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Référendum en Grèce. Comme un malaise…

L’annonce du Premier ministre grec Papandréou de soumettre à référendum certaines questions européennes (mesure aujourd’hui suspendue) a suscité une volée de bois vert de plusieurs responsables européens — Nicolas Sarkozy, Angela Merkel en tête — mais aussi de plusieurs commentateurs. Ave un seul leitmotiv : c’est de la folie. Certes on peut se dire que cette initiative aurait pu être un peu plus concertée au niveau européen. Et qu’elle relève d’une conduite dangereuse en matière politique. Mais elle est justifiable au point de vue politique. Papandréou a une majorité très courte, du Pasok, qui s’effrite au fur et à mesure. L’opposition ne jouait pas jusqu’ici vraiment l’Union nationale critiquant sans vergogne les mesures prises par le gouvernement. Et la population qui a subi, en quelques mois, toute une série de réformes, de diminution des revenus qui a supporté jusqu’ici largement les réformes. Il paraissait logique d’un point de vue intérieur de provoquer un électrochoc permettant d’obtenir l’assentiment d’une large partie de la classe politique et un certain soutien de la population.

L’Europe a comme peur de son peuple

Il est remarquable que l’irruption de la démocratie dans le débat européen choque. Or, ce qui est choquant aujourd’hui, c’est l’absence de démocratie dans toutes les mesures. Mis à part la consultation du Bundestag, imposée par Angela Merkel à ses partenaires européens (non sans difficultés et critiques), aucun parlement n’a été consulté sur les mesures décidées aux derniers sommets des 23-26 octobre. Pas même le Parlement européen, tout juste tenu informé des résultats du sommet. Comme si les structures communautaires, les gouvernements des Etats membres avaient peur de son peuple. Certes, la crise budgétaire et économique impose de prendre des mesures rapidement. Mais il s’agit d’éléments essentiels de la vie courante, et non de problèmes “techniques”. Et, depuis trois ans que dure cette crise, et se déroulent des sommets à répétition qui n’arrivent à dégager souvent que des bouts de mesures, souvent en retard d’une ou deux crises, on ne peut affirmer que le fonctionnement de la démocratie parlementaire ou de la démocratie participative serait de trop.

Aujourd’hui les différentes mesures d’austérité frappent en premier lieu, la population, et en second lieu les investissements pour l’avenir. La démocratie doit pouvoir fonctionner. L’Europe ne peut plus fonctionner sans consultation démocratique et assentiment de sa population.

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).