Louis Michel: « quand l’UE parlera d’une seule voix… »

(archives B2) Trois questions à Louis Michel, vice Premier ministre belge, ministre des affaires étrangères

Il y a quelques mois, après les attentats du 11 septembre, toute l’Europe était derrière les Américains. Aujourd’hui, ce ne semble plus être le cas ?

Je vais vous étonner. J’ai une attitude compréhensive  à l’égard des Etats-Unis. Il se fait qu’ils ont pris l’habitude de devoir assumer seule l’organisation et la sécurité du monde. Ils finissent par considérer que c’est non seulement leur devoir mais aussi leur droit. Que cela doit se faire selon leur vision… Une majorité chez nous ne se retrouve pas dans le concept de la « guerre préventive » dans la doctrine militaire américaine, ne partage pas cette interprétation extensive de la lutte collective contre le terrorisme. Elle ne se  retrouve pas dans le propos réducteur de « qui n’est pas avec nous, est contre nous ».

N’est-ce pas aussi la faute des Européens, cet hégémonisme ?

L’Union européenne est faible sur la politique extérieure. Quand l’Union pourra parler dans toutes les questions de politique extérieure d’une seule voix, il est probable que les Américains comprendront l’intérêt qu’ils ont à partager le risque de l’organisation du monde avec nous. Nous en sommes à un point où l’Union européenne est perçue comme l’acteur international le plus à même d’influencer ou de servir de contre-poids aux États-Unis. Différente en nature, en style et en ambition, l’Union inspire moins la crainte d’hégémonie. En même temps, elle est une alternative plus bénigne, car elle prône un modèle de société plus à la portée des autres peuples de par le monde.

Croyez-vous encore et toujours la guerre évitable ?

Oui. Il faut encore et toujours privilégier la piste des Nations-Unies qui a pour objectif la résolution de la crise par des moyens diplomatiques et pacifiques. La paix mérite patience.

(Propos recueillis par Nicolas Gros-Verheyde)

Article paru dans France-Soir, février 2003