La catastrophe de Riga. Inaperçue

Le Premier ministre letton Valdis Dombrovskis et le ministre de l'Intérieur Rihards Kozlovskis en discussion avec les pompiers sur le lieu de la catastrophe (Crédit : Toms Norde, Chancellerie présidentielle / Valsts kanceleja)
Le Premier ministre letton Valdis Dombrovskis et le ministre de l’Intérieur Rihards Kozlovskis en discussion avec les pompiers sur le lieu de la catastrophe (Crédit : Toms Norde, Chancellerie présidentielle / Valsts kanceleja)

(BRUXELLES2) Je suis très étonné que la catastrophe du supermarché à Riga en Lettonie n’ait trouvé que si peu d’écho, dans nos journaux et parmi nos responsables politiques.

Un des plus graves accidents en Europe

L’accident du supermarché Maxima dans la banlieue de Riga est cependant un des plus graves qu’ait connu l’Europe. Survenu jeudi soir, en fin de journée, alors que le magasin connaissait une certaine affluence, l’affaissement du toit devrait faire environ 60 morts et plusieurs dizaines de blessés. Depuis la première alerte qui parlait de 6 morts, le bilan n’a fait qu’augmenter d’heure en heure. Dimanche matin, le bilan officiel faisait état de 54 personnes décédées, et de 7 personnes toujours signalées disparues par leurs familles (*). Sans compter certains blessés dans un état grave.

54 morts, dont 3 pompiers, et 7 disparus

Médecins, pompiers et militaires ont été mobilisés. Près de 150 pompiers de Riga et de la région de Vidzeme étaient toujours à l’oeuvre, dimanche matin, pour fouiller environ 80 m2 de ruines. Mais les services de secours sont très pessimistes sur les chances de retrouver des survivants, selon les médias lettons. « Les pauses observées durant les recherches n’ont pas permis de déceler trace de vie » explique le responsable des secours.

Un travail de secours retardé

« Le travail est lent à cause de l’épaisseur de débris dans certains endroits qui atteint jusqu’à plusieurs mètres » mais aussi du risque d’effondrement du toit. Le sauvetage a dû ainsi être arrêté à plusieurs reprises. Le toit du bâtiment s’est d’ailleurs effondré à trois reprises : une heure après la catastrophe tout d’abord, puis une seconde fois, tuant trois pompiers, et une troisième fois samedi, heureusement sans autre victime. La cause de l’accident n’est pas encore identifiée. Mais à titre de précaution, d’autres centres commerciaux du même type, notamment en Lituanie sont en cours d’inspection.

Trois jours de deuil national dans la solitude

La Lettonie a proclamé 3 jours de deuil national depuis samedi. Et 3 minutes de silence seront observées lundi à 10h dans tout le pays. Les pays baltes se sont associés à ce deuil. Mais ailleurs en Europe, on peut dire que c’est le calme plat. Certes, le président de la Commission européenne, José-Manuel Barroso a envoyé un télégramme de condoléances. Ailleurs, on en est au service minimum. Dans les médias français notamment ou belges, peu de lignes sur cette catastrophe, voire rien du tout. Il n’est que de comparer avec l’attentat du Westgate center au Kenya, il y a quelques temps, pour avoir une indication de la température de solidarité (certes il s’agissait d’un attentat toujours plus mobilisateur).

Le poids de la Lettonie

Certes, en matière de catastrophe, dans les médias et au niveau des hommes politiques, on applique une loi dite du mort/km. Autrement dit plus la catastrophe est éloignée et moins elle fait de victimes, moins elle est commentée. Mais j’ai quelque doute sur la véracité de cette « loi » qui mérite d’être nuancée. Aujourd’hui à l’heure d’internet, le moindre accident de train aux Etats-Unis, en Inde ou au Japon, est répertorié. Et si cette catastrophe avait eu lieu dans un de ces pays, pourtant éloigné, ou dans un autre pays de l’Union européenne (en Allemagne ou en Italie par exemple), on en aurait certainement largement plus parlé.

« Zolitude » ou Solidarité

Il faut le reconnaître, en matière d’actualité comme de solidarité, le paramètre de l’importance du pays sur l’échiquier mondial, tout comme de l’affect qu’on lui porte, jouent tout autant. La Lettonie compte peu dans nos pays francophones, et l’accident s’est produit dans une banlieue peu huppée de la capitale lettone, justement dénommée… Zolitude. Il serait peut-être cependant intéressant de pouvoir partager un peu de solidarité européenne dans ces moments douloureux.

(*) La liste des victimes a été publiée par le service d’incendie et de secours letton, à consulter ici. On note la présence de deux citoyens russes et d’un citoyen arménien.

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).

2 pensées sur “La catastrophe de Riga. Inaperçue

  • 28 novembre 2013 à 07:05
    Permalink

    Bonjour,
    Suite de cette catastrophe en Lettonie, le Premier ministre Letton Valdis Dombrovskis a démissionné ce mercredi dans l’après-midi.

    Le Premier ministre Valdis Dombrovskis, mercredi 27 novembre, après une rencontre avec le président Andris Berzins, a remis sa lettre de démission. A la lumière de la tragédie du supermarché maxima dans le quartier Zolitūdē à Riga et du fait que le pays a besoin d’un gouvernement capable de faire face à la situation actuelle, il laisse sa fonction libre….
    Il y a quelques années en Lettonie, pour autoriser la construction d’un batiment, il fallait à la fois les autorisations de l’état et de la municipalité d’implantation. Aujourd’hui, d’après mes sources, seules les autorisations municipales suffisent pour construire un batiment dans une ville; Maxima est une chaine de supermarché détenue majoritairement par un actionnaire lituanien.

    Quand on regarde les plans du projet supermarché Maxima XX du quartier Zolitūdē, inauguré en 2011, on peut se poser des questions concernant l’implantation d’une terrasse de verdure prévue sur le toit. (http://www.lettonie-francija.fr/supermarche-maxima-quartier-zolitude-Riga-598)

    Que ce serait-il passé avec toute une ribambelle de gamins en train de jouer sur ce même toit dans quelques années ?

    Bien cordialement.

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