Pour Marc Dutroux, la prison à vie

>  » Vous vous en sortez mieux que la plupart de vos victimes  »

L’homme  » le plus détesté de Belgique  » est condamné à la réclusion à perpétuité. La cour d’assises d’Arlon a rendu, hier, un verdict conforme aux réquisitions pour les trois principaux accusés de l’affaire Dutroux. Seul Michel Nihoul bénéficie d’une certaine clémence puisqu’il n’écope que de cinq ans de prison.

BRUXELLES (correspondance). – Après une ultime lecture de près d’une heure recensant les faits reprochés aux quatre accusés, les sentences prononcées par les jurés et les magistrats ont été enfin connues, hier, à 16h30. C’était le point d’orgue d’un procès qui avait débuté le 1er mars.

Coupable d’avoir enlevé, séquestré dans une cave, violé six fillettes et adolescentes et causé la mort de quatre d’entre elles, Marc Dutroux est condamné à la réclusion à perpétuité. Son ex-épouse, Michelle Martin, se voit infliger 30 ans et son complice, Michel Lelièvre, 25 ans. Aucune circonstance atténuante n’a été reconnue.

 » Au moins, je vivrai autrement « 

Seul Michel Nihoul, l’ex-homme d’affaires au passé tumultueux, a bénéficié, vu l’absence d’antécédents criminels, d’une certaine clémence (5 ans pour 10 ans requis). Le verdict est conforme peu ou prou aux réquisitions du ministère public et au sentiment général.

Puis, le président de la cour, Stéphane Goux, s’est tourné vers les quatre accusés, impassibles dans le box, pour les exhorter sévèrement.  » Marc Dutroux, condamné au maximum, vous vous en sortez quand même mieux que la plupart de vos victimes qui ne font plus partie du monde des vivants.  » Michelle Martin,  » j’espère que vous veillerez à ne plus fréquenter que les gens qui auront une bonne influence sur vous.  » Michel Lelièvre,  » si vous arrêtez la drogue, vous pourrez encore mener une vie normale lorsque vous sortirez de prison.  » Michel Nihoul,  » je crois que votre état de santé vous a assagi, il était temps « .

Nihoul, qui comparaissait libre, est sorti du palais de justice, tout sourire. S’il ne se pourvoit pas en Cassation, il sera alors écroué.

Il est près de 17 h, presque neuf ans jour pour jour après l’enlèvement – le 24 juin 1995 – des petites Julie et Mélissa près de Liège. Une seule envie domine désormais chez les parents des victimes : tourner la page.  » Je ne sais pas si je vivrai mieux « , explique Betty Marchal, mère d’An, l’une des jeunes filles assassinées,  » mais au moins je vivrai autrement. « 

Marc Dutroux a regagné la prison d’Arlon. Hier soir, son avocat indiquait qu’il se pourvoirait sans doute en Cassation :  » Marc Dutroux considère que cette condamnation est une étape dans son parcours judiciaire. « 

Nicolas GROS-VERHEYDE.

(Paru dans Ouest-France du mercredi 23 juin 2004)