Et si un militaire européen est otage…

(BRUXELLES2, exclusif) C’est la question que se sont posée les spécialistes de l’Etat-Major de l’Union européenne qui planchent sur tous les scénarios possibles des opérations européennes. Même si l’hypothèse d’un enlèvement d’un militaire ne s’est produite qu’à de rares exceptions, elle ne doit pas être négligée. Car la propension d’une capture dans une des missions existantes — que cela soit au Congo ou au Moyen-Orient, qu’il s’agisse d’un civil ou d’un militaire — n’est pas négligeable.

L’UE se dote d’un concept pour récupérer ses hommes capturés

Certes, la prise d’otage d’un ressortissant national relève avant tout de la compétence d’un Etat membre. Mais au niveau européen, on veut avant tout prévenir une telle hypothèse. Les Etats membres ont différentes capacités, priorités et politiques de récupération du personnel (PR) ; il importe de se doter d’une « politique commune pour faciliter la cohérence et l’unité des efforts dans les opérations de gestion crises conduites dans l’UE » explique-t-on à l’Etat-Major. Car seul un ensemble « d’efforts civils, militaires et diplomatiques (pourront) permettre la récupération et la réintégration des personnels isolés et capturés ».

Le risque n’est pas négligeable

Quand on parle de récupération, il s’agit de toutes les étapes d’un tel processus  : éviter la capture – il existe des tactiques, techniques et procédures pour donner aux personnels isolés les instruments pour survire dans un tel environnement et éviter la capture quand des menaces existent – ; permettre l’évasion ou la récupération – résister à l’exploitation par les ravisseurs et si la situation le permet échapper à la captivité – ; faciliter la réintégration – avec une assistance psychologique et médicale permettant au personnel récupéré, et un débriefing par les services de renseignements dans un objectif de retour d’expérience.

Préparer les personnels

Dans tous les cas, il faut préparer aussi les personnels à survivre dans un tel environnement ; c’est la Survival, Evasion, Resistance and Extraction (SERE). En considérant l’environnement opérationnel, les forces de l’UE devraient être entraînées et prêtes à répondre à des missions de récupération sur tout le spectre opérationnel. Les commandants d’opération « devraient être au courant des conditions pertinentes préalables pour exécuter ces missions », précise le concept. Les forces engagées pour une telle opération devraient « idéalement pouvoir être engagés sans caveats ». En particulier, les « personnels isolés peuvent subir différents niveaux d’exploitation s’ils sont capturés et doivent être entraînés de la manière appropriée ».

Les canaux d’intervention

Au niveau diplomatique – les moyens européens que ce soit au siège du SEAE ou dans les délégations de l’UE – peuvent être mobilisés aux cotés des canaux gouvernementaux. Si nécessaire, une nation-cadre peut être désignée. Coté civil, cela peut inclure des interventions « formelles ou informelles des organisations intergouvernmentales, des ONG, (voire) inclure des personnalités privées (private citizens) influents ». De par leur nature, ces efforts civils peuvent être conduits de façon indéepndante par ces organisations et individus, sans que les Etats membres en aient connaissance. L’option militaire inclut, elle, la planification et l’exécution d’actions décidées par le commandant et l’Etat-Major pour « rapporter des informations, localiser, soutenir, récupérer et réintégrer les personnels isolés ».

Et plusieurs types d’intervention

Le concept envisage plusieurs possibilités d’intervention : allant de la simple recherche et sauvetage (Search and Rescue SAR), au besoin avec combat (CSAR) à la « récupération assistée non conventionnelle », autrement dit la récupération par des forces spéciales, des « agences d’autres gouvernements ou des forces locales spécialement entraînées à cet objectif et utilisant des réseaux autochtones préétablis ».

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen à l'université Paris I Pantheon Sorbonne. Journaliste professionnel depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir). Auditeur de la 65e session de l'IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale).