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[Actualité] Mer Rouge. Plusieurs drones abattus par les navires d’Aspides. Mais les Houthis font mouche (v2)

(B2) Les navires français, italien et allemand présents en mer Rouge et dans le Golfe d'Aden se sont mis en position pour atténuer les attaques sur les navires marchands. Mais la menace reste bien présente. Plus présente que jamais. Les frappes US sur le territoire yéménite ne semblent pas l'amoindrir. Au contraire.

Un drone abattu par un navire italien

Le navire de la marine italienne Caio Duilio (D-554) a abattu un drone en mer Rouge samedi (2 mars) dans l'après midi). Le drone, aux caractéristiques similaires à ceux déjà utilisés lors des attaques précédentes, « se trouvait à environ 6 kilomètres du navire italien et volait dans sa direction » indique le ministère italien de la Défense dans un communiqué. C'est la troisième action de ce type dans un cadre européen (1).

Deux drones détruits par la frégate allemande

La frégate allemande Hessen (F-221), engagée dans le cadre de l'opération de EUNAVFOR Aspides a détruit, mardi soir (27 février), deux drones Houthis qui se dirigeaient sur elle, indique la Bundeswehr. Un tir réussi contrairement au précédent, heureusement raté, les marins allemands ayant failli viser un drone américain (lire : [Actualité] Boulette allemande en mer Rouge. Un drone américain pris pour cible).

Deux autres par la frégate française

Une semaine auparavant, mardi 20 février, les frégates multi-missions françaises (FREMM) avaient détecté « des attaques multiples de drones » en provenance du Yémen « dans leurs zones de patrouille respectives dans le golfe d’Aden et dans le sud de la mer Rouge », indiquait un communiqué de la Défense française. La frégate française FS Alsace (D-656) détruisant deux drones, tandis que le destroyer américain USS Mason (DDG-87) a détruit, le même jour, un missile balistique anti-navire.

Les attaques continuent, parfois mieux ajustées

Jeudi 22 février, le MV Islander, un cargo britannique battant pavillon de Palau, parti de Singapour, est atteint par deux missiles anti-navires (ASBM) qui provoquent un feu à bord et blesse légèrement un des membres d'équipage, selon les autorités maritimes. Il est obligé de faire escale à Djibouti. Samedi 24 février, le MV Torm Thor, un pétrolier propriété américaine et battant pavillon américain, est visé par un missile balistique anti-navire (ABM), dans le Golfe d'Aden, à 70 nautiques de Djibouti, sans dégât ni blessés. Dimanche (25 février), trois drones sont détectés dans le détroit de Bab-el-Mandeb, ciblant un vraquier battant pavillon des Barbades, le MV True Harmony. Deux d'entre eux sont détruits par un avion américain, le troisième tombe suite à une panne technique. Mardi (27 février), un autre tanker, le MV Lady Youmna, battant pavillon du Panama, est visé par un missile anti-navire qui explose dans l'eau à 60 nautiques en mer Rouge, à l'Ouest de Hodeidah. Le même jour, c'est un roulier porte-conteneurs battant pavillon de Madère (Portugal), MV Jolly Vanadio, de la compagnie italienne Linea Messina, qui est visé par des drones, abattus par un navire de guerre.

Le naufrage définitif du Rubymar

Samedi (2 mars), est venue la confirmation du CentCom, le commandement militaire US pour la région, que le Rubymar, a finalement coulé, en mer Rouge vers 2h15 du matin (heure locale). Touché de façon grave le 18 février dernier par un missile anti-navires (lire : [Actualité] Un navire marchand atteint par un missile dans le détroit de Bab-el-Mandeb), ce vraquier britannique, battant pavillon du Belize, n'a pas pu être remorqué vers un port. Il prenait l'eau régulièrement et a sombré à 13°21 Nord et 042°57 Est précise le centre britannique UkMto. Au large du port yéménite de Mokha.

Le naufrage du vraquier britannique (photo : CentComUS)

C'est le premier navire marchand atteint de manière définitive. « Les quelque 21.000 tonnes d’engrais au sulfate de phosphate d’ammonium » que transportait le navire présentent un « risque environnemental » en mer Rouge, dénonce le CentCom. Il estime aussi que cela peut représenter un obstacle « souterrain » pouvant menacer « les autres navires transitant par les voies de navigation très fréquentées de la voie navigable ».

Commentaire : un semi-échec de la tactique offensive US

Ce naufrage, comme les attaques récentes, est une escalade claire. C'est le premier navire marchand atteint de plein fouet dans la zone depuis le début des attaques houthis en octobre. La tactique offensive des Américano-britanniques, à l'aide de frappes préventives sur le territoire yéménite, ne semble donc pas vraiment avoir l'effet escompté. Au contraire. La stratégie purement défensive des Européens — moins tape-à-l'oeil — est finalement tout aussi efficace, voire plus.

Certes les frappes américaines (et britanniques) ont dégradé quelque peu la capacité des Houthis. Mais elles n'entament en rien la détermination des rebelles yéménites. Tirant régulièrement, ils menacent navires marchands comme militaires. Les drones et missiles qui passent au travers des filets de défense européen et américano-britannique paraissent mieux ciblés. Faisant mouche à plusieurs reprises.

Les cibles semblent aussi mieux choisies. Au lieu d'un tir tous azimut des débuts, on peut remarquer que les navires atteints sont généralement propriété britannique ou américaine. Ce qui n'est pas tout fait un hasard. Les Houthis semblent bien conseillés et bien aidés par leurs alliés iraniens (ou d'autres).

Notons que trois des navires visés récemment — le Rubymar, le Lady Youmna, et le MV True Harmony — ont participé aux exportations ukrainiennes en décembre 2022 (cf. Interfax) et en janvier 2023, dans le cadre de la Black Sea Grain Initiative menée sous égide de l'ONU et gérée depuis Istanbul par un centre coordination conjointe cogéré par la Turquie, la Russie et l'Ukraine. Il est trop tôt pour en tirer des conséquences, le transport de marchandises maritime étant largement mondialisé. Mais gardons un oeil...

(Nicolas Gros-Verheyde)

  1. Officiellement le navire italien agit à titre national, tant que la chambre des députés italienne n'a pas approuvé son intégration dans l'opération européenne. Ce qui devrait être fait normalement ce 5 mars (cf. Carnet 05.03.2024).

Mis à jour sur la nature des missiles et le statut du navire italien

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).

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