Nouvelles têtes à la défense et la diplomatie grecques

(BRUXELLES2) Nouveau changement dans la diplomatie et la défense grecques. Ces deux portefeuilles changent de titulaire avec l’arrivée d’un gouvernement d’union nationale, sous la houlette de l’ancien vice-président de la banque centrale européenne nationale, Lucas Papademos. Ils seront désormais occupés par des ministres appartenant à la droite libérale en vertu d’un accord de coalition conclu entre les principaux partis grecs.

L’un (à la défense) est un vieux routier de la politique grecque, l’autre (aux affaires étrangères) est un homme politique qui a fait une partie de sa carrière à Bruxelles. Dans ce dernier choix, la Grèce suit le chemin tracé par plusieurs pays – notamment son voisin chypriote et italien – en choisissant pour ministre des Affaires étrangères une personne imprégnée de la culture des institutions européennes, un atout non négligeable quand il s’agira de représenter la Grèce et défendre ses intérêts dans les différents conclaves européens.

A la Défense, un vieux routier de la politique grecque

Le ministère de la Défense grec va être confié à Dimitris Avramopoulos, homme politique plutôt populaire (ou du moins qui soigne bien son image). Ancien maire d’Athènes (1995-2002) et ancien ministres du Tourisme (2004-2006) puis de la Santé et de la Solidarité (2007-2009) dans le gouvernement Karamanlis, il est membre de Nea Dimokratia (droite). Né en 1953, il fait son service militaire dans les forces aériennes, une partie de son service se déroule au siège de l’OTAN à Bruxelles, indique sa biographie. En 1980, il intègre le ministère des Affaires étrangères. Consul de Grèce à Liège en Belgique (1983-1988), il devient ensuite conseiller diplomatique du Premier ministre Constantin Mitsotakis (1989-1991), le leader de la droite grecque puis porte-parole du ministère (1992) et consul général à Genève.

Il quitte définitivement la diplomatie en 1993 pour se consacrer à plein temps la politique. Elu député en 1993 sur la liste « Nea Dimokratia », il est maire d’Athènes durant huit ans ensuite. Il sera notamment réélu contre Maria Damanaki, alors supportée par le PASOK, et depuis devenue commissaire européenne à la Pêche. En 2001, il tente une voie originale en créant un nouveau parti le mouvement des citoyens libres (KEP). Voie qui échoue. Il rentre rapidement au bercail de Nea Dimokratia et, à la faveur de la constitution du gouvernement Karamanlis se voit récompensé par deux postes ministériels successifs.

Aux Affaires étrangères, un Européen averti

(crédit : Commission européenne)

Aux Affaires étrangères, Stavros Dimas a un autre parcours, marqué par un passage à Bruxelles. Juriste, diplômé de l’Université d’Athènes et de New York, il commence comme avocat à Wall Street (en 1969… ce n’est pas encore la « mondialisation ») puis travaille à la Banque mondiale. En 1975, de retour en Grèce, il devient le directeur de la banque hellenique de développement industriel, puis passe en politique, à Nea Dimokratia. Elu plusieurs fois au Parlement grec, il entre au gouvernement en 1977 comme ministre adjoint chargé de la coordination économique. Il aura notamment comme tâche de négocier l’adhésion de la Grèce à ce qui s’appelle alors la CEE, la Communauté économique européenne. Il passera ensuite par plusieurs postes Commerce (1980–1981), Agriculture (1989–1990), Industrie et Energie (1990–1991) avant d’occuper le poste de secrétaire général du parti (1995–2000) et d’être un peu mis à l’écart comme membre du comité d’analyse politique (2000-2003).

Il est envoyé à Bruxelles pour remplacer, au pied levé, sa compatriote, Anna Diamantoupoulou, comme commissaire à l’Emploi et aux Affaires sociales. Puis dans la nouvelle commission Barroso est chargé, un peu par inadvertance de l’Environnement. Un poste dont il n’était pas automatiquement la personne la plus idoine. Dimas est plutôt un économiste, et  la Grèce n’est pas connue comme un modèle dans ce domaine, il arrive à se faire un « nom » à Bruxelles. A la fin de son mandat, il laisse ainsi le souvenir d’un commissaire, plutôt pugnace, enclin à défendre ses dossiers et qui n’aura pas démérité.

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La marine marchande (et la piraterie) confiée à l’extrême droite

A noter l’arrivée dans ce gouvernement de coalition de deux ministres du parti d’extrême droite (LAOS) qui seront en charge des questions de piraterie maritime. Puisque Adonis Georgiadis est nommé secrétariat d’Etat au développement et à la Marine marchande.

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).