L’OTAN en mort cérébrale de Macron suscite des réactions en désordre

(B2) Si le président français avait pour ambition d’animer le débat, c’est réussi. Son ‘OTAN en mort cérébrale‘ asséné dans l’hebdomadaire britannique The Economist a suscité des réactions au plus haut niveau

Les membres de l’OTAN tentent de défendre le bien-fondé de l’organisation (crédit : OTAN)

Si certains partagent le constat d’une Alliance en grande difficulté politique, personne ne va, même mezzo vocce, dans le sens d’Emmanuel Macron. Et chacun se sent obligé officiellement de justifier l’existence de l’OTAN. Mais la plupart des arguments sont tirés du passé, non de la situation actuelle. Ce qui, d’une certaine façon, est reconnaître qu’il y a… un problème.

Un des partenariats stratégiques de l’histoire

« Je pense que l’OTAN reste un partenaire important, critique, peut-être historiquement l’un des partenariats stratégiques les plus critiques de toute l’histoire enregistrée » a défendu le ministre américain Mike Pompeo.

« I think NATO remains an important, critical, perhaps historically one of the most critical strategic partnerships in all of recorded history. »

Le pouvoir géopolitique en Europe, la sécurité à l’OTAN

« L’UE doit aspirer à devenir un vrai pouvoir géopolitique, mais l’OTAN est et devra rester la colonne vertébrale de notre sécurité sur les deux bords de l’Atlantique » a jugé la présidente slovaque Zuzana Čaputová, qui est du même bord politique et générationnel qu’Emmanuel Macron.

Berlin pas d’accord sur la forme ni sur le fond

« Je ne pense pas qu’un tel jugement intempestif soit nécessaire, même si nous avons des problèmes, même si nous devons nous ressaisir », a souligné la chancelière allemande Angela Merkel recevant le secrétaire général de l’OTAN, Jens Stoltenberg. Le président français a « utilisé des termes radicaux qui ne [sont] pas mon point de vue au sujet de la coopération au sein de l’OTAN », a-t-elle ajouté, selon l’AFP.

« Le pacte Nord Atlantique est une pierre angulaire de l’ordre mondial multilatéral » a renchéri le ministre allemand (SPD) des Affaires étrangères Heiko Maas.

L’OTAN essentielle pour Stoltenberg

« Nous sommes d’accord qu’une OTAN forte est essentielle pour la paix et la sécurité en Europe et que nous devons continuer à investir pour maintenir l’OTAN » a justifié le secrétaire générale de l’OTAN Jens Stoltenberg lors de sa réunion à Berlin avec Angela Merkel le 7 novembre.

 

« Toute tentative de distancer l’Europe de l’Amérique du Nord non seulement affaiblira l’Alliance transatlantique, mais risque aussi de diviser l’Europe. L’unité de l’Europe ne peut pas remplacer l’unité transatlantique »

L’OTAN a été un écran protecteur de la liberté

« En dépit de tous les remous des dernières semaines, je trouve que l’OTAN s’est montrée remarquable comme écran protecteur de la liberté », a affirmé Ursula von der Leyen vendredi soir, dans un discours prononcé à Berlin à la veille de la commémoration de la chute du mur. « L’Europe doit aussi apprendre le langage du pouvoir » a-t-elle ajouté selon Die Zeit. « D’une part, l’UE a besoin de plus de capacités militaires. D’autre part, elle doit faire davantage usage de la force disponible pour faire valoir les intérêts européens. »

Un rôle dans la sécurité partagée

L’OTAN « continue à avoir un rôle extrêmement important non seulement dans l’Atlantique Nord, mais dans le monde en tant qu’un groupe de pays qui se réunissent pour partager des valeurs, partager un engagement envers une sécurité partagée » a indiqué Justin Trudeau, le Premier ministre canadien, relayé par la représentante permanente canadienne auprès de l’OTAN.

(NGV & CG, st. )

Gyula…

(BRUXELLES2 Gyula Horn, l’homme est quasiment un inconnu dans le panthéon européen. Il vient de mourir à Budapest à 80 ans après une longue maladie. Et, cependant… Né en 1932, entré au ministère des affaires étrangères après la mise au pas de la révolution (*) en 1959, il franchit toutes les étapes et les évolutions idéologiques pour arriver en 1989, à être un des artisans de la suppression du Mur, de fils barbelés, qui sépare la frontière hongroise de la frontière autrichienne.

En mars 1989, le Premier ministre Nemeth évoque la question avec ses homologues soviétiques à Moscou. L’argumentaire est avant tout économique. La Hongrie a depuis 1988 largement assoupli son contrôle aux frontières, libéralisant pour les Hongrois d’aller à l’étranger comme pour les étrangers de venir en Hongrie. Et le mur, électronique et de barbelés, conçu 20 ans auparavant souffre de nombre de faiblesses. Selon les gardes-frontières, c’est même devenu une vraie passoire. Et il ne protège plus rien. Ou alors il faut investir pour le maintenir en état. Or, Budapest n’a pas un sou à consacrer à cet investissement qui est à l’envers de l’histoire et du mouvement de libéralisation et d’ouverture enclenché à Moscou depuis l’arrivée de Gorbatchev au pouvoir.

La réponse officielle de Premier soviétique aurait été : « faites ce que vous voulez, je n’y vois pas d’inconvénient ». Les Hongrois ne tardent pas. Ils savent que le contrordre peut facilement arriver. Début mai, les premiers éléments sont enlevés. Et quand Gyula Horn et son homologue autrichien Alois Mock arrivent pour la photo fin juin 1989, la difficulté est plutôt de trouver quelques fils barbelés à encore symboliquement couper. C’est cette ouverture qui permettra aux Allemands de l’est de parvenir en Autriche via la Tchécoslovaquie et la Hongrie… Le barbecue « saucisses bière » à Sopron près de la frontière autrichienne par le mouvement Pan-européen d’Otto de Habsbourg achève le mouvement, le 17 août suivant. La chute du mur de Berlin est programmée…

Revenu au pouvoir en 1994 à la faveur de la première alternance de la Hongrie démocratique, Gyula Horn oriente le pays vers l’économie de marché et l’adhésion à l’Union européenne comme à l’OTAN (effective en 1997). Il fait adopter également un programme d’austérité drastique qui sera très critiqué. En 1998, il laisse le pouvoir au « jeune » Viktor Orban à la tête des Fidesz (Alliance des jeunes démocrates).

(*) Des « hooligans réactionnaires » selon la terminologie soviétique de l’époque.

Il y a 20 ans, je n’étais pas à Berlin, mais à Prague

© NGV

Grâce à mes amis étudiants tchèques engagés dans le mouvement, je me retrouvais badgé en un rien de temps et une intervention, plus tard, dans l’amphi bondé de l’université de médecine, dans le genre « Y-a-t-il un médecin parlant français dans la salle ?« , je me retrouvais en compagnie de mon interprète improvisée, charmante au surcroit… Et nous voila partis, tous les deux, à la découverte de ce Prague fantastique qui hésitait encore entre la crainte de se retrouver en prison le lendemain et la joie de savourer cette liberté retrouvée.

La première halte notable fut le lendemain à la Laterna Magica, un des théâtres de la capitale tchèque, réquisitionné par les intellectuels et dirigeants du forum civique, sorte d’agora et d’agitation permanente intellectuelle. Ce soir-là, l’histoire était au rendez-vous. Un homme venu du bout de la scène est venu présenter un petit bout de papier à un des interlocuteurs assis à la table, celui-ci l’a lu, l’a passé un peu interloqué à son voisin, même scénario, celui-ci a pâli, l’a passé au suivant et ainsi de suite pour arriver – si mes souvenirs sont bons à Vaclav Havel qui a marqué un temps – la salle avait compris qu’il y avait un grain de sable… extraordinaire. En bon dramaturge, il a alors pris sa respiration, et annoncé la nouvelle en quelques mots : « le bureau politique du PC a démissionné« . Point besoin de comprendre le tchèque pour saisir qu’on avait passé une borne. Puis rien, un silence, une respiration dans la salle bondée, et un tonnerre d’applaudissements (y compris des journalistes), des embrassades. Et le soulagement…

Le régime avait commis l’irréparable d’une dictature : céder à la rue. Il faut dire que la veille, l’idéologue en chef du parti avait été convoqué à Moscou pour une « visite amicale ». Et sans doute un sévère remontage de bretelles pour lui expliquer que les temps avaient changé et que les fils barbelés étaient désormais coupés. Désormais, il n’y avait plus de doute, à Prague comme à Berlin quelques jours auparavant et Budapest trois mois avant, le velours avait triomphé du glaive. C’en était fini des années de chuchotement, de méfiance des voisins de café ou de faculté, d’uniformes à étoile rouge, de contrôle politique sur les médias, les universités, les usines… Le vent de l’histoire avait tourné ! A lire : petit papier pour KissFM sur l’atmosphère de l’époque – écrit sur le bord d’une table, et enregistré sous la table, pour se préserver du bruit…).

Lire également le reportage complet : (1989) Révolution douce en TchécoSlovaquie

 

(crédit photo : © NGV – manifestation d’étudiants à Prague)

La réunification européenne n’est pas terminée

(B2) C’était à la Laterna Magica, un théâtre de Prague, un soir de novembre 1989, la démission d’un haut cadre dirigeant communiste venait à peine d’être connue. Surprise et joie étaient visibles sur tous les visages. Et chacun se prenait à espérer. Après des années d’oppression, un pouvoir autoritaire en Europe était sur le point de vaciller. Au foyer des artistes, de nombreux anonymes et un petit homme, connu du monde entier, Vaclav Havel, se prenait déjà à rêver d’Europe… Quasiment, le même jour, à Bucarest, Nicolae Ceaucescu, le dirigeant roumain était reconduit unanimement à la tête du Parti communiste par le XIVe Congrès. Ce sera son dernier mandat. A peine un mois plus tard, il était renversé et exécuté le jour de Noël. Et, là aussi, un peuple se mettait à espérer, rêver d’Europe. C’était, il y a 17 ans, le temps d’une adolescence…

Aujourd’hui, une génération a passé. Les deux derniers États de l’ex-bloc soviétique à qui on avait promis la réunification européenne – la Roumanie et la Bulgarie – entrent de plain pied dans l’Union. Ce premier janvier 2007, nous pourrons dire : le mur de Berlin n’est pas tombé pour rien.

Refermer la parenthèse

C’est la fin d’une période intermédiaire, une parenthèse nécessaire pour adapter un minimum l’économie et les institutions de ces pays à la tâche qui les attend. Le résultat n’est pas parfait. Il reste à parfaire. Mais il était temps que la parenthèse se referme. La prolonger aurait été sans doute contre-productif. Cela ne signifie pas la fin des difficultés. Au contraire. Il va falloir maintenant « digérer » cette réunification. Mais c’est « notre » avenir commun. Pour les Dix pays qui sont entrés dès 2004, cela signifie aussi la perte de leur caractère de « nouveau » pour devenir des … « anciens » États membres. Un petit changement de dénomination qui n’est pas aussi anodin qu’il n’y parait. La mission n’est pas terminée. Il reste à mener à bien la réunification, sans doute plus délicate, politiquement et diplomatiquement, avec les pays des Balkans. Autrement dit la poudrière de l’ex-Yougoslavie. En réglant au passage le statut du Kosovo.

Faire son mea culpa dans les Balkans

Ce petit coin du Sud-Est de l’Europe, paradisiaque avant 1991, est en effet l’endroit où la mission première de la construction européenne, la paix, et la maxime « Plus jamais çà » (né de l’horreur des camps de concentration) ont failli lourdement. Cette responsabilité, il faudra bien que l’Europe l’endosse un jour. Si les dirigeants européens ne peuvent être coupables des crimes contre l’humanité commis dans la région, n’en sont-ils pas moins exonérés de toute responsabilité ? En 1991, en croyant que des discours auraient raison de la haine, que des « gentils observateurs » stopperaient des mouvements armés, n’ont-ils pas un peu manqué au rendez-vous de l’histoire ? En reconnaissant, sans aucune concertation, les mouvements indépendantistes, voire approvisionnant en matériel, ou… en armes, les belligérants, certains pays européens n’ont-ils pas joué avec le feu ? Pourquoi les mouvements d’opposition démocratiques et pacifiques, isolés, n’ont-ils pas été encouragés ? Pourquoi ne pas avoir immédiatement déployer quelques forces d’interposition en Bosnie (comme les Américains l’ont fait en Macédoine) ? De nombreuses questions restent toujours sans réponse.

L’Europe doit faire cette introspection si elle veut réussir dans les Balkans. Plutôt qu’une disposition quelconque dans une future Constitution, c’est là le « vrai » test d’une Europe politique et militaire, crédible internationalement.

(Nicolas Gros-Verheyde)

Crédit photo : NGV – Prague Novembre 1989