Ça chauffe à Palma (Mozambique). Une attaque en règle de djihadistes très organisée (v2)

(B2) La ville de Palma – au nord du Mozambique, dans le Cabo Delgado – est depuis mercredi (24.03) le théâtre d’une attaque de groupes armés terroristes. Une attaque massive et plutôt organisée, si on en croit les sites locaux

Une des résidences de Palma prises sous le feu (crédit : Africain Century)

Une attaque très organisée

L’attaque, très coordonnée, a commencé à Palma, mercredi (24.03) à 16h15 très exactement, indique un communiqué publié jeudi par le ministère mozambicain de la Défense. Les assaillants ont afflué dans trois directions : «  1) le passage de Pundanhar, Manguna, 2) la Via Nhica do Rovuma, et 3) l’aérodrome ». Un aérodrome situé à six kilomètres de la ville et sert de porte d’entrée principale à Afungi, où se trouvent les installations des entreprises qui explorent le gaz naturel. Au moins 100 hommes armés, en tenue militaire y ont participé selon le site local communautaire Pinnacle News.

Un scénario bien organisé

Cet assaut du groupe Ahlu Sunna wal Jamaa (ou Al Chabaab, « les jeunes ») sur trois lieux ne tient pas du hasard. En bloquant le passage de Pundanhar, cela empêchait les FDS, les forces de défense et de sécurité mozambicaines, « de se renforcer avec des troupes installées à Mueda » explique le journaliste Marcelo Mosse de Carta de Moçambique. En attaquant le village de Manguna, « le seul sentiment de refuge pour la population était de se précipiter vers Palma ». Une ville devenue en quelques mois presqu’une « ville assiégée ». Les terroristes se sont mêlés à la foule des fugitifs, franchissant les sortes de checks points avec des sacs à dos. « À l’intérieur de Palma, ils ont ouvert leurs sacs, ont sorti leurs armes et ont commencé à attaquer des cibles militaires et civiles. »

Les habitants en fuite

Les habitants de la ville ont alors fui où ils pouvaient. Certains vers la forêt ou vers la Tanzanie. D’autres vers le port ou la plage. Plusieurs navires se relayant pour effectuer un pont naval en rapatriant plusieurs centaines de personnes vers la ville de Pemba située à plusieurs dizaines de kilomètres plus bas sur la côte. D’autres, dans la péninsule d’Afungi, ont pu trouver refuge auprès des forces militaires qui les ont accueillis dans d’immenses caches.

À l’Hôtel Amarula Palma

Quelques 200 personnes, essentiellement des travailleurs des installations d’exploitation du gaz naturel liquéfié (GNL), se sont d’abord dirigées vers l’hôtel Amarula Palma. Un des plus récents de la ville. Une première tentative d’exfiltration par hélicoptères a permis d’évacuer quelques personnes (des responsables gouvernementaux surtout). Mais elle a dû s’interrompre. Une autre tentative par la route a été effectuée, vendredi (26.03). Mais au moins sept d’entre elles ont été abattues alors qu’elles étaient évacuées. D’autres ont été blessées, dont un Portugais. Ses jours ne sont pas en danger a précisé le président, Marcelo Rebelo de Sousa, aux journalistes du Palais de Belém, selon la presse portugaise. D’autres sites ont été attaqués, tels le Palma Villages. Une partie du personnel « 19 personnes qui travaillaient sur le site et 4 clients » ont pu être secourus [samedi] 27 mars « au matin sous un feu nourri » précise le groupe Africain Century dans un communiqué. Les « efforts se poursuivent pour localiser les autres.

Les deux tiers de la ville détruite, des dizaines de victimes civiles, au moins 21 soldats tués

Le nombre de victimes est incertain. Mais il pourrait être élevé. La situation est dramatique selon Pinnacle News. « Les deux tiers de la Vila Sede de Palma ont été incendiés durant trois jours d’attaques consécutives. Il y a des dizaines de civils avec des corps décapités ou abattus. Au moins 21 soldats ont également été tués au combat. » Les témoignages des habitants qui ont fui parlent de plusieurs personnes tuées, et de corps d’adultes et d’enfants dans les rues. La situation reste confuse, car militaires et djihadistes portent parfois le même uniforme.

Communications mobiles coupées

Toutes les communications mobiles sont coupées. Le relais central de l’opérateur mobile local Vodacom a explosé. Mais des messages audios ont pu parvenir à Pinnacle News, en utilisant des lignes de communication alternatives fournies par la multinationale Total. La plus grosse unité de santé de la ville a été « occupée » par les djihadistes, le personnel médical ayant « fui ». Les trois agences bancaires ont été la cible d’attaques.

Une situation suivie de près à Bruxelles, Paris et Lisbonne

Du côté européen, on affirme suivre de près la situation. Le Mozambique a d’ailleurs été l’une des questions abordées dans l’entretien qu’ont eu en bilatéral les ministres français (Jean-Yves Le Drian) et portugais (Augusto Santos Silva) en marge de la ministérielle de l’OTAN, mardi (23 mars), selon nos informations (confirmées par la présidence portugaise). La question d’aller plus loin et de mettre en place un soutien européen à la formation des forces anti-terroristes mozambicaines est clairement sur la table.

La mise en place d’un soutien européen sécuritaire à l’étude.

Entre l’humanitaire et le développement, « la dimension sécuritaire est aujourd’hui la plus faible de la coopération européenne avec le Mozambique. C’est celle qui doit augmenter. Avec probablement une mission de formation militaire, une mission non exécutive. » indiquait fin janvier Augusto Santos Silva dans une interview exclusive à B2, juste après une mission exploratoire à Maputo. « Il faut intervenir, appuyer les autorités mozambicaines et travailler avec les acteurs de la région, dont la Communauté de développement d’Afrique australe (SADC), avant que le problème ne prenne une autre dimension… Il est de notre intérêt d’éviter la contamination régionale des réseaux terroristes et des liaisons de ses réseaux avec toutes sortes de trafics. »

Environ 2000 rebelles

Même s’il Il n’y a « pas de calcul précis du nombre d’insurgés au Nord du Mozambique, les estimations les plus crédibles signalent moins de 2000 personnes » parmi eux. Le ministère portugais a réitéré jeudi (25.03) son « engagement à renforcer la coopération avec le Mozambique, tant au niveau bilatéral qu’au niveau de l’Union européenne, en vue de soutenir la stabilisation de la situation dans la province de Cabo Delgado ».

La reprise de Total avortée et un relais sécuritaire

Cette attaque survient à un moment critique. Le Français Total, bien implanté au Mozambique, venait tout juste d’annoncer son retour dans la zone et la reprise de la construction du site destiné à produire du gaz liquéfié. Retour interrompu aujourd’hui. Tandis que le contrat de Dyck Advisory Group (DAG) , société privée sud-africaine, qui assure une partie de la sécurité avec des hélicoptères, prend fin début avril (le 6), les forces armées du Mozambique (FADM) devant prendre le relais avec des hélicoptères fournis par un autre privé, Paramount. Un hélicoptère de type russe Mi-8 (transport) a déjà rejoint le terrain. Et une quinzaine de pilotes mozambicains ont été formés à la Paramount Technical Training Academy, pour piloter des hélicoptères Gazelle selon le site Zitamar. Des pilotes ukrainiens seront aux commandes de Mi-17 (plus récent que le Mi-8) et Mi-24 (hélicoptère d’attaque).

(Nicolas Gros-Verheyde)

  1. La violence est endémique au Cabo Delgado région au Nord du Mozambique. Au moins 38 civils sont déjà morts ce trimestre (avant le 19mars) selon la base de données ACLED, et 330 en 2020.

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).

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