La clause de solidarité de l’Otan s’appelle article V, pas article F-35 (Parly)

(B2) Invité par le think tank américain Atlantic Council, la ministre française des Armées a assumé lundi (18 mars) un discours particulièrement offensif envers Washington.

Florence Parly devant l’Atlantic Council (© Atlantic Council)

L’Otan ne sert pas à vendre des armes

C’est probablement le passage le plus sévère du discours de Florence Parly : « J’entends parfois parler de protectionnisme. Je dis : réfléchissez-bien. La Belgique achète des F-35. La Suède achète des Patriot. La Pologne achète des Himars. L’Europe a le marché de l’armement le plus ouvert. Je suis personnellement préoccupée à l’idée que la solidarité de l’Otan puisse être soumise à l’achat d’équipement par les alliés. L’alliance doit être inconditionnelle, sinon ce n’est pas une alliance. La clause de solidarité de l’Otan s’appelle article V, pas article F-35. »

Une Europe forte doit être autonome

« Construire une autonomie européenne ne doit en aucun cas être perçu comme une menace envers les États-Unis » insiste Florence Parly. Les armées (européennes) ont besoin de matériels qui répondent à une culture stratégique commune qui reste à développer. Consolider l’industrie européenne est un moyen d’améliorer les capacités. Avec 20 types d’avions de combats (contre 6 pour les États-Unis), les Européens souffrent d’une multitude de chaînes de maintenance, de spécificités d’approvisionnements et de capacités.

Washington a besoin d’une Europe forte

« Ce n’est pas non plus une raison pour les États-Unis de se désengager, au contraire », assure-t-elle. Qu’il s’agisse du terrorisme ou de la résurgence des États puissances, USA et Europe font face aux mêmes menaces. Tout éloignement entre les deux bords de l’Atlantique ne ferait qu’affaiblir les uns et les autres. Une telle distance pourrait alors inciter la Russie à mener des agressions comparables à celles qui ont visé la Géorgie et l’Ukraine, contre un pays de l’Otan : la notion de solidarité risquerait en effet, dans un tel contexte, de perdre en capacité de dissuasion.

(Romain Mielcarek)

Télécharger le discours de Florence Parly.

Le F35 apponte et décolle du Queen Elizabeth

(B2) Le nouvel avion de chasse de la marine britannique, le F-35 de fabrication américaine, a réussi un atterrissage sur le pont du nouveau porte-avions de la marine britannique, le HMS Queen Elizabeth. Le commandant de la Royal Navy, Nathan Grey, et le chef de l’escadron de la RAF, Andy Edgell, ont en effet été les premiers pilotes à poser (à apponter) leurs avions de chasse F-35 B (1) sur le nouveau porte-avions de la marine britannique et à en décoller mardi dernier (25 septembre). C’est le début d’une série de quelque 500 essais qui vont se dérouler au large de la côte est des États-Unis, durant environ 11 semaines, a indiqué la Royal Navy sur son site vendredi (28 septembre). Le porte-avions devrait ensuite se rendre à New York.

Décollage d’un F35B Lightning II à partir du HMS Queen Elizabeth (credit Royal Navy UK)

Un évènement historique Le ministre de la Défense britannique Gavin Williamson n’a pas eu de mots assez mirifiques pour célébrer ce qui constitue à ses yeux un évènement historique propre à rehausser la grandeur de la Grande-Bretagne.
« Le premier atterrissage historique sur le pont du HMS Queen Elizabeth est un moment monumental dans la fière histoire militaire de notre pays. Le plus grand navire de guerre de l’histoire britannique s’associe aux avions de combat les plus avancés de la planète. Cela marque une renaissance de notre pouvoir de frapper de manière décisive des mers du monde entier.»
NB : Qualifier d’historique l’évènement est peut-être légèrement emphatique. C’est à se demander ce qu’est un évènement historique ou si les doutes sur le F-35 et la puissance militaire britannique étaient tombés à un tel niveau qu’il fallait user de mots aussi grandiloquents pour célébrer l’évènement. Grosse semaine pour le F-35 En tout cas, une semaine forte en émotions pour le nouvel avion de combat américain. Jeudi dernier (27 septembre), un F35-B a accompli sa première mission opérationnelle en Afghanistan. Le lendemain, vendredi (28 septembre), un appareil du même type s’est écrasé au sol en Caroline du Sud, lors d’un entraînement, sans faire de victime. Le pilote a pu s’éjecter à temps et est indemne. (Nicolas Gros-Verheyde avec Romain Mielcarek) (1) La version « B » du F-35 choisie par la Royal Navy (et les Marines américains) se caractérise par un décollage court et un atterrissage vertical, qui lui permettent notamment d’atterrir sur le pont de certains porte-avions dénués de catapultes (seuls les Américains et les Français disposent de ces dernières).
F35 JsfEnvol@Lockheed

La mouche (transatlantique) de Pieter

F35 JsfEnvol@Lockheed(BRUXELLES2) Le ministre belge de la Défense, Pieter De Crem, est un homme pressé et consciencieux. Discrètement, mais intelligemment, il laboure les travées de l’Alliance pour faire son chemin comme un recours possible à la tête de l’Alliance, l’année prochaine. Certes pour remplacer un Premier ministre, le Danois A.F. Rasmussen, un (simple) ministre de la Défense, cela peut faire un peu cheap. Mais comme l’Alliance est en retrait(e), un peu partout, mieux vaut un bon profil de ministre qu’une aventure. C’est ainsi que de Crem se taille le portrait du parfait challenger du genre : si vous n’arrivez pas à vous mettre d’accord sur un numéro 1, je suis là.

Multi-linguiste

Le multilinguiste qu’il est (allemand, anglais, espagnol, portugais…) sait user de son charme. Relativement discret dans les médias jusqu’à présent, son nouveau rôle de vice-premier ministre, arrivé un peu par surprise, lui permet d’avoir une certaine stature qu’il n’avait pas encore. La discrétion n’a cependant qu’un temps. Dès qu’il s’agit de défendre un projet américain, Pieter sait y faire. Avec un enthousiasme débordant, il fait ainsi campagne pour le JSF / F-35 américain. Il est bien loin le temps de Gand où le ministre de la Défense faisait les louanges de l’Europe de la Défense. Le sentiment transatlantique bien connu du ministre a repris le dessus.

Un axe La Haye / Bruxelles / Washington

Le rapprochement avec les Pays-Bas, dans plusieurs domaines, notamment aérien lui donne une occasion en or pour glisser qu’il y a une certaine logique à avoir le même type d’appareil dans le sud et le nord de ce qui formait autrefois un seul territoire. Et La Haye qui a décidé de réduire la voilure de la commande en ne prenant que 35 appareils sur les 80 pressentis ne serait pas mécontent de fournir une solution de rechange outre-Atlantique. Cette position louable sert-elle les intérêts de son pays ou de sa campagne ? On peut en douter. Sert-elle la cause européenne ? Assurément non…

Légère entorse aux règles européennes

D’après les informations obtenues par B2, le ministre De Crem privilégierait en effet les relations d’Etat à Etat (lire article sur le Club). Un argumentaire qui cache à peine la volonté de contourner l’obligation de faire un appel d’offres selon la nouvelle procédure européenne de marches publics (les marchés d’Etat à Etat constituent en effet une exemption). Il existe actuellement trois modèles d’avions de chasse européen : l’Eurofighter (ou Typhoon), le Gripen suédois et le Rafale. Il parait étonnant qu’aucun des trois appareils ne répondre pas à la fois aux nécessités militaires belges (surveillance aérienne et engagement dans des opérations multinationales).

Un coût qui pèse …

Une compétition pourrait cependant être assez utile aux finances publiques belges (qui ne sont pas déjà très en point). Le JSF/F-35 n’est pas vraiment un modèle de vertu. En la matière, on peut même dire que l’avion du futur américain, est un champion de l’inflation. Une envolée telle que si on a le comparait à un rôle lyrique, on serait passer un baryton au rôle de soprano. Au point que même les Canadiens (dont on ne peut critiquer le penchant americanophile) sont pris d’un doute et demandent à revoir la copie. On est actuellement à un prix budgété de plus de 110 millions d’euros l’appareil, et plus d’un demi-milliard d’euros par appareil sur sa durée de vie si on inclut le soutien et les coûts opérationnels, selon une étude KMPG. De fait, on est largement au-dessus des coûts annoncés par le ministre de la Défense à la chambre des députés il y a quelques jours.

L’Europe passée par tribord

A quelques semaines d’un sommet européen consacré à la défense, la Belgique ne donne pas ainsi le meilleur exemple de la solidarité européenne. Certes rien n’oblige un pays à prendre un appareil européen plutôt qu’un appareil américain. Mais ce choix apparait irrationnel à la fois au regard de la logique économique et de la logique politique. L’appareil US est, pour l’instant, le plus cher du marché. Sa fiabilité n’est pas encore parfaitement assurée ainsi que le démontre un rapport du Pentagone. Et la Belgique n’a négocié aucune retombée pour son industrie nationale.

Un plan européen serait opportun

Consolider l’industrie européenne oblige à ne pas faire que des discours mais faire des choix. Des choix qui ne dépendent pas de préoccupations de court terme ou personnelles mais d’un travail de longue haleine, de consolidation. Et c’est là le problème européen. Aujourd’hui, plusieurs pays sont placés devant le même choix : remplacer leur aviation de chasse. Un plan coordonné européen d’achat en commun serait plus opportun. Si la Belgique, connu pour ses convictions européennes, lâche elle-même le train européen, qui y croira demain…

F35 : la coupe déborde au pays de l’érable ?

(crédit : Lockheed Martin / JSF)

(BRUXELLES2) La limite est-elle atteinte au Canada ? En tout cas à la lecture du National Post, vendredi, l’impression apparait claire. Selon le quotidien canadien, l’entourage du Premier ministre Stephen Harper serait prêt à jeter l’éponge après avoir pris connaissance d’un audit de KPMG. Et les jours qui viennent pourraient être cruciaux pour l’avenir de la participation du pays au programme américain de nouvel avion de combat

Coût : 46 milliards de $ sur 42 ans

Les consultants de KMPG évaluent, en effet, désormais le coût du programme à près de 46 milliards de $ canadiens (36 millions d’euros) pour 65 avions sur la durée des appareils (42 ans). Soit deux fois le budget prévu par le ministère de la Défense. Les coûts d’acquisition sont identiques à 8,9 milliards de $. Mais ce sont les coûts de soutien qui basculent : de 7,3 milliards à 15,2 milliards $ et les coûts opérationnels qui passent de 9 à 19,9 milliards $. La différence s’explique en fait aussi par la durée prise en compte : 20 ans seulement dans l’estimation du ministère de la Défense, 42 ans dans l’estimation de KPMG. Ramené au prix par an, on arrive à un montant de 1 milliard $ par an.

Une (petite) chance pour le Rafale ou l’Eurofighter ?

« Il n’y a pas d’autre solution aujourd’hui que réinitialiser (reboot) » le dossier, commente l’entourage du Premier ministre, soumis à forte pression de l’opposition. Et donc de rouvrir une compétition internationale pour remplacer le bon vieux CF-18 qui arrive en fin de vie et ne pourrait pas dépasser 2020, même avec une mise à jour. Seraient alors en piste selon le quotidien canadien : trois avions européens — le Rafale de Dassault,  le Gripen de Saab et l’Eurofighter Typhoon — deux avions américains — le Super Hornet de Boeing et le F-35 de Lockheed-Martin. Le chef d’Etat-major, Thomas Lawson, a reconnu d’ailleurs que le F-35 n’était pas le seul avion moderne avec de telles capacités.

Les limites du chantage industriel

Si le Canada ferait défaut, la conséquence pourrait être immédiatement traduisible en termes d’augmentation du coût de l’appareil (+ 15%). Et cela pourrait surtout avoir un effet d’entraînement négatif : on pense particulièrement aux Pays-Bas (où le gouvernement a initié un processus d’évaluation plus complet *). Il y a un possible risque pour l’industrie canadienne. Mais ils peuvent être réduits selon les commentateurs. Les 375 millions de $ dont bénéficie l’industrie canadienne pourraient être conservées car celles-ci occupent des niches technologiques spécifiques. Et les autres industriels sont prêts également à faire bénéficier les industriels locaux de telles retombées.

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Le JSF sous la loupe des comptables

Six F-35 (crédit : Lockheed Martin)

(BRUXELLES2) Le nouvel avion de combat américain JSF / F35 que les Pays-Bas doivent acquérir va faire l’objet d’un examen à la loupe par la Cour des comptes nationale. Plus exactement, les comptables néerlandais vont examiner les conséquences financières d’un arrêt de la participation au développement de cet avion de combat. Les Pays-Bas ont prévu de commander 85 exemplaires de cet avion. Mais seuls deux d’entre eux ont, pour l’instant, été commandés « fermes ». Le premier fait en ce moment, très discrètement, l’objet d’essais sur une base du Texas, à Fort Worth.

Certes une majorité parlementaire s’est exprimée, début juillet, pour l’arrêt du programme. Les travaillistes du PvDA ont fait basculé les partis opposés à cet achat; après avoir tergiversé durant des années : « contre » au début, « pour » ensuite l’achat du premier appareil d’essai, quand ils étaient en coalition avec les chrétiens-démocrates, puis à nouveau « contre » lors de l’achat du deuxième appareil. Mais le gouvernement minoritaire (libéraux du VVD et chrétiens-démocrates du CDA) n’a, pour l’instant, pas entendu renoncer à cet équipement qui doit venir relayer un F-16 en fin de vie et dont l’industrie néerlandaise aéronautique attend des retombées importantes (environ 1200 personnes travaillent sur le programme). Les premiers appareils achetés ont couté 158 millions d’euros (contre 98 millions d’euros prévus au départ). Et le budget néerlandais a déjà investi 800 millions d’euros dans le programme.

La question est donc cruciale. Faut-il arrêter ce programme et perdre ainsi non seulement l’investissement réalisé et les retombées futures, sans compter qu’il faudra bien budgéter le remplacement des F-16 ? Ou faut-il continuer malgré tout, à un moment clé, quand la Défense néerlandaise doit économiser 1 milliards d’euros sur 4 ans, voire plus (si d’autres plans de restriction budgétaire sont engagés dans le futur), et mettre à la porte 12.000 de ses « employés »… ? Cette question que les Néerlandais se posent, nombre de cours des comptes dans la plupart des pays européens devraient se poser…

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Philip Hammond veut conforter la relation spéciale Uk-Us

(B2) En visite à Washington, le ministre britannique de la défense, Philip Hammond a pris livraison symbolique du premier avion nouvelle génération F-35B. Il en a profité pour annoncer un rapprochement avec les Etats-Unis. Au moment où sont mises en place des mesures d’austérité qui affectent grandement le budget de la défense, P. Hammond s’est dit vouloir « rassurer » ses interlocuteurs « sur notre détermination à demeurer un pouvoir fort» appuyant sur le fait que «les liens entre nos forces armées sont spéciales». Le ministre britannique a d’ailleurs annoncé un plan de dépenses de 250 milliards $ en équipements militaires pour les dix ans à venir. Les deux hommes ont pu aussi discuté de points plus sensibles telle que la situation en Afghanistan et la situation au lendemain du retrait des troupes.

Lire aussi : Le choix du F-35B : couteux, désastreux (expert UK)

Le choix du F-35B : couteux, désastreux (expert UK)

(crédit : Lockheed Martin)

(BRUXELLES2) Le choix britannique du F-35B pour la Royal Air Force et la Royal Navy a des « implications désastreuses pour la puissance aérienne britannique« . Celui-ci qui explique cela dans un article au vitriol paru dans Defence IQ n’est pas un Frenchie jaloux. Mais simplement, James Bosbotinis, un spécialiste des questions maritimes et stratégiques, doctorant au King’s college et associé au centre Corbett pour les études de politique maritime.

Le choix du ministère de la défense britannique de renoncer, en mai dernier, au F-35C (catapulté) pour revenir au F-35B (à décollage court et atterrissage vertical), estimant que le coût de mise à niveau du Queen Elisabeth pour le catapultage des avions était trop important pour le budget de la Couronne, est mauvais pour plusieurs raisons selon Bosbotinis : la capacité limitée du F-35B, son coût non négligeable, l’absence de réflexion à long terme, comme la perte de profondeur stratégique ou de puissance vis-à-vis des autres alliés…

Une capacité limitée

Le F-35B est tout d’abord sujet à des limites techniques de réservoir (13.500 lbs au lieu de 19.145 lbs) ce qui limite sa portée : son rayon d’action est ainsi de 463 miles nautiques contre 613 miles nautiques pour le F-35C tandis que son temps sur cible est de 15 mns, 36 mns pour son alter ego. De même, il ne peut emporter que des bombes de classe 1000 lb (environ 450 kg), le double pour le F-35C. Ce qui ne permet pas d’atteindre des cibles comme les ponts ou les abris d’avions. La seule alternative serait d’ajouter un missile Storm Shadow, mais aux « dépens des capacités furtives de l’appareil et donc de la possibilité de pénétrer en profondeur dans l’espace aérien adverse » explique Bosbotinis.

Le coût d’achat : plus important

Le coût de ce changement de cap est particulièrement élevé tant au moment de l’achat que durant sa mise en service. 97 F-35C se substitueraient en termes de capacités à 136 F-35B » avec une différence de coût de 4,46 milliards £ en faveur du premier, selon un document confidentiel du ministère de la défense révélé par nos confrères du The Telegraph. De plus, l’achat de F-35B devrait aussi s’accompagner de l’achat de quelques F-35A pour combler les insuffisances techniques à répondre aux exigences britanniques de la capacité offensive soutenue (Deep and Persistent Offensive Capability ou DPOC), doublant alors les coûts durant la mise en service (environ 2 milliards £ supplémentaires pour une flotte mixte au lieu d’une force homogène de F-35C) et les problèmes techniques (adaptation des ravitaillements aériens notamment).

Une réflexion à long terme pour le Queen Elizabeth

L’option envisagée de choisir le F-35C et d’adapter les navires de la classe Queen Elizabeth aux configurations CATOBAR (catapultage et appontage simultanés) ne serait pas si couteuse. De nouvelles projections parues dans The Telegraph annoncent ainsi un chiffre de moitié moindre que l’achat d’une flotte de F-35B et A (estimées environ à 1£ milliard selon le secrétaire adjoint de la Marine américaine S. J. Stackley) couterait ainsi deux fois plus chère que l’option du F-35C. Autre argument de Bosbotinis : le Queen Elizabeth, adapté au décollage court et atterrissage vertical STOVL, devrait rester en service jusqu’aux environs de 2070 alors que le F-35B ne serait lui opérationnel jusqu’en 2042. Que se passera-t-il alors après 2042 ? Le Queen Elizabeth ne devra-t-il pas alors être configuré CATOBAR ? La réflexion budgétaire semble faire défaut.

Une perte de profondeur stratégique et de valeur vis-à-vis des alliés

Le fait que l’armée de sa majesté souhaite passer des configurations CATOBAR au STOVL est « une perte de flexibilité stratégique et de potentiel d’expansion sur le long terme … comprennent des problèmes tels que l’intelligence embarquée, la surveillance, la reconnaissance, et la résistance du Carrier Strike dans le cas où le programme F-35 échouerait ou serait retardé ou encore la viabilité sur le long terme du Carrier Strike. » selon Bosbotinis. D’autant plus qu’en « termes opérationnels, l’interface air/navire dans un environnement STOVL n’est pas moins complexe que pour CATOBAR. » Tout cela est sans compter que la valeur ajoutée de l’aviation britannique va être remise en question. La faiblesse qu’elle constituerait au sein d’une alliance européenne (Italie, Danemark, Norvège et Pays Bas disposant du F-35A, plus complet dans ses possibilités de missions) ou du Commonwealth (idem pour le Canada ou l’Australie) pourrait remettre en cause le rapport de force. Sans parler des pertes d’interopérabilité avec l’US Navy qui a décidé, elle, d’acquérir des F-35C en plus des F-35B déjà présents dans sa flotte…

La Norvège achète ses deux premiers F-35 grâce au retrait d’Afghanistan

Un JSF (Joint Strike Fighter) et deux JSM (Joint Strike Missile) (© Ministère de la Défense Norvégien)

(B2) La Norvège a annoncé vendredi (15 juin) l’achat des deux premiers chasseurs F-35 suite à l’accord des américains, reçu plus tôt dans la semaine, sur l’intégration de missiles JSM (Joint Strike Missile) à ces avions. C’était une condition pour la Norvège, qui développe ces missiles. Le ministre de la défense norvégien, Espen Barth Eide, a donc autorisé la commande des avions à l’industriel américain Lockheed Martin.

Les missiles JSM, produits par l’entreprise norvégienne Kongsberg, sont complémentaires du JSF F-35 puisqu’ils permettent de viser à la fois des cibles navales et terrestres. Un marché qui représenterait au total entre 3,3 et 4,2 milliards de dollars pour ces JSM.

Les deux premiers chasseurs commandés correspondent au modèle à atterrissage et décollage « conventionnel » (F-35 A). Ils devraient être suivis par une seconde paire en 2016, puis 47 autres à partir de 2017.

L’augmentation de budget que représente le financement des F-35 a été approuvé par le parlement norvégien jeudi (14 juin), notamment grâce aux fonds qui vont être redistribués suite au désengagement en Afghanistan.

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JSF / F- 35 : un programme ambitieux mais plus coûteux que prévu…
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Les pays du Benelux scellent une entente de défense

(BRUXELLES2) Le « moteur » Benelux – un temps enrayé – semble reparti, du moins en matière de défense. Les ministres de la Défense des trois pays — le Belge Pieter De Crem, le Néerlandais Hans Hillen et le Luxembourgeois Jean-Marie Halsdorf — doivent, en « marge » de la réunion informelle des ministres de la Défense de l’Union européenne, signer ce mercredi à Val Duchesse, pour entériner une « déclaration d’intention de coopération » en matière de Défense. Une déclaration assez courte, très politique, qui constitue, ainsi que me l’a confié un expert du dossier, côté belge, une étape conséquente : « on ne pourra pas revenir en arrière ».

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JSF / F- 35 : un programme ambitieux mais plus coûteux que prévu…

Version "porte-avion" du F 35 lors d'un test en vol, le 11 février 2011 dans le Maryland, USA (Crédits: U.S. Navy)

(BRUXELLES2) Ce n’est pas nouveau, les avions de combat nouvelle génération coûtent chers. C’est particulièrement le cas pour le futur F 35 Lightning II, ou JSF (Joint Strike Fighter), venant remplacer les chasseurs de nombreuses armées euro-atlantiques dans les prochaines décennies. Le projet n’est pas nouveau, ses fluctuations et autres estimations erronées non plus (voir l’article d’il y a un an déjà: JSF / F35 : un prix qui s’envole, un rapport canadien qui décoiffe).

Deux rapports officiels viennent, coup sur coup, de le confirmer : le programme JSF coûte plus cher qu’annoncé initialement tandis que des lacunes techniques persistent, ce qui entraîne en plus des retards dans la production. Les deux rapports proviennent respectivement du Vérificateur Général pour le Canada et du Government Accountability Office pour les Etats-Unis, deux organes d’audit rattachés aux parlements et indépendants politiquement.

Ces deux rapports se montrent assez critiques vis-à-vis d’un programme qui paraissait alléchant suivant l’annonce qui en avait été faite : « Produire l’avion le plus polyvalent et le plus avancé au niveau technologique, tout en étant le moins cher ». S’il présente un intérêt indéniable en théorie, ce programme n’est pas si « abordable » que ça. Démonstration…

Un programme pour le moins ambitieux !

Le F 35: un avion unique adapté aux 3 armées

L’idée derrière le projet JSF est simple mais extrêmement ambitieuse: produire un avion de combat multi-rôle qui puisse remplacer les avions de chasse de nombreuses armées nationales, que ce soit dans leur composantes Air, Terre ou Mer. Ainsi, trois variantes du F 35 sont (étaient) prévues avec une double optique de rationalisation des coûts (encore et toujours…) et d’optimisation de l’efficacité (notamment en termes d’inter-opérabilité), c’est bien un seul modèle de base, adapté aux besoins spécifiques des 3 composantes, qui doit être construit.

Un avion construit en coopération … très dirigée

Entamé à la fin des années 1990, ce projet est « Le plus important programme de développement et d’approvisionnement de l’histoire du département de la Défense des Etats-Unis« , reconnaît le rapport canadien. Comprenant la conception, le développement, la fabrication et le maintien en service jusqu’en 2051, il est dirigé par les Etats-Unis avec la participation de huit autres partenaires: Australie, Canada, Danemark, Italie, Pays-Bas, Norvège, Turquie et Royaume-Uni. Il vise à produire plus de 3000 avions, dont l’écrasante majorité est destinée aux Etats-Unis (environ 2400), qui sont d’ailleurs les seuls à avoir commandé les trois modèles.

Prix qui augmentent, lacunes techniques et retards de production: un triptyque qui passe mal

Un coût réel sous-estimé

Le coût de sortie d’usine du F 35 a été largement sous-évalué au départ et a été régulièrement revu à la hausse depuis. Il a quasiment doublé en moins de 10 ans : passant de 49,9 millions de $ US en octobre 2001 à 84,9 millions $ en décembre 2009. Et cela devrait continuer ainsi, selon les rapports américain et canadien, quoiqu’avec une hausse moins forte dans les années à venir, grâce à des restructurations du programme à court terme. 

Plus important, c’est le coût réel – c’est-à-dire celui qui comprend le cycle de vie complet de l’avion -, qui a été sous-estimé. Selon le rapport canadien, qui rappelle que le calcul de ce coût est « une tâche complexe« , plusieurs facteurs « n’ont pas été pris en compte« : les avions de remplacement (l’armée doit en effet s’attendre à perdre certains de ses aéronefs), les mises à niveau futurs des logiciels mais aussi les armements… Facteurs auxquels viennent s’ajouter toutes les incertitudes liées à tout pronostic (prix du kérosène, taux de changes, etc.). Enfin, last but not least, la Défense nationale (ministère de la défense du Canada) a basé ses estimations sur un cycle de vie de 20 ans alors que celui du F 35 est estimé à 36 ans (ou 8000 heures de vol)…

Tous ces surcoûts pourraient obliger les ministères de la défense des pays partenaires de faire des coupes dans d’autres domaines, « provenant d’autres portions de ses budgets d’équipement ou de ses budgets opérationnels« .

Les « décisions prises jusqu’à présent, et celles à venir, auront des répercussions qui se feront sentir au cours des 40 prochaines années » précise le rapport canadien. Des « erreurs » assez grossières… commises sciemment, apparemment. Le vérificateur canadien affirme ainsi que « les représentants [de la Défense nationale] savaient que les coûts étaient susceptibles d’augmenter mais ils n’en ont pas informé les parlementaires ». Les retombées industrielles de ce programme sont, en réalité, le facteur prépondérant pour le gouvernement canadien (et probablement les autres). Et la Défense nationale n’a pas voulu « montrer » un programme trop coûteux.

Des problèmes techniques plus importants que prévu, qui entraînent des retards de livraison

Les deux rapports font mention de problèmes techniques qui retardent l’avancée du programme JSF. La phase de test a ainsi été prolongée jusqu’à 2018 (au lieu de 2012 comme annoncé initialement), date à laquelle seulement pourra débuter la phase de production « à plein régime ». L’échéancier a été repoussé à trois reprises déjà (en 2003, 2007, 2010). Parmi les problèmes techniques, le rapport américain précise que ce sont particulièrement les volets « logiciel », « communication » et autres systèmes logistiques qui sont plus complexes et plus longs à tester que prévu. Selon ce même rapport, le programme JSF est caractérisé par un degré de concurrence trop élevé, ce qui entraîne un processus plus compliqué et surtout, des chevauchements et du double travail entre les phases de développement, test et production. Par ailleurs, il rejoint le rapport canadien sur un autre point: commencer à fabriquer les avions avant que la phase de test soit entièrement terminée présente à la fois des risques techniques et des coûts additionnels, puisqu’il faut ensuite les modifier selon les résultats des tests. En réaction à ces différents problèmes, les gouvernements des pays partenaires ont considérablement réduit leurs commandes, au moins à court terme. Par exemple, les Etats-Unis ont diminué leurs commandes de 400, passant de 2866 à 2457 avions.

Télécharger les rapports dans Docs de B2 (*)


Belges et Néerlandais se déclarent leur flamme

(B2) Les deux ministres de la défense, belge et néerlandais, Pieter De Crem et Hans Hillen, ont profité de leur visite commune à l’Amirauté Benelux, à la base navale de Den Helder (Pays-Bas) pour envisager d’autres partenariats.

Tout d’abord pour les hélicoptères NH 90 – que Belges et Néerlandais ont commandé dans des versions similaires (ce qui facilite ensuite des projets communs) – dont l’entretien pourrait être fait en commun.

Coté aérien, également, les deux ministres envisagent de constituer une sorte de force de réaction rapide pour assurer une surveillance commune des espaces aériens. Ils pourraient aussi « travailler ensemble pour remplacer les F-16 » comme l’indique Hans Hillen. NB : un sujet assez complexe puisque les Pays-Bas se sont déjà engagés sur le projet américain JSF – F-35. Cela signifierait que la Belgique rejoigne ce projet. Coté belge, on ne veut pas trop précipiter les choses. L’achat de nouveaux avions n’est pour l’instant pas budgété. Ce n’est pas le moment d’ailleurs. Et il n’y a « pas urgence » a rappelé à B2 un officier. « Pour remplacer les avions actuels, une première décision n’est pas nécessaire avant les années 2015. » On a du temps… Coté néerlandais, on est un peu plus pressé. Et les Pays-Bas aimeraient bien refiler quelques uns des appareils qu’ils ne voudraient plus commander (la première commande envisagée était largement surévaluée puisqu’elle devait concerner 80 appareils !).

Dernier projet à l’étude : la coopération entre les forces spéciales, les parachutistes, les commandos et fusiliers marins, notamment en matière de formation.

Une coopération déjà active sur la marine

La Belgique et les Pays-Bas coopèrent déjà depuis une quinzaine d’années pour leur marine. Ils ont développé un commandement intégré, en assurant une complémentarité de leurs navires, une formation conjointe des officiers et l’entretien en commun des navires. Ainsi les dragueurs de mines des deux nations sont entretenus à Zeebrugge en Belgique, tandis que les frégates le sont à Den Helder aux Pays-Bas. « Une coopération sans précédent » a assuré Hans Hillen. « Cela s’est bien passé, en douceur, et a permis d’accroître notre force. Il s’agit d’un « produit d’exportation » de nos deux pays. » La coopération internationale est actuellement une des priorités au plan européen. « De nombreux pays souhaitent travailler ensemble, ont des plans. Les Pays-Bas et la Belgique le font aussi, vraiment. Et ce partenariat unique, nous continuons à développer. »

(Nicolas Gros-Verheyde)