L’engagement allemand au Sahel. Un test de vérité pour Berlin, pour l’Europe également…

(B2) L’Allemagne parait toujours aussi réticente à s’engager de façon plus robuste au Sahel. Ce qui parait contradictoire. Mais certaines réflexions outre-Rhin devraient inciter à la réflexion

Exercice de simulation à l’explosion d’un IED à EUTM Mali (crédit : Bundeswehr)

Entre le dire et l’agir, difficile de concilier

L’Allemagne est aujourd’hui empêtrée dans des contradictions et confrontée à un véritable test de vérité. Ses multiples déclarations en faveur de l’Europe de la défense, voire de la création d’une armée européenne, d’un positionnement plus actif de l’Allemagne sur le plan international comme sur le plan de la sécurité, voire de la création d’un conseil européen de sécurité, se heurtent à la réalité des actes : le refus de s’engager plus avant au Sahel (lire : Un engagement dans Takuba au Sahel : ‘Nein’ confirme Berlin. Réfléchissons d’abord), comme une réticence à aller dans le détroit d’Ormuz (lire : L’opération dans le détroit d’Ormuz refait surface. Les Français à la manœuvre). Le gouvernement d’Angela Merkel va désormais devoir aligner les comètes. Soit ces déclarations ne sont que des leurres, destinés à occuper la galerie, à donner l’illusion d’une volonté de puissance, soit il s’agit d’une réelle volonté et le gouvernement d’Angela Merkel doit clarifier sa position et s’engager.

Une France contradictoire également

Dans le même temps, il ne faut pas jeter la pierre à Berlin sur le son du ‘cocorico’ triomphant. La France, non plus, n’échappe pas non plus à certaines incohérences : Emmanuel Macron souligne aussi régulièrement l’importance de l’Union européenne, d’agir en Européens. La France veut activer une clause d’assistance mutuelle, davantage d’engagements des pays européens dans la défense, mais elle s’empresse dès qu’elle le peut de préférer l’action en coalition ad hoc à des formats plus contraignants d’organisations internationales (1). Les exemple sont nombreux : initiative européenne d’intervention, opération européenne dans le détroit d’Ormuz, opération Barkhane et maintenant Takuba (2).

Des succès tactiques mais pas de victoire stratégique

La volonté affichée officiellement par Berlin d’avoir une réflexion plus approfondie n’est pas à rejeter d’emblée. La stratégie suivie par la France au Sahel depuis 2013 n’a en effet pas été marquée par un succès éclatant sur la durée. Certes il y a des victoires tactiques. Les communiqués de neutralisation de dizaines de ‘terroristes’, de certains responsables locaux, de saisies d’armes se succèdent. Mais la présence djihadiste reste toujours forte. Les rebelles semblent reconstituer leurs forces au fur et à mesure de leur destruction. Leur présence s’étale désormais sur les trois pays de la zone (Niger, Mali, Burkina Faso). Les forces armées locales subissent d’importantes pertes, avec des coups ‘hardis’ des djihadistes – rebelles que rien ne semble décourager. L’État malien reste toujours aussi faible. Au point que la menace d’une déstabilisation interne (type coup d’état) n’est plus à exclure.

Le temps de la réflexion nécessaire ?

Dans ce contexte complexe, il n’est pas évident que l’établissement d’une force de quelques centaines de forces spéciales, plus mobile, suffise à changer la donne. Certes elle pourrait redonner confiance aux forces locales. Mais sera-ce suffisant ? Une réflexion stratégique parait nécessaire. Encore faut-il que les Européens cessent de s’enfoncer le cou dans le sable et qu’ils ne rechignent plus à aborder (et à résoudre) certaines questions : Qu’est-ce qui ne fonctionne pas dans ces états sahéliens ? Peut-on continuer à s’arc-bouter sur une position de non-négociation avec les groupes ‘djihadistes’ ? Quel est le niveau d’implication des pays ‘alliés’ (Arabie Saoudite, Turquie…) qui parasitent, voire contrarient, les efforts des Européens. Etc. Des questions gênantes.

(Nicolas Gros-Verheyde)

  1. Une stratégie très proche de celles des Américains.
  2. Lire : Plusieurs pays européens s’engagent ou songent à s’engager au Mali (opération Takuba)

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen à l'université Paris I Pantheon Sorbonne. Journaliste professionnel depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir). Auditeur de la 65e session de l'IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale).

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