La loi médias hongroise : ce qu’il faut en penser

La Hongrie a commencé une présidence de l’Union européenne sur la défensive et passe actuellement l’essentiel de son temps à défendre la nouvelle loi sur les médias qu’elle vient de passer. La venue du premier ministre hongrois, Viktor Orban, devant le Parlement européen ce matin risque d’être mouvementée. Que faut-il penser de cette « foutue » loi ?

Cette loi est la transposition d’une directive de 2007 sur les services audiovisuels, d’où une série de dispositions sur la protection de la « dignité humaine », de la « protection de l’enfance », etc…  A ce titre, la commissaire européenne en charge de l’audiovisuel, Neelie Kroes, a déjà exprimé ses réserves.

L’argumentation du gouvernement hongrois est de dire qu’il n’a fait que prendre dans les autres lois existant dans les autres pays européens. Effectivement quand on regarde la bonne vieille loi française sur la presse de 1881, on trouve encore la veille « offense à chef d’État ». (mais les autres dispositions sur l’interdiction de la presse étrangère ont été abrogées, récemment il est vrai).

La loi hongroise va bien plus loin en fait que les lois existant dans les autres pays. Elle ne concerne pas que les services audiovisuels, où ont toujours existé des règles spécifiques, mais toute la presse, y compris la presse écrite.

Elle fait notamment dans son article 13 une série d’obligations pour le moins surprenante. Qui oblige les médias à avoir un contenu complet, général, objectif et équilibré. Or la presse d’opinion n’est pas tenue à cette obligation. Nous n’aurions jamais un journal comme Libération, l’Humanité, le Figaro ou le Monde avec de telles obligations.

  • Article 13 : (1) All media content providers shall provide authentic, rapid and accurate information on local, national and EU affairs and on any event that bears relevance to the citizens of the Republic of Hungary and members of the Hungarian nation.
  •  (2) Linear and on-demand media content providers engaged in news coverage operations shall provide comprehensive, factual, up-to-date, objective and balanced coverageon local, national and European issues that may be of interest for the general public and on any event bearing relevance to the citizens of the Republic of Hungary and members of the Hungarian nation.  

Derrière cette loi, il y a ainsi comme une volonté de revanche des responsables politiques. Ainsi que me l’a confié un ministre du gouvernement dans une conversation informelle, nous trouvons normal qu’un journaliste fasse une interview, même dans des conditions très dures. Mais ce n’est pas normal qu’il ajoute ensuite des commentaires…

Viktor Orban se revendique de la révolution hongroise de 1956. Il oublie sans doute un des points de revendication fondamental de la révolution de 1956, le point 12 de la résolution votée par les jeunes hongrois à l’époque : « une totale liberté de presse, de parole, d’opinion ».

La meilleure solution pour la présidence hongroise est la suspension de cette loi. Mais au-delà il y a effectivement un problème pour les médias en Europe. On n’a pu qu’être frappé par le mutisme de la Commission européenne vis à vis de la situation en Italie où le chef du gouvernement cumulait directement ou indirectement la plupart des médias Tv. Il y a donc nécessité d’une loi anti-trust européenne empêchant la mainmise par une personne, un parti ou un gouvernement de la plupart des médias et d’une directive garantissant à la presse l’exercice libre de sa vocation (informer), la protection de ses sources, la liberté d’opinion, avec certaines limites qui ne peuvent être fixées qu’en cas d’atteinte à d’autres droits fondamentaux (diffamation notamment). Cela ne sera pas facile à définir. Mais il faut peut-être en passer par là pour éviter d’autres « lois médias » dans l’avenir.

Nicolas Gros-Verheyde

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen à l'université Paris I Pantheon Sorbonne. Journaliste professionnel depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir). Auditeur de la 65e session de l'IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale).