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La meilleure auberge espagnole qui soit ! … Le service diplo européen

Les experts européens etbelges du Bfast sur le chemin du retour d’Haïti (crédit : Commission européenne)

(BRUXELLES2) Parmi les “papiers” discutés par les ministres des Affaires étrangères, lundi, figurait le papier proposé par les trois pays du Benelux. Dans le même esprit que le papier autrichien, les diplomates belges, néerlandais et luxembourgeois préconisent « d’améliorer les synergies entre l’Union et les Etats membres » et d’apporter quelques améliorations dans le travail, sur le terrain (dans les pays tiers), entre délégations européennes et bilatérales. Mais ils apportent surtout une touche originale – la Benelux touch’ – dans leur volonté de mettre à la fois l’Europe au service des Etats membres et en avant en cas de crises que ce soit pour la coopération consulaire que dans le mécanisme de réponse de crises dans le cadre de la politique étrangère et de sécurité commune (PESC). Sans oublier (une idée pas idiote du tout) : les échanges, de personnel, entre la diplomatie européenne (SEAE) et les diplomaties des Etats membres. Car pour le Benelux, la naissance d’une culture commune est un des prochains ciments de la politique étrangère commune.

La naissance d’une culture commune
commence par le partage des analyses
et des informations

Des lignes directrices d’ici l’automne

Les diplomates du Benelux proposent que la Haute représentante mette sur la table, d’ici l’automne 2011, des lignes directrices communes pour fixer les « bonnes pratiques » d’une coopération sur le terrain dans les pays tiers et les organisations internationales. Des lignes directrices qui pourraient être réévaluées régulièrement.

Partage de l’information et des analyses

Comme les Autrichiens, ils recommandent aussi « un partage de l’information et des analyses conjointes », dans un esprit de confiance, sur le terrain. Les Etats membres qui ne sont pas représentés dans les pays concernés « devraient obtenir un accès similaire aux rapports des délégations de l’UE » demandent-ils. Tout cela exige un système sécurisé de communication entre les institutions européennes concernées et les Etats membres. Mais des économies peuvent aussi être réalisés, par l’échange des analyses, des revues de presses, des traductions. Ce qui est fait par l’un n’est plus à faire par l’autre.

Vive les échanges

Autre idée des “Beneluxiens”, la naissance d’une culture stratégique commune. Le papier préconise ainsi une formation conjointe des diplomates européens et autres agents déployés par l’UE comme par les missions bilatérales. Et des échanges de personnels. Du personnel du SEAE pourrait passer de façon temporaire dans les services des Etats membres (comme le sont déjà des diplomates nationaux par le SEAE).

En cas de crise, le service diplomatique
l’Europe doit être là, visible, préparée à répondre… à tout

Un rôle plus visible pour l’Europe en cas de crises

L’UE doit « jouer un rôle plus visible pour tous dans les situations de crises » disent les pays du Benelux. Même si cela reste de la compétence nationale, ils estiment que le service diplomatique européen peut jouer un rôle de coordination dans des domaines pratiques et logistiques comme les évacuations, la fourniture d’abris ou le déploiement d’équipes d’experts.

Une meilleure coopération consulaire

Le SEAE peut aussi, de façon temporaire, abriter le staff consulaire des Etats membres qui n’ont pas une présence dans un lieu particulier. Les avertissements de voyages, les rapports sur les droits de l’homme, sur les cas particuliers de demandes d’asile, la délivrance de documents de voyage en urgence pour les Européens sont autant de domaines où la coopération consulaire entre Européens pourraient s’exercer.

Pouvoir se coordonner sans être là : un réseau vidéo sécurisé

En cas d’urgence, le Haut représentant et les ministres des Affaires étrangères doivent également pouvoir s’entretenir selon des moyens sécurisés sans avoir à se rencontrer en personne. La note “Benelux” suggère donc d’étudier “d’urgence” un dispositif sécurisé de vidéoconférence.

Le COPS contrôle, le SEAE coordonne, et tous les scénarios doivent être envisagés

C’est le service diplomatique qui doit jouer le rôle de coordination et de mobilisation des moyens de l’Union. Des procédures et des chaines de commandement claires et fixées d’avance doivent permettre de répondre aux crises. Et tous les scénarios de réponse doivent pouvoir être étudiés (réponse aux désastres, aide humanitaire, protection consulaire, options civilo-militaires, action diplomatique). Mais c’est au Comité politique et de sécurité (COPS) d’assurer le plein contrôle politique et les orientations dans ces situations de crises. Un COPS qui, aux yeux des pays du Benelux, devrait jouer, de façon générale, « un rôle plus important dans le processus de décision de la PESC (et) devenir un point central de consultations pré-décisionnelles ».

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Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).