L’opération Triton en Méditerranée : combien de bateaux ?

L’opération Triton en Méditerranée : combien de bateaux ?

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(crédit : Gardes-Côtes d'Island)

Le patrouilleur islandais « Tyr » en pleine action de récupération (crédit : Gardes-Côtes d’Island)

(BRUXELLES2 – exclusif) Pour connaître le nombre de navires réels sur zone dans l’opération « Triton » menée par l’agence européenne de contrôle aux frontières « Frontex », il faut vraiment s’armer de patience et démêler le vrai du faux.

Officiellement : 7 navires, 2 avions et 1 hélico

Officiellement, selon la réponse qui nous a été donnée, l’agence Frontex coordonne le déploiement mensuel de « 3 navires patrouilleurs de haute mer, 2 navires de patrouille côtier, 2 vedettes côtières, 2 avions et 1 hélicoptère ». Un chiffre très flou car il ne donne ni la nationalité des navires — et encore moins leur nom —, ni ne précise si ces moyens sont présents sur zone en permanence durant tout le mois. L’explication de ces imprécisions donnée par Frontex est que les moyens bougent de jour en jour (ce qui est vrai) mais aussi qu’il s’agit d’une question de sécurité, pour éviter de donner trop d’éléments aux trafiquants.

Navires italiens et maltais comptabilisés

Ce flou artistique cache une réalité moins heureuse. Du moins en ce moment. L’Agence européenne comptabilise, en effet, les 4 navires italiens + 1 hélicoptère affectés à Triton, ainsi que 2 navires et 1 avion maltais… Des moyens qui doivent, dans tous les cas, être mobilisés, l’Italie comme Malte étant responsables dans leur zone, du sauvetage et du secours (SAR). Ces moyens sont coordonnés depuis le centre de coordination établi près de Rome, au sein de la marine italienne, le même qui servait pour l’opération Mare nostrum (Lire : Mare nostrum, fierté italienne).

En réalité : 1 navire et 1 avion

Si on retire ces moyens nationaux, il ne reste, en fait, en renfort sur zone qu’1 seul navire : le patrouilleur islandais Tyr (*) et un avion de surveillance maritime. En ce moment, c’est un avion de la marine néerlandaise qui est ainsi de permanence. Pour la solidarité européenne, c’est un peu faible !

La zone d’action

La mission a officiellement pour rôle d’intervenir dans le contrôle des frontières dans une zone comprise autour de 30 milles nautiques des côtes italiennes. Un débat s’était engagé pour savoir s’il ne fallait pas étendre le mandat et la zone d’action au Sauvetage et secours dans une zone plus élargie. Dans les faits, ce débat reste théorique. Car les navires « Frontex » vont déjà au-delà, jusqu’au bord même des eaux territoriales libyennes. Ainsi la semaine dernière, les navires « Frontex » sont intervenus à 13 reprises pour venir au secours de bateaux chargés de migrants et réfugiés, à proximité de ces eaux territoriales… libyennes, dans une limite comprise entre 12 milles à 50 milles nautiques des côtes libyennes, selon nos informations (lire : Les bateaux de Frontex sous le feu des Kalachnikovs. Une menace pour les opérations de sauvetage en Méditerranée). C’est dire que la zone limitée de Frontex est d’ores et déjà franchie…

 

Une contribution financière

Le principal élément de solidarité européenne est, en fait, financier. Avec un budget mensuel de 2,9 millions d’euros, l’agence Frontex finance quasi-totalement une bonne partie des moyens aériens et le navire islandais. Et elle finance partiellement les navires italiens qui sont affectés à l’opération européenne. Ce qui permet ainsi aux Italiens et Maltais, placés en première ligne, dans les opérations de sauvetage comme dans la lutte contre l’immigration, d’alléger quelque peu leur facture. L’autre valeur ajoutée de l’Agence européenne Frontex sont ces experts « asile » qu’elle met à disposition des pays concernés. Cinq équipes (teams) de 2 experts + 1 interprète, sont ainsi chargés de recueillir en Sicile des informations sur les réfugiés, d’effectuer un screening sur les migrants et réfugiés qui sont arrivés et des rapports. Un engagement qui reste cependant modeste quand on sait que la seule opération militaire Mare Nostrum, quand elle était en fonctionnement, coutait au budget italien à 9 millions d’euros par mois en moyenne.

Commentaire : on comprend donc combien le doublement ou le triplement des moyens financiers serait intéressant. Car elle permettrait à Frontex de disposer des mêmes moyens que son prédécesseur Mare Nostrum.

(Nicolas Gros-Verheyde)

(*) Un pays non membre de l’Union européenne mais qui est membre de l’espace Schengen et participe, à ce titre, aux activités de l’agence Frontex.

Lire : Faire foncer les navires de migrants sur la côte. La nouvelle tactique des migrants (Maj3)