Militaires belges blessés par un IED au Mali début janvier. Des détails à connaitre

(B2 à Heverlee) Les deux militaires belges, blessés par l’explosion d’un engin artisanal entre Tessi et Ansongo le 1er janvier, vont bien. Leur véhicule, par contre, est hors d’usage. Qu’est-ce qui s’est passé ce jour-là ? Comment ont-ils été secourus ? Retour sur un incident qui aurait pu avoir des conséquences plus dramatiques

Convoi dans le désert (© Armée Belge)

Plusieurs jours après l’incident (Lire : Deux soldats belges blessés au Mali par un iED), l’armée belge avait organisé un briefing ce lundi pour quelques journalistes, B2 a fait le déplacement jusqu’au QG . Ce qui a permis d’en savoir davantage sur cet incident.

Où s’est passé l’incident ?

Le convoi formé de deux pelotons de voltigeurs et de modules de soutien (mécanique, logistique, médical) et de force protection était parti de Gao quelques jours auparavant pour une mission d’observation et renseignement, dite ISR (Intelligence, Surveillance & Reconnaissance) (1). Les huit véhicules — sept belges, un allemand (Medevac) — roulaient de Tessi vers Ansongo —  on était alors à environ 70 km de la frontière nigérienne et à 120 km de Gao — quand le véhicule de tête explose. En passant, le Dingo II a déclenché le détonateur qui fonctionne, sur un système de plaque de pression, et a déclenché la charge explosive.

L’avant du véhicule a totalement explosé, le moteur étant propulsé à plusieurs dizaines de mètres de là (crédit : armée belge)

Quels ont été les dégâts ?

Un cratère s’est creusé. La partie avant du véhicule a été complètement détruite. Et le moteur « projeté à 50 mètres ». C’est dire l’ampleur du choc. Mais, heureusement, les hommes « étaient à bord d’un véhicule Dingo » doté d’une certaine protection (cf. encadré). « Le véhicule a une ‘safety cell’ , une cellule de sécurité pour le personnel. Le but c’est que, même si le moteur s’arrache, cette safety cell reste intacte. Dans ce cas-ci, cela a bien fonctionné » nous assure le commandant Jean-François du bataillon de chasseurs à cheval. D’où un bilan relativement limité. « Cela aurait pu être plus dramatique » indique le général-major Johann Peeters. Et effectivement, quand on voit l’intérieur de la cellule de survie du véhicule on voit qu’elle a été rudement secouée. Les photos le prouvent.

La cellule vie du véhicule est restée intacte, même si le choc a été rude, les félûres et traces sur le pare-brise le prouvent (crédit : armée belge)

Qu’est-ce qui s’est passé juste après l’explosion ?

« Les soldats ont bien réagi, comme il fallait » indique le général-major Peeters. Il faut dire que ce type de situations fait l’objet régulièrement d’exercices tant avant le déploiement que sur place : ce qu’il faut faire en cas d’explosion ? Quelles mesures de sécurité prendre ? Comment se mettre à couvert ? Quelle est la procédure médicale ? Etc.

Comment s’est passée la prise en charge médicale ?

Les militaires blessés ont été pris en charge immédiatement par le médecin qui se trouvait dans le convoi. Puis ils ont été évacués par un hélicoptère roumain de la MINUSMA médicalisé, arrivé sur les lieux, environ une bonne heure après l’incident. Deux heures après l’incident, à 12h05, les blessés étaient dans l’enceinte du camp fortifié de Gao où sont colocalisées la force de l’ONU et la force française Barkhane. Les Belges ont été dirigés sur l’hôpital de campagne (rôle 2) des Français.

Pourquoi le Rôle 2 de Barkhane ?

Tout simplement car il y a un accord technique entre la Belgique et Barkhane. Un choix qui est déterminé par avance et non au coup par coup, explique à B2 un officier. L’autre hôpital militaire sur la base de Gao est un rôle 2 tenu au sein de la Minusma par les Chinois. C’est « plus pratique » pour les Belges, d’être accueillis et soignés par les Français : il y a une communauté de langue et une certaine tradition opérationnelle commune. En termes de temps, c’est identique, les deux hôpitaux sont distants d’à peine 300 mètres. C’est juste la zone de poser pour l’hélicoptère qui diffère.

En sait-on plus sur l’engin explosif ?

L’enquête est en cours. Et tout ne peut être dévoilé. Ce qu’on sait c’est que la charge était assez forte : 30 kg. Ce qui explique l’ampleur des dégâts. On sait aussi que ce n’est pas un dispositif de déclenchement télécommandé à distance, mais un simple système de pression. « On passe dessus, cela saute. On passe quelques centimètres à côté, et on passe indemne » raconte un officier. On ne sait pas encore très bien en revanche si le dispositif a été posé dans la nuit, ou s’il se trouvait déjà présent plusieurs jours auparavant. Les Belges étaient, en effet, passés par la même route, la veille, dans l’autre sens. Sans rien subir. De même un convoi de véhicules maliens était passé également. Sans dégâts non plus.

Comment vont les militaires maintenant ?

« Ils vont bien » assure le général Peeters, sous chef d’état-major ‘Opérations et Entraînement’. Ils s’en sont tirés sans trop de casse : une forte commotion, des (grosses) tensions musculaires du fait du choc. Un (très) gros coup de lapin qui a entraîné, tout de même pour l’un, par contrecoup, d’être inconscients durant quelques temps. Mais rien de grave. Les blessés n’ont d’ailleurs pas été rapatriés. Ils sont restés sur place, avec leurs camarades, et ont pu reprendre du service. Ils ont décidé, eux-mêmes, de continuer la mission, précise-t-on à l’état-major belge. Ils devraient rentrer comme prévu avec l’ensemble du contingent d’ici courant mars.

Comment a été assuré le suivi psychologique ?

Deux psychologues étaient, par chance, déjà sur place à Gao, pour une autre tâche. Une coïncidence bienvenue. Leur mission a été prolongée jusqu’au 9 janvier, afin de pouvoir suivre les militaires blessés. Ils ont pu examiner et discuter avec eux. Ils ont « constaté qu’ils se rétablissaient bien et qu’il y avait une bonne cohésion ». Décision validée par le commandement et le corps médical.

Les patrouilles ont-elles reprises ?

Oui. Le détachement belge appartenant au bataillon de chasseurs à cheval (dit aussi bataillon Istar Intelligence, Surveillance, Target Acquisition, & Reconnaissance) ont repris leurs patrouilles au Mali au sein du bataillon Istar commandé par les Allemands. « On a reconditionné un véhicule de réserve. Et avant-hier (samedi), ils ont effectué une patrouille. Dans les jours qui suivent, il feront une autre patrouille, courte, d’une journée. Et, ensuite, ils reprendront le rythme de patrouilles, de façon normale, sur plusieurs jours » explique Carl Gillis, le chef de la division opérations.

Y-a-t-il des risques ?

Ils demeurent. « On ne peut pas exclure que d’autres incidents puissent se passer » indique l’état-major belge. Les IED sont une menace courante au Mali. En 2019, on a ainsi dénombré plus de 100 incidents de ce type, dont 99 dans la zone Mopti-Segou, 19 dans la zone Kidal, idem dans celle de Gao et dans celle de Tombouctou, 10 dans la zone Tesalit et 1 à Bamako.

Le véhicule rapatrié au camp de Gao a commencé d’être examiné par les enquêteurs du WIT (crédit : armée Belge)

Que va-t-il se passer au niveau interne et judiciaire ?

Une double enquête a été diligentée. D’une part, « le parquet fédéral belge a décidé d’envoyer une petite mission, avec une mission rogatoire dans le pays, pour une affaire en lien avec le terrorisme » précise le capitaine de vaisseau Carl Gillis, chef de la division opérations. D’autre part, celle de l’équipe d’incidents de la MINUSMA, Weapon Incident Team ou WIT, qui décortique et analyse chaque incident, que ce soit avec des armes ou un IED. Le rapport de la WIT sera partagé avec le Parquet. « Si possible, on va essayer de récupérer et rapatrier l’épave du véhicule en Belgique pour investiguer. Cela servira aussi à améliorer nos procédures et avoir des informations précieuses pour la suite » précise l’officier de marine (2).

(Nicolas Gros-Verheyde)


Des véhicules bien protégés

Les DINGO et les PIRANHA sont aujourd’hui les seuls véhicules militaires belges à disposer d’un niveau de protection efficace contre les IED. « Il existe bien un programme de renouvellement ou de mise à jour des autres véhicules », indique le capitaine de vaisseau Carl Gillis, responsable de la division Opérations de la Défense. Malheureusement, le gouvernement étant en affaires courantes, les budgets nécessaires ne peuvent être débloqués. « On perd du temps ! » alerte le commandant. « La sécurité des militaires n’est pas une affaire courante. Le risque zéro n’existe pas mais le risque doit être raisonnable. Il faut accroître les chances de survie de nos militaires en les dotant d’un équipement adapté ».


  1. L’objectif de la mission ISR belge est de recueillir un maximum d’informations et de renseignements, soit en observant la situation à bord du véhicule visuellement ou à l’aide d’un radar de bord, pour détecter et documenter tous les mouvements, suspects ou non, soit en allant au contact de la population lors de patrouilles à pied, soit à l’aide d’un petit drone tactique, de type RQ-11 Raven, de fabrication américaine (Arerovironment), de petite envergure (1,3 m et 6,7 kg), avec un rayon limité (10 km). NB : Dans le convoi, début janvier, ce drone n’était pas présent.
  2. Le nom de Carl Gillis dira peut-être quelque chose à certains lecteurs. C’était le commandant de la Louise-Marie lors de la seconde rotation au sein de l’opération EUNAVFOR Atalanta. Lire : La Louise-Marie de retour à la maison. Entretien avec son commandant Carl Gillis

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen à l'université Paris I Pantheon Sorbonne. Journaliste professionnel depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir). Auditeur de la 65e session de l'IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale).

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