F35 : la coupe déborde au pays de l’érable ?

(crédit : Lockheed Martin / JSF)

(BRUXELLES2) La limite est-elle atteinte au Canada ? En tout cas à la lecture du National Post, vendredi, l’impression apparait claire. Selon le quotidien canadien, l’entourage du Premier ministre Stephen Harper serait prêt à jeter l’éponge après avoir pris connaissance d’un audit de KPMG. Et les jours qui viennent pourraient être cruciaux pour l’avenir de la participation du pays au programme américain de nouvel avion de combat

Coût : 46 milliards de $ sur 42 ans

Les consultants de KMPG évaluent, en effet, désormais le coût du programme à près de 46 milliards de $ canadiens (36 millions d’euros) pour 65 avions sur la durée des appareils (42 ans). Soit deux fois le budget prévu par le ministère de la Défense. Les coûts d’acquisition sont identiques à 8,9 milliards de $. Mais ce sont les coûts de soutien qui basculent : de 7,3 milliards à 15,2 milliards $ et les coûts opérationnels qui passent de 9 à 19,9 milliards $. La différence s’explique en fait aussi par la durée prise en compte : 20 ans seulement dans l’estimation du ministère de la Défense, 42 ans dans l’estimation de KPMG. Ramené au prix par an, on arrive à un montant de 1 milliard $ par an.

Une (petite) chance pour le Rafale ou l’Eurofighter ?

« Il n’y a pas d’autre solution aujourd’hui que réinitialiser (reboot) » le dossier, commente l’entourage du Premier ministre, soumis à forte pression de l’opposition. Et donc de rouvrir une compétition internationale pour remplacer le bon vieux CF-18 qui arrive en fin de vie et ne pourrait pas dépasser 2020, même avec une mise à jour. Seraient alors en piste selon le quotidien canadien : trois avions européens — le Rafale de Dassault,  le Gripen de Saab et l’Eurofighter Typhoon — deux avions américains — le Super Hornet de Boeing et le F-35 de Lockheed-Martin. Le chef d’Etat-major, Thomas Lawson, a reconnu d’ailleurs que le F-35 n’était pas le seul avion moderne avec de telles capacités.

Les limites du chantage industriel

Si le Canada ferait défaut, la conséquence pourrait être immédiatement traduisible en termes d’augmentation du coût de l’appareil (+ 15%). Et cela pourrait surtout avoir un effet d’entraînement négatif : on pense particulièrement aux Pays-Bas (où le gouvernement a initié un processus d’évaluation plus complet *). Il y a un possible risque pour l’industrie canadienne. Mais ils peuvent être réduits selon les commentateurs. Les 375 millions de $ dont bénéficie l’industrie canadienne pourraient être conservées car celles-ci occupent des niches technologiques spécifiques. Et les autres industriels sont prêts également à faire bénéficier les industriels locaux de telles retombées.

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Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen à l'université Paris I Pantheon Sorbonne. Journaliste professionnel depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir). Auditeur de la 65e session de l'IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale).