas rester tributaire des Etats-Unis. » Avant de se raviser, se retournant vers ses collaborateurs dans un accès de franchise. « Je me troue le cul pour faire avancer la paix et vous me faites vendre des canons comme des cravates ou godemichets. »

Le Danois, le Slovène et le Croate

Un rendez-vous avec le ministre danois des Affaires étrangères ? « Aaah putain le Danois, faut que je traite le Danois ! Mais quelle connerie ce métier. En plus à chaque fois il déboule en vélo. J’ai rien à lui dire moi » (…) « Hier j’ai eu le Slovène » pfff. Un déjeuner avec le ministre croate annulé… « Aaah annuler le Croate, je vois que tu me prends par les sentiments. »

L’Allemagne au conseil de sécurité et la friture européenne

Claude Maupas (l’excellent Niels Arestrup alias Pierre Vimont) cherche toujours doucement à contrecarrer les lubies du chef et réaguiller sur le bon chemin. En tentant de remettre celui-ci sur les vrais sujets… notamment le droit de vote de l’Allemagne au Conseil de sécurité qui revient comme un leitmotiv. Mais Taillard de Vorms se dérobe : « De toute façon ce qui compte aujourd’hui c’est le Moyen-Orient donc les Américains. Laissez tomber votre friture européenne. Ca n’a ni queue ni tête. »

L’Europe : une vision et des symboles…

« L’Europe ? Cà ne devrait pas être ces calculs sordides d’usurier, des magouilles de Conseil d’administration et des discussions de technocrates à perte de vue sur la taille des bébés poissons et du fromage au lait cru. L’Europe çà doit être une vision et des symboles. »

Des conflits à la pelle

Doucement, Claude Maupas tente de se frayer un chemin dans le charivari du cabinet : « Les amis si vous ne faisiez plus rien pendant l’heure qui vient, j’ai besoin d’un petit peu de concentration. Et en attendant vous pourrez avancer sur tous les dossiers en attente (…) : le conflit des Grands lacs, la Cisjordanie, les pêcheurs de thon aux Seychelles, la guerre des Anchois en Espagne… et si quelqu’un pouvait s’occuper du patriarche maronite pendant une heure… »…

Toutes ressemblances avec une situation existante est bien sûr tout à fait fortuite 🙂

Bande annonce

Post scriptum : Des diplomates qui bossent

(*) A ceux qui en doutent… ce n’est pas une façade. Tavernier a raison ! En quelques années, j’ai rencontré de ces diplomates (de ces membres de cabinet ou de ces militaires), à la fois passionnés, avec une ironie mordante mais dévoués à l’intérêt général et fins connaisseurs de leurs dossiers. Ils sont plus nombreux qu’on pourrait le supposer. Et toujours passionnants même si on peut ne pas partager toujours leur vision.

Il y a 7 ans…

Avant même que ce blog soit né, j’en ai été le témoin oculaire. A l’occasion de la disparition d’un proche, à l’autre bout du monde, dans des circonstances complexes, j’ai pu mesuré très vite la réalité d’une machine, rodée, redoutablement efficace mais qui gardait, malgré tout, une certaine densité humaine dans tous les moments. Ce sont ces instants, ces discussions courtes ou longues avec des diplomates/ des militaires de tous niveaux, par téléphone à une heure avancée de la nuit, au Quai d’Orsay ou à l’Elysée, au petit matin dans un couloir de Roissy, sur le tarmac de Istres, avant le décollage d’un C135, qui m’ont fait toucher du doigt une réalité que je ne connaissais pas vraiment, en fait. La discrétion ne nuit pas à l’efficacité, et le réalisme n’empêche pas une certaine humanité et solidarité. Ils sont repartis aux 4 coins du monde aujourd’hui : au Sahel, en Géorgie, dans le Golfe, au Kenya, à la Dicod ou… à Bruxelles. C’est peut-être grâce à eux que ce blog est né en quelque sorte. Ils ne le savent sans doute pas vraiment. Qu’ils en soient aujourd’hui, doublement, remerciés…