Une réponse détaillée à la lettre de Weimar

« Je partage votre vision que nous avons besoin de trouver un nouveau momentum pour « répondre pleinement aux besoins de nos Etats membres ». C’est en ces termes que la Haute représentante de l’UE a répondu à la “lettre des 3” membres du triangle de Weimar (France, Allemagne, Pologne). Mais Cathy Ashton ne se contente pas d’une formule d’accusé de réception, elle donne une réponse détaillée qui mérite une lecture (très) attentive. A mon sens, c’est la première fois que nous avons une réponse, plutôt substantielle, à certaines questions posées en matière d’Europe de la défense : la réforme des structures de gestion de crises, le QG militaire, battlegroups, capacités, CSP…

La Haute représentante avance, à mots très prudents, des vraies propositions, ce qui pourrait être des “gros mots” pour certains Etats membres. Elle (re)dit ainsi oui à un QG militaire européen, “que personne ne consteste” à condition qu’on puisse en prouver l’efficacité ; oui à l’utilisation humanitaire des Battlegroups si les Etats membres le souhaitent ; nécessité de trouver un accord sur la coopération structurée permanente qui reste bloquée aujourd’hui ; urgence à développer les capacités en tenant compte de contraintes budgétaires fortes !

Tropisme otanien

Ce qui frappe au premier regard est la structure de la lettre. Alors que la lettre de Weimar aborde une série de sujets surtout européens, Cathy Ashton répond d’abord par les relations UE-OTAN, puis par les relations UE-US et n’aborde ensuite que les questions tenant à la PeSDC. Symbolique… Mais s’en tenir à cette présentation serait trop réducteur.

Le nécessaire soutien des Etats pour débloquer la relation UE-OTAN

Sur la relation UE-OTAN, nous avons droit à une défense en règle. « Vous savez que j’y attache une grande importance. Et je n’ai épargné aucun effort pour améliorer cette relation essentielle » écrit Catherine Ashton qui détaille ensuite ses efforts pour arriver à des solutions « concrètes », les projets déjà entamés notamment sur le soutien médical et les IED et le prochain sur les risques nucléaire, radiologique, biologique et chimique (CBRN). Mais pour aboutir,  j’ai « besoin du soutien des Etats membres de l’UE comme de l’OTAN » rappelle-t-elle. On sait, en effet, que le dossier est bloqué pour raison politique de haut niveau (le conflit entre la Turquie et Chypre). Et tous les efforts de la Haute représentante de l’UE comme du secrétaire général de l’OTAN buttent sur cette question qui empoisonne le bassin sud est de l’Europe depuis des années.

NB : il est d’ailleurs assez étonnant que les Européens ne se saisissent pas, plus pleinement de cette question qui concerne un conflit entre un de ses Etats membres et un de ses pays candidats.

Sur les relations avec les Etats-Unis, la Haute représentante veut faire taire certaines craintes, affirmant qu’une « plus forte coopération de la PeSDC avec les Etats-Unis n’affaiblit pas (les relations avec) l’OTAN »

Une lettre à lire en détail

Réformer notre structure de gestion de crises

« Nous avons besoin d’améliorer notre fonctionnement dans le domaine de la gestion de crises. C’est pour cela que je ne veux pas prendre une décision précipitée » explique Cathy Ashton qui confirme ainsi l’impression de latence que l’on avait dans les structures actuelles, avec surtout la CMPD (structure de planification des crises), qui n’a toujours pas de chef, et l’Etat Major civil qui aura bientôt un poste vacant, et le nouveau poste de directeur de département “réponses de crises” confié à l’Italien Miozzo. « J’ai demandé à la direction du SEAE pour trouver des solutions à l’organisation de notre niveau stratégique ».

Oui à un QG militaire si…

Quant à avoir « une capacité de conduite militaire », en gros le QG militaire européen, « personne ne conteste le besoin d’une telle structure » assène-t-elle. « La question est plutôt de savoir si les dispositions actuelles sont satisfaisantes ou doivent être changées ». Elle explique ainsi « qu’une analyse cout – efficacité doit être menée pour nous aider ». On progresse, lentement, mais on progresse. On est ainsi d’un “non quelle utilité” à “pourquoi pas” et aujourd’hui “oui si”. Il faudra vérifier dans l’avenir si c’est une simple posture de langage ou une réelle évolution.

Une utilisation des battlegroups à des fonctions humanitaires : pourquoi pas ?

Concernant l’utilisation plus large des battlegroups, la Haute représentante se montre ouverte sur la possibilité d’utiliser les battlegroups pour l’assistance humanitaire. Le travail est « en cours ». Elle salue aussi la volonté des trois Etats membres d’augmenter la préparation et la réactivité des battlegroup en stand bye en 2013. Mais elle rappelle que c’est « surtout aux Etats membres de prendre une décision collective sur ce sujet. »

Constat de désaccord sur la coopération structurée permanente

Sur la coopération structurée permanente (CSP), prévue par le Traité de Lisbonne, elle confirme que le sujet n’est pas mûr. Les Etats membres ayant besoin d’aboutir à un accord commun sur les « critères de mise en oeuvre et les modalités permettant de concilier flexibilité et efficacité ». En gros, c’est un constat amiable de désaccord.

Rôle clé de l’agence européenne de défense sur les capacités

Mais il faut progresser en matière de capacités, insiste-t-elle. « Nous avons besoin de continuer à échanger nos vues sur la façon (…) pour aboutir à des progrès concrets et pragmatiques ». Elle rappelle aussi combien elle attache une “importance particulière” à cette question en particulier avec les « contraintes financières actuelles » et « encourage l’Agence européenne de la défense (dont elle est la chef) à contribuer à ce travail ».

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Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).