Gyula…

(BRUXELLES2 Gyula Horn, l’homme est quasiment un inconnu dans le panthéon européen. Il vient de mourir à Budapest à 80 ans après une longue maladie. Et, cependant… Né en 1932, entré au ministère des affaires étrangères après la mise au pas de la révolution (*) en 1959, il franchit toutes les étapes et les évolutions idéologiques pour arriver en 1989, à être un des artisans de la suppression du Mur, de fils barbelés, qui sépare la frontière hongroise de la frontière autrichienne.

En mars 1989, le Premier ministre Nemeth évoque la question avec ses homologues soviétiques à Moscou. L’argumentaire est avant tout économique. La Hongrie a depuis 1988 largement assoupli son contrôle aux frontières, libéralisant pour les Hongrois d’aller à l’étranger comme pour les étrangers de venir en Hongrie. Et le mur, électronique et de barbelés, conçu 20 ans auparavant souffre de nombre de faiblesses. Selon les gardes-frontières, c’est même devenu une vraie passoire. Et il ne protège plus rien. Ou alors il faut investir pour le maintenir en état. Or, Budapest n’a pas un sou à consacrer à cet investissement qui est à l’envers de l’histoire et du mouvement de libéralisation et d’ouverture enclenché à Moscou depuis l’arrivée de Gorbatchev au pouvoir.

La réponse officielle de Premier soviétique aurait été : « faites ce que vous voulez, je n’y vois pas d’inconvénient ». Les Hongrois ne tardent pas. Ils savent que le contrordre peut facilement arriver. Début mai, les premiers éléments sont enlevés. Et quand Gyula Horn et son homologue autrichien Alois Mock arrivent pour la photo fin juin 1989, la difficulté est plutôt de trouver quelques fils barbelés à encore symboliquement couper. C’est cette ouverture qui permettra aux Allemands de l’est de parvenir en Autriche via la Tchécoslovaquie et la Hongrie… Le barbecue « saucisses bière » à Sopron près de la frontière autrichienne par le mouvement Pan-européen d’Otto de Habsbourg achève le mouvement, le 17 août suivant. La chute du mur de Berlin est programmée…

Revenu au pouvoir en 1994 à la faveur de la première alternance de la Hongrie démocratique, Gyula Horn oriente le pays vers l’économie de marché et l’adhésion à l’Union européenne comme à l’OTAN (effective en 1997). Il fait adopter également un programme d’austérité drastique qui sera très critiqué. En 1998, il laisse le pouvoir au « jeune » Viktor Orban à la tête des Fidesz (Alliance des jeunes démocrates).

(*) Des « hooligans réactionnaires » selon la terminologie soviétique de l’époque.

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen à l'université Paris I Pantheon Sorbonne. Journaliste professionnel depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir). Auditeur de la 65e session de l'IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale).