En Slovénie, l’armée ne passe pas les tests de l’OTAN. Le chef viré

Entrainement de la 72e brigade (crédit : MORS 2014 – Archives B2)

(B2) La 72e Brigade de Maribor a été déclarée « inapte » lors d’une série de tests effectués par des évaluateurs de l’OTAN afin d’évaluer la capacité au combat (combat readiness evaluation). Un coup dur pour une des principales unités de l’armée slovène qui provoque un séisme dans l’armée.

Note : 1 sur 5

Le verdict des évaluateurs de l’OTAN est tombé. Impitoyable ! Selon le site 24ur.com qui a révélé l’information, l’état de préparation du groupement tactique du bataillon a été noté « pas prêt au combat » dans quatre cas. Un seul a été reconnu « prêt au combat ». Or, selon les règles de l’OTAN établies selon la méthode CREVAL, il suffit d’avoir deux notes « non prêt au combat » pour avoir un résultat « inapte ».

Le terme d’un entraînement de 18 mois

Cette unité qui a pour fonction « d’effectuer des tâches d’opérations de combat à travers l’ensemble du spectre d’action, à l’exception des opérations spéciales » !  s’était pourtant préparée de façon intensive durant près de 18 mois en Slovénie et dans plusieurs pays (Allemagne, République tchèque, Hongrie, Roumanie, Bulgarie ou Géorgie). L’exercice organisé dans le camp de Poček à Postojna de mardi à vendredi dernier devrait donc être la consécration de cet entrainement. Les 800 hommes et femmes de la bridage étaient soumis au test final.

Des chaussures pas adaptées

Les inaptitudes semblent nombreuses, des aspects les plus importants aux plus petits détails. Coté tactique, la faiblesse est patente. « Les soldats ne savaient même pas comment se déplacer sur le champ de bataille » note un évaluateur cité par 24ur.com. Côté équipement, ce n’est pas mieux. Six soldats qui faisaient l’exercice ont eu besoin de soins médicaux en raison d’engelures. En cause, les nouvelles chaussures, achetées par le ministère de la Défense, se sont révélées tellement mauvaises que les soldats les ont « jeté après deux semaines d’utilisation ». Les « nouvelles chaussures fournies par le ministère étaient inadaptées aux conditions hivernales » raconte notre confrère slovène.

Des années de pénuries ont usé les armées

« Cela fait des années que nous tirons la sonnette d’alarme », a souligné le porte-parole de l’armée Simon Korez. « Nos équipements sont vieux et usés ». Et « nous sommes sous-dotés, tant financièrement qu’en effectifs, alors même que nos missions se sont multipliées » (cf. encadré).

Le chef d’état-major viré

La réaction n’a pas traîné. Le Premier ministre slovène Miro Cerar a annoncé jeudi (22 février) le limogeage du chef d’état-major des armées après l’échec des forces aux tests d’aptitude de l’OTAN et les critiques émises contre le manque de moyens alloués à la défense. « Puisque le chef d’état-major a la responsabilité ultime de la préparation des troupes, du travail et de l’usage opérationnel de toutes les unités, le gouvernement a renvoyé le général Andrej Osterman », a-t-il déclaré. Un mois a été donné au ministre de la Défense, Andreja Katic, pour prendre les mesures nécessaires afin d’assurer l’état de préparation au combat de la 72e brigade (1).

Une humiliation mal vécue

Très en colère, le Premier ministre a parlé « d’humiliation » pour les forces armées. Une humiliation… aussi pour le gouvernement et, en particulier, le ministre de la Défense Andreja Katic, qui disent n’avoir pas eu communication du rapport et d’avoir appris la nouvelle par les médias. Cela fait pourtant des années que les militaires slovènes alertent sur l’état déplorable des forces armées. Le nouveau chef d’état-major (CHOD) qui n’est autre que l’adjoint d’Osterman, Alan Geder, avait d’ailleurs protesté vivement il y a quelques temps sur cet état des lieux.

Commentaire : la « jurisprudence » De Villiers

Cela devient une habitude désormais. Dès qu’un chef de gouvernement (ou d’État) se sent mis en cause par la faiblesse mais surtout par les critiques sur l’état de ses forces armées, il vire le chef. Cela soulage un moment. Cela permet d’affirmer sa (petite) puissance. Mais les problèmes restent intacts. Et l’effet est souvent désastreux au sein des forces. L’exemple du limogeage en France de Pierre de Villiers l’a montré. La réputation d’Emmanuel Macron (qui avait pourtant fait un bon début) a été sérieusement atteinte au sein des armées. Plusieurs mois après cet évènement, il n’a toujours pas remonté la pente, malgré le respect de ses promesses et l’annonce concrète d’une augmentation du budget des armées en 2018.

(Nicolas Gros-Verheyde, avec AFP)


Le résultat d’un lent désinvestissement

Cette nouvelle n’est pas vraiment surprenante. Selon les statistiques de l’OTAN analysées par B2, la part du budget slovène de défense dans le PIB a chuté brutalement de 1,61% en 2010 à 0,98% trois ans plus tard en 2013, ne remontant péniblement qu’à 1,02% en 2015 et 2016. Soit six bonnes années de disette budgétaire. C’est un point notable. Mais c’est surtout le budget consacré aux équipements, ridiculement bas, qui est très inquiétant. Moins de 1% du budget de défense en 2014 était consacré aux équipements pour ne remonter en 2016 qu’à 6%. Très loin de la norme OTAN (et UE) qui fixe le ratio minimal de budget consacré aux équipements à 20%.

Seule consolation pour la Slovénie, elle n’est pas la seule dans les tréfonds du classement. D’autres pays comme la Belgique (0,91%), l’Espagne (0,92%), la Hongrie (1,05%) sont dans les tréfonds du classement otanien en matière de poids de la défense dans le PIB. Et côté équipements, on peut citer trois mauvais élèves : la Belgique (5,30%), le Monténégro (8,20%) ou la Croatie (9,07%), qui n’atteignent même pas la moitié de l’objectif d’équipements, soit un niveau critique pour assurer le minimum de renouvellement et de maintien à niveau.

(Nicolas Gros-Verheyde)


(1) Tout n’est pas perdu cependant. L’unité peut demander une nouvelle évaluation. Mais encore faut-il que les forces slovènes soient prêtes. Ce qui nécessitera sans doute encore plusieurs mois avant qu’une équipe mixte d’évaluateurs (slovènes et OTAN) puisse donner le feu vert.

Des bourses à portée de main pour les jeunes chercheurs

(B2) Obtenir un financement pour sa recherche à finalité stratégique, c’est aujourd’hui possible. Un certain nombre de financements ont été mis en place par le ministère (français) de la Défense. Comment bénéficier d’une bourse et à quelles conditions ?… B2 vous dit (presque) tout.

Le Livre blanc de 2013 avait indiqué la nécessité de renforcer la « réflexion prospective » (1). La création d’un Pacte d’enseignement supérieur doté de 2,5 millions d’euros par an à destination du monde universitaire et financé par la DGRIS (la Direction générale des relations internationales et de la stratégie — ex DAS) est venue concrétiser cet objectif autour de deux maîtres mots : « Connaître » et « Anticiper ». Destiné à jeter un pont entre le monde de la défense et le monde universitaire, ce pacte entend faciliter le développement et la régénération du vivier de chercheurs français sur les problématiques liées à la défense et à la sécurité.

Le programme « ambassadeur » : prochaine campagne début 2018 

1° Que permet-il de financer ? Un séjour de 12 mois à l’étranger (hors zones jugées à risque par le ministère de la défense).

2° A qui s’adresse-t-il ? Aux post-doctorants.

  • français ou ressortissants d’un pays membre de l’Union Européenne, ayant soutenu avec succès sa thèse dans une université française (avec ou sans cotutelle, française ou étrangère) ou dans une université étrangère avec une cotutelle française, au cours des cinq dernières années au plus tard ;
  • engagés sur un projet de recherche portant sur des enjeux de sécurité et défense quelle que soit la discipline universitaire (géographie, économie, sciences politiques, droit, etc.).

3° Quelles sont les modalités de mise en œuvre ? Le candidat (rattaché à un laboratoire universitaire français) propose un projet de recherche argumenté et justifié par l’intérêt scientifique (faisabilité auprès du laboratoire français) et un centre de recherche d’accueil à l’étranger qui valide le projet. Le laboratoire universitaire français reçoit une allocation pour salarier le post-doc pendant 12 mois pour une rémunération nette mensuelle minimum de 2300 €.

4° Combien d’allocations sont financées ? Deux au maximum par an.

Le programme « innovation » : prochaine campagne ouverte en mars 2018

1° Que permet-il de financer ? Une thèse de trois ans portant sur des enjeux de sécurité et de défense, quelle que soit la discipline universitaire en sciences humaines et sociales (géographie, économie, sciences politiques, droit etc …) et comportant une prise de risque scientifique, soit sur le plan méthodologique (usage ou expérimentation de méthodes scientifiques innovantes, issues de différentes sciences humaines et sociales, voire empruntées à des sciences dites dures), soit sur le plan thématique (thématique de réflexion inédite dans le champs disciplinaire concerné, originalité du prisme scientifique choisi, renouvellement de la réflexion scientifique dans le domaine considéré).

2° A qui s’adresse-t-il ? Aux doctorants français ou ressortissants d’un pays membre de l’Union européenne inscrit dans une université française (avec ou sans cotutelle, française ou étrangère) ou dans une université étrangère avec une cotutelle française. Seront privilégiés les étudiants en 1e année de thèse.

3° Quelles sont les modalités de mise en œuvre ? Le laboratoire universitaire français reçoit une allocation pour salarier le doctorant pendant 3 ans pour une rémunération nette mensuelle minimum de 1550 €.

4° Combien de bourses sont financées ? Trois au maximum par an.

Le programme « thématique » : prochaine campagne ouverte en mars 2018

1° Que permet-il de financer ? Une thèse de trois ans portant sur des enjeux de sécurité et de défense, quelle que soit la discipline universitaire (géographie, économie, sciences politiques, droit etc.), relevant de l’une des thématiques spécifiques, appelées à changer chaque année (2).

2° A qui s’adresse-t-il ? Aux doctorants français ou ressortissants d’un pays membre de l’Union européenne inscrits dans une université française (avec ou sans cotutelle, française ou étrangère) ou dans une université étrangère avec une cotutelle française. Seront privilégiés les étudiants en 1e année de thèse.

3° Quelles sont les modalités de mise en oeuvre ? Le laboratoire universitaire français reçoit une allocation pour salarier le doctorant pendant 3 ans pour une rémunération nette mensuelle minimum de 1550 €.

4° Combien de bourses sont financés ? Six au maximum par an.

Le programme « Aide à la mobilité »

1° Que permet-il de financer ? Le transport aérien ou ferroviaire pour présenter des communications à des colloques ou des séminaires nationaux ou internationaux (hors frais annexes : taxi, bus, métro…).

2° A qui s’adresse-t-il ? Aux jeunes chercheurs en sciences humaines rattachés à l’IRSEM.

3° Quels sont les domaines d’études ciblés ? Nouveaux conflits, pensée stratégique et nouveaux concepts, armement et prolifération, sécurité européenne et transatlantique, sécurités régionales comparées, défense et société, enjeux juridiques de le défense, histoire de la défense et de l’armement.

4° Quelles sont les modalités ? Déposer son dossier complet au moins deux mois avant le départ.

(Elena Barba)

Renseignements supplémentaires : retrouver toutes les informations utiles et dossiers de candidatures sur les sites de la DGRIS ou de l’IRSEM


La mise en place d’un label « Centre d’excellence » 

Le ministère a décidé de sélectionner quelques établissements d’enseignement supérieur français et regroupements d’établissements, sur différents critères (excellence et innovation scientifique, impact et rayonnement des travaux, interdisciplinarité, insertion professionnelle). L’objectif est de soutenir des centres de recherche universitaires de pointe sur les questions de stratégie et de défense afin qu’ils soient reconnus et deviennent des références au niveau international.

Ces centres sont sélectionnés en deux phases. Premièrement, une phase de pré-sélection (qui a commencé en 2017) permettant de faire monter en puissance les centres académiques dans le domaine des études stratégiques en embauchant des jeunes chercheurs. Deuxièmement, la labellisation via un budget de 300.000 euros par an d’une durée de cinq ans renouvelable et permettant la création de nouveaux postes d’enseignants-chercheurs et la constitution d’une équipe de recherche de haut niveau.


(1) Le livre blanc sur la défense et la sécurité nationale (LBDSN) avait mis en évidence des faiblesses — « la recherche stratégique française souffre d’une masse critique insuffisante » – et préconisé une « démarche prospective de l’État [appuyée] sur une réflexion stratégique indépendante, pluridisciplinaire, originale intégrant la recherche universitaire ».

(2) A titre d’exemple, pour l’année universitaire 2015-2016 avaient été retenus les thèmes suivants : Russie, Afrique du Nord – Proche et Moyen Orient, Arctique, Afrique subsaharienne et australe, Asie centrale, Asie du Sud-Est, BITD Russie, Chine, Inde, Cyber-défense, Dissuasion nucléaire, Défense anti-missile, Marché international de l’armement, Démographie, Crises sanitaires mondiales, Questions religieuses, Prospective internationale de défense, Agrégats économiques de la BITD, Politiques de défense.

La Pologne peut-elle faire partie du noyau dur de la défense européenne ?

Jaroslaw Kaczynski à Cracovie le 11 novembre (crédit : PiS)

(B2) La Pologne s’est raccrochée à la dernière minute à la Coopération structurée permanente. On pourrait s’en réjouir tant l’absence de Varsovie de la plupart des projets européens était troublante. Mais cette adhésion ne s’est pas faite sans réserve ni déclaration anti-européenne. Ce qui pose un sacré problème.

Des réserves

Tout d’abord, on peut remarquer que la Pologne a tenu à ajouter une déclaration à la mise en place de la Coopération structurée permanente. C’est le seul pays à avoir fait cette démarche officielle. Même si la valeur juridique de ce document peut être discutée, sa valeur politique est incontestable. Elle apparaît contradictoire avec toutes les déclarations faites autour de cette coopération indiquant que les 20 engagements forment un tout qui ne peut être séparé et ne peuvent faire l’objet de réserves. Ce qui pose un problème de forme.

Une volonté de blocage sous-jacente

Sur le fond, la lettre apparaît assez anodine et se contente d’accentuer certains principes, même si certains termes sont ambigus. Cette ambiguïté a été levée par les déclarations du ministre de la Défense polonais. Antoni Macierewicz va plus loin que le contenu même de la déclaration entendant conditionner le soutien polonais à l’absence de structures parallèles entre l’UE et l’OTAN (lire La Pologne pose trois conditions, écrites, à son adhésion à la PESCO). Des déclarations faites uniquement en polonais, mais qu’on a toutes les raisons de prendre au sérieux car c’est ce ministre qui siégera au sein de la PESCO. On peut donc lui faire confiance qu’il n’aura pas pour ambition de développer la Coopération européenne mais au contraire de la freiner et de la limiter.

Une absence de dynamique européenne

Au plan industriel et opérationnel, la Pologne est aujourd’hui absente de tous les grands projets européens de défense, ce qui est étonnant pour un pays de cette taille. Elle ne participe pas à EATC, la commandement du transport aérien. Elle ne participe quasiment à aucune des « grandes » opérations et missions militaires (Méditerranée, EUTM en Afrique, anti-piraterie), alors qu’elle affirme avoir « une des armées les plus puissantes d’Europe ». Elle ne participe à aucun des projets structurants de la défense européenne (A400M, NH90, drones MALE, ravitailleurs…), donne quasi systématiquement une préférence aux équipements américains qu’aux équipements européens et s’est même retirée de l’Eurocorps (lire : La Pologne claque la porte de l’Eurocorps, par rancoeur politicienne).

Un problème de taille : d’ordre politique

S’ajoute à cela une attitude générale d’ordre politique, historique et philosophique.

La saillie antisémite de Kaczyński

Lors d’un discours prononcé le jour de l’indépendance à Cracovie, le 11 novembre, Jaroslaw Kaczynski, le leader du PiS (droit et justice) — le parti au pouvoir — et son autorité légitime, a fait une sortie particulièrement dure pour réclamer, à nouveau, des réparations de guerre aux Allemands, s’appuyant sur une argumentation pour le moins étonnante…

« Les Français ont été indemnisés, les Juifs ont été indemnisés, de nombreux autres pays l’ont été pour ce dont ils ont souffert durant la Seconde Guerre mondiale. Pas les Polonais » « Ce n’est pas seulement une question matérielle. Il en va de notre statut, de notre honneur. » – Jaroslaw Kaczyński

C’est une ritournelle bien connue actuellement en Pologne qui ne cesse de vouloir faire une nouvelle lecture de l’Histoire, dans un esprit revanchard. Mais cette déclaration, outre son inexactitude historique (1), constitue une sortie de route flagrante et n’est pas anodine. Elle est proprement inacceptable venant d’un dirigeant européen. On flatte, ici, non seulement la fibre patriotique ou nationale, mais on flirte plus carrément avec la tradition antisémite la plus noire de l’histoire, semblant considérer comme étrangers les juifs polonais (trois millions environ ont péri durant la Seconde guerre mondiale). Cette déclaration a eu lieu le soir-même d’une marche « patriotique » à Varsovie qui a vu refleurir quelques slogans néonazis, alors que des dirigeants de groupuscules extrémistes européens comme l’Italien Roberto Fiore étaient invités dans des meetings à Wroclaw, cela n’est pas tout à faire anodin.

Enfin, cela est d’autant moins anodin que cette déclaration du leader du PiS n’a bien sûr donné lieu, à ma connaissance, à aucune condamnation officielle (difficile de condamner une autorité comme J. Kaczynski).

Une revendication qui n’a pas d’excuse conjoncturelle

Remettre le couvert sur les réparations de guerre parait pour le moins inapproprié aujourd’hui, d’autant que rien dans l’actualité politique ou économique nationale ne le justifie. La Pologne jouit d’une économie en bonne santé, n’est soumise à aucun plan drastique de réforme (2). Elle a sa place pleine et entière dans les institutions européennes (très bien représentée dans les structures et directions des institutions européennes). Elle n’est victime d’aucun ostracisme, même si elle n’affiche pas l’intention de poursuivre de politique plus intégrée (l’Euro notamment). (3)

Une volonté de revanche

Semer l’esprit de revanche, afficher des slogans franchement antisémites sont-ils de l’essence européenne ? On peut s’interroger. L’Union européenne a justement été créée avec un seul objectif : mettre en sourdine toutes les prétentions nationales pour travailler ensemble (le marché commun ou l’Euro ne sont que des avatars de cet objectif politique). Reprendre le combat sur cette question très sensible est aussi dangereuse. Tout pays européen pourrait être enclin à réclamer aujourd’hui à ses voisins des réparations et dommages de guerre (4).

Une absence d’engagement démocratique

Certes aucun des engagements signés dans la PESCO ne fait mention d’un quelconque respect de certaines valeurs (démocratie, droits de l’Homme, relations de bon voisinage) mais celui-ci est intrinsèque aux différents principes inscrits dans le préambule du Traité sur l’Union européenne et notamment au principe qui fonde la politique étrangère (et de défense) de l’UE : « la politique étrangère et de sécurité commune [est] fondée sur un développement de la solidarité politique mutuelle des États membres ».

Une question fondamentale

Un gouvernement dont l’un des principaux dirigeants fait une telle déclaration peut-il faire partie d’un noyau dur de défense européenne ? La question mérite d’être posée clairement et d’avoir une réponse. Il ne faut pas faire l’autruche. Accepter la candidature de Varsovie, aujourd’hui, dans la Coopération structurée permanente apparaît à la fois contraire à l’esprit et à la lettre du Traité et même de cette coopération européenne.

Attention à un précédent

Les autorités qui doivent évaluer les candidatures des pays membres à la PESCO doivent donc considérer tous les éléments en cause (politique, idéologique, technique, juridique, opérationnel, capacitaire). La réponse à ces différents prismes d’analyse produit à chaque fois la même conséquence : la candidature de la Pologne doit être « suspendue », en attendant qu’elle éclaircisse à la fois sa stratégie politique en matière de réparation de guerre, et les conditions qu’elle pose au développement de la défense européenne.

(Nicolas Gros-Verheyde)


(1) D’une certaine façon, la Pologne a été « indemnisée » par l’octroi d’une partie de territoire faisant partie de l’Allemagne auparavant. On pourra jauger s’il s’agit d’une juste compensation de l’annexion d’une partie de son territoire par l’URSS ou non. Mais c’est un des plus importants mouvements territoriaux de l’après-guerre.

(2) Ce débat des réparations avait resurgi en Grèce, mais de façon plus conjoncturelle, liée aux pressions que faisait peser Berlin pour mettre en place des réformes structurelles économiques plus fortes à Athènes. La situation polonaise n’est aucunement comparable.

(3) La seule procédure en cours concerne l’état de droit en Pologne et la réforme de la justice. Mais chaque pays est tour à tour l’objet de procédures en manquement.

(4) La république tchèque par exemple pour les territoires conquis par la Pologne en 1938 à la faveur de l’invasion allemande ou la Lituanie après 1945, etc

La Finlande tient à sa conscription

(B2 à Helsinki) Le Finlandais a la défense territoriale inscrit dans son ADN. Toute l’histoire de ce pays ballotté entre Suède et Russie le prouve.

« Avoir les conscrits est la seule possibilité de maintenir des effectifs complets, surtout dans le nord du pays. N’avoir que des professionnels cela reviendrait trop cher. » indique le lieutenant-colonel Rainer Kuosmanen, commandant adjoint du régiment de Chasseurs de la garde. « Nous n’avons pas suivi la Suède quand ils ont supprimé la conscription. Ce qui a dégradé leur potentiel de défense. »

1400 km de frontières avec la Russie

C’est un élément majeur de la doctrine militaire finlandaise dont le mot-clé est : « être prêt au cas où » (le fameux ‘readiness’ en anglais). Un point focal de la dissuasion à la finlandaise, pour ce pays qui n’est pas membre de l’OTAN mais a près de 1400 km de frontières terrestres avec la Russie. « Nos ennemis impossibles doivent vraiment croire que toute action leur coutera cher en pertes. Notre défense, aujourd’hui, est forte, si importante qu’ils hésiteront ensuite. »

Un sentiment patriotique important

C’est un élément à fort ressenti psychologique également. Il y a un fort sentiment chez les Finlandais de devoir défendre le pays le cas échéant. « Vous devez avoir fait votre service ». Il y a une grande pression de la part des familles, des pères qui ont fait leur service. Et dans les sondages, il se dégage une nette majorité (plus de 70% de la population), qui a la « volonté de défendre le pays ».

Un service de six mois minimum

Chaque conscrit (le service est obligatoire pour les jeunes gens, basé sur le volontariat pour les jeunes femmes) passe par un cycle de six mois : deux mois d’entraînement basique, deux mois d’entraînement plus spécifique et deux mois d’entraînement en unités. L’occasion aussi de repérer les futurs chefs d’équipes et officiers qui auront une formation supplémentaire (jusqu’à six mois supplémentaires).

Un test de conscription

A la fin du service, un test est réalisé sur les conscrits qui a pour objectif de mesurer leurs aptitudes (1) mais aussi la qualité de l’enseignement comme le vécu dans l’armée. Aujourd’hui, ils peuvent courir en 12 minutes approximativement 2560 mètres (qui a été amélioré de 300 mètres). Le test de tir est coté avec une note de 3 sur une échelle de 1 à 4. Quant aux volontés de défendre la nation et de vivre de l’armée comme une « expérience », elles sont notées respectivement 4,2 et 4,1 (sur une échelle de 1 à 5).

Un service « intéressant, utile, attractif »

C’est un « test que l’on fait à la fin du service. Cela nous conforte dans notre approche que le temps de service n’est pas du temps perdu ». Les officiers finlandais y tiennent. Il faut chercher un équilibre entre un entraînement efficace (demandeur, convainquant, crédible pour les Finlandais et les pays étrangers) et l’acceptation par les Finlandais (en respectant certains principes, à commencer par la sécurité des conscrits, un traitement correct, un service « intéressant, utile, attractif ».)

(Nicolas Gros-Verheyde)

A suivre sur B2 Pro : la politique de défense finlandaise et un entretien avec le président finlandais


La brigade des chasseurs de la garde

La brigade des chasseurs de la garde est un régiment de l’armée finlandaise, basée dans la périphérie d’Helsinki, dédiée à la défense territoriale. Comme tous les régiments finlandais, une bonne partie de son effectif est composé de conscrits. La conscription reste, en effet, obligatoire en Finlande. Et personne n’a l’intention d’y renoncer, pour des arguments à la fois économiques, politiques et militaires. De par son environnement urbain (2), ce régiment dédie une bonne part de ses entraînements au combat urbain.

Une spécialité : le combat urbain

Le régiment compte 400 militaires, et 900 à 1500 conscrits, ainsi que 1600 réservistes. Il compte deux bataillons : le bataillon de chasseurs d’Uusimaa et le bataillon de la Garde et une école sportive qui forme tous les militaires. Sa spécialité, est cependant le combat urbain. C’est le centre d’excellence pour le combat urbain de l’armée finlandaise qui a notamment pour tâche de défendre la capitale Helsinki et la région d’Uusimaa. Il compte aussi une unité de musiciens militaires, une autre qui assure la garde présidentielle. Et quelques spécialités, plus « geek », comme les systèmes d’information (TI), le cyber, le Combat camera.


(1) Pour les conscrits qui ont été considérés aptes. Ceux-ci sont classés selon cinq catégories : de A (compétent pour toutes tâches) à T (libéré pour raisons de sécurité), en passant par B (capable avec quelques limitations), C (libéré du service en temps de paix), E (à définir plus tard).

(2) La zone urbaine est complexe car il y a beaucoup d’offices publics, d’aéroports et usines. Dans le district, il y a le Commandement et le Quartier général (HQ), les bataillons de chasseurs, les bataillons locaux et un régiment anti-aérien, un détachement d’artillerie, et une unité d’intervention (readiness).