La corruption mine le ministère tchèque de la Défense

Le véhicule de transport Tatra T815 (crédit : Tatra)

Il y avait déjà l’affaire Gripen, l’affaire Patria (1), il pourrait y avoir demain l’affaire Pandur (2), l’affaire Tatra, ou l’affaire EADS. La défense tchèque n’en finit plus de voir les affaires de corruption décimer ses troupes au fil des révélations des journaux. Autrement dit, il ne fait bon aujourd’hui être haut responsable au ministère ou ancien ministre. Car on commence à ne plus compter les doutes, voire les inculpations dans ce domaine. Un grand ménage un peu nécessaire si on en croit Transparency international (3). Résumons…

Affaire Tatra : un ancien ambassadeur US balance

C’est aujourd’hui Martin Barták, actuel vice-ministre des Finances et ancien ministre de la Défense en 2008, qui est dans le collimateur. Il est accusé d’avoir tout simplement assuré une vigoureuse commande d’Etat de véhicules militaires tous terrains et poids lourds au constructeur national, Tatra. L’accusation ne vient pas de n’importe qui. C’est l’ancien ambassadeur des Etats-Unis à Prague William Cabaniss, qui fut ensuite président du Conseil d’administration de l’usine automobile Tatra, qui l’affirme : Martin Barták lui aurait demandé quelques millions de dollars pour assurer cette commande. Le ministre rejette véhément cette accusation. Pour se défendre, il a déjà demandé un congé sans soldes. Mais le premier ministre Petr Necas lui a conseillé de rester hors du gouvernement tant que l’affaire ne sera pas éclaircie. Une enquête a été ouverte par le procureur d’Ostrava. Et la police a interrogé plusieurs témoins. Selon notre confrère, Mlada fronta Dnes (4), les témoignages seraient assez précis et impliqueraient plusieurs autres personnes, dont un intermédiaire ami du ministre qui a, un moment, dirigé la firme LOM Praha. Bref, on nage dans la confusion des genres et dans un bel imbroglio politico-militaire.

Affaire EADS : le ministre prend les devants

Car cette affaire n’est pas la seule à éclater. La mise en cause par la Commission européenne du contrat d’achat de 4 Casa et la poursuite devant la Cour de justice européenne (5) a réveillé certaines craintes exprimées lors de la conclusion de ce contrat, trop rapide pour être parfaitement honnête. Selon l’hebdomadaire Respekt (6), « lorsque l’acquisition d’avions CASA s’est faite, sans appel d’offres, le ministère, les a achetés pour près de deux fois la valeur de l’offre initiale d’EADS faite quatre ans auparavant ». Et l’homme à l’initiative de cet achat, Jan Fulík, en charge des questions d’armement, actuel bras droit du ministre de la Défense, Alexandr Vondra, a été prié de prendre la porte…  C’est Jiri Sedivy qui pourrait le remplacer. NB : Seul hic : cet ancien ministre de la Défense est par ailleurs candidat à un poste dans le service diplomatique (7).

(NGV)

(1) Le vice-ministre de la défense tchèque, soupçonné de corruption, relevé de ses fonctions

(2)  Selon Radio Prague : Corruption suspicions over Pandur contract puts spotlight on army tenders. Il faut dire que cet achat s’était fait de façon « limite » : Les Tchèques achètent le Pandur autrichien avec de sérieux Offsets

(3) Selon le dernier rapport de l’ONG Transparency International, la République tchèque figure en 53e position de son classement (sur 178 pays). Elle obtient une « note » de 4,6, soit un des plus mauvais scores d’un pays de l’Union européenne.

(4) Lire (en tchèque) : Po p?íchodu Bartáka na obranu vyd?lal zbroja? Smrž miliardu

(5) Les achats tchèques de Casa C-295M jugés illégaux par la Commission

(6) Lire (en tchèque) : Ministr obrany Vondra odvolal nám?stka Fulíka

(7) Le nouveau directeur de l’agence européenne de défense sera-t-il « Une » ?…