Les Européens réfléchissent à un plan de levée du blocus (maj2)

MoratinosAshtonAmbEspBastarrecheSagues-UE100118.jpg(BRUXELLES2) L’Union européenne commence à plancher sur un plan de levée de blocus à Gaza. Le ministre espagnol des Affaires étrangères, Miguel Angel Moratinos (1), a confirmé, lors de sa visite à Paris, vouloir proposer à ses homologues européens d’impulser au sein du Quartet un plan de résolution de la crise, impliquant la levée du blocus sur Gaza. « Nous devons en discuter dès que possible au niveau de l’UE » a-t-il ajouté, selon l’agence de presse espagnole EFE. Ce plan s’accompagnerait, selon mes informations, d’un contrôle international (européen ?) sur les points frontières, afin de faciliter l’acheminement de l’aide humanitaire et éviter la contrebande d’armes.

Un point de vue partagé par plusieurs pays. Le ministre portugais des Affaires étrangères a ainsi fait parvenir, jeudi, une lettre à Catherine Ashton demandant une attitude “cohérente” mais aussi “plus consistante” de l’UE sur la question. Il faut s’impliquer davantage pour “devenir un facteur de développement dans le processus de paix au Proche-Orient” explique-t-il. Il a aussi précisé que ce point devrait figurer à l’ordre du jour du conseil des Ministres des Affaires étrangères du 14 juin, voire lors d’une réunion informelle convoquée pour l’occasion. Une position partagée également par la France (lire : Gaza: “Ne plus se contenter de sortir le chéquier mais s’impliquer).

Du coté du cabinet de Cathy Ashton, on confirme aussi que la question est en débat à plusieurs niveaux : ministériel (par contacts téléphoniques) et technique. Plusieurs experts travaillent actuellement sur la question, tant sur le contexte juridique du blocus et des arraisonnements en mer (lire : Le blocus des navires ravitaillant Gaza : licite ?) que sur la possibilité de réouvrir les points-frontières et d’avoir une présence européenne de contrôle.

Parler du redéploiement de la mission EUBAM Rafah (à supposer que ce point frontière reste ouvert un certain temps) est encore trop “précoce” selon l’UE. Celle-ci reste « soumis à l’autorisation des autorités concernées » (autrement dit israéliennes et égyptiennes) précise un proche de la Haute représentante. Les ambassadeurs du COPS devraient normalement discuter de la situation à Gaza et au Proche-Orient cette semaine, avant un débat au niveau des ministres des Affaires étrangères, au Conseil du 14 juin.

(maj) Dimanche, à Paris, recevant son homologue britannique, Bernard Kouchner a proposé que l’UE assure le contrôle des navires se rendant à Gaza. “Nous pouvons bien contrôler la cargaison des bateaux qui se dirigent vers Gaza. Nous pouvons le faire, nous souhaitons le faire, nous le ferions volontiers” a-til précisé faisant référence également à la reprise du contrôle européen sur le poste terrestre de Rafah.

(maj2) Mardi, à Berlin, le ministre italien des Affaires étrangères, Franco Frattini a été plus réservé, selon l’AFP. “Il faut que les deux parties soient d’accord. Le contrôle international de Rafah a été arrêté parce que le Hamas ne le voulait plus et que les Egyptiens ont fermé le point de passage. (..) Nous devons aider nos amis israéliens à trouver un système pour contrôler la sécurité des biens, tout en maintenant l’accès aux biens car la population de Gaza n’est pas coupable”. Et d’ajouter : “Nous en parlerons lundi à Luxembourg”.

(Nicolas Gros-Verheyde)

(1) Moratinos connait bien le Proche-Orient pour avoir été l’envoyé spécial de l’UE dans la région, de 199§ à 2003.

(crédit photo : Conseil de l’UE – Moratinos et C. Ashton avec l’ambassadeur espagnol à l’UE au centre – Bastarreche Sagues, lors du conseil du 18 janvier 2010)

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).