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Les battlegroups: « un concept c’est bien, les utiliser c’est mieux » dit la présidence de l’UE

(BRUXELLES2) Quel avenir pour les battlesgroups (la force de réaction rapide) de l’UE ? La réunion des ministres de la Défense, à Göteborg, les 28 et 29 septembre, sera centré autour de cette question. Ou, pour paraphraser ce qu’a dit Olof Skoog, représentant permanent de la Suède au COPS et qui préside actuellement ce Comité politique et de sécurité : Un concept sur les battlegroups c’est bien. Les utiliser c’est mieux ! (« Un concept c’est bien. Mais c’est clair que les battlegroups n’ont pas encore été utilisés »).

Il paraît  effectivement temps de remédier à cet état de fait où des battlegroups existent, s’entraînent, sont “prêts à l’emploi” mais ne partiront jamais pour de multiples raisons : structurelles, politiques, financières, opérationnelles… C’est à quoi la Suède veut s’attaquer et c’est plus que louable.

Amertume suédoise

Tous les Etats membres ne font pas le même effort

Olog Skoog, le représentant suédois, n’a d’ailleurs que peu caché son amertume, lundi quand il est venu s’exprimer devant les eurodéputés de la sous-commission défense du Parlement, pointant du doigt certains pays qui ne jouent pas le jeu. « Avec le Battlegroup nordique, nous avons fait un investissement important. (un était d’astreinte en 2008, un nouveau le sera en 2011, lire ici). Nous avons fait tous les efforts pour qu’ils puissent être utilisés le cas échéant. Il n’a pas été utilisé car les circonstances n’ont pas été réunies. Mais je ne suis pas certain que tous les États membres de l’UE voient la même chose que moi. ». Et de s’interroger ironiquement : « Peut-être que les États membres mettent dans ces battlegroups  des éléments qui ne permettent pas leur utilisation ». (Sont visés, ici, les Britanniques particulièrement dont on sait que la période d’astreinte pour le battlegroup est, en fait, une période de relâche, pour les troupes engagées en Afghanistan. Un paradoxe alors que ces troupes, plus aguerries par les dernières guerres – Irak, Afghanistan – sont certainement plus aptes à une intervention rapide).

Retour sur une occasion ratée, au Kivu, fin 2008

L’ambassadeur a aussi mis en exergue ce qu’on peut nommer l’occasion ratée du Kivu. « Certains d’entre nous estimaient qu’il fallait répondre à la demande du Secrétaire général, ou au moins en discuter » estime Olof Skoog, face aux violences qui ont secoué fin 2008 les provinces de l’est de la RD Congo (ex Zaïre) (Lire : Dilemme pour les Européens: comment répondre “Non” poliment à l’ONU). Et c’est ce que l’ambassadeur suédois reproche à certains États membres (Allemagne et Royaume-Uni pour ne pas les nommer) : ne pas vouloir même en discuter. « Nous pensions (les Suédois) qu’il fallait aborder certaines questions : pourquoi y-a-t-il des réticences. Était-ce à cause de la situation politique ou d’autres questions. On pouvait (il fallait) en discuter ? (…) Maintenant cette affaire est partiellement réglée par l’accord politique entre le Congo et le Rwanda. Mais il y a eu beaucoup de souffrances humaines… ».

La présidence décidée à agir. Quelques pistes…

La présidence suédoise propose donc « une discussion politique pour savoir pourquoi ça n’a pas été utilisé » et comment y remédier. D’ici Göteborg, la discussion va se poursuivre dans les groupes de travail du Conseil réunissant militaires et diplomates, pour préciser et  déterminer les différentes options possibles. L’état-major de l’UE se réunit mercredi. Plusieurs pistes de travail
sont  évoquées. En voici quelques unes :

Première piste : « rendre plus flexible » l’emploi de ces groupements tactiques

Par exemple leur permettre d’intervenir en anticipation d’une opération avant la génération de force (un peu comme une “force d’entrée en premier” qui aurait été très utile au Tchad) ou pour permettre de ne déployer qu’une partie des éléments ou encore les considérer comme une «réserve stratégique pour une autre opération» (on peut penser à la Bosnie par exemple). Sur ce point, même si tous les Etats membres ne sont tout à fait sur la même ligne, certaines évolutions pourraient être décidées.

Deuxième piste : chercher une solution pour le financement

Comme le dit l’ambassadeur suédois, « on supporte les coûts même s’il n’y a pas de troupes. Cela peut poser un problème quand on veut aller rapidement ». En effet, tous les États membres financent l’opération (par la clé de répartition) et encore plus ceux qui ont le battlegroup d’astreinte qui supportent les coûts d’entraînement et d’envoi des troupes. Actuellement le système cumule les deux désavantages : le financement en commun est relativement faible mais il oblige à recueillir l’unanimité des pays contributeurs. Diminuer le nombre d’États membres qui contribuent permet certes d’avoir un peu moins de financement (mais juste un peu moins) Mais il a l’avantage de supprimer quelques obstacles à l’envoi des troupes en opération (reste alors uniquement en jeu la question politique et opérationnelle : est-il nécessaire d’envoyer des troupes ?).

A l’opposé, il pourrait être sain d’augmenter le financement en commun pour ne pas faire reposer sur un ou deux États membres la charge d’une opération ponctuelle et rapide. Mais cette voie (également explorée à l’OTAN) est en évolution lente (pour être exact, elle est plutôt en “orbite stationnaire”, surtout avec la crise budgétaire actuelle).

Troisième piste : résoudre certains problèmes opérationnels

notamment en matière de moyens aériens. « Déployer rapidement les troupes sur le terrain pose problème à cause de l’absence de moyens aéroportés stratégiques ». La question est davantage financière et opérationnelle que politique. Et on connaît les contraintes qui pèsent sur les forces aériennes actuellement (engagement en Afghanistan, nécessité de remplacer les appareils vieillissants Transall ou Hercules, report de l’A400M…).

Autre idée : limiter le nombre de battlegroups d’astreinte

Au lieu de deux comme actuellement par semestre, ce serait un. Ce qui réduirait la pression. Pour les États membres, maintenir en alerte un groupe de 1500 hommes minimum, prêt à intervenir, est un travail minimum préalable d’un an auparavant, avec les exercices à la clé, les certifications nécessaires. L’idée est séduisante – et séduit. Simplement il faut avoir un “habillage” politique habile pour éviter de donner l’impression de baisser la garde. On pourrait ainsi parler de trois battlegroups d’astreinte par an, par exemple. Ou allonger de quelques mois le temps d’astreinte.

(Nicolas Gros-Verheyde)

NB : Pour savoir quels Etats sont d’astreinte, consultez le planning des battlegroups.

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).

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