L’incurie libyenne, la passivité européenne. Le secrétaire général de l’ONU António Guterres dénonce

(B2) Dans son dernier rapport sur la situation en Libye et au large des côtes libyennes, le secrétaire général de l’ONU, António Guterres, ne mâche pas ses mots

António Guterres (crédit : ONU)

Les termes employés dans ce rapport de 17 pages publié le 5 septembre dernier sont particulièrement sévères à la fois pour les autorités libyennes, mais également pour les pays de la région, un peu trop laxistes avec les passeurs, et pour les autorités européennes par leurs entraves aux secours. Le propos se suffit à lui-même…

La Libye au banc des accusés

La protection des réfugiés déficiente

La Libye n’est toujours pas partie à la Convention de 1951 relative au statut des réfugiés. « Il est inquiétant de constater que toutes les entrées et tous les séjours ou départs irréguliers constituent toujours des infractions au regard du droit libyen et que les autorités ne reconnaissent pas pleinement le mandat du HCR en matière de protection internationale et de surveillance de l’application de celle-ci. »

La détention systématique en Libye est préoccupante

« Je demeure profondément préoccupé par les conditions dans lesquelles les personnes secourues et interceptées sont débarquées et systématiquement détenues. On peut se demander si ces faits respectent le droit international. Cette situation est intolérable. J’exhorte les autorités libyennes à s’acquitter des obligations qui leur incombent au regard du droit international et, ce faisant, à étudier en priorité les mesures susceptibles de remplacer les centres de détention. »

Le sort des migrants non enregistrés : des viols quasi systématiques

« Je suis très inquiet du sort des milliers de réfugiés et de migrants qui n’ont pas été placés dans des centres de détention officiels ; les informations les concernant sont peu nombreuses et l’accès est limité. L’intensité de la violence sexuelle […] durant la traversée de la Libye et notamment en détention, est intolérable. Il est urgent de s’attaquer à ce problème. »

La Libye n’est pas un pays sûr pour débarquer des rescapés

« Compte tenu de l’instabilité des conditions de sécurité et des risques particuliers en matière de protection dans le pays, liés notamment à la détention, la Libye ne remplit pas les conditions qui lui permettraient d’être considérée comme un lieu sûr ou comme un pays tiers sûr aux fins du débarquement après un sauvetage en mer. »

Les pays européens, aussi, mis en cause

L’obligation de faciliter les sauvetages

« J’exhorte tous les États Membres à conduire des opérations de recherche et sauvetage en Méditerranée ainsi qu’à les appuyer et à les faciliter, y compris lorsqu’elles sont menées par des navires non gouvernementaux ou marchands. »

Le travail des ONG contrecarré

« Les activités de recherche et de sauvetage menées par des navires d’ONG ont été fortement réduites, notamment en raison des contraintes d’ordre administratif et juridique imposées à ces navires concernant le débarquement des réfugiés et des migrants en Europe.  […] Personne ne devrait être contrecarré, poursuivi ou stigmatisé pour le fait de sauver des vies en mer. »

Le principe de non refoulement non respecté

« Je rappelle à tous les États Membres l’obligation qui leur est faite d’assurer le sauvetage de personnes en mer et leur transfert en lieu sûr dans le respect des droits de la personne, notamment pour ce qui est du principe du non-refoulement. »

Les pays voisins aussi responsables par un certain laxisme

« Les trafiquants d’êtres humains et les passeurs de migrants traversant la Libye dépendent de réseaux de personnes qui facilitent la logistique et l’organisation des déplacements dans les pays voisins et l’ensemble de la région. »

Des moyens aériens de Sophia complices des débarquements en Libye

Le secrétaire général dans son rapport met objectivement en cause la complicité des moyens aériens de l’opération Sophia. « Le HCR constate que nombre d’embarcations en détresse repérées par l’opération ont été débarquées en Libye, ce qui est en désaccord avec son avis consultatif sur la question. » NB : Quand on sait ce qui est mentionné plus haut, totalement connu des autorités européennes, on peut s’interroger sur la poursuite d’une telle politique, en contradiction flagrante avec les standards internationaux.

(NGV)


Des violations des droits humains en cascade

La Mission de l’ONU d’assistance à la Libye (MANUL) fait également état d’allégations crédibles et persistantes :

Des réfugiés et des migrants « seraient détenus à proximité d’installations militaires, d’armes et de munitions stockées dans des centres de détention. Certains d’entre eux étant contraints de fournir un soutien logistique aux groupes armés qui contrôlent ces centres ».

Les centres de détention, dont ceux de Khoms, Souk el-Khamis et Zaouiya, seraient devenus « des lieux propices à la traite des personnes, au trafic de migrants et potentiellement aux disparitions forcées ».

D’autres personnes ont « disparu après leur débarquement, dont certaines avaient été placées dans un centre de détention non officiel à Khoms ».

Depuis le début de l’offensive en Libye le 4 avril, « des centaines de personnes interceptées par les garde-côtes libyens auraient été envoyées dans des centres de détention administrés par le Service de la lutte contre l’immigration illégale, ainsi que dans des centres non officiels gérés par des milices ».

Quelque « 3500 réfugiés et migrants vivent dans des centres situés dans des zones d’affrontements ou dans lesquelles des affrontements sont imminents ».

Les demandes de recherche qui ont été adressées au Gouvernement d’entente nationale sont demeurées lettre morte.

Des violences sexuelles régulières, commises par des gardes libyens

Le risque de violence sexuelle est « extrêmement élevé dans les centres de détention libyens » pour les migrants et les réfugiés, les femmes et les filles aussi bien que les hommes et les garçons.

Près de la moitié des femmes et des enfants migrants « déclarent avoir subi des violences sexuelles durant leur transit ou leur séjour en Libye », selon l’UNICEF.

Les actes de violence sexuelle tels que le viol, qui est utilisé comme une forme de torture et entraîne parfois la mort, auxquels se livrent notamment les gardes du Service de la lutte contre l’immigration illégale et les groupes armés, comptent parmi les méthodes couramment utilisées pour soumettre et humilier les migrants dans ces centres, « et cela toujours en toute impunité ».

En général, « les femmes sont détenues dans des établissements où tous les gardiens sont des hommes, sont soumises à des fouilles à nu, parfois sous le regard d’autres gardiens, et n’ont jamais accès à des installations sanitaires préservant leur intimité ni à des services de santé sexuelle et procréative, notamment à des produits d’hygiène menstruelle et à des services destinés aux femmes enceintes ou allaitantes ».

Il s’est aussi « avéré que des femmes détenues se sont trouvées enceintes pendant leur captivité ».

Des violences qui s’étalent tout au long du voyage vers la Libye et à travers la Libye

Sur l’itinéraire qu’ils empruntent pour parvenir aux côtes libyennes, les réfugiés et les migrants disent avoir été « systématiquement retenus captifs dans des conditions abusives. Ils ont été affamés, violemment battus, brûlés avec des objets métalliques chauffés, électrocutés.

Les réfugiés et les migrants sont « fréquemment vendus d’un groupe criminel à un autre et tenus de payer plusieurs rançons avant d’être libérés ou emmenés dans des zones côtières pour attendre la traversée de la mer Méditerranée ».

Au cours de leur voyage depuis leur pays d’origine à travers le Sahel, « d’innombrables réfugiés et migrants ont perdu la vie en captivité après avoir été blessés par balle, torturés, affamés ou privés de soins médicaux ».

Méditerranée : combien de personnes ont été sauvées par les navires de Sophia ? par les garde-côtes libyens ?

(B2) Autrefois, jusqu’en 2017, le chiffre de personnes secourues figurait dans tous les communiqués, dossiers de presse et autres documents publics. Il était l’un des marqueurs de l’activité de l’opération européenne maritime en Méditerranée. Il est désormais effacé. Le sauvetage en mer des migrants et réfugiés n’a plus vraiment la côte en Italie, ni en Europe. L’opération Sophia, elle même, est plutôt mal vue du côté du nouveau pouvoir à Rome, les marins italiens étant réputés trop respectueux d’une certaine tradition maritime et peut-être tout simplement de certaines valeurs.

Combien de personnes ont été sauvées en mer ces derniers mois par les navires d’EUNAVFOR ?

Selon un dernier bilan dressé par l’opération de l’UE en Méditerranée centrale, que B2 a pu consulter, les navires de l’opération Sophia (EUNAVFOR MED) ont été impliqués dans 21 opérations de sauvetage (évènements SOLAS) permettant de secourir 2.292 personnes. Ce qui représente un rythme d’un peu plus de 300 personnes par mois et 9,6% du total des personnes sauvées en mer Méditerranée centrale, par les navires internationaux ou libyens.

Au total, 46.165 personnes ont été récupérées par les navires de l’opération EUNAVFOR Med / Sophia.

Sur la période d’octobre 2017 à juillet 2018, 4665 personnes ont été sauvées par les navires de l’opération sur un total de 29.785 personnes sauvées en mer par différents navires. Ce qui représente un taux de 15% de sauvetage assuré par les navires de l’opération militaire européenne et un rythme de 400 personnes par mois.

Entre juin 2015 et octobre 2017, environ 41.500 vies avaient été sauvées en mer, lors de 278 opérations de sauvetage. Ce qui représentait alors une moyenne de 1 500 personnes par mois.

L’activité des navires des ONG continue malgré tout

Selon l’opération, les navires des ONG mènent encore des opérations de recherche et de sauvetage en haute mer au large des côtes de l’Ouest de la Libye. Les sauvetages par des ONG représentent encore un tiers (34%) de toutes les personnes sauvées et emmenées en Italie au cours du premier semestre 2018. Mais la proportion se réduit par rapport aux périodes de référence précédentes. Et depuis le milieu de l’été, elle s’est raréfiée.

Quelle est l’activité des navires marchands ?

Le nombre de navires marchands participant à des opérations de sauvetage se maintient à un niveau relativement constant depuis 2015, selon l’Organisation Internationale des Migrations (OIM). En 2017, 119 navires ont participé au sauvetage de 11.350 migrants ou réfugiés. Dans les six premiers mois de 2018, ce nombre est tombé à 1329 personnes secourues.

Un taux de mortalité en nette augmentation

Si le nombre des arrivées en Italie a chuté de 80 % pendant les huit premiers mois de 2018, le taux de mortalité continue d’augmenter. Au total, entre le 1er janvier et le 27 août, 1103 personnes sont mortes sur la route de la Méditerranée centrale, essentiellement en provenance de Libye vers l’Italie. Soit un taux de mortalité de un mort pour 29 arrivants, contre un pour 41 personnes au cours de la même période en 2017, selon Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR).

La tendance observée en juin se confirme donc, et même s’aggrave, puisque depuis le dernier bilan (lire : Les flux migratoires baissent-ils ? Combien de personnes sont arrivées en Italie ou en Espagne ?) près de 500 personnes sont mortes. Soit une moyenne de 230 personnes par mois (sur les deux mois de l’été) à comparer à une moyenne de 105 morts par mois (sur les six premiers mois de l’année).

Les garde-côtes libyens sont-ils plus actifs ?

Oui. Durant les huit premiers mois de l’année 2018, les garde-côtes libyens, agents de la sécurité côtière, comme les pêcheurs, ont secouru ou intercepté près de 12.945 personnes, soit presque la moitié des personnes arrivées en Italie (source OIM et HCR).

Les conditions d’appréhension par les garde-côtes libyens sont-elles conformes ?

Les garde-côtes libyens « utilisent des armes à feu, recourent à la violence physique et profèrent des menaces pendant les opérations de recherche et de sauvetage dans les eaux libyennes et internationales », selon les témoignages recueillis par la Mission d’appui des Nations Unies en Libye (MANUL) et le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’Homme (HCDH). Une fois arrivés à terre, ce n’est pas mieux. Les personnes interceptées et ramenées en Libye sont « automatiquement mis aux arrêts, sans les garanties de procédure et font l’objet de graves atteintes à leurs droits fondamentaux ».

Combien de personnes sont dans les centres de détention libyens ?

Environ 8000 personnes sont détenues dans les centres gérés par la direction libyenne de lutte contre l’immigration illégale. Ces centres de détention ne sont pas gérés conformément au droit libyen ou aux normes internationales. Les conditions de détention y « sont déplorables » que ce soit pour l’hébergement, la nourriture et l’hygiène, selon le HCR. Et elles « risquent de se dégrader encore du fait de la forte surpopulation liée à l’augmentation du nombre de personnes interceptées, secourues et débarquées en Libye ». Il est « souvent fait état d’actes de torture et d’autres mauvais traitements, de violence sexuelle et sexiste, de travail forcé et d’exploitation » attribués aux gardes. Les femmes ne sont pas surveillées par des gardiennes et les enfants non accompagnés sont détenus avec les adultes. Ce qui autorise tous les dérapages. « Les organisations internationales n’ont véritablement accès à ces centres que de manière ponctuelle et souvent difficilement. » Avec l’interception croissante par les garde-côtes libyens, la pression sur ces centres pourrait augmenter.

Combien de personnes sont prêtes au départ ?

Le chiffre est difficile à évaluer. Il existe des évaluations. Selon l’ONU, on estime à plus de 680.000 personnes migrants, déplacés ou réfugiés, qui résident dans le pays sans être, officiellement, en détention. L’OIM décompte elle 180.000 déplacés internes et 372.000 personnes retournées en Libye. Et le HCR a enregistré 53.000 réfugiés et demandeurs d’asile.

(Nicolas Gros-Verheyde)

Lire aussi : Les flux migratoires baissent-ils ? Combien de personnes sont arrivées en Italie ou en Espagne ?

L’affaire du Diciotti, les garde-côtes italiens pris en otage

(B2) Le navire des garde-côtes italien, le Diciotti, a été pendant dix jours au cœur du bras de fer, fin août 2018, entre le gouvernement italien et l’Europe sur la prise en charge des migrants rescapés en Méditerranée

(crédit : garde-côtes italiens)

Sauvetage au large de la Libye

L’affaire commence dans la nuit du mercredi à jeudi 16 août. Le Diciotti (CP 941) est appelé pour un navire en difficulté. La bateau qui provient de Libye est en panne moteur et l’eau commence à s’infiltrer à bord, à 16 ou 17 miles nautiques au large de l’île de Lampedusa. Les garde-côtes récupèrent, 190 migrants, essentiellement des Somaliens et des Érythréens. Les secours sont coordonnés par l’autorité maltaise de secours, le bateau de migrants se situant en partie dans cette zone.

Malte mis en cause par Rome se défend

Le ministre de l’Intérieur, Matteo Salvini (Ligue du Nord), estime que les Maltais sont en cause, les accusant de ne pas avoir mené les opérations de secours et même d’avoir avec un de leurs patrouilleurs (le P-52) accompagné le bateau des migrants vers la zone italienne de SAR (recherche et secours en mer). Mais Malte refuse le débarquement. « Le port sûr le plus proche est celui de Lampedusa », explique le ministre de l’Intérieur Michael Farrugia dans un communiqué.

. Le bateau avait jusqu’alors « navigué sans donner des signes de difficulté et a refusé toute aide indiquant vouloir se rendre en Italie ». Le ministre menace aussitôt de les renvoyer en Libye si l’Europe ne fait pas un geste. Une décision qui a une visée multiple (cf. encadré).

Accostage en Sicile

Le ministre italien des Transports, Danilo Toninelli (qui appartient au mouvement 5 étoiles), autorise dimanche (19 août) l’entrée du Diciotti dans le port de Catane, en Sicile. Mais sans pouvoir débarquer les migrants. Le navire amarre au port lundi (20 août).

17 personnes – onze femmes et six hommes – (dont 13 avaient déjà été évacuées) sont autorisées à débarquer pour des raisons de santé, ainsi que 27 mineurs non accompagnés. Mais pas les autres, qui restent confinés à bord.

Sauve qui peut européen

Rien ne bouge de la semaine, jusqu’à la réunion à la Commission européenne, vendredi (24 août). Mais elle n’aboutit pas à une solution de répartition (lire : Migration en Méditerranée. Une réunion informelle sans succès tangible). Contrairement à ce qui avait été le cas pour le Lifeline en juin (Lire : Ce que l’Italie, Malte et la France reprochent au Lifeline) et l’Aquarius mi août (lire: L’Aquarius accueilli à Malte et Entre Paris et Rome, une comédie en cinq actes sur fond de tragédie).

Condamnation internationale… 

Samedi 25 août. Le Haut commissaire aux réfugiés, Filippo Grandi, appelle « fortement » l’Italie et l’UE à « permettre le débarquement » des personnes restées à bord et « pour qu’ils offrent d’urgence des places de réinstallation ».

… et procédure judiciaire

Samedi (25 août). Le procureur d’Agrigente (Sicile) ouvre une enquête pour « séquestration, arrestations illégales et abus de pouvoir », visant le ministre de l’Intérieur, Matteo Salvini, selon les médias italiens. C’est le temps pour Salvini de fermer la parenthèse de l’incident après que le gouvernement italien ait menacé l’Europede ne plus s’acquitter de sa contribution au budget européen.

Sortie de secours

L’Albanie – qui n’appartient pourtant pas à l’Union européenne -, puis l’Irlande — membre de l’UE —, annoncent samedi (25 août) qu’elles veulent bien accueillir l’une 20 personnes, l’autre entre 20 et 25 personnes. L’Église italienne décide aussi d’ouvrir ses portes et accueillir une bonne centaine des rescapés du Diciotti (1).

L’épilogue

Dans la nuit de samedi à dimanche (26 août), les quelques 137 personnes réfugiées et migrants, restés à bord, quittent le navire, un par un. Quatre d’entre eux – trois Égyptiens et un Bangladesh – sont arrêtés, considérés par la police comme des passeurs selon le quotidien Repubblica. Ils sont accusés d’association criminelle visant à la traite de personnes, facilitant l’immigration illégale, la violence sexuelle et l’obtention illégale. Les 43 membres de l’équipage qui ont partagé durant plusieurs jours la vie des personnes secourues sont libérées de leur tâche.

La nécessité d’avoir une solution structurelle

L’heure est à la leçon politique : le commissaire européen chargé des Migrations, Dimitris Avramopoulos, remercie « la solidarité par-delà les frontières et les communautés », mais « nous ne pouvons pas toujours attendre ce genre de solidarité basée sur la bonne volonté. Nous devons avoir des mesures structurelles », insiste-t-il.

(Emmanuelle Stroesser)

(1) Ils ont été accueillis mardi soir à Rocca di Papa, dans un centre géré par l’Église italienne (près de Rome)


Un message à visée intérieure et extérieure

Le ministre de l’intérieur italien issu de la Ligue du Nord (droite nationale) a une logique qu’il suit, imperturbable :

  1. ne plus accepter de migrants venant de Libye, du moins de façon automatique ;
  2. envoyer un signal par-delà les mers que l’Italie n’est plus une terre d’accueil ;
  3. rassurer son électorat en tenant ses promesses de campagne ;
  4. forcer ses partenaires européens à accepter une répartition plus égalitaire des arrivées en Italie qu’ils ne l’ont fait jusqu’à là.

(NGV)


Lire aussi :

CasquetteRefugieCampDadaab05772

Plus d’un demi-million de réfugiés au Kenya. De l’hospitalité à l’enfermement

CasquetteRefugieCampDadaab05772(BRUXELLES2) Le Kenya accueille plus d’un demi million de réfugiés. Exactement 593.881 fin 2015, selon le Haut commissariat aux réfugiés (HCR).

Un examen de groupe ou individuel

Au Kenya, les Sud soudanais bénéficient du « prima facie », un droit d’asile de groupe. Dès lors que la personne est enregistrée, elle est considérée comme réfugiée. Cela a été étendu aux Somaliens du centre et du sud. Pour tous les autres, l’octroi du statut de réfugié est étudié de façon individuelle. 

Prochains rendez-vous … en 2018

Environ 20.000 personnes (Ethiopiens, Erythréens, Burundais) sont demandeurs d’asile, en attente d’une décision qui peut être très longue. Aujourd’hui, certains rendez-vous ne seront pas donnés avant 2018 ! L’explication est administrative. Pendant des années, le Haut commissariat aux réfugiés a instruit ces demandes pour le compte de l’état kenyan. Une tâche qu’il a continué d’assumer tout en organisant la transition. Il a formé des agents de l’État afin que ce dernier reprenne cette activité et redevienne maitre des décisions. 

Un processus mixte : gouvernemental / HCR

Depuis juillet 2014, la décision finale d’accorder ou non l’asile revient au commissaire du département des réfugiés. Le processus reste conjoint : un agent du HCR ou du gouvernement reçoit le demandeur d’asile. Puis le cas est révisé par le HCR avant une discussion conjointe HCR/département des affaires des réfugiés, précédent l’accord et la signature du commissaire. Tous les réfugiés reconnus depuis cette date ont donc un document officiel kenyan. Une carte d’identification délivrée par les autorités. Là où cela se complique, c’est que cette carte n’est pas encore connue de tous les agents de l’État, et notamment des policiers, qui ont vite fait de croire parfois qu’il s’agit d’un faux.

Campement policy

Depuis 2013, le gouvernement kenyan a durci sa politique. Le contrecoup de la dégradation des conditions de sécurité depuis que les forces kenyanes interviennent en Somalie. Et des premiers attentats revendiqués par le groupe terroriste Al Shabbab sur le territoire kényan, comme l’attentat du centre commercial de Nairobi (68 morts) en septembre 2013. La politique officielle est depuis lors celle du « campement policy » pour les réfugiés. Autrement dit, les réfugiés doivent vivre en camp, et nulle par ailleurs. Résider hors d’un camp est un délit.

En mars 2014, cette politique est réaffirmée avec la désignation, au journal officiel, des deux camps de Dadaab et Kakuma comme lieux de résidences obligatoires. L’enregistrement des demandeurs d’asile est désormais interdit dans les villes. 

Le « coup de balai pour rétablir l’ordre »

En avril 2014, les Somaliens sont les premiers visés par des opérations de sécurité visant à juguler criminalité et terrorisme. Plus crûment, le ministre de l’Intérieur parle d’un « bon coup de balai pour rétablir l’ordre ». Les interpellations se comptent par milliers, ciblant le quartier rebaptisé petit Mogadiscio de Nairobi. Les personnes sont regroupées dans un stade le temps de vérifier leurs papiers. Tout réfugié est renvoyé dans un camp (dont beaucoup reviendront plus tard). Le HCR n’obtient pas d’accéder au stade, malgré les demandes répétées.

Vives critiques des ONG

Cette politique radicale de chasse aux réfugiés provoque de vives critiques d’ONG mais aussi d’autorités judiciaires, dénonçant les atteintes aux droits fondamentaux, à la libre circulation et les exactions des forces de police. L’opinion publique, au départ très favorable, a commencé à douter et contester ces pratiques à mesure que les réseaux sociaux ont joué un travail d’information. L’opération est suspendue en juillet 2014.

Le HCR estime entre 6000 et 8000 le nombre de réfugiés « relocalisés de force » vers les camps de Kakuma ou Dadaab. Sans ménagement ni considération des liens familiaux pouvant expliquer la présence sur Nairobi, ni prendre garde de ne pas séparer des familles… Les ONG et le HCR ont du ainsi prendre en charge près de 300 enfants séparés de leur mère à Nairobi, précise Catherine Hamon Sharpe, adjointe au représentant du HCR au Kenya, en charge de la protection des personnes.

Aucun des Somaliens arrêté n’a été traduit en justice pour opération de terrorisme. Environ 350 somaliens seront expulsés en avion direction Mogadiscio. Des Congolais auraient également été expulsés mais sans que cette information n’ait pu être vérifiée, ni qu’aucun chiffre officiel n’ait été donné.

Le camp de Dadaab en sursis diplomatique

Le ton se durcit de nouveau au printemps 2015, suite à l’attaque du campus de l’Université de Garissa (148 morts). C’est le comté… du camp de Dadaab. Les rapprochements sont vite faits entre terroristes, Somaliens et réfugiés. Le vice président du Kenya somme le HCR de fermer le camp de Dadaab, accusé de servir d’abris aux terroristes. Les enquêtes criminelles démentent les soupçons. Mais le doute reste profond dans l’opinion publique.

Un soutien renforcé humanitaire et de sécurité

Les réactions internationales temporiseront la sommation qui n’a jamais été officiellement formulée. Certains analysent cette menace comme un moyen de rappeler la communauté internationale à ses engagements. Cela se traduira notamment par un soutien renforcé des Américains en matière de politique de renseignement, la relance du programme de rapatriement des réfugiés ou encore l’implication de la communauté internationale en Somalie pour renforcer la sécurité et le développement du pays en services de base. 

Des camps qui restent surpeuplés malgré tout

Le camp de Kakuma conçu pour 125.000 réfugiés en héberge 183.000. Près de 47.000 réfugiés du sud soudan ont rejoint le camp depuis que le conflit au Sud Soudan a repris en 2013. Beaucoup d’enfants seuls.

Les autorités locales (depuis deux ans, des compétences ont été décentralisées aux comtés) ont donné leur aval pour la mise à disposition de terrains par des communautés locales. Un nouveau camp pourrait être conçu sur un modèle plus ouvert sur l’extérieur, permettant des échanges entre les réfugiés et les communautés locales, souvent tout aussi pauvres si ce n’est plus. Le HCR compte sur le résultat d’une étude aux mains de la Banque mondiale pour démontrer l’impact économique que peut avoir un camp de réfugiés intégré à son environnement.

(Emmanuelle Stroesser)


La très grande majorité vivent dans les camps gérés par le HCR.

  • 184 550 dans celui de Kakuma, au nord, près de la frontière soudanaise ; 
  • 347 980 à l’est, dans celui de Dadaab. La proximité de la frontière somalienne (deux heures de route), fait que la population du camp de Dadaab est à plus de 90% somalienne. Les somaliens ne sont qu’un tiers des réfugiés du camp de Kakuma, aux côtés de sud soudanais et soudanais, éthiopiens, RDCongo, etc.
  • Plus de 60 000 (61 351) vivent selon le HCR dans la capitale, Nairobi.

 

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Au camp de Dadaab (Kenya), près de 350.000 réfugiés sous perfusion humanitaire

CampDadaabGrillage5779(BRUXELLES2) Paradis pour touristes occidentaux et asiatiques venant fouler les plages de sable blanc de Lamu, toucher la neige du Mont Kenya ou s’aventurer dans les réserves et parcs animaliers ou en partance vers Zanzibar, le Kenya est aussi, pour près d’un demi million de personnes, un pays refuge de la Corne de l’Afrique. C’est ici que le commissaire européen à l’action humanitaire, Christos Stylianides, s’est rendu il y a quelques jours. B2 y était…

Dans le comté de Garissa, à l’est du Kenya, en zone aride où la terre rouge vole au moindre pas, s’étale le plus grand camp de réfugiés du monde, Dadaab. Fin janvier, il accueillait près de 350.000 réfugiés. Le flux d’entrées s’est calmé en 2015 tandis que depuis un an un programme accompagne les retours vers la Somalie (lire : Camp de Dadaab. En partance vers le retour en Somalie).

Un complexe de 5 camps

Plutôt que de camp, il faut parler de complexe. Dadaab est composé de 5 camps. Ifo, le plus ancien, a été ouvert en 1991 par le Haut commissariat aux réfugiés, à la demande du gouvernement Kenyan pour répondre à la fuite de milliers de somaliens traversant la frontière à deux heures de route de là. C’était le début de la guerre civile somalienne. Ont suivi Dagahaley et Hagadera en 1992, puis Ifo 2 et Kambioos, plus récemment, en 2011, pour décongestionner les camps plus anciens face au nouvel afflux de réfugiés somaliens. Plus de neuf réfugiés sur dix sont Somaliens.

CampNagaderaPanneauAccueil5762Zoom sur le plus grand de ces camps : Hagadera

Le camp de Hagadera est le plus grand. 8,7 km2. 106.765 personnes y vivent, parfois depuis des générations. C’est là que le commissaire européen à l’action humanitaire et la gestion de crise s’est rendu le 20 janvier. Des écoles aux help desk (lieux d’information), en passant par la distribution alimentaire, le centre pédiatrique, la maternité, l’hôpital, le centre de traitement du choléra, un forage alimenté par des panneaux solaires, le commissaire a pu se rendre compte du « bon usage » des fonds européens. Si les infrastructures feraient pâlir d’envie des réfugiés vivant dans des conditions bien plus misérables dans les pays voisins, Dadaab reste un camp où les gens sont totalement dépendant de l’aide humanitaire de la communauté internationale. La faute à une situation qui en Somalie ne s’est pas améliorée, aux catastrophes climatiques qui ont ajouté de la misère aux violences dans la Corne de l’Afrique.

Dépendance humanitaire

Les humanitaires n’ont pas relâché leurs interventions, le commissaire a d’ailleurs confirmé que l’Union européenne continuerait d’apporter son soutien financier. Près de 17 organisations interviennent à Hagadera. L’aide alimentaire est principalement assurée par le Programme alimentaire mondial. Le International Rescue committee (IRC) assure des soins de santé, l’accès à l’eau potable. Le Haut commissariat aux réfugiés coordonne l’intervention de ces acteurs. Sans eux, « tout s’arrête ». Les réfugiés n’ont pas vraiment le droit de travailler. Ni d’autres ressources que celles que leurs familles peuvent leur envoyer.

Une durée qui met à épreuve les donateurs

La longévité de ce camp met à l’épreuve les donateurs. Les organisations des Nations Unies et les ONG doivent faire face à une réduction de leurs crédits. La répercussion est directe sur l’aide apportée aux réfugiés et les conditions de vie qui restent en dehors des standards humanitaires. Le programme alimentaire mondial a dû réduire ses portions alimentaires d’un tiers l’an dernier. Elles ont été rétablies depuis suite à un nouvel appel aux donateurs, mais avec prudence. Seuls les petits ménages ont récupéré 100% des rations. Les autres ménages (moyens et grands) doivent se contenter de rations réduites à 85 ou 70%. Les latrines ne sont pas en nombre suffisant ni les points d’eau (chaque point est partagé par 123 personnes quand le standard est de 80 personnes). Les 4 cliniques et un hôpital soignent en moyenne 454 personnes par jour selon le HCR. Le dispositif de santé est lui aussi en dessous des standards.

L’éducation : prioritaire

S’agissant de l’éducation, une priorité du commissaire européen Christos Stylianides (lire article à paraitre), Hagadera compte 7 écoles primaires, deux secondaires, un centre d’alphabétisation pour adultes, un centre de formation professionnelle et un centre de formation aux technologies de l’information et de la communication (TIC), une appellation pompeuse pour une salle de classe dotée d’ordinateurs, mais où internet n’arrive pas encore. Quand les standards sont de 40 écoliers par classe, ici, la jauge grimpe entre 100 et 120. De même, à peine un tiers des enfants sont scolarisés, le taux dégringole à 15% pour les secondaires. Comme le commissaire l’a relevé, le nombre de filles scolarisées est bien inférieur à celui des garçons. En témoignant ces trois rangées de garçon, contre une rangée de filles, réunis sous un chapiteau étouffant pour accueillir le commissaire. Certains arrivent malgré tout à poursuivre leurs études, rejoindre l’université. A peine quelques uns.

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Vulnérabilité accrue aux épidémies

La progression de l’épidémie de Choléra qui a atteint Dadaab le 18 novembre 2015 témoigne de la grande précarité des conditions de vie. Le comté de Garissa où est établi le camp est le 22è comté Kenyan à avoir été touché par l’épidémie qui s’est déclarée dans le pays en décembre 2014. L’impact a été ici fulgurant. Entre novembre 2015 et janvier 2016, près de 1500 personnes ont été contaminées, 11 décédées, une majorité d’enfants. Lors de la précédente épidémie de Choléra au camp, en 2011, 1245 personnes avaient été touchées en cinq mois, le temps que l’épidémie soit stoppée.

L’insécurité latente

L’insécurité est une autre plaie de Dadaab. Plusieurs humanitaires l’ont payé de leur vie. La visite du commissaire se faisait d’ailleurs sous bonne garde. Notamment celle des policiers en charge de la sécurité du camp (75 officiers répartis dans trois postes). L’immensité du site est en cause. Dans certains endroits, personne ne se rend depuis bien longtemps. Les services sont regroupés dans des blocs, souvent protégés de portail, de barbelés. A l’extérieur, là où les ilots d’habitation s’éparpillent sur des km2, « on ne sait pas ce qu’il s’y passe ».

Banditisme et prostitution

Au-delà du terrorisme (voir article sur les réfugiés au Kenya), c’est surtout de banditisme et de criminalité ordinaire dont souffre le camp. La prostitution en échange de nourriture est une réalité. Sur une affiche, un slogan explique d’ailleurs aux jeunes femmes que leurs corps n’est pas une monnaie d’échange. « Mais quand il faut nourrir la famille, certaines n’ont pas d’autre choix », réagit une humanitaire.

Le besoin d’un nouveau modèle

Quand les premiers camps ont été créés pour porter assistance à la population réfugiée, l’approche était que : « cela ne durerait pas ». Cela dure pourtant depuis 25 ans. Tous les mécanismes mis en place l’ont été sur le principe d’un départ « demain ». Comme le résume Raouf Mazou, représentant du HCR au Kenya, l’action humanitaire « n’y est plus soutenable ». Jean-Marc Jouineau, du bureau de l’office européen d’aide humanitaire (ECHO) de Nairobi, renchérit : « être ici depuis 25 ans est une anomalie, pour autant il n’est pas question de partir, mais de trouver autre chose ».

Une interrogation

La durée de ce camp oblige les humanitaires à au moins s’interroger sur leur intervention, et à imaginer de nouvelles réponses. L’urgence est aussi financière. C’est notamment ce qui a conduit le Programme alimentaire mondial à introduire des bons d’achat virtuel  sous forme de monnaie électronique. L’enjeu est à la fois de diversifier l’alimentation des réfugiés, réduire le marché noir des rations distribuées, et de soutenir l’économie locale.

Développer l’économie informelle

« Il y a une économie informelle ici, rendons la formelle. Favorisons le développement. Cela ne veut pas dire que l’on maintiendra davantage les gens ici, au moins on perdra moins d’énergie, on laissera moins les gens s’enfermer dans la dépendance, et les inégalités se creuser avec les populations locales » conclut Raouf Mazou. Un projet est à l’étude par le HCR, il pourrait voir le jour dans l’autre camp de réfugiés de Kakuma, au nord du pays, dans la région du Turkana. Un projet suivi de près par l’Office européen d’aide humanitaire.

(Emmanuelle Stroesser)

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Navire de migrants intercepté par la Garde côtière en Novembre 2009 (Crédit : UNHCR/A. Rodríguez)

Réfugiés. La Commission avertit la Bulgarie : le refoulement n’est pas admis

Navire de migrants intercepté par la Garde côtière en Novembre 2009 (Crédit : UNHCR/A. Rodríguez)

Navire de migrants intercepté par la Garde côtière en Novembre 2009 (Crédit : UNHCR/A. Rodríguez)

(BRUXELLES2) « Le refoulement des réfugiés n’est tout simplement pas admis ni conformément aux obligations de l’UE ni aux obligations internationales » a assuré Michele Cercone, le porte-parole de la Commission européenne , ce mardi (19 novembre), en réponse à des questions de confrères lors du briefing de midi. Les Etats membres ne devraient pas procéder à de tels refoulements. « Il appartient aux Etats membres de décider des mesures qu’ils prennent pour garder leurs frontières et c’est leurs choix » a-t-il précisé avant d’ajouter. « Nous avons toujours dit que les murs ne règlent aucun problème. Ce qui règle les problèmes, c’est une gestion cohérente et structurée des flux migratoires et des flux de demandeurs d’asile. » « Quiconque arrive sur le territoire européen, ne doit pas être refoulé, ne doit pas se voir refuser cette possibilité. C’est une obligation qui dérive de la Convention internationale, mais qui se fonde aussi sur les valeurs de l’Union européenne. » Un avertissement qui vise, sans les nommer, la Bulgarie notamment mais aussi la Grèce.

Lire : Réfugiés syriens. Le HCR condamne les dérapages et demande un moratoire des expulsions

En Bulgarie et en Grèce surtout mais aussi à Chypre, les dérapages se multiplient sur l'application de la convention internationale de protection des Réfugiés (crédit : HCR)

Réfugiés syriens. Le HCR condamne les dérapages et demande un moratoire des expulsions

En Bulgarie et en Grèce surtout mais aussi à Chypre, les dérapages se multiplient sur l'application de la convention internationale de protection des Réfugiés (crédit : HCR)

En Bulgarie et en Grèce surtout mais aussi à Chypre, les dérapages se multiplient sur l’application de la convention internationale de protection des Réfugiés (crédit : HCR)

(BRUXELLES2) L’établissement d’un mure de barbelés inquiète au plus haut point le Haut commissariat des Nations-Unies pour les réfugiés (HCR). Celui-ci a exprimé très officiellement vendredi sa « profonde préoccupation » après avoir reçu des informations faisant état de certains pays de l’UE plaçant des barrières pour l’entrée ou mettant en œuvre des mesures de retour forcé pour des demandeurs d’asile, y compris des personnes ayant fui le conflit en Syrie. « Le HCR appelle tous les pays à travers le monde ainsi que l’Union européenne à se détourner de la protection des frontières au bénéfice de la protection des personnes », indique son porte-parole, Adrian Edwards. « Le HCR appelle les Etats à faire cesser immédiatement des pratiques ou des procédures visant à empêcher des demandeurs d’asile à accéder à des territoires. Les retours forcés et l’interdiction d’entrée peuvent placer les demandeurs d’asile face à de nouvelles menaces et les exposer à des traumatismes supplémentaires », a-t-il ajouté.

Réfugiés refoulés, emprisonnés…

C’est en Bulgarie où l’inquiétude de l’organisation internationale est la plus forte. Selon la presse, la Bulgarie a refoulé 100 migrants à la frontière durant le week-end et a déployé environ 1 200 policiers dans la région frontalière. Et il construit un mur de barbelés le long de la frontière. « Placer des barrières, comme des clôtures et d’autres méthodes dissuasives, pourrait pousser des personnes à mettre en œuvre des tentatives encore plus périlleuses pour traverser les frontières et des réfugiés aux mains et à la merci de passeurs », souligne Adrian Edwards.

Le HCR est également préoccupé par des informations similaires faisant état de demandeurs d’asile refoulés depuis la Grèce vers la Turquie. Il a demandé aux autorités grecques de mener une enquête concernant le sort de 150 réfugiés syriens, y compris de nombreuses familles avec des enfants, qui se seraient vus refuser l’entrée à Evros le 12 novembre. A Chypre, le HCR a reçu des informations de la part de Syriens arrivés clandestinement par bateau dans le nord du pays et qui ont été refoulés vers la Turquie après un bref passage en détention. Dans le sud du pays, les Syriens rencontrent de plus en plus de difficultés par rapport à la réception et à l’assistance.

NB : La Commission réfute. interrogée jeudi, par nos soins, la Commission européenne affirmait ne pas être au courant de telles pratiques d’expulsion ou de détention par les autorités bulgares. C’est dans ce pays que se concentre les plus grandes inquiétudes. Le gouvernement prépare une loi sur l’asile et les réfugiés particulièrement restrictive : obligation de fournir une caution avec un engagement de ne pas violer l’ordre public, obligation de se présenter régulièrement, toutes les deux semaines, devant les autorités, pas de changement de résidence sans autorisation, et mise en place de centres de rétention « fermés » pour les immigrés qui pourrait « menacer la sécurité nationale ». Toutes dispositions qui ne semblent pas vraiment en ligne avec la réglementation européenne et internationale, selon nous.

Un moratoire sur le retour forcé

Le HCR appelle à la « mise en œuvre d’un moratoire général afin qu’il n’y ait plus aucun retour forcé de Syriens vers des pays voisins de la Syrie ». Ceci représenterait un « geste concret de solidarité envers ces pays » qui hébergent actuellement plus de 2,2 millions de réfugiés. Les Etats de l’UE comprenant des frontières extérieures « ne peuvent pas être délaissés (et) porter toute la charge liée à cet afflux. Le partage de responsabilité dans l’UE doit se démontrer via une mobilité intra-UE et une ouverture plus grandes » souligne l’organisation.

Un peu plus de solidarité entre pays européens

Le HCR préconise ainsi « des mécanismes pour une distribution équitable au sein de l’UE des personnes reconnues en tant que réfugiés ou bénéficiaires d’une protection temporaire ». Il demande la création d’un « centre de transit pour les personnes évacuées » avec « des efforts pour la réinstallation (qui) pourraient être menés à la fois depuis des pays européens et des pays non-européens ». Enfin, il appelle à l’application de tous les critères fixés par le règlement « Dublin », notamment ceux « portant sur le regroupement familial ».

A suivre sur Le Club : les trois options à l’étude face à la demande italienne d’une opération PSDC en Méditerranée

L’Europe double son aide humanitaire en Syrie. Situation critique

(BRUXELLES2) L’aide humanitaire à la Syrie sera doublée, a annoncé la Commission européenne jeudi (28 juillet). dans le but de répondre aux premières nécessités de la population syrienne : + 20 millions d’euros. « C’est l’expression la plus concrète de notre solidarité envers le peuple syrien» explique la commissaire chargée de l’aide humanitaire et de la protection civile, la bulgare Kristalina Georgieva. Depuis le début du conflit, 63 millions ont été versés.

Une présence européenne limitée à Damas

Un seul responsable humanitaire européen est, pour l’instant, en poste à Damas. Et l’UE cherche tant bien que mal à en envoyer davantage. Mais elle semble se heurter à un veto du gouvernement. Cinq ambassades européennes sont également encore ouvertes, et elle l’ont été tout au long de ce week-end lors des affrontements dans Damas. Il resterait aussi, selon la Commission, entre 20 000 et 35 000 détenteurs de passeport européens sur le sol syrien, dont un certain nombre d’entre eux possèdent la double nationalité. Mais recenser les différents citoyens européens encore sur place reste un travail « difficile », reconnait-on à la Commission.

Une Protection de la Croix Rouge et une ouverture des frontières aux autres ONG

L’aide européenne est aujourd’hui transférée vers les organisations humanitaires, majoritairement le Comité International de la Croix Rouge, et l’Agence des Nations Unis pour les Réfugiés (UNHCR) qui sont les mieux à même de l’apporter là où elle est nécessaire. Et c’est là où le bât blesse, ces organisations manquent elles-mêmes de protection. l’Union Européenne, à travers Mme Georgieva, appelle «tous les acteurs à protéger les civils, y compris les employés humanitaires. Les tirs sur les ambulances et le ciblage des employés humanitaires doivent cesser». Assistance d’autant plus nécessaire que pour les blessés, faire appel aux infrastructures étatiques consiste à prendre un risque.

La situation des déplacés et réfugiés difficile…

On estime à 1,5 millions de personnes, tant à l’intérieur du pays que dans les camps de réfugiés des pays limitrophes, qui sont en situation plus que précaire. Autre préoccupation, les conditions dans les camps de réfugiés aux frontières. La situation des réfugiés irakiens (environ 87 000) et palestiniens (500 000) présents sur le sol syrien est également une source d’inquiétude, premiers touchés par l’inflation et les manquements en biens de première nécessité. La Commission a décidé d’allouer une nouvelle somme de 2 millions d’euros pour soutenir la communauté irakienne. Même si la Turquie – qui a décidé d’interdire, mercredi, l’entrée de ses ressortissants en Syrie pour des raisons de sécurité -, a assuré qu’elle laissera encore passer les Syriens fuyant les violences.

23 millions d’Euros pour la Syrie. L’Europe débloque une aide humanitaire d’urgence

Convoi du CICR en route vers Homs, février 2012 (crédit : CICR / SARC / I. Malla)

(BRUXELLES2) La Commission Européenne a en effet adopté, aujourd’hui (vendredi 8 juin), une décision permettant de débloquer une aide humanitaire de 23 millions d’euros « spéciale » pour venir en aide à la population syrienne. Objectif : assurer « une réponse simple et rapide aux besoins les plus urgents de la population syrienne et des réfugiés syriens », comme l’a détaillé à la presse la commissaire en charge de l’aide humanitaire, Kristalina Georgieva.

Répondre aux besoins les plus urgents

« Les produits de base sont chers et l’accès aux services fondamentaux comme l’éducation et la santé devient de plus en plus difficile » commente-t-elle. Les fonds concernés par cette « mesure spéciale » devront donc concerner ces produits et services. Le soutien aux médias, aux activités culturelles et à la société civiles figure également parmi les domaines ciblés.

Le problème de l’accès au terrain

Les fonds seront dirigés vers les organisations déjà sur le terrain et qui « ont accès aux populations les plus vulnérables », comme le Comité International de la Croix Rouge (CICR) en Syrie, ou le Haut Commissariat de l’ONU (UNHCR) pour les réfugiés dans les pays voisins. Selon les dernières estimations de l’ONU, environ 1 million de personnes auraient été déplacées par ce qu’il faut bien appeler un conflit armé, dont plus de 40 000 réfugiés. Si plus de 2000 acteurs humanitaires sont présents en Syrie, ils sont la plupart du temps, à l’exception de la Croix-Rouge, empêchés d’accéder aux régions les populations les plus vulnérables. Il faut donc verser les fonds à des organisations considérées comme neutres par le régime de Bachir El Assad.

Qu’en est-il de l’option militaire pour assurer la sécurité de l’approvisionnement ?

La communauté humanitaire voit cela comme une solution « en dernier recours », « seulement lorsqu’il n’y a pas d’autre accès possible » a expliqué Kristalina Georgieva. Elle évoque les exemples de la Libye ou d’Haïti où c’était nécessaire et où « il a fallu en venir là. »

Le HCR appelle l’Europe à améliorer l’aide aux réfugiés libyens en mer

(BRUXELLES2) C’est un « appel urgent » du Haut commissariat pour les réfugiés de l’ONU. La porte-parole du HCR, Melissa Fleming, a lancé un « appel aux nations européennes pour leur demander d’améliorer d’urgence les mécanismes de sauvetage en mer. Nous lançons aussi un appel aux capitaines de navire pour qu’ils aient une vigilance accrue et continuent d’agir selon la règle traditionnelle d’aide aux personnes en détresse en mer ».

Cet appel survient alors que plusieurs témoignages font écho de naufrages de bateaux en Méditerranée. Des réfugiés arrivés à Lampedusa ont signalé le naufrage d’un bateau, celui-ci « avait à son bord 600 personnes et n’a pas été retrouvé alors qu’il a quitté Tripoli vendredi dernier » a expliqué Flemming. Tandis qu’un autre témoignage, celui d’« un haut diplomate somalien à Tripoli fait état de 16 corps découverts (…) le nombre exact de morts est inconnu » a-t-elle ajouté. Un chiffre qui s’ajoute aux 800 personnes dont on reste sans nouvelles, selon le HCR, et ont vraisemblablement péri.

Une Europe égoïste et aveugle se plaint le HCR

L’Europe a accueilli « moins de 2 % de la population fuyant la Libye suite au conflit », explique le HCR. 35 bateaux transportant 12.360 personnes ont atteint les côtes européennes selon le HCR, 11.230 arrivant en Italie et 1.130 Malte. Un chiffre à rapprocher des 740.000 personnes – dont près 250.000 Libyens – qui ont déjà fui et ont été accueillis en Tunisie (pour l’essentiel), en Egypte ou au Niger.

Mais le nombre de migrants, fuyant par la mer, Tripoli notamment, augmente rapidement. Rien que samedi et dimanche, 2400 personnes sont arrivées. Et l’Union européenne n’a pas, pour l’instant, montré de réponse à la hauteur des enjeux en matière d’accueil des réfugiés ou migrants. Le HCR avait lancé un premier appel, le mois dernier, aux Etats européens pour qu’ils mettent en place de toute urgence des « mécanismes plus efficaces et fiables, pour assurer le sauvetage en mer en Méditerranée. Nous réitérons cet appel aujourd’hui » a expliqué Flemming.

Que fait la mission Frontex ?

Précisons que l’Union européenne a déployé au large des côtes européennes, et notamment de Lampedusa, proche de la Libye, une mission de surveillance, composée de navires et d’avions de gardes-côtes de plusieurs pays. Cette mission coordonnée par l’agence de surveillance aux frontières (Frontex) a normalement dans son objectif de surveiller les migrations et, par obligation internationale d’assister les réfugiés. Et il serait étonnant de savoir si ces gardes-côtes ont eu connaissance de navires qui ont fait naufrage. Et sinon, pourquoi ils n’en ont pas eu connaissance. Nous avons posé – à quelques journalistes – la question à la Commission européenne. Nous attendons la réponse…