Les premières missions européennes en Afrique : quel bilan ?

géopo missions UE(BRUXELLES2) « La géopolitique des premières missions de l’Union européenne en Afrique ». Cet ouvrage ne doit ne pas être raté pour qui s’intéresse à la politique de sécurité et défense commune (PSDC) et ses missions en Afrique. Cherchant à répondre à une série de questions sur la puissance européenne (économique et politique), sa place et son rôle dans un continent qui attise les convoitises, Andrès István Türke souligne combien « l’intérêt de l’Union européenne est de garantir sa propre sécurité ».

L’auteur, docteur de Paris III-Sorbonne nouvelle et chercheur associé de plusieurs instituts de recherche en France, en Hongrie et en Suisse, commence par présenter et examiner « les plus grands enjeux et défis du continent vis-à-vis de l’Europe, les actions et les réponses africaines et les tentatives européennes », principalement les efforts économiques « dans le cadre des développement des conventions de Yaoundé, Lomé et Cotonou ».

Dans le premier chapitre, il identifie les « coopérations politiques et militaires dont l’objectif est la sécurité du continent ». L’UE a besoin de paraître « un partenaire plus fiable (mais aussi fort) aux yeux des Africains. Nous sommes destinés à coopérer. » Mais depuis 2008, l’Union « préfère les soft-solutions » à s’engager « profondément par l’envoi de troupes » et est devenue la base financière des opérations africaines communes. Dans les chapitres suivants, Türke présente le contexte puis analyse les raisons et le déroulement des missions européennes en République du Congo (où l’opération Artemis est perçue comme la première opération militaire de l’UE), dans la région du Darfour (Soudan, Tchad et République centrafricaine entre 2004-2007), en Guinée-Bissau (réforme du secteur de sécurité décidée en 2007) et finalement en Libye en 2011. Un dernier chapitre est dédié à l’étude des complexes éléments régionaux qui influencent le conflit en Somalie et à l’engagement européen dans le pays et la région. Cette analyse est signée par András Hettyey et écrite en anglais.

Le cas libyen et « l’échec d’EUFOR Libya » conduisent l’auteur à des conclusions mitigées. D’un côté, il souligne l’inefficacité de la PSDC « qui ne fonctionnait pas une fois de plus lorsqu’il s’agit d’un vrai enjeu » car ce sont finalement les « solutions bilatérales et les coalitions des volontaires qui sont favorisées ». De l’autre, ses conclusions sur l’aspect militaire de l’opération Harmattan (surtout pour la logistique) sont « plutôt positives ».

Sa conclusion mérite d’être citée car elle résume bien la position actuelle : « On peut dire que l’Union est sur la bonne voie de transformer sa puissance économique en une puissance politique, mais ce processus est sans doute une assez longue démarche, et au vue des progrès des pays émergents, il faudrait faire beaucoup plus vite. »

  • « La géopolitique des premières missions de l’Union européenne en Afrique », Andras Istvan Türke, L’Harmattan, 2013, Questions contemporaines, 252 pages, 25,65 €. C’est le deuxième volume d’une série sur la PSDC. Le premier présentait les cadres historiques, l’évolution institutionnelle et juridique, et les débats:  « La politique européenne de sécurité et de défense – Quel bilan? Quelles nouvelles orientations ? ». Le troisième volume portera sur l’activité de l’UE dans les Balkans.
     

Leonor Hubaut

© B2 - Bruxelles2 est un média en ligne français qui porte son centre d'intérêt sur l'Europe politique (pouvoirs, défense, politique étrangère, sécurité intérieure). Il suit et analyse les évolutions de la politique européenne, sans fard et sans concessions. Agréé par la CPPAP. Membre du SPIIL. Merci de citer "B2" ou "Bruxelles2" en cas de reprise Leonor Hubaut est journaliste. Diplômée en relations internationales de l'Université Libre de Bruxelles (mention mondialisation). Elle couvre pour B2 le travail du Parlement européen, les missions de la PSDC et les questions africaines. Spécialiste du Sahel.