L’OTAN est-elle toujours une organisation politique ?

(B2) L’Alliance atlantique a connu des crises, graves, dans le passé. Ce qui se passe aujourd’hui avec l’offensive turque non concertée dans le nord-est de la Syrie est hors de proportion

Les ministres de la Défense tenteront de s’accorder sur la Turquie. Réunion (difficile) ce jeudi au siège de l’Alliance à Bruxelles (© NGV / B2)

Une rupture politique et militaire au sein de l’Alliance

Qu’un pays membre de l’OTAN (Turquie), avec le consentement d’un autre (USA) — tous deux membres principaux de l’Alliance — interviennent dans une zone sensible, désorganisant la stratégie patiemment construite par les Alliés dans la zone, est assez extraordinaire. Que cela se fasse sans aucun délai ni discussion préalable entre les Alliés, en particulier ceux présents sur le terrain au sein de la coalition contre Daech est encore plus étonnant. Rajoutez à cela des Américains, dont la ligne politique est difficile à cerner et erratique (1). Et vous avez un cocktail inédit qui suscite bien des interrogations sur la fiabilité de l’Alliance.

Rendre les armes à la Russie : quel paradoxe

Le premier résultat de cette intervention est d’ores-et-déjà visible. Le seul interlocuteur international valable dans la zone, au niveau politique comme militaire, devient Moscou. Les USA ont ainsi réussi à placer la Russie, l’ennemi héréditaire, la raison d’être de l’OTAN, dans une position incontournable tant au plan politique que militaire, sur un de ses principaux champs d’action : le Moyen-Orient et le Golfe. Vladimir Poutine peut se réjouir. Il n’a plus besoin de manœuvrer. En désertant le champ de bataille, les Alliés lui offrent la victoire sans combattre. Magnifique. Un retrait tactique = une défaite stratégique.

Un sabordage politique

Le second effet de l’intervention est plus imperceptible. La colère gronde dans les cercles feutrés de l’organisation euro-atlantique. Cette action constitue, en effet, une brèche au concept même de l’Alliance qui s’affirme comme une entité politique, solide, organisée, indestructible. Sa crédibilité est en jeu, au niveau européen comme mondial. Les questions qui se posent sont fondamentales. A quoi sert de montrer ses muscles à la Russie si on facilite son action aux portes de l’Europe ? Qui pourra faire confiance demain à des alliés qui tournent casaque du jour au lendemain ? Les Alliés eux-mêmes seront-ils prêts à suivre les yeux fermés les Américains demain dans une coalition ? (2). L’OTAN ne va-t-elle pas être contrainte de se replier sur sa zone historique : l’Europe ? L’organisation n’est-elle pas condamnée en fait à errer sans but politique, comme un coq à qui on aurait coupé la tête ?

Une réflexion interne nécessaire

Dire que « l’OTAN est morte » comme le proclame l’ancien conseiller de François Mitterrand Jacques Attalli, c’est aller vite en besogne. La force d’attraction et d’inertie de l’organisation euro-atlantique demeure car elle n’a pas d’équivalent ni de remplaçant. Mais ce qui est sûr c’est qu’en quelques jours, les États-Unis et la Turquie ont effacé les gains occidentaux depuis la chute du mur en 1989, mettant en évidence les faiblesses et la friabilité de l’Alliance. Les Européens vont devoir, très vite, réfléchir à ce qu’ils veulent faire. Sont-ils prêts à investir l’OTAN pour en faire ‘leur’ organisation ? Sont-ils prêts à se doter, en parallèle, eux-mêmes de certains instruments de puissance, au moins au plan politique ? Ce n’est pas gagné…

(Nicolas Gros-Verheyde)


Une singulière différence avec la crise de 2003

L’OTAN n’en est pas à sa première crise importante. Elle avait vécu une crise similaire à l’été 1974 avec le coup d’état grec à Chypre, suivie de l’intervention militaire turque (3). Mais cela semble si loin : presqu’un demi-siècle. La crise de 2003 est plus récente, quand les USA et une partie des alliés sont partis en Irak détruire le régime de Saddam Hussein et qu’une autre partie emmenés par les franco-allemands ont refusé. Un véritable schisme. Entre Alliés, les mots étaient durs. La bataille était rude, mais sur le plan politique et diplomatique. Il n’y avait pas un pays de l’Alliance qui combattait l’autre indirectement sur le terrain. Français et Allemand avaient simplement refusé de participer à une action militaire qu’ils jugeaient contraire au droit international et à leurs intérêts. Ils ne s’étaient pas alors rangés militairement du côté de Saddam…


  1. Le gouvernement américain est passé en quelques jours d’une autorisation donnée à la Turquie d’intervenir en Syrie, à la menace de représailles féroces si elle continuait son offensive, accompagnée d’une demande aux Alliés de sanctions importantes, puis à une médiation de cessez-le-feu (temporaire) et une demande faite aux Alliés d’assister la Turquie.
  2. L’échec américain à constituer une coalition maritime contre l’Iran dans le détroit d’Ormuz est un signe avant-coureur de cet état des lieux. Lire : L’opération américaine dans le détroit d’Ormuz : comme un goût d’échec diplomatique
  3. Crise qui entraîne (entre autres) la mise en place d’un embargo militaire contre la Turquie par les États-Unis et le retrait de la Grèce de l’Alliance.
Décollage d'un Mirage 2000 (crédit : DICOD / EMA - archives)

Frappe combinée belgo-française dans la région de Mossoul

Décollage d'un Mirage 2000 (crédit : DICOD / EMA - archives)

Décollage d’un Mirage 2000 (crédit : DICOD / EMA – archives)

(B2) Deux Mirage 2000D de la base aérienne projetée H5 (au nord-est d’Amman en Jordanie) et quatre F16 belges ont participé à une mission de frappe « planifiée » contre un site de Daech dans la région de Mossoul dans la nuit du 5 juillet, annonce l’état-major de l’armée française le 8 juillet. Ils ont « frappé simultanément plusieurs bâtiments d’un vaste site servant à fabriquer et à stocker des bombes artisanales ».

La veille, lundi (4 juillet), cinq avions — deux Mirage 2000D et un Atlantique2 de la base de Jordanie  et deux Rafale stationnés dans le golfe arabo-persique — avaient réalisé plusieurs frappes au sud-est de Mossoul.  Les deux Mirage 2000D et un Rafale ont « dans un premier temps frappé simultanément plusieurs bâtiments, dans lesquels les combattants ennemis se trouvaient retranchés ». Après un ravitaillement en vol, les Mirage 2000D ont ensuite « illuminé des cibles dans la même zone au profit de l’Atlantique2 et d’un Rafale ». Ceux-ci ont, à leur tour, « pu procéder à deux tirs ».

L’opération Chammal – nom de code de l’engagement français contre Daech en Irak et Syrie – mobilise aujourd’hui 1900 militaires selon les sources officielles, 14 avions de chasse de l’armée de l’Air (6 Rafale, 5 Mirage 2000D et 3 Mirage 2000N), un avion de patrouille maritime Atlantique2 de la Marine nationale ainsi que des « capacités renseignement, de commandement, de contrôle et de ravitaillement », une centaine de militaires à Bagdad et Erbil pour la formation et le conseil des états-majors et unités irakiennes. Coté maritime, c’est la frégate de défense aérienne Forbin (D-620) qui est présente en mer Méditerranée depuis mai.

(NGV)

(Crédit: Défense française)

Une intervention en Libye se prépare.. Mais laquelle ?

(Crédit: Défense française)

Rafale décollant du Charles de Gaulle pour bombarder la Libye, dans le cadre de l’opération Harmattan (Crédit: Défense française)

(B2) Régulièrement, les médias en Italie, en France, au Royaume-Uni font état de plans imminents pour intervenir en Libye. A écouter certains (comme le Daily express par exemple), on a l’impression que les moteurs des avions vrombissent déjà, les pales des hélicoptères sont sorties, les navires se rassemblent au large telle une gigantesque armada prête à intervenir. La réalité semble légèrement différente…

Des actions ponctuelles ne signifient pas une opération

Je sais, je vais décevoir quelques confrères, boy scouts de l’intervention militaire, parachute sur le dos et lance roquette en bandoulière qui flamboient dès qu’ils entendent parler « boum boum ». Certes il y a quelques survols, plus ou moins discrets, d’avions. Ce n’est pas vraiment nouveau, c’est simplement plus systématique (1). Il y a des forces spéciales disséminées, ci et là, pour prêter leurs concours aux forces locales, préparer la suite des opérations, repérer (et éliminer) de potentiels suspects. C’est le boulot des forces spéciales. Il y a un ou deux raids de drones armés, en nombre limité, pour procéder à une ou deux frappes « d’élimination ». Ce n’est pas vraiment différent de ce qui se passe en Somalie, au Yemen… C’est la méthode trouvée par les Américains pour tenter de décapiter les structures de Al Qaida (ou Daech maintenant) sans intervenir de façon trop visible. Quant aux états majors — à Rome, à Paris, à Londres — ils planifient divers scénarios. C’est leur rôle. Mais l’essentiel n’est pas là…

Le souvenir de la catastrophe de 2011

Il ne semble pas question (pour l’instant) d’une intervention militaire occidentale, avec navires de l’OTAN au large, contrôle aérien et forces spéciales au sol pour guider les avions, au sens de celle qu’on a vécu en 2011. L’intervention actuelle semble plus diffuse, plus discrète, et plus multiple. Tout simplement car ce ne peut être la même chose. Le problème n’est pas d’avoir en Libye un Etat « ennemi » ou un gouvernement « ennemi », c’est l’anarchie qui est l’ennemi aujourd’hui. Et contre çà, tous les bombardiers du monde n’y peuvent rien. Personne n’a aussi vraiment envie de rééditer le scénario de 2011. Car l’intervention occidentale de 2011 — justifiable de façon ponctuelle —, reste, dans tous les esprits, comme une vraie défaite, politique et militaire au sens stratégique (2). Enfin, faut-il le rappeler, il y a d’autres terrains d’engagement. Et personne n’a vraiment les moyens d’une campagne d’envergure et sur une longue durée. Il faut être réaliste…

Qu’en est-il en réalité ?

De fait, il semble y avoir confusion entre plusieurs opérations ou projets d’opération qui se déroulent ou se préparent de façon simultanée, et d’une certaine façon sont complémentaires.

Trois acteurs multinationaux : l’ONU, une coalition, l’UE

Il y a actuellement trois acteurs et trois vecteurs d’action possible, multinationaux : 1° l’ONU et sa mission UNSMIL, 2° la LIAM, coalition militaire formée sous direction italienne et sous ombrelle de l’ONU, rassemblant plusieurs pays (dont les Britanniques, les Jordaniens et d’autres) ; 3° l’Union européenne et ses missions PSDC (EUNAVFOR MED en mer et une future mission à terre). Ces vecteurs ne sont pas alternatifs l’un de l’autre. Ils s’inscrivent en complément.

Et l’OTAN ?

Même si l’OTAN reste dans tous les esprits, le rôle de l’Alliance Atlantique n’est pour l’instant ni défini ni souhaité par les Libyens eux-même (souvenir de 2011) ni par certains Européens, même du côté maritime ou de contrôle des migrations. Angela Merkel l’a rappelé précisément à Hanovre au président américain. « Il y a maintenant une mission européenne – EU NAVFOR Med aussi appelée « Sophia » – qui fonctionne très bien ». De nombreux articles de presse mentionnent une opération en préparation sur les migrations. Il semble que cela soit loin d’être acquis … (pour être poli !) « On est davantage dans une idée défendue par un ministre (la ministre italienne de la Défense) que dans une décision approuvée » m’ont confirmé plusieurs sources. La confusion règne, savamment entretenue avec d’autres projets en cours (Lire : L’opération Active Endeavour en passe d’être transformée. Une coordination UE-OTAN en Méditerranée à l’étude)

Des rôles complémentaires

Le principal d’entre eux est la LIAM, qui a pour objectif sous commandement italien, la sécurisation de Tripoli, et la restructuration et formation de l’armée libyenne (dans un format assez proche des missions EUTM de l’Union européenne). Pour les garde-côtes et la surveillance maritime, ce sera davantage le rôle de l’opération européenne EUNAVFOR MED / alias Sophia (lire : Les Etats envisagent plusieurs options diverses). Pour remettre sur pied une police, judiciaire essentiellement, ainsi que les poursuites, ce serait le rôle d’une autre mission européenne qui est à l’étude actuellement.

Trois conditions

Mais tout cela est placé à trois conditions : 1° Un gouvernement libyen reconnu comme légitime (non seulement par la communauté internationale mais aussi par les Libyens = le Parlement de Tobrouk), 2° Le gouvernement doit avoir demandé une intervention ou, au moins, ne s’y oppose pas, 3° Avoir un certain consensus international, à défaut d’une résolution formelle des Nations unies. Cela signifie notamment l’absence de veto formel de la Russie. On peut certes se passer de cet accord pour faire une ou deux frappes, de façon inopinée, discrète, et solitaire. Mais répéter cet acte de façon régulière serait (très) délicat à tenir sur le plan des relations internationales serait quasiment un cas de casus belli.

Une intervention militaire : désastreuse

Pour les spécialistes de la Libye, il faut agir avec tact et prudence. La pire des choses serait d’avoir une intervention militaire sans aval des autorités libyennes un peu légitimes. « En l’état des choses, une opération militaire serait désastreuse et inefficace. Cela reviendrait à plomber le processus de recomposition nationale. Nous ne sommes plus dans le contexte de la Libye 2011 » avait confié, il y a quelques temps, à B2 un diplomate expérimenté, bon connaisseur de la Libye. Certes il reconnait que l’idée d’une intervention « est bien dans la tête de quelques uns. Dans tous les pays, il y existe une tentation permanente d’intervention. C’est le rôle des militaires d’ailleurs de planifier toutes les situations. » 

Une offensive libyenne en cours

Les Libyens du général Haftar à l’oeuvre, bien aidés

A ceux-là, il faut ajouter l’action des forces libyennes, recomposées, du général Haftar, avec l’aide « technique » de plusieurs acteurs opérationnels : l’Egypte et les Emirats arabes unis de façon à peine cachée, et de quelques acteurs européens. Le soutien occidental (Français notamment mais aussi Britannique) est plus discret. Mais il semble bien présent (comme en 2011 d’ailleurs), sous la forme de fourniture d’équipement, d’éléments d’entraînement voire directement sur le terrain (avec quelques unités de forces spéciales). Ces forces sont repassées à l’offensive depuis quelques jours reprenant Benghazi et Derna, selon les dernières informations.

L’espoir d’une tenaille

C’est sur ces forces essentiellement, qu’une partie de la communauté internationale compte pour effectuer l’offensive contre Daech, davantage que sur une intervention militaire extérieure qui apparait davantage comme une situation d’extrême limite. Ces forces pourraient être aidées au besoin par quelques milices, à l’ouest, notamment à Misrata, qu’il reste à convaincre de repartir à l’assaut. Ce qui permettrait de prendre en tenailles les hommes de Daech, de les contraindre à la défensive et les empêcher d’atteindre les champs de pétrole notamment. Des experts (Américains notamment mais aussi Italiens semble-t-il) sont, ainsi, sur le terrain depuis pour « nouer des contacts », avait indiqué Peter Cook, porte-parole du Pentagone il y a quelques temps.

Des divergences d’intérêt

Derrière une certaine unanimité européenne se cache mal, même entre Européens, des intérêts divergents. La Libye excite. Et celui qui sera dans le camp du vainqueur aura un atout dans la manche. D’où une certaine course de vitesse entre Paris, Londres, Berlin et Rome pour pousser « sa » solution, avec Washington en rôle d’arbitre (c’était en sous-main l’enjeu de la réunion au sommet de Hanovre). L’Italie veut garder la mainmise sur un pays, tout proche, qu’elle considère un peu comme son arrière-cour (les puits de pétrole exploités par ENI, le pétrolier italien, notamment à Mellitah, sont toujours en fonctionnement). La France soutient, sans ambages, l’Egypte qui soutient le général Haftar, qui refuse de reconnaître la légitimité du gouvernement d’Al-Sarraj (lire notre interview à paraitre de l’eurodéputée Ana Gomes). Mais, dans le même temps, elle est « prête » à aider le nouveau gouvernement d’union nationale pour assurer « sa sécurité maritime » comme l’a confirmé, mardi (26 avril) sur Europe 1, le ministre français de la Défense, Jean-Yves Le Drian… « si le Premier ministre (sollicite) la communauté internationale » (3). Quant aux Britanniques, ils mènent aussi un jeu complexe dont l’objectif, à la faveur du changement de pouvoir, est de damer le pion aux Italiens.

(Nicolas Gros-Verheyde avec Leonor Hubaut)

(1) Cela se produit déjà depuis des années. Si mes souvenirs sont bons, les avions français qui font régulièrement des exercices dans le nord du Tchad n’ont pas pour seul objectif d’inspecter si les dunes du Tibesti ont changé de place … Et, actuellement, il y a très peu de chances de se faire pincer par des radars ou une chasse libyenne anéantie. Il ne faut pas oublier non plus que l’opération EUNAVFOR MED avait pour premier objectif le recueil de renseignements et d’informations. Informations traitées d’abord au niveau national puis transmises au niveau européen (pour ce qui concerne la lutte contre les trafiquants.

(2) Avoir détruit un pôle de stabilité (même dictatorial) pour en faire un pôle d’instabilité et une menace à court terme peut, difficilement, être dénommée autrement, même si d’un point tactique, sur le champ de bataille, la victoire militaire est indéniable et restera, là aussi, dans les annales. Gagner une bataille n’est pas gagner la guerre comme aurait dit le Général…

(3) La seconde partie de la phrase du ministre français est souvent oubliée, ne retenant que la disponibilité française. Elle vient d’une certaine façon « compléter » la phrase de François Hollande qui indiquait lors du dernier sommet européen ne pas vouloir s’engager trop avant.

Lire aussi: Le plan italien pour sécuriser Tripoli et les points clés de Libye *

FlyerRIHEDN2016 Affiche

Les rencontres de l’IHEDN c’est le 2 avril… Allez-y ! inscrivez-vous…

FlyerRIHEDN2016 Affiche(B2) Tout chaud ! Voici le programme des Rencontres de l’IHEDN, l’institut des Hautes études de la défense nationale, qui aura lieu dans un mois, samedi 2 avril.

Le sous-titre de ces rencontres « La défense comme vous ne l’avez jamais abordée » n’est pas usurpé. Avec une quinzaine de tables rondes, des invités de premier plan, des débats très ouverts, les Rencontres sont, en passe, de devenir un des grands rendez-vous de l’année pour tous ceux qui s’intéressent aux questions stratégiques.

Les noms des amphithéâtres du ‘campus’ de l’Ecole militaire — où sont rassemblés les différentes structures de formation militaire de haut niveau (école de guerre, Irsem, Ihedn…) — ont été renommés pour l’occasion : Terminator, Minotaure, Valmy2, Gladiator, d’Artagnan, Conseil de guerre…

Du ‘Silex au Cyber‘ à Edward Snodwden ‘Traitre ou Héros ?‘, en passant par les ‘Guerres secrètes et forces spéciales‘,  ‘Tango à Bruxelles : où va l ‘Europe de la Défense« , « Onu, O Désespoir ! Qui a peur des casques bleus ? » ou « Daech : tous contre un ? » etc., les ateliers et débats qui se dérouleront samedi (2 avril) prochain à l’Ecole militaire à Paris promettent, en effet, d’être animés (détails ci-dessous).

B2 y sera — devinez à quel atelier… ? — avec une bonne partie de l’équipe pour couvrir cet évènement. Ce sera l’occasion de nous rencontrer, d’échanger.

En attendant, n’oubliez pas de vous inscrire directement sur le site de l’IHEDN ici

Télécharger le programme

Rencontres IHEDN 2016 prog 1

Rencontres IHEDN 2016 prog 2

Le ministre des affaires étrangères annonce la mort de 2 de ses agents diplomatiques en Libye (crédit : MAE Serbie)

Deux otages serbes tués lors du raid américain (maj)

Le ministre des affaires étrangères annonce la mort de 2 de ses agents diplomatiques en Libye (crédit : MAE Serbie)

Le ministre des affaires étrangères annonce la mort de 2 de ses agents diplomatiques en Libye (crédit : MAE Serbie)

(B2) Deux agents de l’ambassade serbe en Libye, otages de l’organisation de l’Etat islamique, ont été tués lors du raid de l’aviation américaine mardi sur un immeuble soupçonné d’abriter des militants de l’organisation de l’Etat islamique (Daesh/ISIL) a confirmé le ministère serbe des Affaires étrangères, Ivica Dacic samedi (20 février). « Hier après-midi, nous avons reçu l’information que cette attaque a tué plusieurs ressortissants étrangers, dont deux employés de notre ambassade ». Jovica Stepic et Sladjana Stanković, respectivement le chauffeur et un agent de l’ambassade, avaient été enlevés en novembre dernier. « Les attaques aériennes par l’aviation américaine ont tué plus de 40 personnes, la majorité des victimes sont des Tunisiens qui sont en Libye » a-t-il précisé.

Démenti américain

Du côté américain, on est beaucoup moins affirmatif. « Nous ne disposons d’aucune information indiquant que ces décès soient le résultat de la frappe menées par les forces américaines contre un dirigeant de ISIL et un camp d’entraînement de ISIL » a affirmé Peter Cook, le porte-parole du Pentagone. Les circonstances de cette mort restent « floues » souligne-t-il, dédouanant les forces américaines de toute faute. « Nos forces ont observé ce camp d’entraînement dans les semaines qui ont précédé l’opération. Au moment de la frappe, il n’y avait aucune indication de civils présents. » Il conclut « néanmoins » en « exprimant (ses) plus sincères condoléances au gouvernement serbe et les familles des personnes tuées ».

(NGV)

Lire aussi : Le Pentagone confirme officiellement un raid aérien en Libye près de la frontière tunisienne)

 

(crédit: NRW / baukunst-nrw.de)

Cologne. Un simple dérapage ou une nouvelle méthode d’intimidation ? (maj)

(crédit: NRW / baukunst-nrw.de)

(crédit: NRW / baukunst-nrw.de)

(B2) Les évènements survenus à la gare principale (HauptBahnhof) de Cologne dans la soirée du Nouvel an interpellent. S’agit-il juste d’un dérapage collectif de quelques individus, un peu éméchés, ou excités. Ou de quelque chose d’un peu plus organisé, orchestré, par des mouvements qui ont intérêt à la déstabilisation ? Certains indices incitent à pencher en ce sens ou du moins à se méfier de toute leçon trop rapidement tirée et à s’interroger…

Une violence sexuelle de masse

Les évènements à Cologne ne semblent pas avoir été totalement spontanés mais plutôt planifiés, ou au moins provoqués. Le nombre de personnes impliquées — de femmes victimes comme d’auteurs présumés — le lieu de rassemblement des auteurs, le mode opératoire en razzia (loin du mode habituel du prédateur sexuel), la présence de mots traduits vers l’allemand (plus ou moins intimidants ‘je veux t’embrasser’, ‘je veux te baiser’ ou ayant rapport à l’anatomie féminine)… sont autant de faits sur lequel il faudra se pencher avec attention. Car il pourrait s’agir d’une sorte de ‘sex-mob’ d’un nouveau genre (voir encadré).

Un usage à des fins d’intimidation

La méthode utilisée comme l’objectif visé correspondent en tout cas, assez exactement, aux méthodes et buts de certaines organisations, comme celle de l’Etat islamique. Ce mouvement ne vise pas, en effet, comme ses prédécesseurs dans l’utilisation de l’action terroriste (des Brigades rouges ou action directe à l’OLP ou GIA, Hamas) à conquérir une liberté, un territoire ou transformer le pouvoir. Il vise davantage à déstabiliser les sociétés ciblées — musulmanes et arabes, dans les pays du Moyen-Orient, et occidentales — en agissant sur des ressorts davantage psychologiques que politiques : la peur, la division, le racisme…

L’usage de la violence sexuelle pour asservir

Cette terreur, Daech, l’exerce également, sur les territoires qu’il contrôle, par l’usage des violences sexuelles, de masse de préférence, à l’égard notamment des minorités mais aussi à l’égard de ses propres populations (1). L’objectif est, à la fois, d’assouvir leur pouvoir mais aussi semer la terreur dans les territoires qu’elles contrôlent. L’exemple des Yezidis, désormais assez bien documenté le montre. Pour assurer la traite des femmes et des jeunes filles Yazidi, l’organisation a créé « une infrastructure systématique, avec un réseau d’entrepôts où les victimes sont retenues, des salles d’observation où elles sont inspectées et mises sur le marché et une flotte dédiée d’autobus pour les transporter » comme le montre l’enquête du New York Times, traduite dans cet article de la RTBF. Daech a, non seulement, « développé une bureaucratie détaillée d’esclavage sexuel » avec « contrats de vente notariés » par les cours de justice mais il a aussi développé une doctrine propre.

Une doctrine du viol et de la violence sexuelle

« De manière répétée, les dirigeants de l’EI mettent l’accent sur une interprétation restrictive et très sélective du Coran et d’autres règlementations religieuses afin de, non seulement justifier la violence, mais également d’élever et de célébrer chaque crime sexuel comme spirituellement bénéfique, même vertueux. » « A chaque fois qu’il me violait, il priait » raconte une jeune fille de 15 ans. (…) « Il ne cessait de me dire que c’était ibadah », dit-elle, utilisant un terme des écritures islamiques qui signifient le culte. »

L’objectif : provoquer une onde de choc

Une action terroriste (un attentat) à la différence d’un acte de guerre n’a, en effet, pas automatiquement pour but de détruire l’adversaire mais de provoquer une onde de choc qui sera, elle, largement supérieure à l’effet lui-même de l’attentat et, en retour, atteindre l’objectif recherché : miner et détruire de l’intérieur. Or, si les attentats de novembre et décembre (Bamako, Paris, Beyrouth, Egypte…) ont atteint la première cible (des morts), ils n’ont qu’imparfaitement encore provoqué des effets secondaires. On pourrait même dire : au contraire.

L’échec politique des attentats de novembre

À Paris, l’attentat du 13 novembre a provoqué une union nationale plus certaine que ne l’avaient été les attentats de janvier. En voulant frapper le football (le stade de France) en particulier, les concerts de rock ou les restaurants également (un peu comme le font les Shebab en Somalie), il place tout le monde dans une même cible. C’est un mode de vie qui est atteint et pas seulement des opinions ou des religions. De la même façon, les attentats provoqués au plan international — visant Russie, Liban, Mali, etc. — ont plutôt provoqué une prise de conscience partagée et une certaine unité d’action de la communauté internationale plus importante qu’elle ne l’était il y a quelques mois encore.

Cologne, une terreur discrète ?

Les évènements de Cologne pourraient ainsi être un nouveau type de terreur, exercée de façon beaucoup plus sournoise mais aussi plus ‘efficace’ pour l’objectif visé, donc d’autant plus dangereuse. L’organisation pourrait fort bien utiliser plusieurs cordes à son arc : des attentats séquencés type Paris 13 novembre, ou ciblés, type Charlie Hebdo, de la propagande via internet ou d’autres moyens (prédicateurs auto-proclamés) à destination de populations arabes (ou musulmanes) fragilisées (dont la culture religieuse est souvent faible), et des actions de déstabilisation.

Un coup porté au mode de vie européen

Les faits de Cologne sont donc tout, sauf anodins. Ils vont porter, au-delà de leur gravité même, un choc plus important au sein de la société, allemande tout d’abord mais aussi européenne. Une bonne partie de la société pourrait ne pas voir demain d’un très bon oeil les demandeurs d’asile. Ces évènements permettent également aux partis les plus racistes, les plus extrémistes de la société, voire néo-nazis comme en Allemagne, en Grèce ou dans le nord de l’Europe, une assise dont ils manquaient jusqu’ici.

(NGV)

(Mis à jour) il faut se méfier de toute leçon rapide et de désigner l’Etat islamique derrière ces évènements. D’autres groupes pourraient très bien avoir choisi ce modus operandi. Tout comme des organisations à visée plus criminelle. Il ne faut pas nier non plus que dans certains milieux islamistes, la place de la femme est totalement laissée de côté et méprisée (Lire notamment l’article de Laurence d’Hondt qui éclaire dans le Vif cet aspect, notamment en partant de l’exemple de la place Tahrir en Egypte). L’objet de cet article est d’alerter sur des tentatives de déstabilisation de nos sociétés, plus dangereuses à terme, que la dernière vague d’attentats.

(1) Un procédé utilisé en ex-Yougoslavie, mais aussi au Congo ou au Rwanda, et dans nombre de régions de conflit, par Boko Haram par exemple au Nigeria.


Une action massive, une vraie Sex-Mob

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Le papier publié par le quotidien Bild

Selon un dernier bilan, 379 au moins 500 plaintes ont été déposées, certaines pour vols (un classique dans ce type d’évènements), d’autres (au moins 150) pour des violences à connotation sexuelle, légères ou plus lourdes mais sans aucun doute sur l’intention : attouchements, pénétrations, tentative voire viol. Les plaignantes résident en Allemagne, mais aussi en Finlande ou en Belgique, comme le précise un témoignage recueilli par nos confrères de la Libre Belgique. « Les agressions ont eu lieu toute la soirée et toute la nuit. Cela a commencé de manière ‘légère’ dès notre arrivée à la gare et ça s’est aggravé en fin de soirée quand nous nous sommes décidées à rentrer dans l’appartement que nous avions loué, après que nous nous soyons réfugiées plusieurs heures dans un café-snack de la gare centrale pour éviter ces individus qui étaient partout dans la gare et aux alentours. »

Une trentaine d’auteurs auraient été identifiés. Certains résideraient dans des centres pour demandeurs d’asile. Les nationalités sont très variées : d’Afrique du Nord, selon la police, mais aussi d’autres régions, Turquie, Moyen-Orient, etc.


 

NouvelAn2016LacSautet

2016, un monde entre deux phases. Et l’Europe : repliée sur elle même ?

NouvelAn2016LacSautet

(B2) L’année nouvelle qui s’ouvre ne semble pas moins surprenante (et dangereuse) que l’année 2015. Mais j’oserai cependant une note un peu plus optimiste. Contrairement aux apparences, et à ce que disent certains commentateurs, l’année 2015 n’a pas été une année totalement noire ou morose. Elle a même été parfois positive, j’oserai même dire avec un peu d’espérance… Plusieurs accords de paix ont ainsi été engrangés dans de nombreuses zones de crise et dans d’autres des processus de négociation, plus ou moins solides ou fragiles (selon l’état d’esprit), ont été engagés, surtout en fin d’année. Tous ces projets présentent certes une particularité : ils demandent à être consolidés, nécessitent encore beaucoup de travail et ne sont pas tous complètement appliqués (parfois très peu appliqués). Mais ce sont des accords.

Une série d’accords intéressants

Avec l’Iran, un accord global a été obtenu en juillet pour démanteler une partie du nucléaire iranien après un premier accord cadre en avril (lire : Un accord historique avec l’Iran sur la question nucléaire. Les principaux termes de l’accord).

Au Mali, un accord a été signé en juin à Alger, entre différentes parties au nord du Mali. Et même si plusieurs attentats émaillent l’année, tant au nord du pays qu’à Bamako (ce qui est une nouveauté), le pays maintient sa stabilité.

Des élections générales ont eu lieu en Centrafrique, à la fin décembre, avec quelques jours de retard sur le calendrier mais elles se sont tenues dans une certaine sérénité, contrairement à toutes les inquiétudes.

En Colombie, la négociation historique entre le mouvement rebelle des FARC et le gouvernement a pris un tournant décisif, en juillet avec un cessez-le-feu général, en septembre et décembre avec l’accord sur la justice transitionnelle, point clé d’un accord de paix qui devrait être signé en mars 2016 et viendrait clore ainsi une guerre sanglante (plus de 200.000 morts) de presque 50 ans.

Même au Cachemire, entre Pakistan et Inde, semble souffler un vent nouveau, avec la visite surprise du dirigeant indien Narendra Modi à son homologue pakistanais, Nawaz Sharif, le jour de Noël.

Deux autres accords incroyables

En Libye, un gouvernement d’unité nationale a pu voir le jour, après l’accord de Skhirat, ratifié sous l’égide de la communauté internationale en décembre, après des mois de négociation. Reste à savoir s’il arrivera à faire entendre son autorité.

Et en Syrie, on voit une évolution, inespérée. Les accords de Vienne et New-York conclus entre tous les pays de la région et les membres du Conseil de sécurité permettent de définir un calendrier de transition menant à un changement de Constitution et de nouvelles élections, le tout sous l’égide de l’ONU. Calendrier très optimiste, semé d’embûches et d’inconnues (lire aussi : Le dialogue intersyrien engagé. Une résolution de l’ONU à l’unanimité. Ce qui reste à régler en 2016 ? Tout !). Mais qui aurait parié sur un tel accord il y a quelques mois ?… Ces deux accords s’ils tiennent et se concrétisent suffiront (peut-être) à dire que la bascule de 2016 sera réussie.

Des conflits en train de se résorber ?

En Ukraine, les accords de Minsk II, conclus en février, tiennent, à peu près, même si l’échéancier (trop optimiste) a été repoussé de six mois. Le cessez-le-feu est écorné régulièrement. Mais le nombre de victimes par jour a chuté de façon notable, avec des périodes plutôt calmes. Le conflit s’est gelé en quelque sorte. L’accord de libre échange entre Kiev et l’Union européenne est entré en vigueur début 2016 sans susciter d’autres réactions que des mesures de rétorsion économique.

Enfin, à Chypre, les négociations entre Chypriotes Grecs et Turcs semblent bien engagées. Et chacun espère un accord d’ici le printemps qui pourrait changer la donne au niveau européen. C’est le dernier conflit (gelé) qui subsiste au sein des pays membres de l’UE (après les accords de paix en Irlande et au pays basque).

Une prise de conscience européenne

Au niveau de l’UE, la question du maintien de la Grèce dans la Zone Euro a pu être évitée. Le dossier grec a ainsi, pour l’instant, été évacué des priorités des Chefs d’Etat et de gouvernement. Si la gestion du flux de réfugiés et de migrants occupe désormais largement les esprits, avec un retard problématique, les européens semblent, enfin, avoir pris conscience de la difficulté de la question et des réformes ont été engagées, dont la moindre n’est pas la transformation de Frontex en une agence de garde-frontières et garde-côtes. Après plus d’une année de tergiversation, les Etats ont aussi décidé d’accélérer la mise en place d’un nouveau paquet de mesures en matière de lutte anti-terrorisme. La Commission Juncker prouve qu’elle a un certain ressort que n’avait pas la précédente. Il y aurait ainsi de quoi se réjouir…

Une menace noire

Mais cet horizon est terni par la menace terroriste qui refait irruption en Europe. Un terrorisme qui n’est pas nouveau en soi mais ne ressemble cependant pas vraiment au terrorisme des années passées. Ni totalement politique, ni totalement géographique, il est à la fois intérieur et extérieur, et semble sans réelle revendication politique, sinon celle de semer la terreur pour la terreur, pour détruire un modèle de société. Il surfe sur une vague identitaire, avec des relents sectaires, et séduit de nombreux jeunes, alors que les gouvernements semblent désemparés. Le renforcement de l’intervention militaire au Moyen-Orient — à supposer qu’elle réussisse à éradiquer, réellement, l’organisation de l’état islamique, ne résoudra pas le problème.

La crise de l’Homo Europeus

C’est le moment où dans plusieurs Etats européens (Hongrie, Pologne, Finlande, Danemark, Royaume-Uni et France…) ressurgit un certain nationalisme qui emprunte des voies différentes ; populistes ou patriotiques. À cela s’ajoutent dans plusieurs de ces pays, une sorte de coup d’Etat constitutionnel, visant à remettre en cause les acquis passés. Les situations sont très différentes et ne peuvent être confondues. Mais les relents sont très inquiétants. Ils révèlent aujourd’hui le désir de ne plus vivre ensemble mais côte à côte (dans le meilleur des cas), voire les uns contres les autres, de ne plus vraiment avoir de solidarité mais uniquement un marché (ce qui n’a jamais fonctionné longtemps). L’Union européenne semble donc aujourd’hui se questionner profondément sur son avenir, sa raison d’être et son ambition d’une communauté intégrée. Ce ne sont pas vraiment ses opposants qui progressent. Elle a perdu au fil des années certains de ses soutiens, déçus, fatigués, exaspérés par une structure qui semble s’être perdue dans un idéologisme qui n’a plus rien à voir avec les projets de ses fondateurs : être une communauté humaine de progrès. En un mot : l’Europe ne fait plus rêver… ni se mobiliser. La crise financière de 2007-2008 et même de la Zone Euro est passée par là. Mais pas seulement. C’est la crise de l’homo Europeus qui est en route. Et elle devrait encore faire ses effets en 2016, aboutissant à un repli sur soi d’autant plus dramatique qu’il dure depuis presque 10 ans. Et que le monde continue de s’ébrécher.

Des guerres civiles aux portes de l’Europe

Au large, la guerre civile continue, de façon inexorable, à trancher des vies, particulièrement au Moyen-Orient, en Syrie et en Irak, mais aussi au Yemen. Et ce ne sont pas vraiment des interventions militaires hétéroclites — allant de l’Iran et la Russie aux Etats-Unis et l’Arabie Saoudite, en passant par la France, le Royaume-Uni et quelques autres —, qui pourront ramener vraiment la paix dans une région. Il n’y a pas vraiment d’objectif politique commun ni de porte de sortie envisagée (négocier avec l’organisation de l’état islamique apparait aujourd’hui comme une hérésie). Ces interventions recèlent plus d’une contradiction en leur sein. Le PKK des Kurdes, le Hezbollah libanais, les Gardiens de la révolution iraniens… sont ainsi tous qualifiés de mouvements terroristes par l’Union européenne. Ce qui n’empêche sur le terrain de les soutenir ou au moins de réclamer leur soutien pour combattre Daech ou l’Etat islamique. Entre l’Arabie saoudite, la Turquie et l’Iran, on ne peut pas dire que l’ambiance soit à l’entente cordiale. La signature de l’accord avec l’Iran a relancé la course au leadership régional. Et tous les coups sont permis…

Un continent africain sous tension

En Afrique, tout danger n’est pas écarté. Les élections, qui sont un moment à risque, de déflagration, sur le continent pourraient ramener dans les pays des Grands lacs, une résurgence de conflits civils. Tandis que les tensions au Sud Soudan comme dans la corne de l’Afrique ou dans la zone nord du Sahel semblent bien tenaces. Sans compter des incertitudes possibles au Maghreb. Là encore, c’est la donne libyenne qui pourrait donner le ‘la’ dans toute la région. En Méditerranée, les européens sont devenus cependant beaucoup plus réalistes. Entre une parfaite démocratie et la stabilité, ils ont choisi, c’est désormais la stabilité qui prime quitte à avoir une démocratie imparfaite, au contraire… Un soudain réalisme, cynique parfois, qui prévaut ainsi dans les différents pays du pourtour conduisant à assourdir certaines critiques possibles, par exemple en Turquie ou en Egypte, voire au Maroc ou en Algérie.

Une excellente année 2016 à tous nos lecteurs, avec une certitude : la ‘surprise stratégique’ sera au rendez-vous.

(Nicolas Gros-Verheyde)

Lire : 2014, année de crises … Et ce c’est pas fini en 2015 !

Ash Carter quitte le Charles de gaulle en compagnie du capitaine de vaisseau Eric Malbrunot, du secrétaire d'Etat français Jean-Marc Todeschini de l'amiral René-Jean Crignola

La visite au plus ancien ami et allié (maj2)

Ash Carter quitte le Charles de gaulle en compagnie du capitaine de vaisseau Eric Malbrunot, du secrétaire d'Etat français Jean-Marc Todeschini de l'amiral René-Jean Crignola

Le secrétaire d’Etat US Ash Carter quitte le Charles de gaulle en compagnie (si j’ai bien noté) du capitaine de vaisseau Eric Malbrunot (à sa droite), du secrétaire d’Etat français Jean-Marc Todeschini de l’amiral René-Jean Crignola (à sa gauche) (crédit : DoD photo – Army Sgt. 1st Class Clydell Kinchen )

(B2) En posant le pied sur le Charles de Gaulle, le secrétaire d’Etat US à la Défense a voulu rendre hommage au « plus ancien ami et allié » qu’aient eu les Etats-Unis. « La France est – peut-être certains d’entre vous ne savent pas – le plus ancien allié de l’Amérique. Le plus ancien ami et allié » a déclaré Ash Carter.

Le Charles de la Gaulle à la tête de la TF 50

Le contre-amiral René-Jean Crignola, commandant du Groupe aéronaval, a en effet pris les fonctions de commandant de la Task Force 50, la composante navale de la coalition contre Daech (1). C’est la première fois que la fonction de commandant de la TF50, est exercée par un non Américain. D’ordinaire, elle est assurée par un amiral américain. Ce dont on n’est pas peu fier au niveau français qui ravit ainsi la place de premier allié aux Britanniques à qui ce rôle est d’ordinaire dévolu (2). Le commandant de la TF50 travaille d’ailleurs en étroite collaboration avec USNAVCENT, l’état-major naval régional américain de la coalition contre Daech.

Fiers du travail des frenchies !

« Nous sommes fiers que vous commandiez la Task Force 50 » a salué comme en écho Ash Carter. Le Groupe aéronaval (GAN), formé autour du Charles de Gaulle, assure en effet la permanence de la présence des alliés dans le Golfe, relayant ainsi les navires américains qui ont un « trou d’air ». Côté français, le GAN rassemble — coté français — le Groupe aérien embarqué (GAé), la frégate de défense aérienne Chevalier Paul la frégate anti sous-marine La Motte-Picquet, le bâtiment de commandement et de ravitaillement (BCR) Marne — et au moins trois navires européens : la frégate belge Léopold Ier, de la frégate allemande Augsburg et de la frégate de défense aérienne britannique HMS Defender. Le Charles de Gaulle abrite un état-major multinational, dont quelques Américains que Ash Carter a tenu à saluer personnellement. « Américains, Français et d’autres, nous sommes une seule famille dans ce combat ».

Vaincre une force maléfique

Daech / Isil « est une force maléfique (3) qui sera vaincue, doit être vaincue … vite — a déclaré le secrétaire d’Etat US. Ce sont les instructions du président Obama. Et je sais que ce sont aussi les instructions du président Hollande : accélérer la défaite de Daech. » Et d’ajouter : la « France n’est pas seule à contribuer aux efforts pour vaincre ISIL. (Mais) la présence du ‘De Gaulle’, ici, dans le Golfe Persique signifie que la nation est dans une mission plus large pour la sécurité de la région. Cela nous rappelle que la France (a) une réputation mondiale d’une force pour la civilisation. C’est (au) monde civilisé de se défendre et défendre ce que nous représentons. »

Dernier bilan

Depuis le 9 décembre, les équipages français ont réalisé 54 sorties au-dessus des zones contrôlées par Daech : 45 de bombardements en appui des troupes irakiennes au sol (Close Air Support) ou sur objectif planifié, 4 vols de recueil de renseignement et 5 sorties de ravitaillement, selon un dernier bilan de l’état-major des armées, présenté le 17 décembre. Au total, 12 frappes ont détruit 22 objectifs tenus par Daech. Le 15 décembre 2015, des Mirage 2000 et des Rafale de l’armée de l’air ont « frappé un objectif planifié (deliberate) dans la région d’Al Qaim. Des bâtiments de commandement, d’entraînement et des dépôts logistique ont été détruits ». Des missiles de croisière SCALP ont été utilisés pour la première fois depuis le lancement de l’opération Chammal, lord de ce raid.

(NGV)

En images, la visite du Secrétaire d’Etat US à la défense

(1) Un commandement pris quand le navire est passé en mer rouge, le 7 décembre dernier, après avoir franchi le canal de Suez pour rejoindre le golfe arabo-persique, le GAP, comme disent les marins, pas avares d’initiales, après MEDOR (la Méditerranée orientale), çà sonne…

TrajetGANCharlesDeGaulle@Def151219

(2) Pas tout à fait cependant, ainsi que me le signale un lecteur attentif, Ash Carter a parlé de « vieil » allié. Pas de « premier allié ». Attention donc à ne pas prendre ses désirs pour des réalités…

(3) Un langage très messianique en quelque sorte, qui est une permanence du discours  américain, depuis longtemps, et qui tient toujours à rappeler le combat pour la civilisation et contre le diable.

(Mis à jour) détails sur la composition du GAN et le rôle de la TF50, et dernier bilan des frappes + video

(crédit : MOD Uk / Crown ©)

Le HMS Defender se joint au Charles-de-Gaulle

(crédit : MOD Uk / Crown ©)

(crédit : MOD Uk / Crown ©)

(B2) La frégate anti-aérienne britannique HMS Defender (D-36), a rejoint le Charles-de-Gaulle dans le Golfe, a annoncé mer (16 décembre) la marine britannique.

Cette frégate de type 45, commandée par Stephen Higham, était partie de Plymouth le 19 octobre dernier pour un déploiement de neuf mois au Moyen-Orient. Elle avait participé le 18 novembre dans le Golfe, à un entraînement, particulièrement complexe avec 5 Mirage 2000. Elle dispose d’un hélicoptère de bord Lynx Mark 8 et de radars de longue portée en mesure de fournir « une image claire sur une zone étendue jusqu’à plus de 300 miles », précise la Royal Navy.

« Cela montre encore une fois que la Grande-Bretagne et la France se tiennent au coude à coude contre cette organisation terroriste brutale » souligne le ministre britannique de la Défense Michael Fallon. Que ce soit « des touristes britanniques sur une plage en Tunisie ou des citoyens français à Paris, nos deux pays ont eu l’expérience en première ligne du mal dont est capable de Daech. Et nous sommes unis dans notre détermination à les détruire ».

(NGV)

(crédit : RTL - archives JYLD en janvier 2015)

Daech pénètre en Libye vers les puits de pétrole (Le Drian)

(crédit : RTL - archives JYLD en janvier 2015)

(crédit : RTL – archives JYLD en janvier 2015)

(B2) L’organisation de l’Etat islamique (Daech) a pris pied sur la côte libyenne, autour de Syrte, l’ancien bastion de Kadhafi. Mais elle commence à progresser « vers l’intérieur » de la Libye avec pour objectif l’accès à des puits de pétrole, a mis en évidence lundi le ministre français de la Défense, Jean-Yves Le Drian sur la chaîne française RTL : « La situation est préoccupante en Libye. Je l’ai dit depuis des mois. »

De Syrte vers l’intérieur du pays

Les miliciens de Daech « sont à Syrte. Ils étendent leur territoire sur 250 kilomètres linéaires de côte. Mais ils commencent à pénétrer vers l’intérieur et à avoir une tentation d’accès à des puits de pétrole et à des réserves de pétrole. Il faut absolument que cesse des conflits intralibyens, sinon le vainqueur militaire sera Daech ».

Une lente prise de conscience chez les Libyens

« Heureusement, cette prise de conscience commence à se faire à la fois du côté de Tripoli et du côté de Tobrouk. Et on peut penser que les discussions qui sont en cours à la fois sous l’autorité de Martin Kobler, l’envoyé spécial des Nations unies, et dans les réunions de Rome, qui se sont déroulées ce week-end, vont aboutir à une solution politique » a-t-il ajouté.

Pas de frappes aériennes, une solution politique

Des frappes aériennes ne sont pas une option pour Jean-Yves Le Drian. « Il n’y a pas d’autres solutions (que) la solution politique. Il faut aboutir à une solution politique entre les différents clans, les différentes fractions qui aujourd’hui s’opposent en Libye » (…) Ils ont eux-mêmes les moyens militaires entre eux pour enrayer la progression de Daech donc il faut qu’ils s’unissent politiquement ».

Commentaire : Entamer des frappes parait plutôt délicat au plan politique comme militaire. La légitimité internationale de ces frappes serait étroite – sans une résolution du Conseil de sécurité de l’ONU. La résolution votée le 20 novembre vise davantage Daech en Irak et en Syrie. Militairement, outre d’avoir les moyens nécessaires, l’effet pourrait être plus négatif que positif, en déplaçant des populations, donc les éléments de Daech, en suscitant d’autres vocations, et en provoquant chez les milices libyennes, au final, une réaction davantage de solidarité que de d’hostilité.

(NGV)

Ecoutez le fichier audio (source RTL) – Libye (à partir de la 7e minute, après la réaction aux élections régionales)

MatteoRenziAshrafGhaniGardeHonneur@Ita151201

La leçon de kick boxing politique de Renzi

MatteoRenziAshrafGhaniGardeHonneur@Ita151201

Matteo Renzi, recevant le président afghan, Ashraf Ghani,

(B2) L’entretien qu’a donné Matteo Renzi au quotidien Corriere della Sera ce dimanche ressemble à une vraie leçon de kick boxing.  Il l’a poursuivi cet après-midi par un message diffusé sur les élections Un festival…

Un coup à ceux qui  taxent de mollasonne la position italienne…

« La position de l’Italie est claire et robuste. Nous devons anéantir les terroristes, pas plaire aux commentateurs. Et la chose que nous ne devons pas est une multiplication des réactions ponctuelles sans regard stratégique. Nous pouvons tout nous permettre, sauf une Libye bis ».

Un coup dans les tatanes de Berlusconi et Sarkozy

Interrogé sur l’éventuel de leadership « Si les moyens de leadership consistent à jouer à courir après le bombardement des autres, je dis: non merci. Nous avons déjà donné. L’Italie a utilisé cette stratégie en Libye en 2011: pour se rallier au final à contrecœur à la position de Sarkozy. Quatre années de guerre civile en Libye ont montré que ce n’était pas un choix heureux. Et aujourd’hui, nous avons besoin d’une stratégie différente. »

L’armée italienne peu engagée ?

Reprocher à l’Italie de ne pas être présente lui parait difficile. « L’Italie est présente partout : nous dirigeons la mission au Liban, nous sommes en Afghanistan, au Kosovo, en Somalie, en Irak. Le conseiller militaire de Ban Ki-moon est italien, c’est le général Serra. »

Une petite tape à revers pour Angela

« Les Allemands ont décidé d’augmenter leur contingent après (l’attentat de) Paris. Mais il n’arrivent pas encore à notre niveau d’engagement. Et ce qu’ils ont décidé en décembre 2015, nous avons fait depuis septembre 2014. »

Une chiquenaude en passant à François Hollande

« J’ai un grand respect, de l’estime et de l’amitié personnelle pour François Hollande. C’est un homme très intelligent et sa réaction (NB : la déclaration de guerre contre Daech) est légitime et compréhensible. Mais il dirige une France blessée, qui a besoin de donner des réponses, à commencer sur le plan interne. » Une phrase qui peut se lire à double sens, après les avancées du Front national aux élections régionales.

Des écoles et des théâtres pas seulement des bombes…

« Nous voulons élargir la réflexion. Il est nécessaire de combattre Daech : discutons sur la manière de le faire. Et n’oublions pas que les attentats ont été élaborés dans les banlieues des villes d’Europe. Il faut une réponse aussi en Italie. Voilà pourquoi il faut des écoles et des théâtres, pas seulement des bombes. C’est la raison pour laquelle chaque euro dépensé pour la défense se traduira par un euro pour la culture ».

Et, pour finir, un uppercut à l’Europe

Le dernier coup, le président du Conseil italien l’a porté aujourd’hui. Un message diffusé notamment sur son compte facebook et intitulé « L’Europe doit changer ».

« Le moment est venu pour les institutions européennes de faire face à la réalité — écrit-il (en français également). On ne peut pas survivre seulement grâce aux moyens tactiques. Sans une vision stratégique, surtout en thème d’économie et de croissance, les forces populistes vont gagner; tôt ou tard elles gagneront aussi dans les élections politiques nationales. (…) Si l’Europe ne change pas son parcours tout de suite, les institutions européennes risquent devenir (en le sachant ou pas) les meilleurs alliés de Marine Le Pen et de ceux qui essayent de l’émuler. »

(NGV)

MatteoRenziCaptureFacebook151207