Jean-Claude Juncker en conversation avec la commissaire à la Concurrence Margrethe Vestager à la réunion de la Commission du 15 avril (crédit : CE)

Un contrôle médical pour les pilotes… du bateau européen ?

Jean-Claude Juncker en conversation avec la commissaire à la Concurrence Margrethe Vestager à la réunion de la Commission du 15 avril (crédit : CE)

Jean-Claude Juncker en conversation avec la commissaire à la Concurrence Margrethe Vestager à la réunion de la Commission du 15 avril (crédit : CE)

(BRUXELLES2) Ne doit-on pas instaurer un minimum d’information médicale sur l’état de santé des principaux dirigeants européens ? La question, qui pouvait paraître superflue ou théorique il y a quelques années, se pose aujourd’hui de façon très concrète.

Le voyage de Kiev annulé officiellement pour raison médicale

L’annulation du voyage prévu en Ukraine du président de la Commission, Jean-Claude Juncker, le 30 mars dernier, est passée, relativement (et volontairement), inaperçue. Seule explication donnée, par son porte-parole, sur twitter : des « examens ambulatoires mineurs pour des calculs rénaux ». Certains pourraient mettre en doute ce motif, d’autant plus que cette visite à Kiev était présentée tout sauf de la routine. Et ce précédent interpelle sur le fonctionnement européen.

Un motif mineur pour une visite majeure ?

La visite à Kiev était, en effet, annoncée comme majeure, et symbolique, à plus d’un titre. Tout d’abord, c’était le premier déplacement bilatéral du président de la Commission. Ensuite, et surtout, aller à Kiev, un pays proche de l’Union européenne en butte à un conflit depuis près d’un an, revêtait une portée politique non négligeable. Ce conflit place en effet, pour la première de son histoire, l’Union européenne en confrontation directe avec la Russie, d’un point de vue politique et économique, que ce soit par l’accord d’association signé avec l’Ukraine (accord que n’accepte pas la Russie), par l’intervention militaire russe et par les sanctions économiques importantes prononcées par l’Union européenne. L’enjeu ne paraissait donc pas mince. Et le motif avancé – des « examens mineurs » – prête d’autant plus à interrogation.

Une maladie diplomatique…

Première explication, la maladie est diplomatique. L’attitude du gouvernement ukrainien — de plus en plus guerrière et toujours réticent à octroyer une large autonomie aux régions de l’Est — pourrait-elle justifier cette position ? Le fait que la Haute représentante, Federica Mogherini, qui devait accompagner le président de la Commission, et a été retenue à Lausanne par les négociations sur le nucléaire iranien, pourrait être une explication. Mais ce retard pour des négociations hautement compliquées était plutôt prévisible. La visite n’a d’ailleurs pas été reportée d’une semaine mais tout simplement au sommet UE-Ukraine prévu fin avril.

… ou une maladie plus réelle

Seconde explication, la maladie est plus importante que mentionné. Ce n’est pas l’heure de se lancer dans une exégèse médicale : si les examens sont « mineurs » pourquoi ne pas reporter les examens plutôt que la visite, pourrait se demander le quidam. La question de la santé du principal dirigeant européen reste cependant quelque peu « taboue » à Bruxelles (comme l’avait été en France celle de Pompidou ou de Mitterrand). Personne n’ose l’évoquer ouvertement même si les rumeurs courent du rond-point Schuman (le siège de la Commission européenne) à la place du Luxembourg (le siège du Parlement). Certains mentionnent un problème plus complexe et récurrent, d’autres des suites opératoires, etc. Tous remarquent une faiblesse de commandement à la barre du bateau « Europe ». Ce qui pose un double problème : de transparence et de fonctionnement politique. Jean-Claude Juncker n’avait cependant pas lui-même exclu cette hypothèse, dès sa nomination en présentant le premier vice-président de la Commission, Frans Timmermans, sur un ton mi-plaisanterie, mi-sérieux : « Il sera ma main droite, il sera plus qu’un collaborateur, (il sera) mon suppléant à chaque fois que je ne pourrais pas être là physiquement, et mentalement, aux réunions du collège. » En l’espèce, cependant, le vice-président Timmermans n’a pas remplacé le président Juncker, c’est tout le voyage qui a été annulé.

Revoir le système

Quelle que soit l’hypothèse, on peut se demander, de façon générale, si le système de gouvernance européen ne devrait pas être amélioré. Même si les responsabilités d’un président de la Commission européenne ne sont pas les mêmes que celles d’un chef d’Etat ou de Gouvernement, au point de vue de l’exercice de souveraineté, ce rôle n’est pas négligeable. Et les conditions de la nomination de la Commission Juncker – qui se rapprochent du suffrage universel indirect – prêtent d’autant plus à l’analogie. Il ne serait donc pas anormal que des examens médicaux réguliers soient publiés de façon volontaire, et régulière, comme le font certains responsables politiques. Cela aurait aussi le mérite de faire taire les rumeurs, parfois malsaines. Ce serait tout autant une question de transparence de l’autorité européenne à l’intention des citoyens.

(Nicolas Gros-Verheyde)

Bfast

Un labo belge contre Ebola en Guinée

Bfast(BRUXELLES2) Le ministère belge des Affaires étrangères l’a confirmé ce soir. Un laboratoire mobile de B-Fast (l’aide humanitaire belge) va bien être déployé en Guinée pour lutter contre la propagation du virus Ebola. Le conseil des ministres a approuvé vendredi (5 décembre), le déploiement après avoir « reçu de la France les assurances qu’il attendait pour assurer la sécurité de l’équipe belge ». Il sera « déployé dans les semaines qui viennent », précisent les Affaires étrangères, pour une période « d’un mois, renouvelable après évaluation préalable ».

Un labo mis au point avec l’agence spatiale européenne

Ce laboratoire mobile B-Life a été mis au point par la Défense, l’Université catholique de Louvain et l’Agence spatiale européenne. Il est doté de capacités de communication et permet d’analyser des échantillons sanguins au plus près de la zone touchée par l’épidémie. « B-FAST sera responsable du soutien logistique sur place avec une cellule de la Défense et du SPF (ministère) Intérieur ». La Commission européenne finance le transport de l’unité mobile jusqu’à Nzérékoré dans le cadre du Mécanisme de Protection civile de l’UE.

Une demande de la France

La Belgique répond ainsi à une demande du gouvernement français qui assure le rôle de nation cadre (« lead nation ») sur la Guinée pour la coordination des secours contre Ebola. Le Royaume-Uni assurant ce rôle de coordination pour le Sierra Leone et les Etats-Unis pour le Liberia. Ainsi que le précisait récemment le ministre de la Défense, Steven Vandeput, devant les députés, le gouvernement a décidé de « s’associer aux projets globaux », particulièrement avec la France, avec qui « nous entretenons des contacts étroits ». La Belgique a aussi décidé de fournir des véhicules tout-terrain de capacité moyenne pour assurer les transports médicaux. Une quinzaine de véhicules de type Unimog ont été mis à disposition de la protection civile guinéenne à Conakry.

(NGV)

Lire aussi :

Les taxes de régulation sur la santé annulées en Rép. Tchèque

(B2)Première conséquence du vote de la motion de censure en république Tchèque, l’opposition a réussi à faire passer à la chambre des députés (en première lecture) son projet de loi qui annule les paiements de régulation sur les soins médicaux. Les partis de la coalition gouvernementale n’ont pas trouvé suffisamment de voix pour repousser ce projet. Certaines mesures entrent immédiatement en vigueur pour les enfants de moins de 18 ans et les personnes de plus de 65 ans (qui bénéficieront d’une exemption annuelle à hauteur de 2 500 couronnes sur les médicaments).

Cette réforme très contestée avait mis le feu aux poudres en république tchèque. Médecins, services de santé, syndicats ainsi que les partis d’opposition s’y étaient opposés. La plupart des régions (tenues par l’opposition) avaient même voté une disposition finançant en partie le surcoût à payer pour les patients. Ce qui vidait la réforme d’une partie de son utilité (en fait seule la région de Prague avait maintenu la réforme de manière intégrale).L’annulation de cette réforme’était une des conditions principales posées par les socio-démocrates pour accepter un gouvernement transitoire jusqu’aux élections (prévues le 20 octobre normalement).

Autre victoire de l’opposition : les députés ont également donné leur feu vert au ralentissement de la dérégulation des loyers. Et l’opposition a réussi à mettre à l’ordre du jour des débats de la chambre au programme de la chambre le débat du projet de loi qui empêcherait la privatisation de l’aéroport de Prague.

Décidément le vent tourne à Prague et dans le bon sens…

(NGV)

Les Russes envoient un hopital de campagne pour la Minurcat II. Les Norvégiens aussi

(BRUXELLES2) La Russie devrait assurer pour la Minurcat II – la Mission des Nations unies en République centrafricaine et au Tchad (Minurcat) – la fonction de soutien médical (Rôle 2) en envoyant un hôpital militaire de campagne, selon l’ambassadeur russe à l’ONU, Vitali Tchourkine, cité par Ria Novosti, ainsi qu’une unité de génie. Elles viendront ainsi en supplément à son groupe aérien héliporté qui termine son déploiement (Lire : les hélicoptères russes arrivent au Tchad).

(mis à jour 28 fév.) La Norvège a également confirmé, le 27 février, envoyé un hôpital de campagne pour la Minurcat II. Un groupe d’experts doit être envoyé très rapidement pour préparer ces installations, selon les médias norvégiens qui relatent le propos du major John Sigurd Holtesmo. Environ 150 hommes seront affectés à cet hôpital pour la durée d’un an de la mission. Cette participation marque, selon les officiels norvégiens, une ambition africaine plus affirmée.

Comme l’explique la ministre de la Défense norvégienne Anne-Grete Strøm-Erichsen : “Participation in MINURCAT II is an important indication of the Government’s ambition to step up its contribution to UN led peace operations, with particular emphasis on Africa. Norway’s view is that western countries have, to too great an extent, left it to third world countries to provide forces for the UN’s most demanding operations which very frequently relate to countries in Africa. Since our long planned contribution to the UN operation in Darfur was frustrated by the opposition of the Sudanese president last year, it is particularly gratifying that we can make a contribution in neighbouring Chad where the UN has a particular need for a high quality field hospital”

Jusqu’ici, dans le cadre de l’opération européenne EUFOR, la fonction médicale de role 2 est assurée par l’Italie, fonction qui devrait prendre fin en mai.

(NGV)

Lire aussi :

John Bowis, rapporteur sur la directive « soins de santé »

(B2) C’est finalement John Bowis, conservateur britannique, qui a été désigné, rapporteur pour la directive « soins de santé ». Ancien ministre de la santé, de 1992 à 1995 (sous John Major), c’est un militant de la liberté des patients à aller se faire soigner là où il l’estiment utiles qui sera aux manettes de cette directive dont on ne dira jamais assez l’intérêt stratégique qu’elle représente pour les soins futurs et la sécurité sociale.

Une bataille obscure avait opposé les deux commissions du Parlement européen, « santé environnement » et « marché intérieur ».  Pour rédiger un premier rapport, c’est la commission « marché intérieur » qui l’avait emporté, à l’époque, avec comme rapportrice Bernadette Vergnaud, socialiste française, proche de Ségolène Royal. Un système de coopération pourrait être mis au point entre ces deux commissions ainsi que la commission « emploi et affaires sociales », afin que les amendements des unes et des autres soient
mieux pris en compte (que par la procédure normale d’avis).

 (NGV)

Référendum sur les soins en Hongrie, perdu par le gouvernement

(B2) Le referendum organisé dimanche en Hongrie a sonné le glas d’une réforme gouvernementale qui visait à instaurer une taxe sur les soins chez le médecin et à l’hôpital d’environ 1 euro (300 forints) ainsi qu’à augmenter les droits universitaires. A plus de 80 % (avec une participation de plus de 50%), les Hongrois ont dit « nem » à ces mesures, destinés à renflouer les caisses de l’Etat et absorber un déficit public important. Le gouvernement (socialiste de Ferenc Gyurcsany) reviendra donc sur ces mesures mais n’entend pas, par contre, démissionner au grand de l’opposition de droite du Fidesz.

 (NGV)

Risques électromagnétiques, accord à 15

(B2) Les employeurs de l’UE seront tenus d’évaluer les risques encourus par leurs travailleurs exposés à des champs électromagnétiques, des champs électriques, des ondes radios, des ondes TV, des antennes de téléphonie mobile, ainsi que des grands fourneaux du type de ceux utilisés dans l’industrie métallurgique. C’est le sens d’une directive qui a été adoptée à l’unanimité par les ministres de l’Emploi et des Affaires sociales de l’UE, qui étaient réunis en Conseil le 20 octobre (2003) à Luxembourg.  Selon la nouvelle législation, les employeurs seront tenus de prendre des mesures préventives par rapport aux ondes et champs électromagnétiques si le niveau d’exposition est supérieur à un certain plafond. Ils pourraient aussi devoir prendre des mesures techniques et d’organisation, comme par exemple l’installation de panneaux d’avertissement dans les zones à hauts niveaux d’interférence électromagnétique. La directive énonce les éléments que les employeurs doivent prendre en considération dans le cadre de leur évaluation des risques, comme par exemple l’influence des ondes sur des appareils médicaux tels que les pacemakers et les implants cochléaires.  La législation concernera principalement les travailleurs exposés à un risque élevé d’irradiation, dans l’industrie lourde par exemple ou dans le cadre du traitement de l’acier et des métaux. Seront également concernées les personnes travaillant à proximité d’installations de radio ou de télévision, de radars et d’antennes de téléphonie mobile, ainsi que les caissiers exposés durant de longues périodes aux dispositifs anti-vols dans les magasins.
NB : cette directive a été adoptée définitivement le 15 décembre 2004 (après avis du Parlement) et publiée au JOUE du 31 décembre 2004 (directive 04/108).

(NGV)

Syndrome des Balkans : pas plus d’effet qu’une cigarette

(Archives B2) Quand il est question de cancers ou d’autres maladies chez ses soldats envoyés dans les Balkans, l’Otan n’entend pas laisser la communication lui échapper. Résultat… le pire !

La communication très maitrisée de l’Otan.

Quand le général-major Van Hoof est venu hier rendre compte à la presse de la réunion qu’il présidait du comité des chefs des services de santé militaires (Comeds) des 19 pays membres de l’organisation militaire, il est apparu entouré des hommes en bleus et noirs de l’organisation militaire. Au point que le général, qui n’est cependant pas connu en Belgique pour être un adepte de la langue de bois – au contraire c’est même un des premiers à s’être sérieusement penché sur la question de la maladie des Balkans – a été sérieusement dompté par la discipline Otanienne. Fait symptomatique, face à la presse, alors que la plupart des questions se dirigeait vers le général belge, le porte-parole de l’Otan, Mark Laity, s’est arrogé le droit de répondre, ou engageait un médecin-colonel (plus sûr) de l’armée américaine d’apporter ses commentaires.

Officiellement le général Van Hoof dément

Solidement encadré, le général Van Hoof n’a ainsi pu que se fendre d’un démenti, bien innocent. « Nous ne trouvons pas dans les données disponibles une maladie atypique liée aux Balkans, il s’agit de plaintes très générales ». « D’après les donnés disponibles, a-t-il ajouté, nous ne pouvons identifier aucune augmentation de cancers sanguins ou de mort chez les militaires qui sont allés en mission dans les Balkans par rapport aux soldats non déployés ».

Il y a un syndrome dont les causes ne sont pas expliquées

Une opinion qui n’est pas, d’après nos informations, aussi consensuelle. Avant même cette réunion un haut responsable militaire ne nous confiait-il pas que tous les symptômes spécifiques (fatigue chronique, perte de mémoire, problèmes de peau récurrents…) objet des plaintes des soldats revenus des opérations en ex-Yougoslavie forment bel et bien un « syndrome » dont les causes ne sont pas expliquées. D’ailleurs, sous couvert d’un discours policé, le général van Hoof a tenu à adresser un net avertissement aux forces militaires de l’Atlantique-Nord : « Il est important d’écouter les inquiétudes de la santé des militaires » a-t-il déclaré « et de procéder à toutes les  analyses médicales, y compris des études indépendantes de la situation ». Aussi a-t-il annoncé « le lancement d’une étude épidémiologique et l’élaboration « de principes communs de sécurité des soldats pour les opérations » de maintien de la paix.

Pas plus d’effet qu’une cigarette

En attendant de connaître cette réalité, il faut se réjouir d’une grande découverte, à la Pif-gadget, de l’Otan. Le plus sérieusement  du monde, le colonel de l’US Army David Lam a asséné sa « réalité scientifique : Celui qui fume une cigarette sur un an court autant de risque de radioactivité que celui qui détient un obus-flèche de 30 mm à 15 cm du corps ». Le tabac, la nouvelle arme atomique de l’Otan !

Nicolas Gros-Verheyde
(article publié dans France-Soir, janvier 2001)

Y-aurait-il un syndrome des Balkans ?

Y-aurait-il un syndrome des Balkans, comme il y a aurait un syndrome du Golfe ?

Les témoignages de plusieurs soldats belges revenus de Bosnie, de Croatie ou du Kosovo le laisseraient supposer. Marc de Ceulaer, que nous avons rencontré, est de ceux-là. Parti à Visocko, en Bosnie, dans le cadre des opérations de maintien de la paix en 1996, il souffre aujourd’hui de graves problèmes de santé, bien réels, mais dont les médecins n’arrivent pas à cerner la cause. « Quand je suis revenu, je ne me sentais pas très bien, j’étais constamment fatigué, j’avais des troubles de mémoire, j’avais des saignements de nez. J’ai été voir le médecin de l’unité. Il m’a dit c’est psychologique. De petites tâches brunes apparaissaient sur tous mes membres, puis disparaissaient sans raison. J’ai consulté un dermatologue. Les analyses dans un laboratoire spécialisé ont confirmé un problème pathologique mais sans pouvoir préciser la cause. » Depuis, aidé de son syndicat (En Belgique les militaires, professionnels, peuvent se syndiquer), Marc de Ceulaer tente désespérément de déterminer l’origine du mal. Est-ce la pollution de l’eau du fait de l’utilisation de pesticides en abondance par exemple ? « Dans le camp de réfugiés voisin, des réfugiés étaient malades avec des problèmes de peau identiques ». Un peu simple peut-être.

Une pollution chimique plus complexe alors ? « Sur le sol il y avait constamment de la poussière noirâtre que nous inhalions » se rappelle Marc de Ceulaer. Et d’autres soldats envoyés en Croatie souffrent également de maux divers, parfois mortels. « C’est après s’être assis sur des sacs de sable dans une cave pour se protéger des mortiers qu’Éric Vande Ven avait ainsi constaté que son bras était complètement brûlé. Soigné sur place, un an plus tard, il constatait l’apparition de petites tâches. » Depuis ce caporal-chef du 5e de ligne est décédé. Diagnostic : « cancer de la peau ».

L’uranium appauvri pourrait-il être en cause comme le soutiennent certains spécialistes ? Peut-être pas dans tous les cas mais il y a des faits troublants. « Ces symptômes ressemblent étrangement à ceux des sauveteurs qui ont travaillé sur l’accident du Boeing à Amsterdam. » remarque Albert De Villers, président de Syndic. De plus, ajoute Marc de Ceulaer, « Au Kosovo, près du poste-frontière de Jankovic, nos collègues sur place ont relevé des traces d’amiante blanche au sol ».

1/6e des militaires ont problèmes de santé. L’armée a d’abord minoré cette « contamination par l’amiante de quelques soldats » puis, face à l’accumulation de témoignages, a décidé de réagir de façon plus vigoureuse. Les 12 000 militaires belges envoyés depuis 1992 dans les Balkans sont depuis plusieurs semaines invités à se présenter devant l’un de leurs 24 médecins du travail. Les premiers résultats (sur 2000 soldats) parlent d’eux-mêmes ! « Entre 15 % et 20 % de ces soldats se plaignent de problèmes de santé » a ainsi révélé le chef d’état-major du Service médical, le médecin général-major Roger Van Hoof, dans les colonnes du quotidien flamand de Morgen. Inquiétant !

Du coté français : no problem
L’armée française reste fidèle à sa qualité de Grande muette. Aucune trace de risques à l’amiante n’a été retrouvé au Kosovo, affirme le service de communication des armées. « J’ai un rapport sous les yeux de Kumanovo qui n’en parle pas » nous a assuré le médecin-chef Estripeau. « Je ne dis pas qu’il y a pas de problème mais s’il y en a, ces éléments ne sont pas parvenus aux médecins sur place ». Honnêteté scrupuleuse mais quelque peu détonnante. D’après nos informations, les militaires belges auraient transmis un échantillon de poussière contaminée « à un officier français » présent sur place qui aurait promis de « faire une intervention ». Cet échantillon se serait-il perdu ? Ou le mythe Tchernobyl, de l’invincibilité française face aux éléments, aurait-il encore frappé ?…

(Nicolas Gros-Verheyde) paru dans France-Soir, janvier 2001

Liberté, études, démocratie… La révolution de velours avec les étudiants en médecine

(archives) Depuis plusieurs jours, l’histoire subit un sacré coup d’accélérateur à l’est, notamment en Tchécoslovaquie. Dans ce mouvement, les étudiants des deux ‘capitales’ du pays, Prague et Bratislava ont joué un rôle majeur. Projecteur sur les facs de médecine.

La mise au pas des ‘hooligans’

« Le 16 novembre, veille de la journée internationale étudiante » raconte Pavel, étudiant en médecine à Bratislava, « commence une manifestation dans notre ville, regroupant environ 250 étudiants. La police nous a contrôlés, mais n’est pas intervenue. Surpris par notre initiative, les policiers se regardaient et se demandaient: comment est-ce possible ?. » A Prague par contre, le lendemain, la police est intervenue brutalement, faisant 70 blessés, dont plusieurs graves. Ces faits, présentés à la télévision et la radio comme « la mise au pas de hooligans », ont décidé les étudiants à agir. Très vite, dès le lundi 20, les étudiants se mettent en grève et un comité de coordination regroupant l’ensemble des facultés du pays est constitué. Les enseignants dans la majorité les soutiennent ; mais beaucoup ont vécu 1968, se souviennent, prônent la modération. De fait cette « révolution » s’avère très sage.

Informer, prévoir, réfléchir

Trois tâches essentielles occupent alors les étudiants de médecine : informer, prévoir, réfléchir. Les universités de médecine occupées ne désemplissent plus. Une nouvelle vie s’est installée, rythmée par les conférences, les débats et la préparation des manifestations. Un hôtel a même été installé pour les étudiants résidant loin du centre. Dans la cellule d’information – le nerf de la guerre -, machines à écrire et ronéos tournent quasiment jour et nuit pour imprimer communiqués, tracts et le journal de la faculté, que des équipes d’étudiants partent ensuite distribuer dans les coins stratégiques de la ville, ou dans les universités et comités de grève des villes voisines.

Une organisation de secours des étudiants en médecine, a même été mise en place… au cas où. En liaison permanente radio avec le service de secours officiel, elle compte 300 membres. Car tous les jours, une manifestation rassemble à Prague pendant plusieurs heures, des milliers de personnes dans le froid. Et boissons chaudes et soins sont alors bienvenus. Le comité central de la Croix-Rouge tchécoslovaque contacté a refusé son concours – liens gouvernementaux obligent – , interdisant même aux équipes étudiantes de porter le brassard des conventions de Genève… Malgré cela, des comités locaux et des initiatives individuelles ont permis de doter les étudiants en matériel, trousses de secours, et même brassards ou drapeaux à Croix-Rouge. A Bratislava, le poste de secours permanent installé à la coordination des étudiants ne chôme pas, la plupart des étudiants ayant, aussi peu dormis que mangés.

La troisième tâche des étudiants concerne la réflexion sur leur devenir. Car leurs revendications portent tout autant sur leurs études que les problèmes de société. Le caractère forcément marxiste de l’éducation fait l’unanimité contre lui. Les étudiants ne veulent plus consacrer énergie et temps aux cours de politique ou d’économie marxistes…. Ce d’autant plus que ces matières sont notées pour le passage dans l’année supérieure. De même, l’enseignement obligatoire du russe est critiqué : « pas nécessaire pour nous, car nous l’utilisons pas. Nous préférerions apprendre des langues plus utiles, l’anglais, l’allemand ». La qualité de l’enseignement est le second sujet de mécontentement, « trop théorique, pas assez pratique. Avec la même durée d’études – six ans – on pourrait apprendre davantage et mieux ». Les étudiants ne trouvent pas tous les professeurs au niveau, pas seulement d’un point de vue personnel mais « parce qu’il n’ont pas assez de temps pour l’éducation à coté de leurs patients à l’hôpital ». Il faut dire que pour être professeur en université, l’appartenance au parti communiste est fortement recommandée.

L’obligation de service militaire pour les garçons est également contestée : en effet, en quatrième et cinquième année d’études, l’étudiant doit consacrer un jour par semaine à l’éducation militaire. A la fin de ses études, il devra effectuer en plus, souvent à l’autre bout du pays, un an dans les casernes. De quoi oublier tout… La Tchécoslovaquie étant un pays surmédicalisé, les étudiants veulent… une sélection, fondée non sur des critères de protection ou d’appartenance au Parti mais sur des critères de connaissances. Enfin, ils veulent également être représentés à la direction des universités et voir reconnaître l’inviolabilité des facultés par la police. Les étudiants rejoignent ici les réoccupations exprimées par le Forum civique, l’organisation regroupant toutes les forces d’opposition, pour davantage de démocratie et de libertés politiques…

Le système de santé : insuffisant

En Tchécoslovaquie, il n’y a pas un ministre de la santé, il y en a deux : un Tchèque et un Slovaque, car le pays est une fédération de deux Etats. Malgré cette particularité, le système de santé est, comme dans tous les pays de l’Est, public et gratuit. Les hôpitaux sont classés en trois niveaux : locaux, régionaux et universitaires. Seuls ces derniers disposent de toutes, ou presque, les spécialités et d’équipements lourds. Mais ces équipements sont souvent vieux et obsolètes. Les médecins sont payés par l’état, et répartis en secteurs. Les malades devant obligatoirement consulter le médecin de secteur – « médecin de premier contact » – où ils travaillent, et être hospitalisé dans celui où ils habitent.

Les membres de la Nomenklatura bénéficient d’hôpitaux spécifiques. Ce tabou vient d’être levé. Une clinique en construction à grands frais, dans le 5e arrondissement de Prague, vient d’être devant les protestations, reconvertie en institut d’analyse. Les cliniques fonctionnant déjà seront réaffectés prochainement, mais le problème se pose de savoir en quoi. Par contre, aucune ouverture au privé n’a été ni faite, ni prévue. Tous ne le souhaitent pas d’ailleurs. Selon un observateur averti, « la privatisation n’apportera rien de plus. Ce sera encore pire pour tous, car les gens devront, et voudront, prélever sur le strict nécessaire pour payer le médecin. Ce système ne profitera qu’aux privilégiés. »

Le vrai problème, c’est que les moyens consacrés à la santé sont insuffisants. La santé comme l’éducation ne reçoivent que les miettes du budget de l’Etat. « Nous avons le plus grand nombre de médecins par habitants, 1/284, un des plus forts taux au monde avec Israël ; mais nous sommes prolétarisés… Nous voulons travailler comme des hommes libres. Le salaire est si petit (en moyenne 3000 couronnes*, soit près de deux fois moins qu’un ouvrier des mines) que le médecin occupé à satisfaire son budget familial et… choisit parmi les malades ceux qui sont spécialistes, plombiers…, et qui pourront faire quelque chose pour lui ! ». Dans les hôpitaux, le manque de lits est criant, car « ouvrir un lit coute plus cher — environ un million de couronnes* — que former un médecin. Aussi on ne peut parfois placer un patient car il n’y a pas assez de lits ».

L’approvisionnement en matériel médical a atteint un point critique, même si l’augmentation du budget de la santé (de 4 à 6,3%), récemment effectuée à la faveur d’une diminution des dépenses d’armements, a sensiblement amélioré certains secteurs (ex: seringues à usage unique). Mais pour les médicaments, les hôpitaux sont alimentés irrégulièrement. Plus régulier est la liste de médicaments à ne pas prescrire, car pas disponibles. On comprendra ainsi que la situation sanitaire de la population n’est pas excellente. Selon des chiffres publiés dans « Ochranca prirody« , journal de la protection de la nature, la Tchécoslovaquie est en Europe au dernier rang pour la mortalité masculine, avant-dernier pour les femmes ; au dernier rang pour la mortalité infantile (7e en 1962, 17e en 1977) !

 Nicolas Gros-Verheyde
paru dans Impact médecin, 30 novembre 1989