Pourquoi Larissa ?

OhqLarissaBlason 14.24.36a(BRUXELLES2 à Larissa) C’est la question lancinante : pourquoi avoir choisi pour l’opération EUFOR RCA un Quartier général situé aussi loin du terrain ? Pourquoi la Grèce, Pourquoi pas à Bruxelles ? Réponses….

Pourquoi le quartier d’opération est nécessaire ?

La raison est simple et double. Le quartier général d’opération (ou OHQ) ne gère pas l’opération directement, les forces sur le terrain. Cela c’est le rôle d’un quartier général de forces (ou FHQ), qui est situé sur le terrain, à Bangui, sur l’aéroport, au plus près de ces hommes.

Le QG d’opération a une visée plus stratégique. Il s’agit de gérer les finances, les questions juridiques, politiques d’analyser le renseignement externe, provenant d’autres sources que le terrain, de préparer les rotations de matériel, d’hommes, de nourriture… Tout cela peut se gérer n’importe où. Mais surtout pas sur le terrain. Il « s’agit de dégager le commandant de force » de tout ce qui ne concerne pas justement l’action même, nous explique un officier.

C’est d’ailleurs une pratique générale, de toutes les opérations multinationales. Le quartier général pour les opérations de l’OTAN est ainsi situé à Mons (en Belgique). Celui de l’opération anti-piraterie (OTAN comme UE) est à Northwood, près d’un bois charmant de la banlieue londonienne. La France dirige ses opérations d’un sous-sol du 7e arrondissement ou au Mont-Valérien, en banlieue parisienne. Quant au commandement africain de l’US Air Force et US Army, il est… en Allemagne, près de Stuttgart. Ce n’est donc pas vraiment une anomalie.

Pourquoi avoir choisi la Grèce ?

Tout simplement, car la Grèce qui préside l’Union européenne. Et que le gouvernement grec a fait cette proposition. Son quartier général d’opérations (OHQ) de Larissa, bien que labellisé et conforme n’a jamais servi, contrairement aux 4-5 autres quartiers généraux utilisés par l’Union européenne (Paris, Londres, Potsdam, Rome et Mons – Shape). Et pour la Grèce, c’est un symbole très fort, très important de son retour dans la normalité européenne. A l’image de ce qui se passe en matière de redressement économique, Athènes veut retrouver sinon son lustre passé, du moins toute sa place. Et non pas celle de l’éclopé permanent qui l’a marquée durant ces six longues dernières années où la crise budgétaire et économique faisait des ravages.

Pourquoi pas à Bruxelles ?

C’est effectivement un problème. L’Union européenne n’a pas – à l’inverse de la plupart des grands pays « militaires » et de l’OTAN – un quartier général permanent. Ce qui faciliterait les choses et prêterait moins à discussion. La faute n’en est pas aux Européens. Elle repose sur les Etats membres, particulièrement l’un d’entre eux, le Royaume-Uni qui a refusé, mordicus, il y a près d’un an maintenant de passer à une étape suivante, avoir un petit QG permanent à Bruxelles. « Trop d’Europe » a-t-il plaidé. Et cela ferait « doublon » avec l’OTAN. Résultat, il n’y a pas un doublon… mais cinq !

Est-ce tout rose ?

Non, en fait. Si effectivement, on peut commander de partout, avec les moyens modernes satellites, internet et téléphone, une opération, le gros handicap du commandement grec, est de se trouver assez loin de tout. Rejoindre Bruxelles prend plusieurs heures, alors qu’il suffit de 2 bonnes heures de trajet de Paris et 3 heures de Londres (porte à porte). Quant à aller en Centrafrique, il n’y a pas de ligne directe, il faut transiter par Stuttgart ou Paris ou d’autres capitales. Bref minimum 1 ou 2 jours de voyage pour le commandant d’opération.

(Nicolas Gros-Verheyde)

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).