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Histoire de zones

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(BRUXELLES2 à Ramallah) Etre policier ou juge palestinien suppose devoir jongler avec un certain nombre de difficultés «administratives» et politiques. La présence du mur, des colonies, le découpage dans les trois zones et les incursions des forces de sécurité israéliennes se révèlent un véritable casse-tête pour la justice et les forces de sécurité palestiniennes.

Un casse-tête au quotidien

Si un prisonnier doit être transféré ou présenté devant la Cour, le transfert doit être coordonné dix jours à l’avance, et par le biais du quartier général de la police de Ramallah. Parfois, il faut un délai supplémentaire. Car il faut un accompagnement par les forces israéliennes. Celles-ci peuvent parfois prendre du retard. Et le prisonnier ne peut être présenté à temps, le tribunal doit alors reporter sa session.

Pour aller plus vite, sans uniforme ou sans armes

L’intervention de la police sur un crime ou un délit est aussi problématique. L’arrivée dans les 10 minutes (la norme habituelle) est souvent compromise car il faut traverser des zones (B ou C) qui ne sont pas sous l’autorité palestinienne directe. Cela peut avoir des conséquences sur les preuves qui peuvent disparaître et compromettre ainsi l’enquête. Parfois pour aller plus vite, les policiers doivent circuler à bord de véhicules banalisés, ou sans uniforme et armes.

Une situation dangereuse et une perte de souveraineté

Or la police en uniforme est une part de la souveraineté. « Quand la police agit en uniforme, cela signifie qu’elle contrôle la situation, tout le monde sait que c’est un officier de police en activité. La difficulté de coordination rend la situation dangereuse pour les policiers s’ils ne sont pas en uniforme et n’ont pas d’armes pour se défendre eux-mêmes. Cette situation est très connue et ne permet pas vraiment à la police de travailler » explique un haut gradé.

(Nicolas Gros-Verheyde)

L'Europe longtemps centrée sur le risque en Afghanistan va devoir apprendre à vivre avec un risque beaucoup plus proche - patrouille conjointe à Mazar e Charif (crédit: EUPOL Afghanistan)

2014, année de crises … Et ce c’est pas fini en 2015 !

L'Europe longtemps centrée sur le risque en Afghanistan va devoir apprendre à vivre avec un risque beaucoup plus proche - patrouille conjointe à Mazar e Charif (crédit: EUPOL Afghanistan)

L’Europe longtemps centrée sur le risque en Afghanistan va devoir apprendre à vivre avec un risque beaucoup plus proche – patrouille conjointe à Mazar e Charif (crédit: EUPOL Afghanistan)

(BRUXELLES2) Dans le monde, les conflits autour du continent européen ne se sont pas effacés durant l’année 2014. Au contraire ! Et les ministres des affaires étrangères ou de la défense de l’Union auront fort à faire cette année pour tenter de juguler ces crises comme d’harmoniser leurs positions.

Une « myriade » de conflits, plus proches

La multiplication de conflits n’est pas une nouveauté. La spécificité aujourd’hui, c’est qu’ils sont devenus à la fois plus intenses et surtout plus proches du niveau européen, que ce soit au Moyen-Orient ou dans l’Est du continent. C’est le principal défi en 2015. S’il y a dix ans, les conflits étaient nombreux (Afghanistan-Pakistan, Somalie, Irak, Congo…), ils étaient aussi plus lointains. Les Européens pouvaient être impliqués mais plus ou moins directement. Et ils impactaient moins directement la sphère européenne dans son entier. (*)

Des répercussions internes fortes

La « myriade » de menaces actuelles présente ainsi trois caractéristiques particulières qui sans être complètement nouvelles l’une ou l’autre ont rarement été rassemblées dans le même moment. Premièrement, elle constitue une ceinture quasi complète des frontières européennes : de l’Est au Sud, de la Baltique au sud de la Sardaigne. « L’arc de crises » – allant du Pakistan à la Mauritanie, voire la Côte d’Ivoire – décrite dans le Livre blanc français en 2008 -, s’est ainsi singulièrement rapproché, de la Russie à la Libye. L’impact est donc plus direct pour l’Europe, que ce soit au niveau économique (pertes de marchés ou soutien aux pays en difficulté), social (afflux de réfugiés…), ou sécuritaire (terrorisme, combattants étrangers…). Ces conflits ont également des répercussions, très politiques, au plan interne obligeant à réajuster en permanence les positions : sur la Russie (entre tenants d’une ligne dure ou non), sur Bachar ou l’opposition syrienne, sur la Palestine, sur l’immigration, sur la livraison d’armes à tel ou tel belligérant. Dernier point de différenciation : les « adversaires » sur certains fronts se révèlent aussi, directement ou indirectement, des « alliés » sur d’autres terrains de litiges ou de conflits (la Russie au Moyen-Orient, l’Iran, la Syrie ou le Hezbollah face à l’Etat islamique). Ce qui se révèle particulièrement délicat à gérer. On pourra aussi s’interroger sur la « mauvaise » gestion ou même l’opportunité d’interventions militaires passées et la gestion de la post-crise (Irak, Libye…) qui se révèlent aujourd’hui non seulement un échec mais un danger.

D’Est au Sud

Le conflit ukrainien a connu des soubresauts différents : de la « révolution » de février et du départ de Ianoukovitch, qui ont semé une vague d’espoir, à une intervention russe pour récupérer la péninsule de Crimée et un effondrement économique du pays. Une intervention, menée de manière masquée au départ, avec des militaires sans sigle ni drapeau et dotés d’armes légères, rapidement et sans quasiment de victimes. Cette intervention s’est poursuivie ensuite à l’Est de l’Ukraine, dans le Donbass, de façon beaucoup plus sanglante. Un conflit qui se prolonge, même si les accords de Minsk ont programmé une désescalade. Par répercussion, les tensions avec la Russie se sont aggravées, sur nombre d’aspects (politique, économique, militaire etc.) jusqu’à la Baltique.

Le conflit syrien en est à sa quatrième année, les bilans se succèdent, toujours plus mortifères. Le nombre de réfugiés dans les pays voisins a continué de s’accroître, mettant une pression importante notamment sur la Jordanie (lire : Le conflit syrien dure. Les réfugiés restent. Reportage en Jordanie) ou le Liban. Le pays du Cèdre a réussi à « tenir » malgré une tension croissante à ses frontières, et à l’intérieur du pays, particulièrement à Tripoli. A chaque fois, on croit que la limite est atteinte. A chaque fois, elle est repoussée. Jusqu’à quand ?

 

La présence de milices radicales en Syrie se révèle aussi dangereuse, voire plus que le gouvernement de Bachar pour les pays de la région et les occidentaux. Une coalition internationale se mettant en place pour lutter contre l’une d’elles en particulier, l’organisation de l’Etat islamique qui a pénétré en Irak, mis en déroute l’armée irakienne et bousculé même les peshmergas kurdes. Cette intrusion a mis à bas la stratégie américaine de retrait. Et, pour la troisième fois, en 20 ans, une coalition internationale s’est mise en place dans la région pour tenter de contenir ce qui ressemble à une nouvelle menace.

Au Moyen-Orient, ce ne sont pas les seuls foyers d’instabilité. Le Yemen s’enfonce dans une zone d’instabilité grave, un Etat quasi-falli qui fait penser à la Somalie des années 1990, dans une indifférence assez généralisée (lire : Le strabisme conflictuel). Une implosion totale n’est plus à exclure avec des conséquences déjà importantes en matière de « nid » du terrorisme. Quant au conflit entre Israël et Palestine tourne, pour l’instant, à une « intifada » diplomatique, il pourrait connaître une nouvelle crise plus aigüe, comme il en a connu avec l’offensive sur Gaza (opération Bordure protectrice ou Roc Inébranlable).

La Libye continue de s’enfoncer dans un niveau d’instabilité accrue. La présence de deux gouvernements, de combats entre les différentes milices n’est pas de bon augure. L’espoir d’une négociation de réconciliation nationale, est toujours espéré, avec les efforts du médiateur de l’ONU, l’Espagnol Bernadino Leon. Un problème urgent pour l’Europe a tenu à alerter le ministre français de la Défense, Jean-Yves Le Drian, avant Noël. Il n’est pas le seul à s’inquiéter. L’Italie et l’Espagne, au plan européen, ont également insisté sur la nécessité d’agir.

Des inconnues, des zones en stabilisation… ou non ?

En Afghanistan, la fin de l’opération de stabilisation de l’OTAN s’achève avec une certaine discrétion et dans une inconnue certaine. La question maintenant est de savoir combien de temps le pouvoir et la nouvelle armée afghane formée par les Occidentaux, tiendront face à de possibles offensives des talibans mais aussi des divisions internes.

En Afrique, les différents terrains de crise constatés ces dernières années — Somalie, Mali, et même la Centrafrique — tendent à s’améliorer, à se stabiliser ou, au minimum, à éviter de s’aggraver plus nettement. Cela montre aussi qu’une intervention militaire, à bon escient, accompagné de tout un processus politique, de développement et humanitaire, n’est pas inutile. L’exemple somalien, sur lequel personne ne pariait un kopeck depuis 1992, montre qu’il n’y a rien d’irréversible.

De façon générale, la situation dans tout le Sahel, et à ses bordures, du Soudan au Nigeria, reste critique, au point de vue de la sécurité interne comme de la stabilité des pays. Avec une réelle inconnue. Le Maghreb reste, pour l’instant, stable. Mais l’hypothèse d’une répercussion de l’instabilité libyenne sur la Tunisie voisine n’est pas exclue. Tandis que l’avenir de l’Algérie inquiète tous les spécialistes.

Des conflits « anciens » en voie d’atténuation ?

Dans cet horizon bien sombre, il ne faut pas non plus nier certaines zones de conflit en voie d’apaisement. Avec le cessez-le-feu proclamé par les FARC en Colombie, et sur un tout autre plan, le rétablissement des relations diplomatiques entre Cuba et les Etats-Unis, l’Amérique latine et centrale retrouve pleinement la voie d’une ambiance pacifiée. Qui l’aurait cru il y a 20 ans… ?

Ce qui se passe aussi au Sri Lanka, avec l’engagement d’un processus de paix entre le gouvernement central et les Tamouls est encourageant. Il en est de même de l’ouverture de la Birmanie. Les négociations sur le nucléaire iranien, si elles aboutissent finalement en juin, pourraient aussi mettre fin à des années de tension avec Téhéran. L’Iran pourrait ainsi retrouver une certaine légitimité et normalité sur la scène internationale. Ce qui n’est pas inutile aujourd’hui.

Bonne nouvelle également, dans le Golfe d’Aden et tout l’Océan indien, la menace de la piraterie d’origine somalienne est aujourd’hui quasiment jugulée. A l’ouest du continent, dans le Golfe de Guinée, la tension avec les pirates locaux reste certes à haut niveau. Mais différentes mesures prises (formation, équipement, mise en réseau des forces des pays riverains) laissent entrevoir une possible sortie de crise.

La résurgence du terrorisme externe et intérieur

Ce tableau resterait, en effet, incomplet si on ne prend pas en compte la nouvelle donne issue de l’attentat de Paris contre « Charlie hebdo » qui suit celui du musée juif de Bruxelles. Un attentat commis, par des « gens de l’intérieur » — comme l’avaient été ceux des mouvements extrémistes de gauche ou de droite dans les années 1970 — mais formés à l’extérieur et invoquant (à mauvais escient) la défense d’un idéal religieux. Une double donne qui va compliquer notablement la gestion de crises. Car elle implique largement d’autres éléments que le seul point sécuritaire. A l’extérieur, les représentations ou citoyens européens pourront, aussi, être la cible de « terroristes » tout comme les lieux de pouvoir, de démocratie ou de vie tout simplement de tous les jours à l’intérieur des pays européens. Ce « terrorisme » pourrait aussi avoir un effet de souffle politique : fractionner un peu plus une société européenne, fragilisée par des années de crise économique et sociale, intenses depuis 2008-2009, et favoriser des mouvements extrêmes, surfant sur une nouvelle vague de racisme à la fois anti-musulman et anti-juif. Le pire des scénarios, la pire des menaces…

Bonne année…

(Nicolas Gros-Verheyde)

(*) Une exception doit être mentionnée : la guerre des Balkans dans le début des années 1990. Mais nous étions dans une autre configuration, avec une Europe à Douze, une Russie restée orpheline de l’URSS, faible sur la scène mondiale.

Plus d’attaques, moins de prises dans l’Océan indien. Inquiétude en Afrique de l’Ouest

Exemple réussi de l'usage des citadelles, la reprise du MV Montecristo par les forces britanniques et américaines (crédit : Royal Navy)

(BRUXELLES2) Encore un niveau record pour la piraterie dans le monde avec 352 attaques enregistrées depuis le début de l’année, selon la dernière statistique du bureau maritime international ; les pirates somaliens étant à l’origine de plus d’une attaque sur deux (199 à compaer aux 126 de la même période en 2010)… Leur audace ne faillit pas. Avec l’attaque et la prise d’un tanker chimique ancré dans le port d’Oman, nul désormais ne peut se prétendre à l’abri dans tout l’Océan indien.

L’action des « Navy » et des recommandations, efficace, malgré tout

Malgré tout, explique le BMI, il y a eu moins de captures de bateaux que l’année passée : 24 au lieu de 35 pour la même période en 2010. Soit un taux de « réussite » de 12% en baisse par rapport à 2010 (28%). Un bon résultat qui s’explique par l’action des différentes forces anti-piraterie déployées dans la région. « Les marines doivent être félicitées de leur excellent travail ; elles sont une force vitale pour déjouer et dissuader les activités pirates » explique le Capitaine Mukundan du BMI dans un communiqué. La bonne application des BMP (les bonnes pratiques) est aussi mise en valeur, notamment l’usage du dispositif de « citadelles », permettant en cas d’attaque à l’équipage de se réfugier dans un lieu sûr à l’intérieur du navire et donc aux forces armées de pouvoir tenter un assault sans risque de dégâts collatéraux ou de prises d’otages. La libération rapide du navire italien Montecristo il y a quelques jours n’a ainsi été permise que parce que l’équipage était en lieu sûr.

Ce bilan pourrait paraître positif. C’est oublier que les pirates ont pris en otage durant ces neuf mois, 625 personnes. 8 marins ont été tués et 41 blessés.

Signal rouge pour l’Afrique de l’Ouest

Ce qui est inquiétant est l’irruption dans ces statistiques de l’Afrique de l’Ouest. Les pirates locaux semblent avoir le vent en poupe avec 19 attaques dont 8 réussies sur des tankers cette année, à comparer avec un 0 incidents en 2010. Les pirates, souvent violents, ont un objectif différent : la cargaison. Ils ordonnent « au capitaine de se diriger vers une destination discrète où ils volent les biens à bord du navire et son chargement, avant de relâcher le navire » explique le BMI. Le démarrage de patrouilles communes entre le Bénin et le Nigeria pourrait être une solution.

Le Conseil de sécurité saisi de la situation dans le Golfe de Guinée

Phénomène dont le Conseil de sécurité de l’ONU s’est saisi. Mercredi, Ban Ki Moon a lancé un appel pressant aux Etats de la région afin de développer une « stratégie intégrée et globale pour combattre la piraterie maritime ». « La menace augmente car la plupart des Etats du golfe (de Guinée) ont des capacités limitées pour sécuriser le commerce maritime, la liberté de navigation, la protection des ressources marines et la sauvegarde et la sécurité des vies et des biens » a expliqué le secrétaire général de l’ONU lors de la réunion.

Une mission d’évaluation – comprenant des experts du DPKO (opération de maintien de la paix), de l’UNODC (criminalité et drogues) et de l’Organisation maritime internationale – partira dans la région le mois prochain pour examiner les mesures à prendre. Elle devrait agir en étroite « consultation » avec les « gouvernements de la région, l’Union européenne et d’autres partenaires internationaux », précise le communiqué de l’ONU (lire ici). Ban Ki Moon a lancé un appel aux Etats membres de l’ONU pour soutenir les opérations anti-piraterie déjà engagées par certains pays. La France et les USA sont présents notamment. La Russie a promis son aide. Du coté de l’Union européenne, on « examine »…

Télécharger le rapport dans les docs de B2

Le Proche-Orient au programme du Gymnich de Sopot

Le Sheraton de Sopot, lieu du Gymnich

(BRUXELLES2) Les 27 ministres des Affaires étrangères se rencontrent vendredi (à partir de 12h) et samedi (2 et 3 septembre) de manière informelle à Sopot (sur la côte polonaise près de Gdansk). Lors de cette rencontre semestrielle, qui a lieu dans le pays de la présidence tournante, les 27 auront comme plat principal le processus de paix au Proche-Orient, et notamment la position sur la Palestine (Sujet abordé dans la séance de l’après-midi du vendredi). Les Européens apparaissent, en effet,  fortement divisés alors que l’Etat palestinien pourrait disposer d’une solide majorité en sa faveur à l’Assemblée générale de l’ONU en septembre. Selon le quotidien israélien Haaretz,  qui cite fin août un télégramme de l’ambassadeur d’Israël à New-York (ONU), on dénombrerait environ 130 à 140 pays prêts à soutenir l’adhésion de l’Etat palestinien aux Nations-Unies. Tandis les soutiens à Israël se résumeraient à une petite minorité : seuls les Etats-Unis et 4 pays européens (Allemagne, Italie, Pays-Bas et République tchèque) ont informé Israël qu’ils voteraient contre l’adhésion.

La question des initiatives dans le voisinage du Sud et de l’Est sera également abordée (samedi matin). Un point important pour la présidence polonaise est le partenariat oriental, notamment la situation au Belarus et en Ukraine. Mais les ministres devraient également parler de la Syrie, selon nos informations. Point intéressant car seront présents à cette session les ministres des Affaires étrangères des pays candidats à l’UE, notamment le ministre turc, Ahmet Davutoglu. Et la Turquie occupe vis-à-vis de la Syrie un rôle (réellement) stratégique.

Autres sujets abordés : un tour d’horizon (vendredi) sur les « partenariats stratégiques » de l’UE. Sont concernés cette fois : l’Afrique du Sud, l’Inde et le Brésil.  On ne redira pas le mal que l’on pense de cette initiative qui avait juste fait un oubli dans les partenaires stratégiques de l’Europe : l’Afrique. L’actualité récente a rappelé, heureusement, combien il y avait une erreur… stratégique (*).

Pour se distraire les ministres auront droit à une promenade à pied dans la vieille ville de Gdansk et un dîner au  « Artus Court » une maison de maitre datant du XIVe et du temps où Gdansk (alias Dantzig) faisait partie de la ligue hanséatique.

(*) Croissance économique (supérieure à 5% par an) et croissance démographique (doublement de la population d’ici 2050 pour être supérieure à la Chine), pour citer… Nicolas Sarkozy dans son discours aux ambassadeurs.  Sans compter les richesses encore inexploitées en minerais divers (argent, uranium, diamants…), pétrole et gaz.

Pour faire face à la famine en Afrique, Eunavfor Atalanta renforcée ?

(crédit : WFP/Judith Schuler)

(BRUXELLES2) La famine dans la Corne de l’Afrique va obliger à revoir les méthodes d’accompagnement des bateaux du PAM (le programme alimentaire mondial) le long de côtes kenyanes et somaliennes, alors que la menace de piraterie est toujours aussi présente dans l’Océan indien. Le sujet était à l’ordre du jour d’une réunion tenue au niveau « technique » à Bruxelles ces jours-ci. C’est, en effet, sur les Européens que repose la tâche primordiale d’accompagner les bateaux du PAM qui ravitaillent la Somalie.

L’enjeu est double : il faut renforcer les moyens de l’opération Eunavfor Atalanta et rationaliser les méthodes du PAM. Pour augmenter le rythme des bateaux, un appel a été fait aux Etats membres pour renforcer temporairement les moyens de l’opération anti-piraterie de l’UE. Mais personne ne se fait trop d’illusion. Avec les autres opérations en cours (en Méditerranée sur l’immigration ou de surveillance maritime pour la Libye, sans compter Enduring Freedom qui continue en mer d’Arabie) et les réductions drastiques subies par les budgets de défense, la possibilité de renfort est plutôt limitée.

La seconde solution est donc davantage sur la table : rationaliser des méthodes du PAM. Il ne s’agit plus aujourd’hui de ravitailler seulement la Somalie mais d’autres pays comme l’Erythrée ou le Kenya. Plusieurs options sont envisagées : de plus gros bateaux permettant d’acheminer un tonnage supérieur à chaque passage ou la méthode de convoi permettant de ne mobiliser qu’un ou deux navires d’escorte (avec des VPD – des détachements de protection à bord des bateaux).

En quelque sorte, un retour à la vocation première d’Eunavfor Atalanta qui avait un objectif premier, permettre le ravitaillement alimentaire de la Somalie et logistique pour l’opération de l’Union africaine de l’Amisom.

Représentant spécial de l’UE : race en voie d’extinction ou de renouvellement ? (Maj)

Rencontre du Ministre assistant Li Hui (Chine) avec Pierre Morel, le Représentant spécial de l'UE pour l'Asie centrale, 2008 (Crédit : Ministère des Affaires étrangères chinois)

(BRUXELLES2) Petit à petit, les envoyés et représentants spéciaux de l’Union européenne s’en vont et ne sont pas tous remplacés. Ils étaient 12 au début de l’année, ils ne sont plus que 8 aujourd’hui et ne pourraient être plus que 4 ou 5 d’ici la fin de l’année.

Une évolution logique

Ce changement est, en partie, logique. La fin de certains mandats apparaissait inéluctable avec la montée en puissance des délégations de l’Union européenne qui ne représentent plus seulement les intérêts (et les programmes) de la Commission européenne mais représentent l’Union européenne, exercent un rôle plus politique, proche d’une ambassade. Trois des représentants spéciaux sont déjà « double hatted », c’est-à-dire qu’il cumulent leur mandat avec la direction de l’ambassade de l’UE. Cette option va tendre d’abord à se développer (davantage de double fonctions) puis disparaître le double chapeau ne se justifiant plus en l’espèce puisqu’il y a une seule institution-mère : le service diplomatique et non plus deux comme auparavant (Commission et Conseil).

… mais aussi une certaine « méfiance »

Dans d’autres postes, le changement de la donne géopolitique oblige à des évolutions : fin de mission de certains représentants spéciaux, ouverture de postes dans d’autres. Pour l’instant, il faut cependant remarquer que si la fin de mission a parfois été actée, aucune nouvelle mission n’a encore été enclenchée. Avec des résultats surprenants : ainsi le poste de Représentant spécial chargé de suivre le processus de paix au Moyen-Orient est vacant.

Même si dans l’entourage de la Haute représentante (HR), on avoue réfléchir à plusieurs pistes, on ressent incontestablement une certaine méfiance de la Haute représentante vis-à-vis de tels dispositifs. Cathy Ashton affiche préférer utiliser les structures du service diplomatique (SEAE) qui sont juste en train de se mettre en place, plutôt que de rajouter de nouveaux échelons ou personnes avec des responsabilités, qui seraient en « apesanteur » dans la hiérarchie et un peu trop « électrons libres ».

Un rôle très spécifique

Le rôle d’un représentant spécial ne peut, en effet, être confondu avec celui d’un chef de délégation. L’avantage de son statut – désigné directement par les ministres des 27 selon une procédure inscrite dans le Traité lui-même sur proposition de la HR – lui permet d’avoir un accès direct au Haut représentant ou à d’autres responsables politiques de premier plan dans l’Union européenne, comme à l’extérieur. Ce qui est nécessaire dans des négociations délicates (type processus de paix ou règlement de conflit gelé ou actif).

Détails des postes
renouvelés ou à renouveler

Quatre mandats non renouvelés

Un mandat se terminait fin janvier : celui du général P.M Joana, conseiller et envoyé spécial pour les forces de paix en Afrique et sur la Somalie. (NB : une perte d’expertise importante car outre la Somalie qu’il avait suivie particulièrement, avec l’AMISOM, le général était aussi un des bons connaisseurs de … la Côte d’Ivoire, ayant commandé la force Licorne de juin 2003 à juin 2004). Il n’a pas été remplacé. Cette fonction étant désormais suivie à l’Etat-Major militaire de l’UE, m’a-t-on assuré. Mais l’idée d’un EUSR pour la Corne de l’Afrique est aussi à l’étude.

Trois mandats se terminaient fin février : Peter Semneby (Sud Caucase), Marc Otte (processus de paix au Moyen-Orient) et Kálmán Mizsei (Moldavie). Ils n’ont pas été renouvelés ni remplacés.

Le poste en Moldavie est d’ores-et-déjà supprimé, le suivi des affaires moldaves ou ukrainiennes étant repris par chacun des délégations concernées et les négociations sur la Transnistrie étant suivi directement par le directeur du département, Miroslav Lajcak.

Le poste dans le Sud Caucase ne devrait pas être remplacé, même si la discussion reste ouverte, avec les pays de la région, explique-t-on chez la Haute représentante. Sa fonction pourrait être regroupée – assez logiquement – avec le mandat pour l’Asie centrale.

Pour le Moyen-Orient, la situation est plus délicate. La présence d’un représentant spécial ne suscitait pas l’ombre d’un doute. Mais à la surprise générale, Cathy Ashton a indiqué récemment aux ambassadeurs de l’UE qu’elle comptait suivre personnellement ce dossier. Au SEAE, c’est la directrice politique (secrétaire générale adjointe), Helga Schmid, qui suit le sujet. De fait, la Haute représentante semble vouloir laisser le champ libre à Tony Blair qui est officiellement le représentant européen au Quartet. Mais dont l’efficacité du travail sur le terrain reste encore à prouver. En attendant, on « étudie la question« .

Un mandat se termine : le Kosovo

Un mandat se termine fin avril : Pieter Feith au Kosovo, qui exerce le double mandat de représentant de la communauté internationale et de représentant spécial. Une problématique similaire à celle régnant en Bosnie-Herzégovine avec Valentin Inzko se pose aux Européens. Mais la solution pourrait être plus rapide. Le futur poste restera un « double hatted » : chef de délégation et représentant spécial. Le poste vient d’être ouvert.

Sept mandats continuent jusqu’à fin août

Sept mandats restent encore à courir jusqu’au 31 août 2011 : Koen Vervaeke (Union africaine + chef de délégation), Vygaudas Usackas (Afghanistan + chef de délégation) Rosalind Marsden (Soudan), Pierre Morel (Asie centrale et Crise en Géorgie), Valentin Inzko (Bosnie-Herzégovine), Erwan Fouéré (Fyrom + chef de délégation), Roeland van den Geer (Grands lacs).

Les quatre premiers postes pourraient être renouvelés. Celui de Inzko en Bosnie-Herzégovine dépend de l’évolution internationale ; l’objectif est de le supprimer, la Bosnie s’intégrant davantage dans une logique d’adhésion (lire : L’Europe reconfigure sa présence en Bosnie. Menaces de sanctions). Celui de Fouéré en Fyrom est supprimé. Et le poste dans les Grands lacs pourrait aussi être supprimé.

De nouveaux mandats

Sans être formalisées, plusieurs mandats de nouveaux représentants spéciaux sont en réflexion. Un serait lié à la Corne de l’Afrique et à la lutte contre la piraterie. Deux autres mandats pourraient aussi être évoqués : l’un sur la problématique de la sécurité au Sahel, l’autre pour la Libye, le monde arabe ou le voisinage sud. Des postes qui peuvent se justifier d’une part car il n’y a pas de délégation dans les pays concernés — la Somalie est suivie par la délégation au Kenya tandis que la Libye est suivie par la délégation en Tunisie — ; d’autre part, par la complexité des problèmes à traiter qui dépassent la zone géographique d’une seule délégation.

Au bilan, on peut remarquer quelques absences de taille. Le non renouvellement du mandat en Somalie, au Moyen-Orient est inquiétant car il laisse – quoi qu’on en dise – un gros « trou » dans la couverture diplomatique de l’UE. Le fait de ne nommer personne sur l’Iran ou la Libye (deux pays « problématiques » où il n’existe pas de délégation de l’UE mais où des négociations politiques et stratégiques sont engagées, ou à engager) est également une erreur politique magistrale.

Lire également : Les représentants spéciaux de l’UE dans l’oeil du cyclone

(mis à jour : jeudi 7 avril Kosovo, Sud Caucase, Grands lacs)

Un tournant arabe de la politique européenne, timide, très timide

Drapeau de la révolution libyenne hissé sur l'ambassade de Libye à Malte (crédit : Times of Malta)

Les 27 chefs d’État et de gouvernement de l’Union européenne ont trouvé sur leur table une communication de la Commission européenne sur le nouveau partenariat « pour la démocratie et une prospérité partagée » que doit nouer l’Europe avec les pays de la rive Sud de la Méditerranée. « La volonté d’organiser des élections libres, régulières et contrôlées de manière appropriée constituera la condition de l’adhésion au partenariat ». Un partenariat qui symbolise pour l’exécutif européen une action à long terme vis-à-vis des événements qui frappent le pourtour méditerranéen. Un peu plus d’argent sur la table, conditionnée à davantage de démocratie et de respect des droits de l’homme mais une politique d’assistance à l’Etat de droit et de sécurité pour le moins balbutiante.

Un peu plus d’argent…

Le partenariat innove dans l’utilisation nouvelle de certains fonds. Avec l’enveloppe de 4 milliards d’euros, déjà disponible dans le cadre de l’Instrument européen de voisinage, c’est près de 6 milliards d’Euros qui pourraient être dévolus, à l’avenir, à la région, provenant de la Banque européenne d’investissement (avec la Facilité euro-méditerranéenne et de partenariat = 1 milliard) et une nouvelle enveloppe de prêt d’1 milliard d’Euros que doivent approuver les 27. La BERD, qui n’est pas présente actuellement dans les pays du sud de la Méditerranée, pourrait aussi étendre ses opérations moyennant la modification de ses statuts et donc l’accord de ses actionnaires (61 pays,  UE et BEI). Plutôt que de nouvelle enveloppe, il y a un recyclage. Mais surtout un conditionnement des fonds plus strict qu’auparavant.

… mais surtout une condition (démocratie et droits de l’homme) plus importante

Ce partenariat ne sera plus fonction de critères relativement flous. Mais d’un « ensemble de critères minimum au regard desquels les résultats obtenus feront l’objet d’une évaluation ». « La volonté d’organiser des élections libres, régulières et contrôlées de manière appropriée constituera la condition de l’adhésion au partenariat. » Un « dialogue politique renforcé » va être engagé, de façon bilatérale, à tous les niveaux, dès que « les conditions locales le permettront, en mettant surtout l’accent sur les droits de l’homme et l’obligation de rendre des comptes sur le plan politique. »

Les conséquences en matière de politique de sécurité

Ce partenariat signifie aussi – explique la communication de la Commission – « une coopération plus étroite » dans le cadre de la politique étrangère et de sécurité commune (PESC) et « un plus grand nombre d’actions conjointes dans les enceintes internationales » sur des questions d’intérêt commun. L’UE continue « d’être attachée au règlement pacifique des conflits existant à l’intérieur des États et entre les États de la région et de l’encourager ».

Télécharger la communication

Commentaire : un oubli stratégique, une erreur politique !

On peut remarquer que dans ce partenariat pourtant établi à la fois par la Commission européenne et la Haute représentante pour les Affaires étrangères, rien n’est mentionné de concret en matière de partenariat de sécurité. L’initiative de paix africaine notamment est totalement absente. De même une assistance ou un renforcement à l’Etat de droit, aux réformes du secteur de sécurité comme entrepris au Congo ou en Somalie, ou avec le cycle de formation Amina Africa / Eurorecamp est totalement absent.

Une absence qui n’est pas justifiable au regard de l’évolution de la situation africaine et de l’intérêt stratégique de ces questions. C’est une erreur stratégique à mon sens. Il n’y aura pas de développement sans sécurité et pas de sécurité sans développement, répète tous les responsables connaissant bien la région. On a l’impression que la Commission et la Haute représentante ont perdu de vue cet axiome.

NB: Rédigé avec l’aide de Maxence Peniguet

L’Africom s’exerce avec les troupes du Sahel et quelques Européens

L’Allemagne, l’Espagne et les Pays-Bas vont participer à un exercice commun au Sénégal en février-mars avec les Américains d’Africom et les Canadiens ainsi que des unités de pays africains du Sahel et de l’ouest (Burkina Faso, Mali, Mauritanie, Tchad, Nigeria et Sénégal). Dénommé Flintlock 2011, cet exercice annuel a pour objectif, disent ses promoteurs, d’assurer la formation des forces armées de ces pays à renforcer leur sécurité et de limiter la contrebande d’armes, des biens et des personnes. L’exercice avait été mené au Mali en 2008 et au Burkina Faso en 2010.  (crédit photo : Africom / Joint Special Operations Task Force – Trans-Sahara JSOTF-TS)

Nouvelle orientation pour la mission Eusec au Congo

(BRUXELLES2) Le comité politique et de sécurité (COPS) a approuvé une nouvelle orientation pour la mission européenne d’assistance pour la réforme du secteur de la sécurité (EUSEC) au Congo. Mission qui est prolongée jusqu’au 30 septembre 2012. A sa création, en mai 2005, cette mission était conçue essentiellement pour supporter le processus d’intégration des ex-combattants dans une seule force, les Forces Armées de la République démocratique du Congo (FARDC), dans un contexte difficile la pacification de l’est du Congo et soutenir le processus de réforme en cours dans l’armée. Ces objectifs ne sont pas encore tout à fait atteints mais engagés. Entretemps un nouveau plan de réforme des FARDC a été proposé, s’étalant de 2009 à 2025. C’est ce processus que la nouvelle mission EUSEC devra accompagner avec de nouveaux objectifs : la modernisation de la logistique, la relance du système de formation, et la lutte contre les violences sexuelles (1).

Dans cette première phase, EUSEC a mené un travail, discret mais nécessaire, de recensement et d’identification des membres des forces armées (avec distribution de cartes d’identité), de remise en place de la chaîne de paiement (nécessaire pour s’assurer que chacun reçoit bien sa paie) et de différents appuis, notamment en matière de réseau (informatique…). Un volet important a été consacré à soutenir la remise en place du circuit de formation avec la réhabilitation et la remise en route de certains locaux de l’école d’application du Centre supérieur militaire (CSM) de Kinshasa – un projet essentiellement soutenu par les Britanniques – et d’une école de sous-officiers à Kitona. L’objectif est maintenant de recréer une école d’administration / logistique et l’académie militaire pour officiers, à Kananga dans la province du Kasaï occidental.

Réduction de la voilure

Général Padiri et Général Michel à l’ouverture à Lubumbashi (crédit : Conseil de l’UE / EUSEC T.Slätis)

Au niveau de la structure de la mission, celle-ci reste sensiblement identique avec une direction, un département soutien administratif et logistique, un département d’experts, un département de conseil et d’assistance. La cellule projets – déjà mise en place – a été entérinée et surtout renforcée. La plupart du personnel sera basé à Kinshasa, mais le déploiement à l’est de la RDC de certains experts est également prévu.

Le nombre de personnes affectées à la mission pourrait diminuer passant de 60 experts internationaux (dont 50 détachés par les Etats membres) et 55 employés locaux à 50 experts internationaux (dont 40 détachés par les Etats membres) et 36 employés locaux.

Le budget de la mission est de 12,6 millions d’euros sur la première année (jusqu’à septembre 2011).

Pas de fusion des deux missions de l’UE

L’Union européenne voulait aller plus loin et fusionner ses deux missions EUSEC et EUPOL (police) mais les autorités congolaises s’y sont opposées, préférant avoir 2 profils différents pour répondre aux interlocuteurs congolais. Coté européen, on est cependant tout disposé à mettre en commun certaines expertises, « mutualiser certaines fonctions » (comme il est mentionné dans le projet de décision) pour éviter les redondances. Il s’agit également de mettre en application le nouveau dispositif issu du Traité de Lisbonne, en travaillant plus étroitement avec l’ambassadeur de l’UE sur place. Ainsi le chef de la mission EUSEC agira comme « conseiller défense » de l’ambassadeur.

(1) Selon le projet de décision, la mission a 5 objectifs :

  • le maintien de l’appui au niveau stratégique;
  • l’appui à la consolidation de l’administration et à la mise en place d’un système de gestion des ressources humaines s’appuyant sur les travaux en cours;
  • l’appui à la modernisation de la logistique;
  • l’appui à la relance du système de formation, particulièrement des cadres, avec notamment le soutien au projet d’École d’administration et d’Académie militaire à Kananga et aux études pour l’École de la logistique à Kinshasa;
  • la poursuite à leur mesure des activités liées à la lutte contre l’impunité dans les domaines du respect des droits de l’homme y inclus les violences sexuelles.

(Nicolas Gros-Verheyde)