Deux bombardiers russes interceptés par la chasse française

(B2) « Deux bombardiers stratégiques russes Tu-160 Blackjack ont survolé les eaux internationales et se sont approchés d’une centaine de kilomètres des côtes françaises, sans pénétrer l’espace aérien », a révélé l’armée de l’air. Cela s’est passé dans la matinée de jeudi (9 février). Ils ont été suivis « par les chasseurs de l’armée de l’air tout au long de l’approche des côtes ».

Awacs, Mirage et Rafale

Dès 7h30, un Awacs E 3F avait été déployé « pour suivre la progression des chasseurs russes ». Vers 12h30, à l’approche des bombardiers russes près des côtes françaises, deux Mirage 2000-5 de la permanence opérationnelle (PO) de Lorient ont décollé. Ils ont « intercepté et escorté » les bombardiers russes, relayé ensuite par un avion Rafale de la permanence opérationnelle de Saint Dizier. Un avion ravitailleur C-135 a aussi été réquisitionné. Les chasseurs français ont ensuite passé le relais aux chasseurs espagnols F-18, les bombardiers russes se dirigeant vers l’Espagne, avant d’entamer leur trajet retour.

L’opération d’interception a été coordonné, côté français, par le Centre national des opérations aériennes de Lyon Mont Verdun (CNOA) et, au niveau international, par les deux centres d’opération de l’OTAN compétents pour le nord de l’Europe (Uedem – Allemagne) et le sud (Torrejón – Espagne).

(NGV)

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La méthode du vélo est morte. Le cycliste est tombé !

campagne-20161009_170946(BRUXELLES2) L’Union européenne va sérieusement devoir réfléchir à son fonctionnement interne comme sa philosophie. Dans des pays différents, sur des motifs différents, la méthode européenne a subi des revers fondamentaux.

Des défaites successives ?

Cela a commencé en 2005 et 2007 avec trois référendums successifs (France, Pays-Bas, Irlande) sur le futur traité européen. Cela a continué en 2016 avec le référendum négatif aux Pays-Bas en avril sur l’accord d’association avec l’Ukraine (passé totalement inaperçu), avec un référendum sur le Brexit au Royaume-Uni en juin (autrement plus conséquent) et, en dernier lieu, le « Non » du village (gaulois) wallon et bruxellois au CETA, l’accord commercial et économique global avec le Canada. Ces « Non » n’ont rien à voir l’un avec l’autre. Mais ils devraient interpeller car ils surviennent dans les pays fondateurs ou proches de la fondation (et non dans les récents États membres). La réaction européenne a, jusqu’ici, été très superficielle, comme lors des premiers référendums négatifs de 2005-2007 : on a pleuré un bon coup, s’est lamenté et on est passé à autre chose très vite. Repartir aujourd’hui cahin cahan, sans réel but, serait le pire de tout.

Le peuple, cet imbécile qui ne comprend rien…

Ces signes importants de désamour doivent être pris au sérieux et non pas méprisés sur l’air de « oh mon dieu, ce peuple (ce dirigeant) est vraiment imbécile et ne comprend rien« . La réalité c’est que les Européens ne semblent plus comprendre une Europe qui leur échappe. Alors ils disent non, tout autant par dépit que par incompréhension ou que par refus. Ce n’est pas une hostilité à l’Europe en tant que telle. C’est une crise de confiance, avant tout, parmi les partisans européens. Ce qui est plus grave en quelque sorte…

Comment va l’Europe ? mal. Où va l’Europe ? on ne sait pas

Il va sans doute falloir regarder la vérité en face : l’Europe ne se délite pas parce qu’elle a des opposants de plus en plus déterminés. Mais aussi (et surtout) parce qu’elle a déçu ses partisans.

Un manque de soutien et non pas une opposition farouche

La construction européenne a été un mélange subtil et équilibré de l’approche chrétienne-démocrate, libérale, sociale-démocrate, alternative-verte et même en partie souverainiste (1). C’est ce qui faisait sa richesse et sa force. Un par un, elle a perdu ce qui faisait cette essence pour se replier sur un noyau, de plus en plus étroit, plus proche du lobby que de la citoyenneté. Ce qui s’est passé en Wallonie n’est pas un épiphénomène. Paul Magnette est un vrai connaisseur de la chose européenne et plutôt un modéré au sein des socialistes wallons. Mais la base pousse… fort. Si un référendum aurait été organisé en Wallonie ou Bruxelles, nul doute qu’il aurait amené un résultat identique. Ce qui était impensable avant est devenu réalité aujourd’hui. Même chez les Européens les plus convaincus, la Commission européenne n’apparait plus aujourd’hui comme le défenseur de l’intérêt général. Et l’Europe n’apparait plus aussi nécessaire qu’auparavant.

Un moyen devenu un objectif

L’objectif primaire de la construction européenne — « rapprocher les peuples » pour faire que les liens entre les peuples soient si forts qu’ils ne pensent plus à se faire la guerre — a été perdu. Le moyen de cet objectif — « rapprocher les économies » — s’est transformé au passage en « ouvrir les économies » — et est devenu l’objectif ultime de la construction européenne. Espérer « faire aimer l’Europe » avec cet argument est un combat perdu d’avance. Et ce n’est pas en ajoutant quelques ersatz de politiques consuméristes (rebaptisées « citoyennes ») — comme la baisse du tarif du roaming, ou l’octroi plus général de droits au consommateur aérien ou de transport ferroviaire ou Erasmus (qui ne concerne au final qu’une frange limitée d’une génération)— que l’on changera cet état d’esprit. L’Europe ne souffre pas aujourd’hui seulement d’une erreur de conduite mais aussi de certaines malfaçons qui remontent aux années 1990.

La main invisible de l’Europe a cessé

Les politiques européennes conçues dans les années 1980-1990 (marché unique, Euro, espace Schengen, libre circulation) reposaient sur un principe d’optimisme. Elles allaient « marcher toutes seules », sans gendarme, sans régulation, avec la bonne volonté de tous (États, acteurs économiques, population). Même s’il restait quelques frictions, ce modèle a prospéré car le consensus général opérait et que la croissance économique était là. Une sorte de « main invisible européenne » — la fameuse volonté politique — permettait de surmonter les difficultés du moment. Une main qui est à l’Europe ce qu’est la « main invisible du marché » chère à Adam Smith et aux économistes libéraux.

A la première bourrasque un peu forte, le défaut de structure, de contrôle s’est cependant révélé criant. Et l’édifice s’est grippé, menaçant de s’effondrer. L’Europe était nue… Cela a été le cas de l’Euro avec la crise grecque où il a fallu bâtir à la hâte un dispositif de secours (le mécanisme de stabilité) et un dispositif de contrôle (la surveillance budgétaire). Cela a été le cas pour l’espace Schengen avec le Corps européen de garde-frontières. Cela sera le cas pour la politique du marché unique si on n’y prend pas garde. Car les mêmes défauts y sont observables.

Des politiques qui souffrent de graves malfaçons

La politique de détachement des travailleurs est dévoyée par des personnes qui la contournent pour faire du dumping social (2). La politique d’ouverture des marchés de capitaux et de services, ou d’exonération de TVA, est dévoyée par des entreprises (en général très grosses) qui s’établissent dans le pays du moins disant fiscal. Des fraudes importantes privent ainsi les États de ressources. La politique de libre circulation est utilisée par des mouvements de terrorisme et de grande criminalité qui se jouent des frontières. A cela, l’Union européenne n’a quasiment rien à opposer. Son dispositif législatif est figé dans le marbre, sans possibilité de resserrer rapidement « les boulons » en cas de dévoiement observé, à la différence des systèmes nationaux qui disposent de cet outil (décret ou circulaire dans les pays de droit écrit, notice interprétative, jurisprudence). Elle n’a aucun service de contrôle propre : ni répression des fraudes (accessible au commun des mortels), ni harmonisation fiscale, ni inspection du travail pour chasser les fraudeurs, ni service de police fédérale, ni procureur, ni même service au consommateur européen (3). L’objectif lui-même de la construction européenne est confus.

Une construction européenne impossible à cerner

Comment définir aujourd’hui en quelques mots simples la construction européenne ? Où s’arrête l’Europe (ses frontières) ? La politique d’élargissement à tout crin, de signature des accords de libre échange sans limite, a produit une espèce de course en avant. L’Europe, au lieu de produire de la sécurité (de la confiance), a produit de l’insécurité. En promettant à chaque fois des monts et merveilles (emplois, croissance), sur la base d’évaluations plus politiques que scientifiques  (lire : Avec les accords de libre échange, demain on rase gratis !), l’Europe a perdu une partie de sa crédibilité tout comme sa propension à prédire la catastrophe en cas de refus de certaines avancées ou de certains traités.

La razzia de la politique du catastrophisme

Dès qu’un projet européen semble en passe d’être refusé, les structures européennes sonnent l’alarme rouge : c’est la catastrophe prévisible, les économies vont s’effondrer, les entreprises vont fuir, etc. La campagne référendaire en 2005 avait montré les limites de cette tactique. La campagne britannique l’a accentué. On a laissé se développer les argumentations les plus farfelus, sans réagir (comme le gain des allocations sociales) puis on a tout un coup évoqué une argumentation catastrophique, plus proche de la peur que de fondamentaux réels. Au final, la copie ne résistant pas à l’original, le sentiment anti-européen l’emporte…

Comment réagir ?

Il faut redonner du coeur à l’ouvrage aux pro-européens, définir le projet européen (le clarifier), commencer à considérer que la construction européenne peut avoir plusieurs voies, plusieurs menées idéologiques et que le libéralisme n’est pas la seule possibilité de cette construction européenne.

Remettre du contre pouvoir

Il faudra sans doute que les institutions européennes — à commencer par la principale, la Commission européenne — acceptent et, même, intègrent la critique, qu’ils cessent de traiter de « populiste » (l’insulte à la mode à Bruxelles) ou « d’extrême », ce qui est simplement un questionnement démocratique. L’existence de contre-pouvoirs, forts, efficaces, qui ont le droit de contester une décision, même quand celle-ci parait tout à fait fondée, fait partie de la démocratie… On peut contester l’argumentation de Orban en Hongrie, de Theresa May au Royaume-Uni ou de Magnette en Wallonie. Mais leur légitimité est incontestable. Vouloir, comme le prônent certains Européens, sanctionner les autres parce qu’on n’est pas d’accord avec eux est le début de la fin.

Délier le lien avec les lobbys

Les « ennemis » de l’Europe ne sont pas à l’extérieur. Ils sont souvent « à l’intérieur ». La présence permanente des lobbys, initiateurs ou empêchant une législation, autour des institutions européennes sème le trouble. Le passage de Barroso chez Goldman Sachs ou le « sacré » mensonge de Neelie Kroes sont très symboliques d’une époque qui doit être révolue. Le silence désespérant de la Commission européenne sur ces sujets est une grave erreur politique. Si le pantouflage d’anciens commissaires, et surtout d’anciens directeurs généraux, est devenu courant, sinon la norme, cette pratique n’est plus tolérable aujourd’hui. Dans le même esprit, le système de consultation systématique avec les « parties intéressées » avant toute législation européenne est une erreur fondamentale. On ne rédige pas une législation pour les « parties intéressées », on rédige une législation pour le bien public, pour l’intérêt de tous. Il est loisible de consulter des spécialistes du terrain mais pas d’en faire un préalable incontournable et d’autant plus abscons que la consultation a souvent lieu en catimini (4). Ce dispositif doit être supprimé.

Changer l’état d’esprit de ceux qui dirigent l’Europe

Quand on découvre certaines pratiques, certains comportements internes, certains points de vue… on est effaré. L’administration européenne qui était auparavant un modèle envié, d’efficacité, de dynamisme, de compétence est devenu un anti-modèle où le plus important est le respect des procédures et des dossiers bien remplis. Le principe de base est le mépris des autres (administrations des Etats membres, ONG, citoyens, etc.) qui « n’y comprennent rien ». L’administrateur européen — à tous les niveaux — doit revenir à la base : payé avec les impôts publics, il est au service du bien public et non pas de son institution ou de sa carrière. La question des trop hautes rémunérations de cette fonction publique — qui est extraordinaire en ces temps de crise — doit aussi être résolue (5).

Rebâtir une nouvelle Europe

Enfin, le plus important, il va donc falloir rebâtir les politiques européennes, une par une, faire un tri entre celles qui sont nécessaires et celles qui ne le sont plus car elles peuvent tout aussi bien être gérées par les Etats voire par les collectivités locales, développer les politiques qui méritent au contraire d’être traitées au niveau européen (le point de vue de J.-C. Juncker est juste). Il faut arrêter un certain pointillisme européen négatif : une TVA différente pour les restaurants n’a jamais été une menace à l’équilibre et au marché unique. De même, la protection des espèces en danger, si elle diffère sensiblement entre la Pologne et l’Allemagne n’est pas en soi un grave problème européen.

Retrouver l’esprit du charbon et de l’acier

Il faut retrouver l’esprit de l’alliance du charbon et de l’acier qui prévalait aux débuts de la construction européenne : avoir des liens économiques tellement forts, tellement interdépendants qu’il est impossible de se faire la guerre.

Il faut développer les projets ambitieux qui structurent la société européenne, suppriment les concurrences entre États (et non le contraire) comme un impôt sur les sociétés, une surveillance commune des frontières, une politique commune énergétique (avec une centrale d’achat commune), des industries de taille européenne sur les principaux secteurs économiques soumis à la concurrence mondiale. Il faut inventer un système de prestations sociales complémentaires à l’échelon européen : la carte Interrail à prix réduit ne doit pas viser que les -18 ans (comme le propose le Parlement européen) mais tous les citoyens européens.

Ce n’est pas en moins réglementant qu’on fera une Europe et qu’on la fera mieux aimer. Au contraire… On favorise la concurrence déloyale et, au final, les nationalismes, bien plus dangereux pour l’Europe que tous les autres comportements.

(Nicolas Gros-Verheyde)

A suivre (We prochain) : Un jeu de réussite pour Juncker ?

Lire aussi :

(1) Il y a une frange non négligeable de souverainistes qui ont pleinement conscience que pour sauvegarder la souveraineté nationale, il faut avoir une souveraineté européenne pour permettre de continuer à exister au niveau mondial. C’était le pari de De Gaulle et la voie suivie encore par de nombreux gaullistes.

(2) Le vers était dans le fruit dès le début. Et dès 1996, quand la directive a été adoptée, un responsable de la Commission européenne (de la DG V – DG en charge de l’emploi) avait identifié une partie des problèmes futurs (cf. colloque à Nanterre).

(3) Le service du Centre Européen des Consommateurs est une vaste fumisterie. Je l’ai testé, je peux en témoigner. Six mois pour avoir une réponse et vous donner le texte de la directive que vous pouvez avoir en 5 mn de recherche sur internet. Et encore trois mois pour dire que vous avez raison mais qu’ils ne peuvent rien faire puis un mois pour dire que la seule solution est une plainte (et encore n’est rien garanti, dixit les mêmes) pour un cas de violation flagrante du droit européen, est léger…

(4) Quelques semaines parfois seulement sont laissées pour une consultation, dans les tréfonds d’un site internet qui nécessite une spécialisation européenne pour le retrouver :-), en anglais uniquement qui ressort plus du charabia administratif que de la langue de Shakespeare, etc.

(5) L’administration européenne vit aujourd’hui largement au-dessus de ses moyens et des moyens européens. Il est difficilement acceptable aujourd’hui qu’une partie non négligeable (jusqu’à 1/6e du personnel dans certaines DG et SEAE) de l’administration européenne touche davantage qu’un président de la république ou un premier ministre, et encore plus anormal qu’un fonctionnaire européen gagne deux à quatre fois plus que son homologue de l’administration fédérale belge (à échelon et valeur égale).

Consigne devrait être donnée aux navires de l'OTAN de se tenir éloignés des couloirs de migrants (J. Stoltenberg au conseil des ministres de la défense, début février, crédit : OTAN)

Ne dites plus opération de l’OTAN en mer Egée, dites déploiement ! Plouf plouf

Consigne devrait être donnée aux navires de l'OTAN de se tenir éloignés des couloirs de migrants (J. Stoltenberg au conseil des ministres de la défense, début février, crédit : OTAN)

Consigne devrait être donnée aux navires de l’OTAN de se tenir éloignés des couloirs de migrants (J. Stoltenberg au conseil des ministres de la défense, début février, crédit : OTAN)

(B2) « L’opération » de l’OTAN en mer Egée n’a pas vraiment commencé. Malgré toutes les déclarations les plus vibrionnantes les unes que les autres. On est encore, comme l’a indiqué le secrétaire général de l’organisation, Jens Stoltenberg devant les eurodéputés hier mardi (23 février), « à régler les détails techniques et opérationnels ». Il n’a pas voulu vraiment en dire plus devant les journalistes (1). On le comprend. En matière de détails, tout est loin d’être réglé. Et pour obtenir l’accord de tous, l’imprécision devrait faire force de loi… Tentons d’y voir clair.

Une décision est-elle prise ?

A l’heure où est bouclé cet article (19h30) = Non. Le comité des opérations de l’OTAN était en réunion aujourd’hui, suivi normalement de la réunion des ambassadeurs du NAC (qui n’a pas encore eu lieu). Si la Turquie semble avoir donné son aval, on attend encore celui de son homologue grec (il est dans l’avion…). Mais cela pourrait être fait dans les heures qui viennent, ou d’ici vendredi. Sauf si un nouveau problème survient… (Maj jeu 25.2) Une décision a pu être prise jeudi matin au sein des ambassadeurs de l’OTAN. « Nous pourrons fournir les informations critiques à la Grèce, la Turquie, et Frontex » a-t-il indiqué dans un tweet.

Serait-ce une opération de l’OTAN ?

Non. Il ne s’agit pas du tout d’une ‘opération’ militaire de l’OTAN comme cela a pu être présenté ou compris. Il n’y a, pour l’instant, pas de concept d’opération (CONOPS), de plan d’opération (OpPlan), ou de commandement militaire autonome. Tout préalable nécessaire normalement au déclenchement d’une ‘opération’ militaire. Il s’agit davantage d’une mission supplémentaire donnée aux groupements maritimes de l’OTAN (les SNMG). De façon concrète, c’est la rotation habituelle de ces SNMG déployés, qui permettra d’assurer une permanence sur zone. Avec un avantage : aucun nouveau moyen n’est ainsi réellement nécessaire. A l’OTAN, on préfère d’ailleurs mettre désormais en avant le mot « déploiement ». NB : Ce qui ne correspond à rien. C’est comme le Canada Dry, çà a un côté opérationnel. Mais cela n’en est pas un.

Quel sera le rôle de ces navires ?

Les navires de l’OTAN auront un « travail de contrôle et de surveillance, ainsi que de fournir des informations aux autorités locales » selon Jens Stoltenberg. « Nous voulons aider les garde-côtes turcs et grecs à faire leur travail. Nous n’allons pas faire leur travail. » Dans la pratique, les navires auront effectivement pour tâche de surveiller la zone, de repérer des navires suspects (migrants ou trafiquants) et de les signaler aux autorités des pays riverains concernés (Grèce ou Turquie selon la trajectoire du bateau). Mais c’est tout.

Où vont patrouiller les navires de l’OTAN ?

La règle fixée au conseil des ministres sera sagement respectée. Pas de navire grec dans les eaux territoriales de l’OTAN. Pas de navire turc dans les eaux territoriales de l’UE. Il n’y aura pas de droit de pénétrer dans les eaux territoriales pour les navires de l’OTAN. Il leur faudra respecter les règles habituelles (signalement diplomatique, etc.). Dans la pratique, les navires de l’OTAN auront consigne de se placer à une « distance sage » des couloirs de migrants pour éviter de tomber sur un bateau de réfugiés et être obligé de les recueillir … (voir plus loin).

Comment va se faire la surveillance alors ?

La surveillance pourra se faire par les moyens de surveillance des navires (radars, etc.) voire des sous-marins, mais surtout par voie aérienne : avions de patrouille maritime, hélicoptères de bord, etc. C’est davantage l’aspect aérien du déploiement qui sera important.

Comment va se produire l’échange d’informations entre l’OTAN, Grèce et Turquie et l’UE ?

Tout n’est pas réglé. L’échange d’informations, qui reste, normalement, classifié n’est pas aisé. Mais il pourra être procédé, comme d’habitude, dans des exercices, déploiements ou opérations de l’OTAN. Les informations transiteront par le commandement maritime de l’OTAN (le Marcom) avant d’être redispatchés aux intéressés (UE, Frontex, Grèce, Turquie). De façon pratique, et informelle, il n’est pas interdit de penser que des officiers de liaison (grec ou turc) pourront être à bord du navire amiral concerné (s’il n’est pas turc pour les Grecs et vice-versa 😉

Que doit-il se passer face à des bateaux de réfugiés ?

Si un navire de l’OTAN croise un navire en détresse, il doit (selon le droit de la mer) lui porter secours et mettre les ‘naufragés’ à l’abri dans le port le plus proche. Stoltenberg l’a confirmé. « Si un navire de l’OTAN se retrouve à proximité de bateaux de réfugiés, comme tous les navires ont l’obligation de venir en aide à ces personnes, ils assureront le sauvetage des réfugiés. »

Si un navire de l’OTAN recueilli à bord des réfugiés, qui les prend en charge ?

Après la réunion des ministres de la Défense, il était clair que, c’est la Turquie qui doit prendre en charge les réfugiés récupérés en mer (lire : L’OTAN déclenche une opération en mer Egée). Ce qu’a encore confirmé J. Stoltenberg, hier devant le Parlement européen « si ces personnes sont récupérées par les forces de l’OTAN, elles seraient renvoyées en Turquie ». Avec une précision nouvelle : « si ces personnes viennent de Turquie » (il va donc falloir prouver qu’elles viennent de Turquie). Il semble que la réalité soit un peu moins simple. La Turquie n’a pour l’instant pas formellement autoriser ce retour des réfugiés (dans un accord juridiquement contraignant, qui équivaut à un accord de réadmission). Cette question du droit d’asile pourrait d’ailleurs poser un problème délicat, juridique et éthique, aux commandants des navires concernés. En cas de présence dans les eaux territoriales, quelle est la loi applicable, celle des eaux territoriales (turque ou grecque), ou celle du pavillon du navire (allemand, canadien, espagnol, britannique) ? En cas de présence dans les eaux internationales, quid du droit de la personne qui demande l’asile au commandant du navire allemand, canadien ? N’y-t-il pas un léger problème, politique et juridique, à le renvoyer s’il est kurde (syrien, ou turc, etc.), s’il appartient à une minorité syrienne persécutée, si c’est un enfant isolé, etc. ? A l’OTAN on a décidé de résoudre la question, on parlera de ‘selon le droit international’. Autrement dit : on verra plus tard.

Quel est le pouvoir des navires de l’OTAN par rapport à d’éventuels suspects ?

Aucun normalement. Dans les eaux territoriales, les navires de l’OTAN devront respecter scrupuleusement le droit de la mer et le champ de l’autorisation donnée par les autorités (turques ou grecques). En clair, ils n’ont normalement pas le droit de police qui appartient aux seules autorités de ces Etats. Dans les eaux internationales, en l’absence de résolution spéciale des Nations unies, les navires de l’OTAN en seront réduits à utiliser le droit de la mer, par exemple les droits de visite de navires suspects (sans pavillon) mais pas plus. En matière judiciaire, les navires militaires n’ayant pas de pouvoir de police, l’arrestation d’un suspect pourrait être annulée, devant un juge, pour vice de procédure (incompétence de l’officier, séquestration arbitraire, etc. les avocats des suspects vont pouvoir s’en donner à coeur joie). De fait, ce sera comme pour les réfugiés, les navires de l’OTAN s’arrangeront pour ne pas croiser de suspects et juste les signaler aux autorités concernées. Ce sera à eux d’agir.

Une belle opération de… communication politique

Au final, « l’opération » de l’OTAN en mer Egée apparait aujourd’hui davantage comme une (très) belle opération de com’ politique, permettant à chacun de prouver à son opinion qu’il agit. La Chancelière allemande, Angela Merkel, les Turcs comme les Grecs peuvent ainsi justifier qu’ils sont tous engagés dans la sécurisation des frontières. Les autorités turques peuvent se targuer au surplus d’y voir une implication supplémentaire de l’OTAN dans la région (notamment via les Awacs de l’OTAN engagés dans la surveillance). Les Grecs peuvent démontrer à l’Union européenne qu’ils font le maximum pour suivre les recommandations de l’UE. Et puisque l’OTAN est là, s’il y a un problème, ce sera sa faute… Et l’organisation de l’Alliance atlantique est heureuse de trouver là un débouché permanent à l’est de la Méditerranée pour ses SNMG et, accessoirement, un jour, le prolongement de son opération Active Endeavour (en fin de mandat). Tout le monde est content. Fermez le ban !

(NGV)

(1) Interrogé par B2, hier au Parlement européen, le SG de l’OTAN a refusé de répondre à nos questions. Courage fuyons 😉

Lire :

Détachement de Mirage sur le ciel balte à l'été (crédit : Ministère français de la Défense / BA118)

Avions français en renfort dans le ciel balte promet Le Drian à Tallinn

Détachement de Mirage sur le ciel balte à l'été (crédit : Ministère français de la Défense / BA118)

Détachement de Mirage sur le ciel balte à l’été (crédit : Ministère français de la Défense / BA118)

(BRUXELLES2) Après les Américains, des avions français pourraient venir en renfort dans le ciel balte. Jean-Yves le Drian, le ministre français de la Défense, l’a confirmé à son homologue estonien Urmas Reinsalu lors d’une réunion express à Varsovie et à Tallinn vendredi (21 mars). « La France a entendu les demandes de ses alliés et est prêt à renforcer la défense de l’espace aérien estonien », a déclaré le ministre français lors d’une conférence de presse tenue à Tallinn. « Nous allons envoyer quatre avions de chasse supplémentaires pour participer à la mission de police aérienne de l’OTAN, immédiatement après que la décision d’extension de la mission de l’OTAN soit entérinée. » a-t-il ajouté. JY Le Drian a également confirmé que la France est prête à contribuer avec des avions de type Awacs, à la surveillance et au contrôle de la zone aérienne. La coopération en matière de cyberdéfense sera également renforcée. « La Pologne, comme d’autres pays de l’Alliance, sommes préparés pour divers scénarios de développements dans la région, pour défendre les valeurs démocratiques » a assuré le ministre polonais Tomasz Siemoniak. Le ministre en a également profité pour plaider pour un renforcement de l’UE comme de l’OTAN, et plus généralement des dépenses militaires, exprimant « l’espoir que l’Union européenne va sortir renforcée de cette crise » et que « l’OTAN saura tirer des conclusions à long terme de celle-ci : l’Alliance doit être plus présente en Europe de l’Est. Augmenter le sentiment de sécurité dans cette partie de l’Europe devrait également servir une politique de défense efficace de l’UE ». Les États membres de l’UE doivent « augmenter leurs dépenses sur l’organisation ».

Explication : c’est la Pologne qui doit assurer normalement la relève des avions américains à compter du mois de mai. Et vu la tension actuelle, et surtout l’atmosphère politique en Pologne qui craint déjà l’arrivée de chars russes en Ukraine, les Polonais auront certainement besoin de renforts. L’augmentation du nombre d’avions assurant la surveillance du ciel balte (et polonais) est donc à l’ordre du jour à l’OTAN. La mission de surveillance à Siauliai pourrait ne plus être assurée (comme aujourd’hui) par un seul pays mais par plusieurs. Cette visite du ministre de la Défense doit aussi se replacer dans le cadre de la future opération militaire européenne en République centrafricaine. La contribution de certains pays (Estonie notamment, mais Pologne également) n’est pas négligeable. Et il s’agit que cet engagement soit à la fois bien tenu, et même renforcé. Un effort terrestre polono-estonien en RCA vaut bien un effort aérien français à l’Est. Enfin, il ne faut pas oublier que certains contrats sont encore en négociation à Varsovie. Et que, sous l’effet de la remontée des tensions, Vilnius (Lituanie) comme Tallin (Estonie) envisagent d’augmenter leur effort de défense. La décision, très scénarisée, des Américains de s’engager dans cette région tient, aussi, compte de ces impératifs, plus « terre à terre ».

(Nicolas Gros-Verheyde)

Lire aussi :

Les « grandes oreilles » à l’écoute en Syrie. Awacs et navires se relaient…

Le navire « espion » français Dupuy de Lôme a « été plusieurs fois au large de la Syrie » (crédit : marine nationale / GUIAVARCH)

(BRUXELLES2) La Syrie est sous une observation attentive des alliés de l’OTAN.

Echanges de mails, téléphone fixe, lignes GSM … l’ensemble des communications peut servir à se faire une image de la situation dans le pays, des mouvements de troupes ou de l’humeur possible. La force – ou la faiblesse du pouvoir – comme les relations entre les insurgés sont ainsi scrutées à la loupe. La proximité du pays avec l’Europe facilite il est vrai l’observation.

De terre…

On sait déjà que les bases souveraines britanniques à Chypre permettent au Royaume-Uni de collecter des informations, renseignements qu’ils partagent avec les Etats-Unis. Il en est de même des bases militaires turques mises à la disposition des alliés de l’OTAN. Mais d’autres moyens aériens et maritimes sont également engagés.

En l’air…

Tout d’abord, les avions Awacs de l’OTAN – ou d’autres pays – survolent la zone. Ils ne sont pas directement déployés sur la Syrie mais le sont en permanence dans le cadre de l’opération Active Endeavour (anti-terroriste) dans l’est de la Méditerranée, comme l’a confirmé à B2 un diplomate au QG de l’Alliance.

… et en mer

Enfin, chacun des pays peut envoyer dans la zone plusieurs moyens de collecte d’informations qui se relaient sur place. La présence du navire allemand « Loker avait fait des vagues il y a quelques semaines outre-Rhin. La présence du « bâtiment collecteur de renseignements » Dupuy de Lome (A-759), a été plus discrète mais bien réelle. Depuis le début du conflit syrien, le navire « espion » de la Marine nationale – qui comprend environ 80 à 90 « techniciens » de la DRM (direction du renseignement militaire) et d’autres services – a été déployé « à plusieurs reprises le long des côtes syriennes » comme libanaises, ainsi que B2 en a eu confirmation auprès de militaires. Sa capacité d’écoute de ce navire mis en service à l’été 2006 est multiple (radio, téléphone et GSM, satellites…). Il a été utilisé notamment lors de la dernière opération en Libye.

Un Awacs français et un Atlantique2 sur zone

(BRUXELLES2) Un avion Atlantique 2 a relevé, le 2 avril, le Falcon 50 de la marine nationale basé à Djibouti dans le cadre de l’opération européenne de lutte anti-piraterie Eunavfor Atalanta. Au cours de son déploiement, l’Atlantique 2 de la flottille 23 F effectuera « des vols réguliers d’une dizaine heures au dessus du Golfe d’Aden et de l’océan Indien », précise l’armée.

« Les images et données recueillies par les différents senseurs de l’aéronef et sa douzaine de membres d’équipage (seront) exploitées par des spécialistes du renseignement, en particulier à bord du navire amiral de la Task Force 465, et permettent de mieux coordonner l’action des bâtiments de surface et de leurs hélicoptères embarqués. »

Un Awacs 3EF de l’armée de l’air est déjà engagé sur place permettant une meilleure couverture de toute la zone. C’est un officier supérieur français qui a pris le commandement d’Eunavfor.

Lire également : Un Français aux commandes de l’opération Atalanta sur zone (Maj)

 

La Bundeswehr ca va, ca vient…

Un des Awacs de l'OTAN sur sa base en Allemagne (crédit : OTAN)

(BRUXELLES2) Après la décision de l’OTAN de déclencher une opération de contrôle de l’embargo sur les armes au large de la Libye, le gouvernement allemand a annoncé sa décision de reprendre le commandement de deux frégates et deux navires de guerre avec 550 marins et militaires à bord, et de retirer ses soldats (environ 60-70) des Awacs de l’OTAN qui effectuent des missions de reconnaissance sur la Méditerranée. La frégate « Hamburg » (env. 200 soldats) et le navire « Oker » (env. 80 soldats) engagés dans la mission anti-terrorisme « Active Endeavour« , repassent ainsi sous le pavillon national tout comme la frégate « Lübeck » (env. 220 soldats) et le chasseur de mines « Datteln » (env. 40 soldats).

Mais cette décision n’est pas à sens unique. L’Allemagne a parallèlement décidé d’envoyer 300 soldats supplémentaires en Afghanistan pour participer à des vols de reconnaissance AWACS, ce jusqu’à fin janvier 2012. Ce qui permettra ainsi de soulager d’autant les Alliés, notamment américains, engagés au large de la Libye.

La mission allemande Awacs en Afghanistan

Pour permettre cet engagement supplémentaire en Afghanistan, la limite maximale d’engagement va être portée à 5300 soldats. Un maximum jamais atteint depuis le début de l’opération en 2001 (jusqu’ici la limite était fixée à 5000 plus une réserve de 350 soldats pour des « situations particulières« , réserve qui n’a jamais été utilisée). Le cabinet gouvernemental doit avaliser cette décision mercredi avant d’être soumise au Bundestag vendredi. Ce qui ne devrait pas poser de problème. La CDU-CSU et le SPD, les deux partis principaux de la majorité et de l’opposition ont dit oui. La Gauche (Die Linke) et Les Verts ne sont pas d’accord. Tandis le FDP, le parti de Westerwelle hésite encore.

Cette mission des Awacs de l’OTAN en Afghanistan avait été décidée en juillet 2009 mais en raison du manque d’autorisations de survol de l’Azerbaïdjan et le Turkménistan, les machines de l’OTAN n’avaient pu être utilisées. Et le gouvernement n’avait pas renouvelé l’autorisation en décembre. Une nouvelle mission avait démarré en janvier, mais l’Allemagne avait reporté sa réponse après les 3 premiers mois.

Crise libyenne. Toutes les options militaires sont sur la table. Lesquelles?

entrainement des éléments autrichiens du battlegroup européen aux évacuations sanitaires (crédit : Armée autrichienne)

(BRUXELLES2 / Analyse) Trois grandes options sont actuellement planifiées par les militaires des Etats-Majors européens et atlantiques. Le travail a déjà été entamé mais il est loin d’être terminé. Et c’est tout le sens de la décision de « planification prudente » adopté par l’UE comme par l’OTAN, et de décision de « planification détaillée » prise par l’OTAN.

Comme me l’a confié un expert, jusqu’ici, nous avons des options, mais assez vagues, c’est-à-dire une vue générale de « ce que nous pouvons ou envisageons de faire », quelques lignes par option, décrivant les objectifs, les avantages et inconvénients, et les principales conditions politiques et militaires. « Il s’agit maintenant d’aller plus loin, de préciser dans le détail ». C’est-à-dire de donner en face de chaque option, les moyens nécessaires, les effectifs requis, le coût, le délai de mise en oeuvre, les risques… En terme de « papier », on passe de quelques paragraphes par option à quelques dizaines de pages.

Précisons que, selon nos informations, les deux organisations continuent une planification « séparée ». Les deux processus sont « indépendants et autonomes ». Ce sont des organisations politiques différentes (qui ne regroupent d’ailleurs pas tout à fait les mêmes Etats membres). Formule politique à pondérer par un phénomène : il existe de nombreuses passerelles, structurelles et humaines, notamment via les représentants au comité militaire (tout le monde se parle). S’il n’y pas d’exclusive ni de spécialisation des tâches, on peut cependant tracer une frontière. L’UE se concentre davantage sur l’humanitaire, l’OTAN a l’exclusive sur l’aérien, le maritime étant abordé par les deux organisations mais avec des objectifs qui peuvent être différents (migrations dans un cas, embargo sur les armes dans l’autre). Seule différence entre les deux organisations : si l’OTAN a décidé de pousser la planification, aucune décision ne semble être prise en ce sens par l’UE. « Il n’y a pas d’impulsion politique en ce sens » explique un connaisseur de ces dossiers.

 

1. L’humanitaire : assistance aux réfugiés, corridors humanitaires, « safe area »…

Il s’agit de préparer un soutien militaire pour accueillir une vague de réfugiés importante dans les pays voisins (Tunisie, Egypte, voire Niger ou Algérie – si celle-ci le souhaite). Soutien classique d’ordre logistique (transport, communication…) mais aussi médical (hôpital de campagne, … ). Un soutien qui pourrait s’exercer également vers le territoire « libéré » des opposants libyens. Les navires comme le Britannique Cumberland et l’Italien Libra l’ont déjà pratiqué. Il peut y avoir aussi une sécurisation des navires « civils » du PAM ou des ferrys chargés de l’évacuation.

Les spécialistes rappellent qu’il y avait entre 1,5 et 2 millions d’étrangers en Libye dont beaucoup viennent du Bangladesh et du Pakistan. Seuls un peu plus de 200.000 ont franchi la frontière (du moins ont été recensés comme cela), essentiellement des Egyptiens.

Il s’agit aussi de préparer des actions plus fortes comme l’imposition de corridors humanitaires ou de « safe area » (comme en Bosnie-Herzégovine) pour regrouper les civils, si la population civile est prise en étau (un modèle qui n’a pas prouvé toujours son efficacité). C’est le sens de la lettre franco-britannique notamment.

 

2. Le maritime

La surveillance maritime peut se situer dans les eaux internationales ou dans les eaux territoriales, lâche ou serrée. A la surveillance, peut s’ajouter un contrôle des navires : droit de visite exercé dans le cadre du droit de la mer, ou sur autorisation spéciale du Conseil de sécurité des Nations-Unies, avec au besoin saisie de la cargaison, du navire ou arrestation de ses occupants (dans ce cas là se pose, comme pour la pirates, la question de la juridiction compétente, puisqu’on est dans le cadre de l’exercice d’une compétence universelle). Dans le cas ultime, elle s’assimilera à un blocus qui devra être autorisé par les Nations-Unies.

Il ne faut pas oublier non plus que l’action en mer est aussi justifiée pour des raisons de surveillance des migrations illégales (opération Hermès déclenchée par les Européens sous couvert de l’opération Frontex).

3. L’aérien

Il y a plusieurs options. La surveillance aérienne du territoire libyen, ou les alentours, qui a déjà commencé, avec les Awacs. Une « surveillance qui a aussi comme objectif de suivre les possibles migrations » (illégales), a confirmé Gérard Longuet, le ministre français de la Défense. Une surveillance complétée par les satellites qui mitraillent actuellement le territoire libyen (le centre satellitaire de l’Union européenne a notamment été mobilisé à cet effet).

Cette surveillance peut être complétée par une action aérienne, plus ou moins forte, de façon plus ou moins étendue. Au niveau géographique, on peut choisir de protéger certains sites (no fly zone partielle) : les « safe area » regroupant les civils ou les sites pétroliers, de protéger toutes les zones habitées, d’intervenir sur tout le territoire (no fly zone totale). Au niveau de l’action, on peut décider d’intercepter les avions ou hélicoptères qui sortent de certaines trajectoires ou se dirigent vers certains lieux, en les « détournant de leur lieu d’action » et si nécessaire en les abattant.

On peut aussi procéder à deux ou trois frappes ciblées, pour détruire la chasse libyenne, les hélicoptères, les pistes d’atterrissage, les dépôts d’armements si l’utilisation de ces forces par Kadhafi devient plus intensive. Ou viser de façon plus extensive toutes les défenses anti-aériennes, ce qui nécessite davantage de moyens. On peut enfin utiliser des moyens de neutralisation électronique.

NB : dans tous les cas il faut des moyens discrets de renseignement, à distance mais aussi terrestres, sur place, à Tripoli, à Benghazi comme dans le désert…

Impossible, complexe ?

Une ‘No fly zone’ ne nécessite donc pas nécessairement une destruction des installations au sol préalable et systématique. Cela n’a pas été vraiment le cas lors de la surveillance Northern Watch au-dessus de l’Irak ou dessus de la Yougoslavie dans la première phase.

Les arguments de complexité ou de difficulté d’une opération militaire en Libye évoqués maintenant par les Américains et mis en avant également par les Allemands (le ministre des Affaires étrangères allemand a mis en avant la puissance de feu de Kadhafi « et ses moyens aériens considérables » peuvent être, ou non, justifiés selon ce qu’on fixe comme objectif à l’opération. En fait, la dureté de la réponse européenne et occidentale sera « fonction de l’évolution situation » comme l’explique J. Martonyi, le ministre hongrois des Affaires étrangères. « S’il y a une effusion de sang massive, il faudra agir ».

Difficile ou facile ? Accord ou divergence ?

Si on veut envoyer un signal,
qui veut dire ‘faites pas chier’, cela peut être facile.

Techniquement, comme le précise le ministre français de la Défense, Gérard Longuet; « Selon ce qu’on décide, il faut des moyens plus ou moins importants. Si on fait quelque chose de limité sur le territoire cela va. Si on veut couvrir tout le territoire libyen, 24/24, cela demande de gros moyens (NB : 30 appareils = 3 x 8 + le renfort supplémentaire). « Si on veut envoyer un signal, qui veut dire ‘faites pas chier’, cela peut être facile. Une neutralisation des pistes, c’est un coup de semonce, ce n’est pas définitif. » Tout dépend donc « du degré d’excellence fixé à la mission » et de sa durée.

Les Français et Britanniques peuvent-ils faire tout seuls une action militaire, tout dépend. Mais dans une option basse, c’est possible selon G. Longuet. « Les Français et les Britanniques peuvent le faire tout seuls. Ils ne le souhaitent pas. Notre rôle ce n’est pas de remplacer ce qui existe, c’est d’entrainer, de faire vivre ce qui existe ».

Politiquement, comme résume le ministre hongrois des Affaires étrangères, János Martonyi, « il y a accord sur les objectifs généraux mais pas sur les aspects techniques. Nous avons un consensus sur les conditions : autorisation du conseil de sécurité, accord de la Ligue arabe, et évaluation selon l’évolution de la situation. » Mais il n’existe pas de consensus sur la nécessité d’agir face à la situation. Il faut d’abord « épuiser toutes les autres possibilités » avant de passer au militaire.

Lire également :

Les Awacs français et de l’OTAN ont placé l’espace libyen sous surveillance

Un des Awacs de l'OTAN de permanence (Crédit : Otan)

La surveillance des côtes et de l’espace libyen a commencé discrètement depuis quelques jours. Plusieurs avions Awacs de l’OTAN comme français se sont relayé au-dessus de Malte et de la Méditerranée. L’objectif est de pouvoir tracer les différents mouvements en Libye ou vers la Libye. Il permet aussi de repérer les mouvements de troupes, de part et d’autre, les installations militaires et d’éventuelles cibles. L’Awacs permet aussi de tracer les différents vols des avions libyens (hors de l’espace aérien libyen) comme de sécuriser l’espace aérien au-dessus des différents navires, civils comme militaires, qui ont effectué les évacuations de ressortissants étrangers et européens ou les livraisons de matériels humanitaires. Il a permis également les incursions des Hercules C-130 allemands et britanniques pour aller récupérer des ressortissants dans le désert.

Le schisme irakien de l’Europe, un souvenir ?

200 hommes du régiment écossais des "Black Watch" ont été placés en alerte a indiqué le ministre de la Défense, ici en Afghanistan (crédit : MinDéf Uk)

(BRUXELLES2) Des Etats partisans d’une intervention militaire d’un coté (USA et dans une moindre mesure Royaume-Uni), des Etats mesurés (France), des Etats persuadés qu’il est urgent d’attendre (Italie, Allemagne, Grèce), une OTAN paralysée par les divisions… Voilà le tableau actuel de la situation chez les alliés de l’Alliance Atlantique. Autant dire que la situation internationale et européenne qui prévalait les premiers jours du conflit libyen n’était pas sans rappeler la situation qui prévalait il y a presque dix ans (en 2003) avant l’intervention de la coalition emmenée par les Américains en Irak.

Pas d’intervention sans résolution des Nations-Unies

L’histoire se répéterait-elle ? En fait, il semble bien que non. D’une part, la donne a changé aux Etats-Unis — Obama n’est pas G. Bush — et les autorités américaines sont très partagées. Mais surtout la donne a changé au niveau international. Les alliés d’hier ne peuvent plus se permettre aujourd’hui ce qui était encore possible en 2003. Au niveau mondial, la Chine et la Russie, et une autre série de pays émergents comme le monde arabe, font entendre désormais leur voix singulière de façon plus forte.

Et au niveau européen, il est peu d’Etats tentés par cette aventure, qui n’a pas été payante, à moyen terme, politiquement pour eux. L’Italie et l’Espagne par exemple ne seront pas du lot d’une intervention en solo, pour des raisons politiques et géographiques. Les pays de l’Est – comme la république Tchèque ou la Roumanie – qui ont entretenu des relations de proximité avec la Libye ne sont pas très très enthousiastes non plus (et ils ne disposent pas énormément de moyens). La Pologne est muette. Quant à la France et plus encore l’Allemagne, ils restent très circonspects sur une action militaire rapide sans couverture des Nations-Unies. Il ne reste, en fait, que le Royaume-Uni qui pourrait être tenté de suivre cette voie. Et encore. Car les dirigeants au pouvoir à Londres ne sont pas unanimes ; les LibDem ayant sur la question un point de vue plus légaliste que les Tories. Au final, le monde semble à peu près convaincu aujourd’hui qu’une nouvelle résolution des Nations-Unies est nécessaire pour toute intervention. Mais pour quoi faire ?

Vers une surveillance maritime et aérienne de la Libye ?

(crédit : UK Royal Air Force)

Du coté des militaires, on sent quelque réticences à s’engager trop avant. Peu d’alliés sont pour une intervention aussi lourde qu’en Irak – dont ils viennent à peine de se retirer – ou qu’en Afghanistan dont ils ne se sont pas encore retirés, avec éléments terrestres dans tout le pays. Pas question de se mettre sur le dos une nouvelle opération de cette envergure. Une intervention en Libye ne peut donc être que ponctuelle et limitée, par exemple une surveillance maritime et aérienne (no fly zone), ou le soutien ponctuel aux forces de la Libye libérée (une idée de D. Cameron peu soutenue, par d’autres Etats du moins publiquement).

Une nouvelle résolution, avec mise en place d’une surveillance maritime et d’une surveillance aérienne, peut être justifiée pour faire appliquer l’embargo sur les armes et faire cesser la répression contre les civils, prévues par la précédente résolution. Cette question de surveillance est à l’étude comme l’a confirmé, vendredi, un diplomate européen à ‘B2’. Toute la question est de savoir si cette surveillance se complètera d’une « No Fly Zone », intégrale ou partielle, et des règles d’engagement qui y seront annexées. Des Awacs britannique et américain (peut-être français également) sont déjà déployés au-dessus des eaux internationales pour la surveillance de l’espace aérien et la sécurité des évacuations en cours assurés par des avions et des navires européens.

Tout dépendra ainsi des évènements en cours en Libye. Plus le colonel Kadhafi utilise son aviation contre les civils et le peuple en révolte, plus il justifie le recours international à la force. Il semble ainsi que le monde attend la nouvelle d’un massacre irrésistible, type marché de Sarajevo, pour justifier le besoin d’agir de façon plus importante.

Situation délicate pour les militaires néerlandais en Libye. Premières images

(crédit : télévision d'Etat libyene / NOS Tv)

L’arrestation de trois militaires néerlandais et de leur hélicoptère à Syrte (lire : L’exfiltration tourne mal. 3 militaires néerlandais otages du régime de Kadhafi en Libye) est gênante politiquement, militairement et juridiquement. Et on peut se demander comment des militaires ont pu tomber ainsi facilement aux mains des Libyens. En tout cas, l’accusation d’espionnage des Libyens ne tient pas la route.

Une ligne de défense tenue

D’un point de vue légal, en effet, la ligne de défense des trois militaires néerlandais est tenue. Et ils n’auront que leur bonne foi pour se défendre face à leurs gardiens. Leur hélicoptère a, en effet, pénétré sans autorisation le territoire aérien libyen, avec des armes à bord, et ses occupants n’avaient pas d’autorisation d’entrée sur le territoire. En gros, ce sont des « immigrants illégaux », avec port d’armes prohibés et pas de plan de vol, dans un pays en guerre. Cela peut faire beaucoup. Et les militaires ne peuvent pas non plus être considérés comme des belligérants au titre des conventions de Genève.

Seule défense : la résolution des Nations-Unies

Mis à part les moyens diplomatiques, qui peuvent être entamés pour faire libérer, il existe cependant des arguments à faire valoir à l’appui de leur action. La résolution 1970 du Conseil de sécurité des Nations-Unies du 26 février prévoit de « garantir la sécurité de tous les étrangers et de leurs biens et à faciliter le départ de ceux qui souhaitent quitter le pays« . Il demande également « de rendre accessible en Jamahiriya arabe libyenne une aide humanitaire et une aide connexe ». Ce qui n’est pas le cas actuellement en Libye. Et le régime de Tripoli se trouve ici en nouvelle contradiction avec le droit international. Les militaires néerlandais peuvent donc arguer d’une nécessité d’évacuation médicale d’un ressortissant européen en danger.

L’accusation d’espionnage, avec un hélicoptère ?

Quant à l’accusation d’espionnage des autorités libyennes contre les militaires néerlandais, elle ne tient pas vraiment la route. L’hélicoptère n’est pas le moyen le plus discret pour l’espionnage, surtout à l’approche d’une ville. Des moyens beaucoup plus puissants et discrets peuvent être utilisés comme les avions Awacs britannique, français ou de l’OTAN actuellement déployés au-dessus de la zone concernée. Les civils (1 Néerlandais et 1 Suédoise) ont pu rentrer à bon port apparemment.

Une explication, quelles explications

(Crédit : Télévision d'Etat libyenne : NOS)

Au final, on peut se demander comment ces militaires aguerris sont tombés, aussi facilement aux mains des Libyens, et pourquoi ils n’ont pas résisté. Il sera sans doute possible, après coup, d’éclaircir ce point. Mais d’ores-et-déjà on peut donner deux éléments de fait. En premier lieu, les militaires néerlandais étaient entraînés et prévus pour une opération anti-pirates (apparemment au moins un des militaires pris porte d’ailleurs sur son uniforme le sigle européen de l’opération Eunavfor Atalanta). Et l’arrestation de pirates – qui généralement ne résistent pas outre mesure à l’arrivée des hélicoptères militaires – en haute mer, n’appartient pas au même « rayon » que l’intervention dans un territoire terrestre, avec des unités armées libyennes, qui ne dédaignent pas de faire les coups de feux mortels ou des otages. Deuxièmement, résister à supposer que cela aurait été possible aurait plutôt aggravé leur cas. Et la ligne de défense (opération de sauvetage d’un Européen) se tient ainsi de façon plus facile.

Voici les images de l’hélicoptère et des pilotes néerlandais aux mains des Libyens (interrogatoire plutôt courtois apparemment. Mais nous sommes sur une télévision, d’Etat, aux visées de propagande. Il faut donc se méfier doublement)