Le pont de Kerch vers la Crimée explose. Camion piégé ou attaque combinée ?

(B2) Le pont de Kerch reliant la Crimée avec la Russie a été détruit partiellement ce samedi (8 octobre) au matin. Si la méthode reste encore à déterminer, on semble bien dans le cadre d’un sabotage bien organisé… par les Ukrainiens.

La version russe : un camion piégé

Officiellement, côté russe, on met en cause un camion qui aurait explosé, fait effondrer une partie du pont et enflammé la voie ferrée au-dessus juste au moment où passait un train de marchandises.

Une version difficilement crédible

D’une part, il est difficile de croire qu’un simple camion piégé arrive à faire des dégâts de cette nature, au-dessous ou au-dessus, sur plusieurs endroits distincts. L’effondrement complet de la chaussée (une des bandes à deux voies), avec une partie de la structure soulevée vers le haut et une autre partie (ciment, fer et asphalte) plongeant dans la mer, davantage sur les endroits de “soudure”, paraît difficilement explicable par l’explosion d’un seul camion en surface.

L’hypothèse d’une mine placée et déclenchée à distance sur un ou plusieurs endroits du pont semble donc plus plausible. Mine déclenchée au besoin par un drone sous-marin. Le fait qu’un camion transportant des matières inflammables ait pris feu et provoqué des dégâts supplémentaires paraît aussi plausible.

La non-revendication ukrainienne n’est pas une preuve dans un sens ou dans un autre. Les Ukrainiens ayant pris pour habitude de ne pas revendiquer (au moins tout de suite) certains actes de sabotage ou actions offensives précises sur les infrastructures ou forces russes.

Quelques leçons à chaud

Un pont stratégique pour la logistique russe

Ce pont de 18 km de long, inauguré en mai 2018 (pour la partie route) et en décembre 2019 (pour la partie ferroviaire), est vital pour ravitailler non seulement la Crimée, mais aussi une partie des territoires occupés par les Russes, en particulier dans la province voisine de Kherson. Ces villes peuvent être ravitaillées par l’Est de l’Ukraine tenu par les Russes. Mais c’est plus long et compliqué. Et avant un rétablissement total, il faudra sans doute de longues semaines.

Une défaite tactique pour la Russie

Son effondrement au lendemain de l’anniversaire des 70 ans de Vladimir Poutine est un symbole majeur de l’offensive ukrainienne, tout comme le naufrage du navire-amiral russe, le Moskva. Pour le gouvernement ukrainien, récupérer la Crimée constitue un but ultime de la guerre. « Tout ce qui est illégal doit être détruit, tout ce qui a été volé doit être restitué à l’Ukraine, tout ce qui est occupé par la Russie doit être expulsé. » indique Mykhailo Podolya, le conseiller du président ukrainien Volodymyr Zelensky, via Twitter.

La guerre des infrastructures fait rage

Les explosions sur les gazoducs Nord Stream fin septembre et l’explosion sur le pont de Kerch ce samedi (8 octobre) n’ont bien entendu rien à voir. Elles sont tout de même le symbole d’une guerre des infrastructures qui est en train de se produire dans la foulée du conflit principal terrestre opposant les deux armées, ukrainiennes (aidées par les pays de l’OTAN) et russes. Une bataille qui a une logique : frapper la logistique arrière (1).

L’allongement du champ de bataille

Cette explosion sur le pont de Crimée pourrait ralentir la logistique russe. Elle les oblige aussi à redéployer certains moyens afin de protéger le pont et la Crimée. Autrement dit entre le Nord-Est et la bataille autour de la rivière d’Oskil, entre le Sud dans le Kherson, l’Ukraine vient d’ouvrir un nouveau front : vers la Crimée. La Russie pourrait répliquer avec la mobilisation biélorusse menaçante, ouvrant alors un nouveau front, au Nord. Dans tous les cas, on est dans la même logique : étendre le champ de bataille et obliger l’ennemi à disperser ses forces.

(Nicolas Gros-Verheyde)

(1) Dernier élément : la rupture des câbles d’alimentation du train allemand à plusieurs endroits serait due à un sabotage d’origine étatique selon le Bild.

(complété dimanche 9.10 sur l’aspect allongement du champ de bataille et la note)

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).

Une réflexion sur “Le pont de Kerch vers la Crimée explose. Camion piégé ou attaque combinée ?

  • 9 octobre 2022 à 22:44
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    Les travées sont vissées entre elles et la chaleur à fait sauter les écrous donc plusieurs sont tombées

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