Safran absorbe la SNPE. C’est ok dit le commissaire Almunia

Le mariage du moteur (Safran) et du carburant (SME-SNPE) est « consommé », si l’on peut dire ! La Commission européenne a, en effet, autorisé, mercredi (31 mars), l’acquisition par le groupe Safran de l’activité «moteurs-fusées à propergol solide» de l’entreprise publique française SNPE. Une décision approuvée par le commissaire européen chargé de la Concurrence, l’Espagnol Joaquin Almunia.

Pas de problème du coté de la concurrence pour « Bruxelles »

« Après examen, la Commission est parvenue à la conclusion que l’opération n’entraverait pas de manière significative le jeu d’une concurrence effective dans l’Espace économique européen ou dans une partie substantielle de celui-ci« . Formule consacrée pour estimer que la DG concurrence n’estime pas nécessaire d’ouvrir une procédure d’examen approfondi (*).

L’examen de la Commission a « montré que le regroupement des activités de SAFRAN et de SME ne conduirait pas à un verrouillage des intrants ou de la clientèle, en raison de la présence d’autres fournisseurs, de la relation déjà existante entre les parties et de la présence relativement limitée de SAFRAN sur les marchés concernés. »

La fusion des activités moteurs-carburant

En absorbant l’activité «moteurs-fusées à propergol solide» de la SNPE, Safran, acquiert concrètement :

– 100% de la SME (SNPE Matériaux énergétiques). SME conçoit, élabore et fabrique des charges propulsives et des équipements énergétiques pour les industries aéronautique, aérospatiale, automobile et de la défense, ainsi que des propulseurs à usage militaire et des matières premières liées à ces applications. Elle fabrique aussi des matériaux composites utilisés dans l’aérospatiale, la défense et d’autres industries ;

– les participations que détient SME dans Roxel, entreprise commune contrôlée avec MBDA (fabricant de missiles et filiale d’EADS) et spécialisée dans les «moteurs‑fusées à propergol solide», dans PyroAlliance et Structil.

– une participation (40%) dans l’entreprise commune Regulus, société française contrôlée avec l’entreprise italienne Avio, qui exploite une usine de production de propergol solide en Guyane française, où les principaux segments des moteurs-fusées à propergol solide d’Ariane 5 sont chargés en carburant.

Une fusion stratégique

Cette fusion, négociée depuis plusieurs années, est en droite ligne avec la volonté du gouvernement français de restructurer l’industrie de défense autour de pôles industriels forts, capables de rivaliser au niveau mondial (voire d’avoir une position de leadership). La loi de programmation militaire 2009 avait, en effet, mis la SNPE sur la liste des sociétés privatisables, étape nécessaire pour cette fusion. L’Etat gardera cependant un droit de regard dans la SME, sous forme d’une « golden share » (action avec droite de vote privilégié).

Safran n’est déjà pas un petit : avec 54.000 employés, dont 80% environ en France, il couvre une large palette d’activités aéronautiques, de défense et de sécurité : concevant et fabricant des moteurs d’hélicoptères (Turboméca) ou d’avions ou de fusées (Snecma) – comme le CFM56 (un bestseller qui équipe aussi bien le Boeing 737 que l’Airbus A320), le M88-2 qui équipe le Rafale ou le Vulcain monté sur la fusée Ariane -, des volets aéronautiques, des missiles tactiques (Mistral ou Super 530), des trains d’atterrissage (Messier-Dowty) ou les freins (Messier-Bugatti). Il propose aussi des systèmes de navigation (Sagem Avionique) ou des jumelles à visée nocturne (Sagem Optronique), assure l’ingénierie, la maintenance, la fourniture de carburant pour Ariane ou les missiles M51, la biométrie digitale, Etc…

Sa filiale Sagem a notamment réalisé le système FELIN (Fantassin à Equipement et Liaisons Intégrés), « numérisant » le fantassin avec gilet électronique, doté de radio individuelle et GPS intégré, mini-terminal affichant des données (ordres, positions des équipiers…) et  bandeau osthéophonique (permettant l’usage de radio en toute discrétion par transmission du son par la vibration des os du crâne)….

(*) Toute concentration de taille européenne doit être notifiée formellement à la Commission européenne. A compter de la date de notification, la DG Concurrence dispose de 25 jours ouvrables pour décider soit d’autoriser cette opération (phase I), soit d’ouvrir une enquête approfondie (phase II). L’opération Safran-SME a été notifiée à la Commission le 23 février 2011. Et la DG Concurrence ont jugé inutile de passer à la phase II.

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).