Mettre en place un Conseil de sécurité européen ? Une idée à travailler

(B2) Berlin insiste régulièrement sur un point souvent oublié dans la rhétorique sur l’armée européenne : la mise en place d’un « Conseil de sécurité de l’UE ». Un point qui mérite un peu d’attention

(crédit : MOD portugais)

Avec mes amis de ‘La faute à l’Europe‘ (J. Quatremer, Y. A. Noguès, K. Landaburu, H. Beaudoin), qui reçoivent ce week-end Michèle Alliot Marie, alias MAM, l’ancienne ministre de la Défense (sous Jacques Chirac) et ministre des Affaires étrangères (sous Nicolas Sarkozy), nous parlons ‘défense’, ‘Europe puissance’ et notamment de ce Conseil de sécurité européen (video).

@bruxelles2 pèse le pour et le contre d’un Conseil de sécurité européen à l’image de @ONU_fr pic.twitter.com/JfbkGh4Kot

Une proposition franco-allemande

Cette proposition ne nait pas de nulle part. Elle figurait en dernier lieu dans la déclaration de Meseberg adoptée par les deux dirigeants Emmanuel Macron et Angela Merkel en juin 2018. L’objectif est d’avoir un « débat européen dans de nouveaux formats » et « d’accroitre la rapidité et l’efficacité de la prise de décision de l’Union européenne [en matière] de politique étrangère » (lire : Défense, Sécurité, Migrations, Développement, l’accord franco-allemand de Meseberg).

Une explication merkelienne

Au Parlement européen, en novembre 2018, la chancelière Angela Merkel souligne l’importance d’« une enceinte au sein de laquelle des décisions importantes pourront êtres prises », avec une « présidence tournante » (lire : « Une armée (européenne) montrerait au monde qu’entre (nous) il n’y aurait plus de guerre » (Angela Merkel). Le format serait limité précise-t-on du côté allemand : « un petit cercle d’États se relayant et représentant l’ensemble de l’UE [pour] travailler plus promptement et intensément au règlement des crises en cours. » (1)

Une certaine réserve française

Du côté français, on ne peut pas dire que le projet suscite une grande mobilisation. A l’Élysée, la prudence est de règle : « C’est une idée [de] la Chancelière. Ce pourrait être une proposition commune, mais cela mérite encore [d’être travaillé] » lâche en ‘off’ un Élyséen, à quelques journalistes (dont B2) en novembre 2018. Et d’ajouter : « Nous n’avons pas de détails proposés par le gouvernement allemand : est-ce un forum pour discuter ou pour décider des questions de politique étrangère ? Ce n’est pas encore une position qui est mûrie. » (3)

Une idée mal perçue dans les milieux européens

Dans les couloirs européens, cette idée est à peine commentée. « Je suis un peu sceptique sur la création d’une nouvelle structure. Est-elle vraiment nécessaire. N’a-t-on pas déjà pas assez de structures » s’interroge un bon connaisseur des questions sécuritaires interrogé par B2, résumant assez bien le sentiment à Bruxelles, perplexe et qui a, à peine, réfléchi sur l’idée.

Un vide béant de réflexion stratégique

Cette proposition répond pourtant à un réel besoin. L’Union européenne souffre aujourd’hui d’un vide béant d’absence de direction politique au plus haut niveau, d’anticipation stratégique et de réactivité en cas de crise majeure. Parler d’autonomie stratégique ou de réflexion sans avoir une instance capable de décider est un leurre.

Des leaders européens absents collectivement

Certes, en théorie, le Conseil européen doit se pencher une fois par an au minimum sur les grandes questions de sécurité. Mais cette disposition du Traité de Lisbonne est restée plutôt lettre morte. Force est de constater que ces dernières années, sur toutes les crises majeures — Libye, Syrie, Irak, Ukraine, crise migratoire, coup d’état en Turquie, etc. — les Chefs d’État et de gouvernement européens, collectivement, ont été ‘à la ramasse’.

Un manque d’anticipation certain

Pour en attester, il suffit de reprendre la liste des crises récentes. Les 28 ont-ils à la veille de signer l’accord d’association avec l’Ukraine clairement évalué les conséquences de cet acte sur les relations avec la Russie, donné leur accord en bonne et due forme ? Ont-ils planifié un dispositif de gestion de crise soit diplomatique, soit militaire en cas d’intervention russe (largement prévisible) ? Lors de la déroute du printemps arabe en Syrie, ont-ils anticipé la crise des réfugiés et des migrants à venir ? Après l’intervention franco-britannique en Libye, qui laisse un pays déchiré et un État failli, ont-ils envisagé et débattu de la solution à apporter à la crise, en commençant par résoudre leurs différends ? Lors du coup d’Etat en Turquie, y-t-a-il eu une réunion de crise par rapport à un pays le plus proche ? Non, non !

Des questions posées trop vite abordées

Au mieux, les ‘Leaders’ ont discuté une ou deux heures pour s’accorder sur les traitements collatéraux de la crise (rupture des liens diplomatiques, aide humanitaire, sanctions…). La plus longue discussion au cours de ces dernières années a été consacrée à définir l’intensité des sanctions mises en place sur la Russie. Mais rarement pour tenter de résoudre leurs différends, trouver des solutions ou bâtir des feuilles de route. Au pire, ils ont préféré ne pas trop se pencher sur la question.

Une réforme facile à mettre en place

Si l’on met de côté certains aspects proposés par A. Merkel, avoir un Conseil de sécurité de l’Union européenne est possible dans le cadre existant.

Pas de modification de traité

Ce projet ne nécessite pas de modification des traités constitutifs. Il suffit juste de changer les usages. On peut décider (par exemple) de consacrer une demi-journée lors de chaque Conseil européen aux grandes questions internationales ou (autre exemple) dédier une de ses quatre réunions annuelles aux questions internationales. Il serait même possible de tenir une ou deux fois par an un Conseil européen informel dans un pays tournant (permettant à un chef de gouvernement de coprésider la réunion).

Juste changer les usages

Rien n’empêche d’ailleurs quelques pays plus proches en matière d’approche sécuritaire — France, Allemagne, Belgique, Espagne, Italie — de tenir régulièrement des conciliabules préparatoires à l’image des réunions G6 des ministres de l’Intérieur (un petit cercle conjoint). Rien n’empêche aussi de joindre à ces réunions des Chefs, une réunion parallèle des ministres de la Défense ou des Affaires étrangères, voire des ambassadeurs, pour mettre en musique immédiatement les mesures décidées par les Chefs. Toutes ces dispositions, tout à fait possibles dans les traités existants, permettraient de se rapprocher du modèle prôné par A. Merkel.

Un dispositif diplomatique et technique prêt à répondre

Au-dessous du niveau politique, le dispositif européen en cas de crise est plutôt complet et prêt à travailler. On a ainsi des ambassadeurs des 28 (le Comité politique et de sécurité), qui siègent en permanence à Bruxelles, avec au minimum deux réunions par semaine (sans compter les petits déjeuners, goûters et autres dîners informels) permettant d’échanger et affiner des positions communes. En cas d’urgence, une réunion du COPS peut être improvisée. Ces diplomates, discrets mais parfaits connaisseurs de leurs sujets, sont tenus d’être là, 24h/24 sur le pont. J’en ai été témoin à plusieurs reprises. Des réunions ont eu lieu le dimanche, au mois d’août, à 6 heures du matin ou à 22 heures le soir.

Un dispositif de veille et d’analyse

On a aussi un dispositif de veille du renseignement (l’IntCen) (dirigé aujourd’hui par un Allemand ancien des services de renseignement) qui produit régulièrement des notes d’analyses. Ces notes — environ 1400 par an — sont plutôt bien appréciées de leurs destinataires, selon mes informations. On peut ajouter à cela des dispositifs de réaction de crise — cellule de protection civile à la Commission européenne, état-major militaire de l’UE (EUMS), commandement des missions civiles (CPCC) etc. — qui existent et ne demandent qu’à produire des résultats. Tous ces dispositifs peuvent au besoin être renforcés et rendus plus performants.

(Nicolas Gros-Verheyde)


  1. Proposition à ne pas confondre avec celle de Olaf Scholz, le ministre allemand des Finances (SPD) proposant de transformer le siège français au Conseil de sécurité de l’ONU. Lire : Un siège permanent à l’ONU pour l’UE. Est-ce une si bonne idée ?
  2. Sur l’initiative européenne d’intervention, les mêmes seront largement plus prolixes. Or l’un ne va pas sans l’autre. Sans un dispositif de décision en haut lieu, on pourra faire tous les échanges possibles entre tous les officiers les plus doués possibles, cela n’aboutira pas.
  3. La question d’une présidence tournante du Conseil européen, reviendrait à la situation ante Traité de Lisbonne. Faisant fi du président ‘permanent’ du Conseil européen, elle n’est pas constitutionnelle aujourd’hui.

Un mini QG pour les missions de l’UE. Pour quoi faire ?

Bangui, Mogadiscio, Bamako Les missions « non exécutives » de l’UE sont aujourd’hui dans des zones plus à risque que les opérations « exécutives (Sarajevo, Océan indien, Méditerranée) – ici l’arrivée des soldats géorgiens à EUTM Rca pour assurer la protection de la mission. (crédit : EUTM RCA)

(B2 – exclusif) Les Européens devraient avaliser, ce lundi (6 mars), la création d’un mini-QG permanent. En jargon européen, on la dénomme « MPCC » comme « Military Planning and Conduct Capability ». Cette structure sera chargée de préparer (« planifier ») et commander (« conduire ») les missions militaires non exécutives de l’Union européenne, « au niveau stratégique ». C’est-à-dire au niveau politique.

Combien de missions sont concernées ?

L’Union européenne a trois missions « non exécutives », toutes en Afrique et qui concernent la formation des militaires locaux : en Somalie (EUTM Somalia), au Mali (EUTM Mali), en Centrafrique (EUTM RCA). Chacun de ces missions regroupent 200 personnes environ (un peu plus pour EUTM Mali). Au total, ce seront environ 7-800 militaires qui seront rattachées à ce nouveau commandant d’opération.

Pourquoi faut-il un commandant d’opération à Bruxelles ?

Jusqu’à aujourd’hui, les missions (non exécutives) que déploie l’Union européenne sur le terrain, ont un chef de mission, qui assure le commandement au jour le jour, mais de commandant d’opération, en tant que tel, qui prévoit à plus long terme, assure la liaison avec les autorités politiques, etc. C’est le même chef de mission qui quitte le terrain et va rendre compte aux autorités politiques. Ce qui est assez aberrant.

Pourquoi est-ce aberrant ?

B2 a demandé leur avis à plusieurs spécialistes de la PSDC, des commandants de mission, des diplomates, des responsables dans les différents états-majors. Tous ont confirmé. Le système actuel ne marche pas… « Les structures européennes sont très spécifiques — explique un militaire européen –. Il faut les connaître de façon concrète, les pratiquer tous les jours. Entre la Commission européenne, le Parlement, le COPS, les procédures budgétaires, d’appels d’offres, les différentes diplomaties nationales… cela nécessite un apprentissage qui ne peut être fait en quelques mois. […] Demander à un militaire national d’appréhender ces structures, d’être en même temps à Mogadiscio ou Bamako et à Bruxelles, de commander la force sur le terrain et de connaître tous les recoins de Bruxelles, c’est impossible. »

C’est même totalement aberrant jure un autre. « Cela n’existe nul part. Dans tous nos dispositifs militaires, on a un niveau tactique (le terrain, la force, la mission) et un niveau stratégique (la réflexion, le politique, l’opération) » (2) explique un haut gradé. « Dans l’Union européenne, il n’y a personne entre le niveau tactique et les ministres ou les ambassadeurs. […] C’est comme si vous aviez un général commandant de l’ISAF en Afghanistan, qui appellerait le Conseil des ministres à chaque problème, même mineur. »

Un diplomate confirme. « Les commandants de mission n’ont jusqu’ici pas d’interlocuteur militaire à qui s’adresser à Bruxelles. Ils pouvaient s’adresser au Comité politique et de sécurité en tant que référent politique. Mais ce n’est pas vraiment le rôle des ambassadeurs du COPS de pouvoir répondre à toutes les questions, au quotidien, que se posent un commandant militaire. Il faut un militaire pour cela. »

Lire : La conduite des opérations : une pièce manquante du dispositif de l’UE… entre autres

Ce sont des missions non exécutives… où est le danger alors ?

De façon assez paradoxale, les missions non exécutives de l’UE sont aujourd’hui plus exposées que les opérations militaires. Les premières se déroulent en effet dans des terrains qui sont plutôt cotées dans le haut du risque que dans le bas : Mogadiscio pour EUTM Somalia, Bamako au Mali, Bangui en RCA… A côté les opérations militaires à Sarajevo, ou dans l’Océan indien, et même en Méditerranée, face à la Libye, relèvent de la promenade de santé, ou du moins présentent un risque moindre (3).

Y-a-t-il déjà eu des problèmes graves ?

Cela a failli. Il y a un an, lors de l’attaque terroriste contre la mission EUTM, au printemps 2016. Le commandant de la mission EUTM Mali était alors à Bruxelles en train de rencontrer des parlementaires et des ambassadeurs au moment de l’attaque…

Y-a-t-il duplication avec l’OTAN ?

PAS DU TOUT. Tous ceux qui prétendent cela sont soit des personnes qui refusent que l’UE ait les moyens de ses ambitions, soit des… ignares. 1° L’OTAN n’est pas la même organisation que l’UE ; elle n’a pas la même structure politique, la même chaîne de commandement, ni les mêmes membres (4). 2° Cela supposerait d’avoir l’accord de tous les membres de l’OTAN (ce qui est loin d’être gagné, cf. notamment le problème turco-chypriote). 3° La présence de l’OTAN dans certains pays n’est pas vraiment souhaitée ni par les pays locaux ni même par les Alliés (pour EUTM Somalia, les États-Unis par exemple ont travaillé de façon très efficace avec les Européens). 4° Même au point de vue technique, pour commander ce type de mission, il n’y a pas besoin d’un dispositif comme le SHAPE (le QG permanent de l’OTAN situé à Mons). Il serait inadapté, surdimensionné et trop lourd pour commander à trois missions qui regroupent 600 personnes en tout. 5° Les militaires de l’OTAN ne connaissent pas vraiment les raffinements de l’Union européenne, ses structures, etc. En conclusion, faire avec l’OTAN, cela serait plus difficile, en partie inutile et beaucoup plus cher.

Lire aussi : Touche pas à mon Shape ! Le faux argument de la duplication

Cela fait longtemps qu’on parle de cette capacité ?

Ooh OUI ! La première fois où a évoquée une capacité autonome pour l’Union européenne, c’était en décembre 1998, à Saint Malo, Français (J. Chirac et L. Jospin) et Britanniques (T. Blair) tombaient d’accord, dans une déclaration commune sur une nécessité : l’Union européenne doit avoir « une capacité autonome d’action », appuyée sur « des forces militaires crédibles », « avec les moyens de les utiliser » et en étant « prête à le faire afin de répondre aux crises internationales ».

« Il est important d’avoir les capacités ainsi que le leadership politique en Europe pour pouvoir assumer ses responsabilités, surtout dans des circonstances où pour telle ou telle raison les États-Unis ne veulent pas s’engager » (Tony Blair, 4 décembre 1998)

Pourquoi cela n’a jamais été mis en place ?

Tout simplement parce que toute décision en matière extérieure (et de défense) dans l’Union européenne se prend à l’unanimité. Plusieurs tentatives ont été faites : de la plus célèbre (et la plus maladroite peut-être), en pleine intervention américano-britannique en Irak (le fameux sommet des Pralines en 2003), à la plus récente et la plus discrète (en 2011-2012, qui n’a pu aboutir que sur une demi-mesure, peu efficace, le centre d’opérations). A chaque tentative de concrétiser cet appel pour mettre en place, de façon concrète et pratique, il y a toujours eu un vigoureux « No » britannique. Parfois, celui-ci n’était pas exprimé publiquement … car un autre pays prenait le relais (la Lituanie, par exemple, a joué un temps ce rôle de sous-marin britannique).

Qu’est-ce qui a abouti à un accord ?

Sans nul doute, le référendum britannique sur le Brexit a joué de façon notable dans l’effacement du veto britannique. La situation internationale également, la multiplication des menaces, le coup d’état en Turquie qui rend cet allié plus faible, obligent les Européens à être plus autonomes. Mais ce sont aussi des raisons internes qui ont joué (cf. ci-dessus).

Cette décision a-t-elle l’aval de tous, y compris au plus haut niveau ?

Oui… si vous avez bien lu les conclusions de la réunion des ministres de la Défense de l’UE de novembre dernier, et encore plus celle du sommet européen du 15 décembre dernier, c’était inscrit noir sur blanc. Les Chefs d’État et de gouvernement avaient ainsi recommandé « l’établissement d’une capacité opérationnelle permanente de planification et de conduite au niveau stratégique ».

Et un QG pour les opérations militaires ?

Ce n’est pas pour demain… mais pour après-demain. L’idée d’un QG permanent pour les opérations militaires — défendue par la France et plusieurs autres pays (Espagne, Italie, etc.) – n’est pas abandonnée. Elle est reportée à plus tard. Un bilan de la mise en place de la MPCC est ainsi prévu « au plus tard à la fin 2018 ». L’objectif serait alors de pouvoir passer à l’étape ultérieure, le commandement des opérations … plus de vingt après la réunion de Saint-Malo, en décembre 1998.

(Nicolas Gros-Verheyde)


Concrètement, qui commandera les missions ?

C’est le directeur de l’état-major de l’UE — le général Esa Pulkkinen —  qui est promu le directeur de la MPCC et exercera à ce titre les fonctions de commandant des missions, au niveau stratégique.

Pourquoi un directeur pas un commandant des opérations ?

C’est une (petite) concession aux Britanniques. Lors de la discussion, le Royaume-Uni s’est opposé à ce que le futur chef de la nouvelle structure reçoive le nom « commandant d’opération » préférant le terme de « directeur de la MPCC ». A l’arrivée, cela ne change … rien.

Quand tout cela sera activé ?

Réponse officielle : « au printemps ». Nous avons demandé quand était le printemps ? « du 21 mars au 21 juin ». Selon nos principaux sondages, cette MPCC pourrait être déclarée opérationnelle d’ici la fin avril (pour la réunion informelle des ministres de la Défense), ce qui fait très court, ou en mai (au plus tard début juin).

Pourquoi pas tout de suite ?

PARCE QUE… Le feu vert des ministres n’est que politique. Il faut encore effectuer tout un travail de mise en forme : transcrire de façon précise toute la nouvelle chaîne de commandement, revoir notamment la décision fixant les tâches de l’état-major, qui n’a jamais été revue depuis l’entrée en vigueur du Traité de Lisbonne (1) ; revoir aussi les trois décisions qui fondent les missions de formation de l’UE ainsi que tous les documents internes (concepts militaires, concepts de gestion de crise) qui mentionnent cette chaîne de commandement. Ce travail a déjà commencé – selon nos indications –.

Combien cette MPCC va coûter ?

PAS GRAND CHOSE. La MPCC est créée au sein de l’état-major de l’UE, déjà existant, situé à quelques encablures du rond-point Schuman. Pas besoin de locaux, ni même de moyens techniques supplémentaires. Le commandant d’opération lui-même n’est pas nouveau, il s’agit de l’actuel directeur de l’état-major qui aura un « double chapeau ».

Combien de personnes comptera cette MPCC ?

PAS BEAUCOUP. En tout cette MPCC comptera entre 20 et 30 personnes. La plupart représentent en fait des redéploiements de poste : des officiers déjà présents dans l’état-major de l’UE et dans l’ancien centre d’opérations (OpCen). 5 ou 6 pourraient venir des États membres en renfort.

A quoi servira cette MPCC ?

Elle assurera d’abord la liaison entre les autorités politiques et le terrain, et vice-versa, des plus importantes aux plus mineures. Il s’agit notamment de répondre aux changements de situation sur le terrain, en matière sécuritaire, de trouver des renforts ou des ressources supplémentaires, d’assumer le renouvellement des forces sur le terrain (génération de force complémentaire), de répondre aux questions des parlementaires ou des ambassadeurs des États membres, voire de remplir les obligations en matière d’appels d’offres ou comptables. Etc.

Ces questions ne sont-elles déjà pas résolues dans les plans d’opération et autres documents internes de planification ?

Un certain nombre de questions sont prévues par avance, et figurent tant dans le plan d’opération que dans les règles d’engagement. Mais si une unité formant des militaires étrangers détecte en son sein des éléments douteux, proches de mouvements terroristes, ou qu’il y a un problème d’indiscipline parmi eux ou dans les effectifs européens, que faut-il en faire ? Question très simple à résoudre quand le militaire est peu gradé, quand il s’agit d’un officier supérieur, surtout s’il est proche du niveau politique local (ou qu’il est soutenu par son État membre), cela devient une question très politique… Idem quand il s’agit de pourvoir à des besoins qu’on n’a pas détecté (de formation, de logistique, de sécurité).

(NGV)


(1) Une mission non exécutive est une mission que mène l’UE sans exercer dans le pays concerné les fonctions régaliennes (maintien de l’ordre, contrôle des voies publiques, interception des fauteurs de trouble, protection des populations, tirs de neutralisation des « adversaires », etc.) qui, dans l’ordre international actuel, ne peuvent être autorisés que par une résolution du Conseil de sécurité des Nations unies (sous chapitre VII).

(2) Le premier est dénommé QG de force, le second QG d’opération. Ce qui induit à confusion…

(3) Le déploiement de navires en lui-même comporte une dose d’auto-protection que n’a pas un déploiement terrestre. Quant à Sarajevo… sans commentaire.

(4) Contrairement à tout ce qui est dit souvent, la différence est notable. Ce n’est pas tant le nombre de pays (qui ne font pas partie de l’une ou l’autre organisation), c’est leur importance. Ne sont notamment pas membres de l’UE : les États-Unis, le Canada, la Turquie et la Norvège, etc. (c’est-à-dire en termes d’importance militaire, une nette majorité).

Détails :  La MPCC pour conduire des missions militaires. Composition, Fonction, Commandement…

(Crédit: EUPOL Afghanistan)

Afghanistan, la réforme de la gestion de crise progresse… doucement

(Crédit: EUPOL Afghanistan)

(Crédit: EUPOL Afghanistan)

(BRUXELLES2) Les experts de la mission EUPOL Afghanistan soutiennent le ministère de l’Intérieur afghan dans la réforme de leur structure de gestion de crises. En janvier 2016, le document stratégique de gestion de crises est entré en vigueur. Il inclut une procédure de fonctionnement standard, visant à renforcer les capacités de la Police nationale afghane. Reste maintenant à passer de la théorie à la pratique…

De nouvelles pratiques à enseigner aux recrues

Pour diffuser les nouvelles pratiques, quoi de mieux que de commencer par les nouvelles recrues? C’est l’idée d’EUPOL, qui a organisé un premier séminaire avec des officiers supérieurs de la police afghane et un groupe d’enseignants en charge de la formation des recrues. Pendant une semaine, ils ont étudié de vrais scénarios d’incidents, pour analyser la réaction actuelle et vérifier sa conformité aux plans de réformes. Au résultat : la rédaction d’un guide du formateur qui sera intégré dans le système de formation afghan.

Premier test de haut niveau …

Début mai, un exercice de simulation a été effectué dans les locaux d’EUPOL, en utilisant la procédure de fonctionnement standard (SOP). B2 a pu savoir que les simulations ont tourné autour de deux cas concrets : une attaque terroriste lors de la visite d’un représentant VIP d’un Etat étranger et des manifestations violentes simultanées de grande ampleur dans divers point de Kaboul. L’exercice a permis d’analyser la coordination entre les responsables de différentes unités: police, lutte contre-terrorisme, unité policière dédiée aux catastrophes naturelles, pompiers, unité Tashkeel (en charge de la réforme de la structure de la police).

Des défis toujours à résoudre …

Les deux exercices pratiques ont permis d’identifier des défis sur lesquels continuer à travailler. Les structures du ministère afghan de l’Intérieur restent trop hiérarchiques et empêchent une « réponse rapide et efficaces » aux crises. De manière plus circonstancielle, les experts d’Eupol signalent la difficulté pour les Afghans à se concentrer sur le travail de planification, notamment l’élaboration d’une procédure standardisée, tout en luttant contre l’insurrection.

Un accord historique entre Police et Justice 

Un point d’inflexion dans la réforme afghane a été pris le 28 mai 2016. Le ministre de l’Intérieur, le général Taj Mohammad Jahed, et le procureur général, Farid Hamidi ont signé la procédure opérationnelle standard (SOP) mettant en place une coopération systématique entre la police et le procureur général et son bureau. Pour la chef de la mission européenne, Pia Stjernvall, c’est le résultat « d’années de conseil de la part d’EUPOL. Ce SOP va renforcer la coopération entre le ministère de l’Intérieur et le bureau du Procureur général dans la lutte contre la corruption. » Un thème qui « ne manque pas de défis en Afghanistan » où la coopération entre ces institutions n’a jamais été vraiment réglementée 

… A suivre de prêt

EUPOL va surveiller la mise en oeuvre de cet accord jusque ce que son mandat finisse, à la fin de 2016. « Les Etats membres de l’UE ont décidé que ce travail continuera ». Un groupe de suivi doit être instauré. Son mandat et sa forme sont encore en discussion… comme le futur de la mission elle-même.

(LH)

Lire aussi : Eupol Afghanistan, comme un sentiment d’échec…

Elément de Sécurité Civile Rapide d’Intervention Médicale) est l’hôpital de Equipe Medicale de Escrim (hopital campagne projetable de la Sécurité Civile française) - Crédit : Escrim / CE

Epidémies, catastrophes… Le ‘Corps médical européen’ pourra désormais répondre

Elément de Sécurité Civile Rapide d’Intervention Médicale) est l’hôpital de Equipe Medicale de Escrim (hopital campagne projetable de la Sécurité Civile française) - Crédit : Escrim / CE

Elément de Sécurité Civile Rapide d’Intervention Médicale de l’hôpital de Equipe Medicale de Escrim (hopital campagne projetable de la Sécurité Civile française) – Crédit : Escrim / CE

(BRUXELLES2) Un Corps médical européen capable d’intervenir rapidement en cas de risque épidémique, en Europe ou dans le monde. L’idée n’est pas neuve. Elle traînait depuis des années dans les esprits des ‘urgentistes’ comme de certains responsables européens. Cette initiative vient d’être concrétisée lundi (15 février) par la Commission européenne.

La crise d’Ebola catalyseur

La crise Ebola a été un catalyseur de ce projet. Il a fallu rapidement déployer du personnel médical et du matériel en nombre. Un défi « sur le plan de la logistique et de la gestion » comme on le juge à la Commission. Fin 2014, la France et l’Allemagne proposent une initiative dite des ‘Casques blancs’. Elle est reprise et détaillée aujourd’hui sous forme d’une action du mécanisme européen de protection civile. L’objectif reste le même : « Pouvoir déployer rapidement des équipes et du matériel pour fournir une assistance médicale et une expertise en matière de santé publique, dans des situations d’urgence, à l’intérieur comme à l’extérieur de l’Union européenne ».

Qui va fournir les équipes ?

Ce sont les États membres de l’Union qui mettent à disposition une ou plusieurs équipes de spécialistes d’urgence. Une équipe comprend des médecins, infirmiers, aide-soignants, secouristes, des experts en surveillance et en coordination médicales, des équipes d’appui logistique ainsi que, le cas échéant, des laboratoires de biosécurité mobiles, des capacités d’évacuation sanitaire. De façon pratique, les équipes restent dans leur Etat membre vaquant à leurs tâches. Elles sont simplement mobilisables en cas d’urgence. C’est ce qu’on appelle une réserve opérationnelle.

Comment ces équipes sont sélectionnées ?

Pour pouvoir intégrer le Corps médical européen, les équipes doivent se soumettre à une procédure de certification. Objectif : garantir qu’elles satisfont à des critères de qualité stricts et sont formées selon les mêmes standards pour pouvoir travailler ensemble ou s’intégrer dans le cadre d’une opération internationale de secours. Une fois la certification obtenue, l’équipe médicale concernée est intégrée au Corps médical européen et devient disponible pour un déploiement dans le cadre d’opérations de réaction d’urgence de l’UE.

Quels pays participent au Corps médical européen ?

A la date du 15 février, 9 pays ont indiqué qu’ils participeraient : les Benelux (Belgique, Luxembourg, Pays-Bas), l’Allemagne, et la France, les nordiques (Finlande et Suède), la République tchèque et l’Espagne. Le dispositif reste ouvert à d’autres participants. « Tout autre pays participant au mécanisme (*) de protection civile de l’UE peut mettre des équipes et des moyens médicaux à la disposition du Corps médical européen » précise-t-on à la Commission européenne.

En tout 12 équipes sont aujourd’hui disponibles (selon le dernier état des lieux publiés, voir ci-dessous) : 4 équipes médicales d’urgence (France, Allemagne, Espagne, Rep. Tchèque), 5 équipes logistiques (Allemagne, Suède, Finlande, Pays-Bas), 2 laboratoires mobiles (Allemagne, Belgique) et 1 équipe d’évacuation médicale (Luxembourg).

CorpsMedicalEuropeenEquipes@E1602

Comment cela est coordonné ?

Une fois la certification obtenue, l’équipe médicale concernée est intégrée au Corps médical européen et devient disponible pour un déploiement dans le cadre d’opérations de réaction d’urgence de l’UE. Ce déploiement est normalement coordonné par le Centre de coordination de la réaction d’urgence (CERU) basé à la Commission européenne (Lire : La salle de danse devient … un PC 24/24 pour la protection civile européenne). Mais la décision de déployer les équipes est toujours une décision de l’Etat membre concerné, qui peut ainsi décider d’envoyer, ou de ne pas envoyer son équipe sur une zone d’urgence.

Comment cela se passe sur le terrain ?

La coordination des équipes passe par la plateforme de coordination générale mise sur pied pour l’urgence en question, soit sous la direction d’un pays touché, soit dans le cadre du système de coordination des Nations unies (OCHA ou autre organisation).

Qui finance ?

Le budget européen contribue à la fois à la sélection et la préparation des équipes (formation, exercices, adaptation matériel d’astreinte…) et au financement des déplacements en cas d’urgence sur la zone d’opérations (85% des coûts éligibles sont pris en charge).

Quel est l’avantage alors ?

Avoir des équipes déjà constituées, prêtes à partir, assez homogènes, avec des matériels et des équipes bien identifiées. Ce qui permet d’éviter ce que l’on constate, dans chaque catastrophe, l’arrivée sur le terrain d’équipes certes compétentes et motivées, mais qui ne sont pas du tout conçues sur le même mode organisationnel et, parfois, mettent plus de désorganisation dans les secours que d’efficacité… (cf. à Haïti notamment). L’intégration de ces équipes et de ces experts dans un seul Corps médical européen va accroitre « de manière significative la disponibilité de médecins et de matériel médical lorsque des situations d’urgence se présenteront » souligne-t-on dans les services du commissaire Stylianides, en charge de l’Aide humanitaire à la Commission. Elle permettra « également de mieux planifier et préparer la réaction à de telles situations ». Autre avantage (non négligeable pour les Etats) : la prise en charge de certains coûts par l’Union européenne.

(Nicolas Gros-Verheyde)

Lire sur l’opération Ebola

(*) Plusieurs pays non membres de l’UE participent, notamment l’Islande et la Norvège, la Serbie, le Monténégro, et l’ancienne République yougoslave de Macédoine (Fyrom). La Turquie devrait y participer prochainement.

PremierMinistreCrise@BE151114

La gestion de crises du lockdown de Bruxelles : une improvisation totale et surréaliste (v2)

PremierMinistreCrise@BE151114(B2) La gestion de crises du gouvernement belge après les attentats de Paris parait totalement surréaliste quand on la regarde avec un peu de recul. Des mesures très fortes arrivant à un état d’urgence atteint dans aucune capitale en Europe, même celles touchées plus directement et plus gravement par des attentats que la Belgique… sans aucune explication… La mise à l’arrêt totale de la capitale belge, et européenne n’est pas vraiment une preuve de sérieux dans la gestion de crises. La façon dont cette alerte a été levée ressemble à une vraie débandade et jette comme un doute sur la pertinence des mesures prises…

Premier temps : éviter de tomber dans la peur

Le premier message délivré par le Premier ministre juste après les attentats de Paris de vendredi 13 novembre est pourtant clair : « Nous demandons aux concitoyens d’éviter d’aller à Paris si ce n’est pas indispensable. Les contrôles seront renforcés dans les événements publics. Je lance un appel à ne pas tomber dans le piège de la peur. Tous les démocrates doivent se tenir debout face au terrorisme. »

Deuxième temps : la mise à l’arrêt

Ensuite, tout s’accélère. Les décisions se succèdent à un rythme formidable dans la nuit du vendredi à samedi : déclenchement de l’alerte de niveau 4, fermeture des établissements accueillant du public (cinéma, théâtre…), du métro (et de certaines lignes de bus et de tramway), puis des commerces un par un le samedi, maintien de toutes ces mesures le dimanche, et enfin, fermeture de toutes les écoles dans les 19 communes belges sur deux jours lundi et mardi. Sans vraiment d’explication publique autre que d’annoncer : il y a une menace « imminente ». Les militaires, venant des unités d’élite de l’armée belge, plus habitués aux terrains extérieurs qu’à patrouiller en ville, débarquent de leurs camions, casqués, armés, dans la capitale et se positionnent dans tous les points de Bruxelles mais pas tous. Des véhicules blindés Dingo sont même déployés aux endroits stratégiques (gares, institutions européennes, certaines ambassades…). Lire : Et Bruxelles devint noire… Des opérations de police sont menées tambour battant. Avec des résultats nuancés.

Des exceptions… ubuesques

Les trains continuaient de circuler mais pas les métros. L’aéroport, situé en bordure de la région de Bruxelles, à deux pas de l’OTAN continuait de fonctionner comme si rien n’était. Les magasins du centre étaient fermés. Mais ceux de quartier restaient ouverts sans désemplir d’ailleurs. Les villes aux alentours en région wallonne comme flamande, tels Malines (Mechelen), Halles, Waterloo restaient non concernées par les mesures. Une situation totalement ubuesque…

Troisième temps : le retour à la normale

Le descrescendo est tout aussi brutal. Le retour à un niveau 3 est annoncé de façon soudaine jeudi (26 novembre) dans l’après-midi. Il prend même de court le Centre de crises qui annonçait toujours il y a quelques instants le maintien des mesures jusqu’au 30 novembre comme les responsables politiques bruxellois et fédéraux, qui auront bien des difficultés alors à justifier le maintien des mesures.

Une mesure brutale totalement insolite en Europe

Nombre d’Etats ont vécu un niveau de menaces aussi important. Madrid en 2004, Londres en 2005, Paris en 2015. Rien de similaire n’a été prévu. Même lors des évènements de janvier à Paris, en janvier 2015, alors que certains terroristes couraient toujours, aucun lockdown de ce type n’a été mené. Idem pour les attaques les plus récentes du Bataclan et du Stade de Saint Denis. Passé la stupeur et l’effarement, la vie a repris son cours, en prenant quelques précautions. Certains théâtres ont interrompu leur représentation les premiers jours. Mais c’était plutôt que le coeur n’y était pas. Les écoles et les commerces n’ont pas été fermés, sauf raison particulière. Les métros, bus… ont continué de circuler.

Une mesure anxiogène

Bloquer de cette façon là une capitale est relativement délicat. La menace était forte, voire très forte. Certes. Mais ce n’est pas la première fois. Est-ce suffisant pour tout bloquer ? Prendre une mesure de précaution à un moment donné – le samedi – pouvait être compréhensible. Ne serait-ce que pour des raisons d’économie de force. En prolongeant cet état d’urgence au-delà de 24 heures, le gouvernement a commis une erreur. Il a créé, inutilement, un climat anxiogène dans la population, laissant croire qu’il ne maitrise pas la situation. Il n’a pas vraiment prévu de solution de sortie, improvisant chaque jour de nouvelles mesures.

Un défaut patent d’explication

Ce qui est notable en Belgique est l’absence d’explication politique, importante, détaillée. En France, dans une situation autrement plus grave et plus exceptionnelle, le président de la République, François Hollande est rapidement intervenu sur les ondes radio et télévision avec un premier message, assez clair. Puis le Parlement a été convoqué solennellement. Et un nouveau message délivré publiquement à la Nation. Une explication de texte sur la menace – assez limité mais de manière compréhensible – a été délivré. Rien de ceci en Belgique. Le message délivré à l’issue d’une réunion du Premier ministre, Charles Michel (Libéral), au sortir des réunions d’un Conseil national de sécurité, l’a été presque en catamini, et est resté très succinct. On a parlé d’une menace identique à Paris sans plus de détails. Il y a bien eu une intervention devant la Chambre, le 19 novembre (lire ici). Mais là encore aucune information sur la réalité de la menace. Juste une grande liste des mesures prises. Un discours davantage destiné à montrer que le gouvernement réagit plutôt qu’à expliquer ces mesures.

Aucun message à la population solennel

Aucun propos élaboré, de message à la nation, au peuple belge, et même à la représentation parlementaire, n’a été développé. Le Roi — qui est tout de même officiellement le Chef de l’Etat et dont cela aurait pu être le rôle —, n’est pas intervenu non plus. Au moins pour délivrer un message rassurant. La seule information concrète l’a été par le ministre des Affaires étrangères, Didier Reynders, sur la chaîne américaine CNN ! Cette manière de gérer la crise, vu l’importance des mesures prises, est révélateur d’une erreur patente dans la gestion de crises. On sentait bien que le gouvernement avait peur d’être pris en défaut en cas d’attentat. Il a préféré agir de la même manière qu’en médecine, on plonge le patient dans le coma le temps de réaliser les opérations nécessaires.

Une plongée dans le coma, faute de moyens

La vraie raison de cet état d’urgence, c’est qu’il n’y a pas d’effectif suffisant (*). Le ministre de l’Intérieur, Jan Jambon (N-VA) peut bien bomber le torse en désignant un coupable — « Il y a un nid de terroristes à Molenbeek », il faut nettoyer Molenbeek », ce langage martial cache mal une autre réalité. Durant des années, il y a eu un désinvestissant croissant à la fois dans la police comme dans les forces armées (Lire : L’armée belge en manque de gilets pare-balles puise dans les stocks de l’Oncle Sam). Ce n’est pas, contrairement à ce qui est parfois écrit (en France et par certains journaux européens), le millefeuille administratif de Bruxelles qui est en cause. Le dispositif policier et sécuritaire a été singulièrement simplifié après l’affaire Dutroux et les accords Octopus. Ce qui fait surtout défaut, c’est un manque patent d’effectifs. Il manque aujourd’hui 600 policiers dans le cadre d’effectifs bruxellois. Et, dans les communes les plus sensibles, il en manque plus de 125 comme relatait sur la RTBF, le chef de police de la Zone ouest (dont fait partie Molenbeek), le commissaire Johan De Becker. L’alerte avait été donnée. En juin dernier, le bourgmestre de Saint-Gilles, Charles Picqué, estimait que la situation de la sécurité à Bruxelles n’est « plus tenable » si les effectifs de la police fédérale continuent d’être diminués.

Commentaire : Une certaine lâcheté

Je recevais durant cette période une collègue libanaise, totalement étonnée de la façon dont la vie à Bruxelles était gelée. Quand je dis étonnement, je devrais dire plutôt incompréhension avec une nuance de commisération. « Si on faisait cela à Beyrouth à chaque fois… » (**). Vu de l’extérieur, en effet, cette mise à l’arrêt ressemble davantage à de la peur, voire de la lâcheté, face à la menace qu’à une mesure de bonne gestion. La peur d’assumer des responsabilités politiques en cas d’attentat et de se voir reprocher de ne pas avoir assez fait l’emporte. Cela donne raison par avance aux terroristes, qui n’ont même plus besoin de frapper, la simple menace suffit…

(Nicolas Gros-Verheyde)

(*) On peut aussi avoir une lecture plus politicienne de cette mesure, notamment chez certains responsables politiques flamands (tel le ministre N-VA de l’Intérieur, Jan Jambon), qui n’ont beau jeu de souligner que Bruxelles, la ville, la région, n’est pas vraiment bien gérée, est davantage un repaire de bandits et de criminels, et qu’une remise en ordre s’impose… La carte blanche de Karl Vanlouwe dans Le Soir témoigne de cette vision. Elle n’est pas innocente. L’existence même de la région de Bruxelles (également capitale de la région flamande) est contestée par ce parti.

(**) Beyrouth vient d’être frappé jeudi (12 novembre) par un double attentat kamikaze à Bourj el-Brajneh, la banlieue sud, contrôlée par le Hezbollah, faisant au moins 44 morts.

Mis à jour : papier complété dans la soirée du 26.11 et matinée du 27.11 sur quelques points (moyens, lâcheté, lecture politicienne)

embarquement de matériel pour le Centrafrique à partir du Tchad (crédit : DICOD / Ministère français de la Défense)

Financement de l’opération Sangaris. Gonflette ou « vraie » idée (Maj2)

embarquement de matériel pour le Centrafrique à partir du Tchad (crédit : DICOD / Ministère français de la Défense)

embarquement de matériel pour le Centrafrique à partir du Tchad (crédit : DICOD / Ministère français de la Défense)

(BRUXELLES2) On peut se demander ce que François Hollande avait fumé avant son interview avec nos confrères de F24, RFi et TV5 Europe (lire sur le Club : Un fonds européen pour les opérations de maintien de la paix. Annoncer que l’opération en République centrafricaine (RCA) ne coûterait pas un sou au budget français ressort en effet d’un bon tour de prestidigitateur. Ajouter que l’Europe financerait en partie l’opération, c’est de l’alchimie.

Perplexité et ironie

B2 a demandé à droite et à gauche. Et chacun – même les plus éminents connaisseurs du dossier – reste perplexe. Les silences, longs, appuyés sont souvent plus éloquents que les réponses. Certains tentent d’expliquer : « le Président a dû confondre ». « Il a pu se trompé » hasarde un second. « Demande à l’Elysée — rétorque un troisième, ironique — ils ont peut-être une idée ».

La réponse européenne : euh… non !

Côté européen, la réponse est élaborée. Mais le non parait clair. « La (Commission européenne) a dégagé, cette semaine, 50 millions d’euros de la facilité de la Paix pour l’Afrique destinée à financer l’opération internationale (…), c’est-à-dire la MISCA. Pour l’instant c’est la situation » a expliqué le porte-parole de la Haute représentante répondant, jeudi, à une question de B2.La République centrafricaine sera « à l’ordre du conseil des ministres des Affaires étrangères, (voire même) du Conseil européen ». « Bien sûr, les Etats membres peuvent (à ce moment) soulever le débat sur cette question là ».

Les dispositifs existant au niveau européen

Pour en avoir le cœur net, on peut revisiter rapidement les quatre-cinq dispositifs, qui existent au niveau européen pour financer, plus ou moins, une opération de « gestion de crises ».

  • 1° Le budget de la PESC – budget communautaire – il ne sert qu’à financer des opérations « civiles » (par exemple une mission de police ou de d’observation) = Out !
  • 2° Le mécanisme Athena – budget non communautaire basé sur des contributions gouvernementales – qui sert à financer des opérations militaires, à condition qu’elles soient entreprises sous le drapeau européen et avec l’aval de tous (à l’unanimité). Et encore ce mécanisme ne finance qu’une (petite) partie du coût Opex (Etat-major, moyens de communication, évacuations médicales…) = Out !
  • 3° La facilité de paix pour l’Afrique – financée sur le Fonds européen de développement, budget extracommunautaire – qui sert à financer les opérations « africaines » de maintien de la paix. Sont ou ont été ainsi financées l’AMISOM en Somalie, la MISMA au Mali, la MICOPAX en République centrafricaine et la future MINUSMA dans le même pays = Out ! (sauf à ce que l’Union africaine reverse à la France un financement. Difficile et un peu tordu !)
  • 4° L’instrument de stabilité – sur budget communautaire – qui permet de financer à côté d’une opération de gestion de crises, certains équipements ou projets sécuritaires = Out !
  • 5° L’aide humanitaire – sur budget communautaire – permet de financer l’envoi de vivres, de médicaments, de médecins et aide d’urgence, mais civile normalement. L’utilisation de moyens militaires étant prévue uniquement en « dernier ressort ». = Out ! (sauf à faire financer un ou deux avions d’apport d’aide – comme un hôpital de campagne – sur place. Difficile).
  • 6° Le « Fonds de lancement » – prévu par le traité de Lisbonne – permet de financer les activités préparatoires des missions (de gestion de crises) qui ne sont pas mises à la charge du budget de l’Union (par exemple les missions militaires). Un fonds, constitué de contributions des États membres. Mais cette disposition n’est pas encore en place ni n’a même reçu le plus petit début d’exécution ou de proposition, depuis 4 ans !

Sauf erreur de ma part, c’est tout. Aucun de ces mécanismes ne permet donc de financer une opération militaire comme celle menée par les Français en Centrafrique, même si elle est faite pour le compte de la communauté internationale. Ce qu’a confirmé un haut diplomate européen vendredi matin. « Soyons clairs : le budget européen finance des opérations européennes, décidées par l’UE. Ce n’est pas le cas en Centrafrique ». Et d’ajouter : « D’ailleurs, on ne nous l’a même pas demandé. » Sauf à inventer un autre… dispositif.

Un nouveau dispositif ?

C’est l’idée lancée par François Hollande d’un fonds européen pour les missions de maintien de la paix (et détaillée lors de son voyage à Sao Paulo au Brésil). Une idée très intéressante. Effectivement, il manque à l’Union européenne un dispositif complémentaire à ceux existant, afin de partager le fardeau entre ceux qui peuvent et veulent agir et ceux qui ne peuvent pas ou ne veulent pas agir. Il est, en effet, difficile d’exiger une permanente unanimité d’action et de volonté. Et des mécanismes de solidarité ad hoc doivent être trouvés (lire : Pour un fonds européen de sécurité ou de gestion de crises ?). Mais pour mettre en place un nouveau dispositif, il faudra un peu de temps… et beaucoup de volonté politique. Difficile de dire qu’il sera mis effectif, de façon rétroactive, pour financer l’opération Sangaris. Car il faut plancher sur son financement, sa base juridique, ses modalités…

Contourner le veto britannique

A supposer que ce fonds puisse être mis en place, encore faudrait-il trouver le moyen de gérer ce financement. Et, donc, de prendre le taureau par les cornes et de régler le « veto » britannique. Car Londres a fait de la PSDC un outil à abattre. Les différents documents en notre possession (détaillés sur le le Club) le prouvent. Et son veto commence à devenir permanent et handicapant.

Pour le contourner, il n’y aura pas d’autre moyen que d’employer la force et la ruse ! François Hollande (aidé de Angela Merkel) et de quelques autres (Belgique, Pologne, Italie, Luxembourg, par exemple) a une carte dans sa manche. Une carte maîtresse. Cela s’appelle la « coopération structurée permanente » (CSP ou PESCO en anglais) : prévue dans le Traité de Lisbonne, jamais mise en place pour une série de « bonnes raisons ».

Simple dans son déclenchement

Pour mettre en place une CSP, il « suffit » d’envoyer une notification aux autres membres du Conseil et au Haut représentant. Cette coopération – inspirée des coopérations renforcées mais différentes dans son fonctionnement – ne nécessite pas de minimum d’Etats membres. Elle se met en place à la majorité qualifiée. Cette majorité pourrait être réunie, semble-t-il. Bien sûr, il faut respecter quelques critères. Mais ces critères peuvent avant tout être vus comme des engagements politiques. Cette coopération permet à la fois d’avoir des projets structurants en matière de capacités et de forces de réaction rapide, si on s’engage à les développer. Pour le budget, et le financement, c’est une autre histoire. Mais on peut mettre en place un financement ad hoc…

Yes you can !

François Hollande « peut » le faire. S’il tient réellement à l’Europe de la Défense, il « doit » le faire. Il fâchera Londres, c’est sûr. Mais, un moment donné, il faudra passer par cette épreuve de force. Sinon toutes les autres prises de position n’auront été que des blagues d’alchimiste…

Lire aussi :

RemiseMedailles@Euavsec1311

On ferme…

RemiseMedailles@Euavsec1311

Remise des médailles de participation à une mission PeSDC au Sud Soudan (crédit : SEAE/Euavsec)

(BRUXELLES2) Deux missions européennes de gestion de crises (PeSDC) sont en cours de fermeture : au Sud Soudan (EUAVSEC) et en Irak (EUJUST Lex). La décision devrait être avalisée par les ministres des Affaires étrangères et de la défense des « 28 » lundi et mardi (18 et 19 novembre).

La mission de sécurisation de l’aéroport au Sud Soudan (EUavsec South Sudan), devrait ainsi terminer ses activités à la mi-janvier de l’année prochaine. Soit au terme de son premier, et unique, mandat de un an. Les ambassadeurs n’ont pas réussi à se mettre d’accord sur son renouvellement. Il faut dire que cette mission n’a pas vraiment prouvé son efficacité. Et personne parmi les délégations ne « s’est vraiment battu » pour trouver un prolongement à cette mission, selon plusieurs diplomates contactés.

La mission d’assistance à l’Etat de droit en Irak (EUJUST Lex) doit aussi fermer ses portes à la fin de l’année. On se trouve là dans un autre cas de figure. Cette mission a presque 10 années derrière elle. Entamée en 2005, elle avait un double objectif. D’une part, réconcilier les Européens avec eux-mêmes et avec l’Irak, après le « schisme » de 2003 qui avait vu. D’autre part, aider l’Irak à reconstruire ses fonctions de police et de justice après la guerre et le régime de Saddam Hussein. Exécutant ses missions « off shore » – par des formations en Europe ou dans les pays avoisinants – la mission était depuis peu présente dans le pays. Mais le retour du climat de violence accru a, quelque peu, entravé son bon déroulement dans les derniers mois. « C’est difficile » lâchait récemment un membre de la mission contacté par B2.

Le problème aujourd’hui posé est que : faire après ces deux missions ? Qui va prendre le relais ? Et là la question reste posée…

Tous les détails, et dessous, de ces fermetures sur le Club de B2

Logo PresidLituanienne

Séminaire sur la gestion de crises et conférence parlementaire sur la Défense

Logo PresidLituanienne(B2) « comment faire pour renforcer la gestion de crises à l’européenne ». C’est autour de cette question que plancheront tous les spécialistes de la gestion de crises, rassemblés dans un séminaire de haut niveau, à l’invitation de la présidence lituanienne de l’Union européenne, du ministère français de la défense, et de la Fondation pour la recherche stratégique, vendredi 12 juillet prochain à l’Ecole militaire à Paris. Seront ainsi présents – outre les ministres lituanien et français de la Défense qui introduiront les débats : de nombreux directeurs de politique de la défense (allemand, espagnol, lituanien, italien, français…), différents responsables européens : Maciej Popowski, le secrétaire général adjoint du SEAE ; le général Wosolsobe qui dirige l’Etat-Major de l’UE ; Walter Stevens, le nouvel président du COPS, Didier Lenoir, de la CMPD ; Antonio Missiroli, le directeur de l’Institut d’études de sécurité de l’UE… J’y serai pour parler de … « visibilité » de la PeSDC. Tout un programme  ! (A télécharger ici) ! Attention ! Les entrées sont limitées. Et il faut s’inscrire au préalable par mail à l’adresse suivante : lithuanian.seminar (arobase) frstrategie.org

L’Europe de la défense en réflexion

Précisons également que la veille, jeudi 11 juillet, se tiendra à l’Assemblée nationale, une conférence parlementaire sur l’Europe de la Défense, auxquels participeront nombre de députés et sénateurs notamment Elisabeth Guigou (présidente de la commission des affaires étrangères de l’AN), Gwendal Rouillard (secrétaire de la commission Défense de l’AN) et Jacques Gautier (vice-président de la commission des affaires étrangères du Sénat). Les ministres Laurent Fabius et Jean-Yves Le Drian seront présents ainsi que le commissaire européen Michel Barnier, et le chef d’Etat-Major des armées, l’amiral Guillaud, tout comme le DGA, Laurent Collet Billon, et des industriels (A. Bouvier Mbda, P. Caine, Thales, M. Lahoud Eads, E. Trappier Dassault). Au menu : 1. l’Europe face aux crises futures ? 2. Quelles capacités militaires en Europe ? 3. Comment conserver une industrie de la Défense en Europe ? Inscriptions également obligatoires (télécharger ici) B2 y sera également !

(Maj jeudi 0h) Attention ! les inscriptions sur ces deux séminaires sont désormais closes

Logo EUPOL_AFGHANISTAN

Le mandat du chef d’EUPOL Afghanistan prolongé

Logo EUPOL_AFGHANISTAN(B2) Le mandat du chef de la mission européenne de soutien à la police afghane (EUPOL Afghanistan), le Suédois Karl Ake Roghe, a été prolongé jusqu’au 31 décembre 2014. La décision est parue au Journal officiel le 12 juin. Une décision logique puisque la mission actuelle a été prolongée jusqu’à fin 2014. La question posée désormais aux responsables européens est l’après-2014 avec le retrait de troupes de stabilisation (ISAF) de l’OTAN et la redéfinition des deux présences internationales dans le pays : celle de l’OTAN comme celle de l’UE.

Lire aussi :

Donnant donnant. Les Dix préconisations de Paris pour l’Europe de la défense

(BRUXELLES2) Le Livre blanc présenté aujourd’hui à Paris consacre quatre pages à la politique européenne de défense. Un espace qui n’est pas juste de pure forme et contient en filigrane la volonté d’opérer un changement dans la PSDC que ce soit au plan politique ou opérationnel, qu’on peut résumer en une dizaine de points.

Dès les premières lignes, la couleur est affichée. « Le contexte actuel rend possible et urgente une relance pragmatique de la politique de sécurité et de défense commune (PSDC) ». Mais ce développement ne peut pas être qu’incantatoire. La politique de sécurité et de défense commune n’est pas « une fin en soi (…) mais un instrument au service des intérêts essentiels de l’Union européenne ». Cela doit être un échange donnant donnant. Si la France « se tourne vers l’Union européenne avec la volonté d’y apporter sa connaissance des crises et ses propositions concernant les réponses à leur donner », elle souhaite « en retour bénéficier de celles de ses partenaires européens » et de structures européennes « renforcées » (voir notamment le point 6).

1. La mission de l’Union européenne : stabiliser le voisinage. C’est un « intérêt de sécurité majeur » avec la nécessité pour les Européens « d’agir préventivement sur les foyers de crises émergents ». Cinq zones d’actions sont définies : 1) les pays de la zone allant du Sahel à l’Afrique équatoriale, 2) le processus de paix au Proche-Orient, 3) la réussite des transitions politiques dans certains pays arabes, 4) le règlement des conflits du Caucase, 5) la consolidation de la paix dans les Balkans notamment au Kosovo ; et la lutte contre « toutes les formes de terrorisme ».

2. Le cadre européen a vocation à « devenir le cadre de référence dès lors qu’il s’agit de mobiliser toute la gamme des instruments civils et militaires requis pour mettre en œuvre une approche globale des crises ».

3. Une impulsion politique. Dans cet ensemble, l’impulsion doit « venir du plus haut niveau politique de l’Union, celui du Conseil européen ». Aux chefs d’Etat et de gouvernement « de déterminer le rôle que l’Europe entend jouer sur la scène internationale et la nature de l’ordre mondial que les Européens souhaitent promouvoir dans les enceintes internationales et auprès des autres États ».

4. Un Livre blanc européen. Les Français reprennent une notion chère aux parlementaires européens, l’idée d’un « Livre blanc de l’Union européenne », qui définirait « plus clairement les intérêts et les objectifs stratégiques de l’Union ». Sauf inconnue, on devrait retrouver cette notion dans les conclusions du Sommet européen à la fin de l’année.

5. Une réorganisation et des réformes sont nécessaires. L’Union européenne n’a « pas encore tiré parti de tous les moyens dont la Commission et les États membres disposent » pour apporter une réponse globale aux crises. Une « meilleure coordination des moyens civils et militaires », est nécessaire et les procédures de l’Union doivent être « adaptées à son rôle opérationnel ».

6. Un Service extérieur renforcé. La France souhaite « un Service d’action extérieure au rôle renforcé, notamment dans la gestion des crises » tout comme voir les « atouts » des agences de l’Union européenne (comme par exemple l’Agence européenne de défense, ou le centre satellitaire de Torrejon) mieux utilisés.

7. Une plus grande réactivité. La France souhaite que l’Union renforce « la réactivité et les capacités d’intervention des forces » mises à la disposition de la PSDC. Formation commune, entraînement, disponibilité et génération de forces mieux coordonnée entre États européens sont des « domaines où les progrès sont urgents et accessibles ».

8. Utiliser tous les instruments du Traité.  La France veut « mieux utiliser les institutions et cadres de concertation existants et tirer parti de toutes les possibilités ouvertes par les traités, y compris la coopération structurée permanente et les coopérations renforcées. »

9. Une volonté et des capacités de projection. La « volonté de se projeter » n’a de sens que si elle repose sur la « possibilité, pour les États qui y souscrivent, « de mobiliser des moyens civils et militaires crédibles ». La France s’engage à disposer des capacités critiques dans certains secteurs « renseignement, surveillance, ravitaillement en vol, transport stratégique, etc. », tout en réaffirmant sa volonté de « mutualiser les programmes correspondants avec les États les plus capables d’y contribuer ».

10. Mutualisation et partage des capacités. La France répète son souhait « résolu (de) s’engager dans l’initiative de mutualisation et de partage capacitaire (pooling and sharing), confiant à l’Agence européenne de défense (le soin) d’identifier des programmes qui pourraient être développés en commun, de tester leur faisabilité et d’organiser leur montage ». Les coopérations, avec un ou plusieurs États, de programmes d’armement dans le cadre de l’OCCAR doivent être envisagées « non pas comme des alternatives ou des substituts, mais comme des leviers supplémentaires pour susciter une dynamique capacitaire européenne ».

Enfin, la France affiche un objectif plus général « que se poursuive et s’intensifie la construction européenne en matière de sécurité intérieure » avec élaboration d’une « stratégie davantage intégrée ». Deux exemples sont données : la « protection des infrastructures critiques européennes » et « la coordination politique en cas de crise majeure » (protection civile) .

Réunion de la plateforme de crise sur le Mali (maj)

(BRUXELLES2) La « plate-forme de crises » va se réunir lundi (14 janvier) après-midi dans les locaux du service diplomatique européen (SEAE) à Bruxelles. « Nous suivons la situation de très près » a précisé le porte-parole de Catherine Ashton lors du briefing quotidien avec la presse. « Tous les services européens concernés par la crise malienne devraient être là » a-t-il ajouté. Non seulement les militaires mais aussi les responsables du développement (DG DevCo) ou de l’humanitaire (DG Echo). C’est Agostino Miozzo, le directeur prévention de crises, qui devrait animer la réunion, avec Pierre Vimont le directeur du SEAE. L’objectif est de faire le tour des services concernés et de voir comment la réponse européenne peut être adaptée. Différentes réunions se sont aussi tenues ce week-end sur la mission EUTM Mali (lire sur le Club).

D’autres réunions sont programmées. La Haute représentante, C. Ashton, doit ainsi s’entretenir aujourd’hui avec Laurent Fabius, le ministre français des Affaires étrangères. Des « conversations » sont également engagées au plan international à New-York, notamment avant la réunion du Conseil de sécurité de l’ONU, ce soir (14 janvier). Et demain (15 janvier) les ambassadeurs du COPS (Comité politique et de sécurité) devraient aussi se pencher sur la question du Mali, lors de leur réunion rituelle du mardi, pour examiner les conséquences au plan politique comme militaire de l’aggravation de la situation sur place (et de la réponse française et britannique).