L’Europe à 25 en 25 mots et un peu plus

(Archives B2) Il faudra s’y habituer. Après longtemps dit les 12 puis les 15, quand on désignera l’Europe, il faudra désormais les appeler les 25, avant de les appeler 28 etc. Petit inventaire des mots-clés d’aujourd’hui et… de demain.

Dix Etats deviennent membres de l’Union européenne au 1er mai 2004 : trois pays baltes issus de l’ex-Urss (Estonie, Lettonie, Lituanie), quatre de l’ancien bloc socialiste (Hongrie, Pologne, Slovaquie, république Tchèque), un de l’ex-Yougoslavie (Slovénie) et deux iles de Méditerranée (Chypre et Malte).

450 millions d’habitants. Avec ce chiffre, l’Europe est au troisième rang de la population mondiale derrière la Chine et l’Inde, loin devant les Etats-Unis.

Acquis. Toutes les règles communautaires sont applicables dans les nouveaux Etats ou à l’égard de leurs ressortissants en France.

Autre Europe. Il ne reste plus hors de l’Europe que les autres pays des Balkans (Monténégro, Serbie, Albanie) qui ont « vocation naturelle » à rejoindre « un jour » l’Union ; la Norvège qui peut adhérer dès que son peuple le désirera. Mis à part le Vatican, il ne reste en fait qu’un irréductible : la Suisse. Les Helvètes refusent toujours mordicus toute idée de faire partie de l’UE.

Berlaymont. La Commission européenne doit réintégrer cette année son ancien siège déserté pour cause de désamiantage depuis 1991. Les travaux ont pris quelques années de retard, dû à un manque de coordination et des factures à rallonge du consortium d’entreprises dirigée par Bouygues. Tout de verre vêtu, majestueux et moderne, situé en face du siège en art néo-stalinien du conseil des ministres, il doit redonner tout son lustre à la Commission…. Au moins au niveau architectural.

Commissaires. A titre transitoire, jusqu’au 31 octobre prochain, l’exécutif bruxellois comptera 30 membres. Les petits nouveaux auront le droit de vote mais pas de portefeuille propre. Au 1er novembre, une nouvelle Commission sera mise en place, à 25 membres, les grands pays – comme la France – n’auront plus qu’un seul commissaire.

Constitution. Même si son adoption paraît proche, l’entrée en vigueur paraît incertaine. Chaque Etat membre doit encore ratifier ce texte, soit par referendum, soit par voie parlementaire. « L’œuvre » de Giscard D’Estaing risque bien de passer directement au rayon archives.

Dérogations. Dans certains domaines— environnement, télécom, énergie — les nouveaux Etats membres bénéficient d’une phase transitoire pour se mettre aux normes.

Egalité. Les ressortissants de l’Est peuvent voter aux élections municipales ou se présenter à la majorité des concours de la fonction publique.

Elargissement. Mot toujours d’actualité. Cinq pays sont dans les starting blocks. La Bulgarie et la Roumanie doivent adhérer en 2007. La Croatie et la Macédoine viennent de déposer leur candidature et pourraient les rejoindre rapidement. Le cas de la Turquie (*) est plus épineux.

Emplettes. Le grand marché sera la règle. Certains produits – alcools, lunettes, vêtements, jouets… – sont moins chers à l’Est. Les seules courses de rentrée scolaire suffisent à rentabiliser les vacances. A vos bourses…

Environnement. La mise aux normes à l’est – gestion des déchets, dépollution de l’eau et de l’air – devrait coûter entre 50 et 80 milliards d’euros. En revanche, les nouveaux pays gardent encore des zones naturelles préservées qui en font un terrain de prédilection pour les chasseurs.

Euro. Les nouveaux Etats membres doivent encore remplir les critères de Maastricht pour adopter l’euro. Déjà, cependant, la monnaie européenne supplante le dollar comme seconde monnaie dans toute l’est de l’Europe. Certains pays s’y préparent déjà. La Pologne a déjà frappé des pièces symboliques à deux faces. La mafia russe, aussi, s’est mise sur le marché et commence à disposer de billets d’euros, contrefaits, d’une qualité « excellente » aux dires des douaniers.

Frontières. L’Europe se rapproche de ses limites historiques, la Russie et le Moyen-Orient. Autant dire que l’étanchéité des frontières relève davantage de la gageure et de l’utopie !

Immigration. Spectre déjà agité au moment de l’adhésion de l’Espagne et du Portugal. L’arrivée de nouveaux travailleurs en provenance des pays de l’Est ne devrait concerner, tout au plus qu’1 % de la population active, 220 000 personnes par an selon la Commission européenne. En fait, c’est surtout à une « invasion » (ou un exode) des cerveaux à quoi il faut s’attendre. Un étudiant sur dix envisage de passer à l’Ouest.

Langues. 20 langues officielles auront droit de citer dans les institutions européennes. Mais l’Allemand, le Français et surtout l’anglais gardent leur statut de « langue de travail ». Les Irlandais sont furieux. Ayant renoncé, volontairement, à imposer le gaëlique comme langue officielle, ils voient le Maltais parlé par moins de personnes acquérir ce statut.

Manne. Un euro sur deux versé par l’Europe au titre des fonds régionaux ira aux nouveaux Etats membres à partir de 2007. Un financement d’autant plus important qu’un euro investi en Slovaquie ou en Estonie n’a pas la même valeur qu’un euro investi en Allemagne ou en France. Mais le problème reste la capacité des pays à absorber cette manne. Environ un tiers des fonds n’était même pas sollicité ces dernières années…

Pauvreté et chômage. Un des principaux problèmes des Etats entrants, confrontés à des taux de chômage ou de pauvreté frôlant parfois la barre des 20 % comme en Pologne ou en Estonie.

Prodi. L’actuel président de la Commission européenne aura réussi son pari, mener l’élargissement à terme, sans trop de heurts. Et, malgré toutes les rumeurs sur son retour dans sa terre natale, en Italie, il sera resté à bord du bateau européen jusqu’au bout.

Recrutement. Les institutions européennes recrutent ! Environ 3500 postes sont ouverts aux nouveaux Etats membres. Une cinquantaine de postes de haut niveau (directeur général et directeur général adjoint) leur sont également réservés. Des concours ouverts également aux doubles nationaux. A vos actes de naissance…

Schengen. Les Français en déplacement à l’Est bénéficieront de contrôles allégées, avec les files spéciales UE. La carte d’identité devient le seul sésame pour aller de Brest à Riga, de Bordeaux à Nicosie. Par précaution, certains diplomates conseillent tout de même d’emporter le passeport.

Strasbourg. La capitale alsacienne est en perte de vitesse face à Bruxelles comme siège du Parlement européen. De plus en plus de députés grognent contre les déplacements mensuels. L’absence de liaison aérienne directe avec plusieurs pays aggrave la situation.

Suisse. A terme, ce sera le seul Etat européen à ne pas faire partie de l’Union européenne ou en être lié de façon étroite. Islande, Liechtenstein, Norvège faisant partie de l’Espace économique européen qui applique les mêmes règles de libre circulation des produits et des hommes.

Traité de Nice. En attendant la Constitution, ce sera ce Traité qui régira le fonctionnement des institutions européennes – avec les traités de Maastricht et de Rome qu’il modifie.

Tsiganes. Le principe de protection des minorités nationales va obliger l’Europe réunifiée à se pencher enfin sur le sort des Tsiganes et autres Roms. Victimes du génocide nazi, leur condition souvent de parias, laisse à désirer dans nombre de pays européens, à l’Est comme à l’Ouest.

Turquie. La candidature de l’ancien empire ottoman empoisonne la vie des responsables européens. Le pays se voit promettre l’adhésion dès la signature d’un accord d’association en 1963. Sa candidature déposée en 1987 est reconnue légitime en 1999. Reste la décision d’ouvrir formellement les négociations d’adhésion. La Commission doit rendre son avis à l’automne. Ce sera aux chefs d’Etat et de gouvernement de prendre leurs responsabilités (en décembre).

TVA. S’il était possible auparavant de se faire rembourser la TVA (sur les achats de marchandises ou les locations de voitures) ou certains achats, en Lituanie ou en Hongrie, cela ne sera désormais plus possible.

Union. C’est sous ce terme raccourci que, bien souvent, les pays membres de l’Union européenne se dénomment. Qu’il paraît loin le temps de la CEE ou Communauté économique européenne…

(Nicolas Gros-Verheyde)

Version rallongée de l’article paru dans France-Soir 30 avril 2004

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).