Il y a 20 ans, je n’étais pas à Berlin, mais à Prague

© NGV

Grâce à mes amis étudiants tchèques engagés dans le mouvement, je me retrouvais badgé en un rien de temps et une intervention, plus tard, dans l’amphi bondé de l’université de médecine, dans le genre « Y-a-t-il un médecin parlant français dans la salle ?« , je me retrouvais en compagnie de mon interprète improvisée, charmante au surcroit… Et nous voila partis, tous les deux, à la découverte de ce Prague fantastique qui hésitait encore entre la crainte de se retrouver en prison le lendemain et la joie de savourer cette liberté retrouvée.

La première halte notable fut le lendemain à la Laterna Magica, un des théâtres de la capitale tchèque, réquisitionné par les intellectuels et dirigeants du forum civique, sorte d’agora et d’agitation permanente intellectuelle. Ce soir-là, l’histoire était au rendez-vous. Un homme venu du bout de la scène est venu présenter un petit bout de papier à un des interlocuteurs assis à la table, celui-ci l’a lu, l’a passé un peu interloqué à son voisin, même scénario, celui-ci a pâli, l’a passé au suivant et ainsi de suite pour arriver – si mes souvenirs sont bons à Vaclav Havel qui a marqué un temps – la salle avait compris qu’il y avait un grain de sable… extraordinaire. En bon dramaturge, il a alors pris sa respiration, et annoncé la nouvelle en quelques mots : « le bureau politique du PC a démissionné« . Point besoin de comprendre le tchèque pour saisir qu’on avait passé une borne. Puis rien, un silence, une respiration dans la salle bondée, et un tonnerre d’applaudissements (y compris des journalistes), des embrassades. Et le soulagement…

Le régime avait commis l’irréparable d’une dictature : céder à la rue. Il faut dire que la veille, l’idéologue en chef du parti avait été convoqué à Moscou pour une « visite amicale ». Et sans doute un sévère remontage de bretelles pour lui expliquer que les temps avaient changé et que les fils barbelés étaient désormais coupés. Désormais, il n’y avait plus de doute, à Prague comme à Berlin quelques jours auparavant et Budapest trois mois avant, le velours avait triomphé du glaive. C’en était fini des années de chuchotement, de méfiance des voisins de café ou de faculté, d’uniformes à étoile rouge, de contrôle politique sur les médias, les universités, les usines… Le vent de l’histoire avait tourné ! A lire : petit papier pour KissFM sur l’atmosphère de l’époque – écrit sur le bord d’une table, et enregistré sous la table, pour se préserver du bruit…).

Lire également le reportage complet : (1989) Révolution douce en TchécoSlovaquie

 

(crédit photo : © NGV – manifestation d’étudiants à Prague)

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).