Fabrique défense : l’événement français se teinte d’une incontournable touche d’Europe

(B2 à Paris) Les 17 et 18 janvier, la Fabrique Défense s’est tenue à Paris. Autour de cet événement d’envergure visant à sensibiliser la jeunesse aux enjeux de défense et de sécurité, ce sont près de 80 rencontres qui ont eu lieu un peu partout en France mais aussi dans dix pays européens

Les conférences ont mobilisé des intervenants généralement pointus dans leurs domaines. (©B2/Romain Mielcarek)

La Fabrique Défense, c’est quoi ?

Annoncé en grande pompe par la ministre des Armées et porté par la communication institutionnelle, cet événement passe un peu pour un OVNI. Même parmi les participants, on ne savait pas toujours sur quel pied danser. Plusieurs s’interrogeaient sur le profil du public. Certains s’étonnaient de l’ampleur du principal événement à Paris, remarquant un nombre important de visiteurs, au-delà des espoirs initiaux. D’autres se regardaient de travers en se reprochant mutuellement de profiter de l’occasion pour recruter. L’objectif, résume Nicolas Bronard, cadre à la Direction générale des relations internationales et de la stratégie (DGRIS) et chef du projet Fabrique Défense, c’est de « dialoguer avec des jeunes auxquels on ne parle pas ou auxquels on ne parle plus ». 154 acteurs publics et privés ont proposé des ateliers, conférences et autres jeux de société, aussi bien pour susciter des vocations que pour sensibiliser un public parfois distant avec ces sujets.

Une touche d’Europe obligatoire

Beaucoup moins médiatisées que le grand raout parisien, des rencontres ont eu lieu dans dix pays européens(1), principalement sous la forme de conférences et de débats. Une dimension obligatoire pour porter la bonne parole du gouvernement sur la « culture stratégique européenne ». Divers partenaires se sont manifestés pour proposer des activités, plus ou moins marquées par leurs métiers respectifs. Le Collège du renseignement en Europe a par exemple insisté sur cette spécialité, tandis que les Jeunes IHEDN ont opté pour des conférences plus tournées vers les relations internationales… Et suivies d’indispensables afterworks.

Galop d’essai

« Nous avons été prudents car le délai était contraint, explique Nicolas Bronnard. Nous avons essayé de ne pas être trop ambitieux. » L’aspect européen, aussi indispensable soit-il, a ainsi beaucoup dépendu des bonnes volontés d’acteurs locaux, qu’ils soient institutionnels, privés ou associatifs. L’organisateur se montre tout de même satisfait : sur 14 500 jeunes participants inscrits, 8000 étaient intéressés par les activités dans les régions et dans les pays voisins. Surtout, une bonne partie d’entre eux étaient éloignés de l’habituelle communauté de la défense et venaient en curieux.

Rendez-vous dans deux ans

La Fabrique Défense doit se tenir de nouveau en 2022. Le ministère des Armées a d’ores et déjà promis d’organiser ces rencontres tous les deux ans, en alternance avec le Forum Innovation Défense, autre pilier de la communication gouvernementale, initié en 2018. Le budget d’environ un million d’euros de cette première édition s’avère, d’après les organisateurs, des plus corrects : une bonne partie des partenaires ont contribué en mettant à disposition des sites, du matériel et bien d’autres moyens. Ils se disent donc satisfaits du rapport qualité-prix de cette première expérience.

(Romain Mielcarek)

(1) Liste des pays où ont eu lieu des rencontres dans le cadre de la Fabrique Défense : Royaume-Uni, Pays-Bas, Belgique, Allemagne, Espagne, Italie, Suède, Finlande, Lituanie, Croatie.

Romain Mielcarek

Romain Mielcarek est journaliste spécialisé défense et international. Correspondant de B2 à Paris, il collabore également avec DSI, RFI et Le Monde Diplomatique. Titulaire d'une thèse de doctorat en sciences de l'information et de la communication, il mène par ailleurs des recherches académiques sur l'influence militaire. Son dernier ouvrage : "Marchands d'armes, un business français" (Tallandier, 2017).