Mali : trois opérations en une

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(BRUXELLES2) L’opération de (re)formation de l’armée malienne – qui se prépare au niveau de l’Union européenne – peut paraître limitée en soi. Mais elle n’est qu’une des facettes de l’intervention multi-forme que tente de mettre en place la communauté internationale (et l’Union européenne) face à l’emprise de groupes rebelles et « terroristes » au Nord-Mali. Une action à la fois militaire, diplomatique et politique.

L’opération européenne de formation de l’armée malienne

L’opération de formation EUTM Mali repose, en grande partie, sur le savoir-faire acquis lors de la formation de l’armée somalienne, qui a montré un certain succès, et sur la présence antérieure de plusieurs des Etats membres (France, Allemagne…) ou participants à l’opération européenne (Canada). Elle n’a pas pour vocation primaire de reprendre pied dans le nord du Mali. Mais de former l’armée malienne pour éviter une désintégration encore plus profonde, de la restructurer, pour ensuite la « propulser ». Et son objectif est tout autant à moyen terme qu’à court terme. Le processus décisionnel au sein de l’UE pourrait être bouclé assez rapidement, entre janvier et février. Il faudra ensuite déployer la mission — ce qui prendra quelques semaines — et les formations – qui dureront 3-4 mois – ne seront donc pas effectives avant l’automne.

L’opération de la CEDEAO

L’opération de la CEDEAO – autorisée par l’ONU fin décembre – vient en complément selon un tempo analogue. Même si le chiffre de ses forces n’est pas encore officialisé (environ 3500 hommes), la Misma (Mission internationale de soutien au Mali sous conduite africaine) aura à soutenir les forces maliennes d’abord dans la sécurisation du sud Mali puis dans la reconquête du nord. Ce qui ne sera pas évident vu l’étendue de la zone à reconquérir (équivalente à 1,5 fois la France). Cette force devrait donc recevoir un « important » soutien logistique, de renseignement et matériel de plusieurs pays européens ou de l’OTAN, à titre bilatéral – une contribution demandée par l’ONU à ses Etats membres -. La France et les Etats-Unis ont déjà confirmé une telle aide. L’Union européenne devrait aussi apporter un soutien financier à cette intervention par le biais de sa « Facilité de paix pour l’Afrique » ainsi qu’un soutien dans la planification de l’opération (des militaires européens sont au QG de l’Union africaine comme à la CEDEAO dans cet objectif). L’opération ne devrait pas démarrer avant l’automne. Le temps que la force de la CEDEAO se mette en place, ce ne sera « pas avant septembre ou octobre 2013 » explique un diplomate d’un Etat membre de l’UE à B2. « Ce qui devrait permettre à l’option politique de se mettre en place. »

Les opérations discrètes : renseignement, fermeture des voies d’accès, désorganisation des bases arrières

La troisième opération est plus discrète, voire secrète. Il s’agit de recueillir un maximum d’informations sur les mouvements rebelles. Les avions de surveillance (type Atlantique 2) ou de photographie aérienne (Mirage…) et drones sont, ici, très intéressants. Il s’agit aussi de couper les voies d’approvisionnement aux mouvements tenant le Nord Mali. Ce sont les autorités algériennes, mauritaniennes qui sont essentiellement concernées par cette demande des autorités maliennes ainsi que le Niger. Ce qui n’est pas évident dans des zones aussi désertiques. Mais il s’agit aussi de couper les bases arrières des organisations terroristes. L’arrestation de Salah Gasmi, le numéro 2 de AQMI (Al Qaida au Magreb islamique) en Algérie à la mi-décembre tient de cette logique.

Le volet politique des opérations au Mali

Le volet  politique est tout aussi important que le volet militaire. Il s’articule autour de trois aspects : le dialogue politique, la refonte de l’Etat malien et l’aide aux projets. L’Union européenne disposant là d’une « carotte » relativement efficace : son aide budgétaire et au développement qui n’est pas négligeable.

Le dialogue politique

Il y a le dialogue politique sur lesquels chacun compte, en fait, pour résoudre la crise malienne. Il s’agit de mener des discussions informelles avec les différents leaders des groupes rebelles pour leur montrer qu’il vaut mieux être du côté du manche, du pouvoir. C’est dans ce sens que la montée en puissance de l’intervention militaire, lente — certains pourraient parler de gesticulation — prend son sens. « Il faut que l’offensive militaire se fasse dans un climat permissif et ne ligue pas contre elle tous les opposants » résume notre diplomate.

La refonte de l’Etat malien

C’est un aspect souvent peu mis en évidence. Mais l’Etat au Mali n’a montré ces derniers temps qu’une façade démocratique, propre à rassurer les Européens et la Communauté internationale, et une efficacité assez contestable. La refonte de l’Etat malien est donc une question tout aussi fondamentale que la reconquête du nord du pays. « Il faut tout reprendre à zéro, réécrire un nouveau contrat institutionnel ». Une « feuille de route » a été dressée. Et les autorités européennes ont conditionné la reprise de l’aide au développement, un apport majeur pour l’Etat malien. L’UE dispose d’un argument de poids…

Le poids de l’aide européenne

Le budget de l’aide au développement européen — au titre du FED, Fonds européen pour le développement — représente, en moyenne par an, pour le pays, un peu moins de 100 millions d’euros (*), hors aide humanitaire. Ce qui n’est pas une bagatelle surtout quand on le compare au budget de l’Etat malien pour 2012 : 2,26 milliards d’euros à l’origine, ramené à 1,5 milliards d’euros, à la suite de coupes budgétaires drastiques après le coup d’Etat qui a vu l’aide internationale diminuer !

Un véritable embargo financier

Depuis le 22 mars, la coopération au développement de l’UE a été suspendue. Seules demeurent des actions de « soutien direct à la population » (crise alimentaire), l’aide humanitaire et des actions liées « à la transition démocratique ». Au titre de l’aide humanitaire, l’UE a ainsi débloqué 102 millions d’euros. L’appui budgétaire reste, lui, suspendu. Si la feuille de route de la transition est adoptée et un calendrier pour des élections fixés, l’UE pourrait « reprendre graduellement la coopération » comme l’ont annoncé les ministres des Affaires étrangères des 27 lors de leurs réunions. Près de 250 millions d’euros pourraient être débloqués sur des nouveaux projets, avec la reprise éventuelle de l’aide budgétaire.

(*) 583 millions d’euros sont prévus pour la période 2008-2013 (978 millions d’euros pour la période 2003-2013). Il s’agit bien d’un montant pour la période et non par an (comme je l’ai vu repris dans certains articles de presse).
Correction apportée au budget du Mali (petite erreur de virgule 🙂 )