La petite musique de la présidence polonaise

(BRUXELLES2) Le pays de Chopin n’a pas fait valser l’Europe durant six mois. Mais il aura fait au moins entendre sa petite musique, volontaire, en faveur de l’intégration européenne.

Bien préparés, ambitieux – un peu trop peut-être -, les Polonais ont fait entendre durant leurs six mois de présidence, un discours volontariste qui tranchait dans ces temps moroses. Un peu « brouillons », comme le remarque un diplomate européen chevronné, ils ont cependant fait la preuve qu’un pays qui n’appartient aux « fondateurs » pouvait fort bien incarner l’idée européenne.

Certes, avec l’entrée en vigueur du Traité de Lisbonne, le poids de la présidence tournante est moins important qu’avant. Au Conseil européen, c’est le président permanent, Herman Van Rompuy, qui mène les débats. Sur le plan extérieur, c’est la Haute représentante Catherine Ashton qui assure la présence européenne. Et, surtout, il est difficile pour un pays qui n’appartient pas à la Zone euro de gérer une crise économique où Français et Allemands sont à la manoeuvre. Une situation difficile, comme l’a reconnu Donald Tusk, le Premier ministre. « Cette crise n’est pas uniquement financière, c’est une crise de confiance, une crise politique ».

La Pologne a réussi à faire entendre sa petite musique. Elle a ainsi plaidé pour que les pays hors de la Zone Euro soient associés aux travaux des 17, a défendu le renforcement de la gouvernance économique et un rôle plus actif pour la Banque centrale européenne. A ceux qui pouvaient craindre que l’élargissement était synonyme de moindre intégration européenne, la présidence polonaise a démontré le contraire. Plusieurs dossiers comme le programme alimentaire pour les plus démunis, l’étiquetage des denrées alimentaires ou les drogues de synthèse ont été réglés. Enfin, c’est sous sa présidence que la Russie a reçu son feu vert à l’adhésion à l’OMC. Un pied de nez ironique à l’histoire… 30 ans après la proclamation de l’État de guerre à Varsovie.

Nicolas GROS-VERHEYDE.

(papier publié dans Ouest-France, décembre 2011)