La mission EUFOR Althea se cherche un nouveau débouché

(crédit : Eufor Althea)

(BRUXELLES2) Eh oui ! Près de 20 ans après la signature des accords de Dayton, il y a toujours une présence militaire européenne en Bosnie-Herzégovine : la mission EUFOR Althea. A peine 600 hommes qui restent au camp Butmir, pour une utilité on ne peut plus limitée. Si ! Tout de même. Cela permet aux différents ministres de passer rendre visite à leurs troupes. C’est pas loin, pratique et pas dangereux (sauf accident de la route). Ils organisent aussi régulièrement des tournois de foot, notamment la « Eufor Cup« . Très utile sans doute. Mais pas vraiment à la hauteur ni d’un engagement militaire, ni de l’argent dépensé pour cela : 12,5 millions d’euros de coûts communs par an tout de même ! Soit le même montant qu’EUTM Mali ou EUTM Somalie et 50% de plus qu’Eunavfor Atalanta qui ont un tout autre fondement et une toute autre résonance…

Une nouvelle fonction : la récupération des armes en surplus

Histoire de justifier une présence, une nouvelle idée a été présentée par le chef de l’opération, le DSaceur de l’OTAN (*), Sir Richard Shirreff, au dernier Comité politique et de Sécurité (COPS) : développer au sein d’EUFOR Althea une nouvelle compétence et confier aux militaires du camp Butmir, une fonction de recherche et de récupération des munitions et des armes en surplus se trouvant dans le pays, afin de pourvoir à leur élimination. Un papier qui suscite quelque scepticisme. On le comprend…

Une mission qui n’a plus de motivation sauf quelques intérêts nationaux

La mission Eufor Althea aurait dû fermer déjà depuis il y a quelques années. Les rapports qui se succèdent sur la Bosnie-Herzégovine le disent sur tous les tons. Il reste, dans le pays, des tensions politiques, sociales, économiques, et même ethniques. Mais rien qui justifie plus qu’ailleurs une présence militaire étrangère permanente. Surtout à l’heure où les pays de la région s’intègrent peu à peu dans le panorama européen. La Croatie intègre le 1er juillet l’Union européenne – un pays avec lequel la Bosnie-Herzégovine a un peu plus de 900 km de frontières communes ! Les deux autres pays frontaliers sont sur la voie : le Monténégro est candidat à l’adhésion et le prochain sur la liste des pays à entrer dans l’UE (avec l’Islande éventuellement) tandis que la Serbie cherche à apaiser ses différents avec le Kosovo pour pouvoir, à son tour, prendre la marche de l’intégration européenne. Le danger vient davantage aujourd’hui de la crise financière et bancaire que d’un danger militaire.

Seulement certains Etats ne tiennent pas à cette fermeture : le Royaume-Uni notamment — pour qui c’est la dernière opération de type Berlin Plus — et les pays d’Europe centrale (Autriche, Roumanie, Slovaquie…) comme la Turquie — qui estiment que tout risque n’est pas vraiment écarté, et surtout qui entendent maintenir leur présence dans ce qui a constitué longtemps leur pré carré.

Commentaire : quel gaspillage

il y a aujourd’hui des enjeux de sécurité autrement plus prégnants et importants que la Bosnie-Herzégovine. Entretenir une force de 600 hommes, et des coûts communs conséquents, à l’heure des restrictions budgétaires, est une gabegie dont l’Europe n’a plus les moyens. Quand on connait les difficultés qu’il a fallu pour réunir les effectifs nécessaires pour assurer la « force protection » au Mali (il manquait 60 hommes !), on est dans l’inconséquence qui frôle l’irresponsabilité. A l’heure où l’on parle de réviser les missions européennes, de tirer le meilleur rapport qualité/cout des forces payées par l’Union européenne, ce gaspillage de moyens humains et financiers est totalement inexplicable et injustifiable…

Il est temps aujourd’hui de tirer les conséquences de certaines évolutions géopolitiques et de l’état des forces européennes. La mission EUFOR Althea en Bosnie-Herzégovine doit fermer. Une force de réserve maintenue à proximité (au cas où) — pourquoi pas au sein de Eulex au Kosovo ou dans les casernes en Autriche, en Croatie ou en Slovénie — peut suffire à répondre rapidement en cas de dégradation de la situation. S’il y a nécessité de récupérer les armes, c’est une action d’abord de l’Etat bosniaque aidé le cas échéant d’experts de forces de police, de douanes ou de justice – qui peuvent venir épauler la délégation de l’UE à Sarajevo – qui peuvent suffire.

(*) La mission EUFOR Althea est une mission « ancien modèle » sous Berlin Plus où l’UE bénéficie du « soutien » des structures de l’OTAN. C’est le commandant suprême adjoint des opérations en Europe qui en est le chef des opérations.

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